{"id":4373,"date":"2023-07-30T13:43:59","date_gmt":"2023-07-30T12:43:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4373"},"modified":"2023-09-20T17:26:43","modified_gmt":"2023-09-20T16:26:43","slug":"othon-lehmann-1896-1968","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2023\/07\/30\/othon-lehmann-1896-1968\/","title":{"rendered":"Lehmann, Othon (1896 \u2013 1968)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Le t\u00e9moin<\/em><br><br>Othon Lehmann (1<sup>er <\/sup>janvier 1896 &#8211; Froeschwiller (Bas-Rhin) \u2013 11 d\u00e9cembre 1968 &#8211; Epinal (Vosges)) est un jeune mosellan de 18 ans dont le p\u00e8re, de souche alsacienne, habitait Landau, quand la guerre se d\u00e9clenche. Les premiers jours m\u00ealent impressions militaires, ignorance de la situation et conscience du drame. Un m\u00e9lange d\u2019effervescence et d\u2019inqui\u00e9tude comme en t\u00e9moigne ce tir sur un espion imaginaire (?) en gare de Landau mais aussi de doute d\u00e9j\u00e0. Ainsi le maire de Landau doutant d\u2019une grande victoire en constatant la prise de \u2026 10 canons. Othon, qui a peur que la guerre se termine victorieuse sans lui, int\u00e8gre enfin, fin ao\u00fbt 1914, le 23<sup>e<\/sup> RI bavarois de Landau. Il d\u00e9marre \u00e0 Landau puis \u00e0 Kaiserslautern une vie de caserne et de formation, dont les exercices sont difficiles sous les ordres d\u2019un Kompagnie-Exerzieren, mod\u00e8le de \u00ab v\u00e9ritable vieux soldat \u00bb. Il dit : \u00ab Je ne me souviens pas d\u2019avoir vu un officier pendant mon s\u00e9jour \u00e0 Landau \u00bb, (il refait d\u2019ailleurs la m\u00eame r\u00e9flexion apr\u00e8s plusieurs jours de premi\u00e8re ligne). En effet, il pr\u00e9cise que c\u2019est au sous-officier qu\u2019est confi\u00e9e l\u2019instruction du soldat brossant quelques tableaux divers de personnages repr\u00e9sentatifs. Jeune, il est parti inconscient, confiant esp\u00e9rant avec sa m\u00e8re \u00ab qu\u2019on ne mettrait jamais de si jeunes gens en premi\u00e8re ligne, qu\u2019on nous emploierait plut\u00f4t pour transporter des munitions, du mat\u00e9riel, des malades\u2026 \u00bb. Apr\u00e8s un mois d\u2019instruction, il est feldmarschbereit, pr\u00eat \u00e0 entrer en campagne. Le 6 novembre 1914, il est enfin dirig\u00e9 sur le front et dit : \u00ab Nous ne chantions pas. (\u2026) Au fond de nos c\u0153urs, nous \u00e9tions rest\u00e9s optimistes, ne croyant pas au triste sort qui planait au-dessus de nos t\u00eates \u00bb. Le train qui l\u2019emporte d\u00e9pose le soldat \u00e0 Comines (Belgique) puis, affect\u00e9 \u00e0 la 4<sup>e <\/sup>compagnie, il est dirig\u00e9 dans un secteur \u00ab formant une cha\u00eene de protection, v\u00e9ritable bastion avan\u00e7ant dans la ligne ennemie \u00bb en avant de la ferme du Eickhof (ferme des Trois-Ch\u00eanes), \u00e0 l\u2019ouest de la ville. Au cr\u00e9neau, \u00e0 la d\u00e9fense de la ferme, il prend corps avec le front et en d\u00e9couvre les dangers. Mais il dit : \u00ab Je n\u2019avais pas peur ; je crois que je ne me rendais m\u00eame pas compte de la situation. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre tr\u00e8s dangereux, peut-\u00eatre rien du tout ! Pas un coup de fusil, aucune trace d\u2019ennemi. En face de nous, il y avait probablement les m\u00eames \u00ab h\u00e9ros \u00bb qu\u2019ici, c\u2019est-\u00e0-dire de pauvres gamins sans exp\u00e9rience, d\u00e9guis\u00e9s en soldats \u00bb. La guerre commence toutefois de l\u2019impressionner. A la vue d\u2019un mort, il dit : \u00ab Jamais de ma vie, je n\u2019oublierai la vision de ce beau mort \u00bb. Mais le cr\u00e9neau de nuit est fantasmagorique et il d\u00e9clenche des fusillades, voyant des fran\u00e7ais dans des troncs de saule, et tuant probablement\u2026 une vache. Il se forme toutefois \u00e0 la guerre, apprend \u00e0 utiliser se pelle de tranch\u00e9e \u00ab trop petite \u00bb (page 15) et exp\u00e9rimente la pitance immangeable et sans pain. Mais rapidement il commence \u00e0 en \u00e9prouver la douleur sous l\u2019omnipr\u00e9sence d\u2019une d\u00e9primante artillerie, augment\u00e9e du froid et de la pluie. Il dit : \u00ab Mais nous \u00e9tions d\u00e9prim\u00e9s et pas assez aguerris pour supporter de telles \u00e9preuves \u00bb (page 16). Il n\u2019a \u00e0 ce moment connu que 4 jours de premi\u00e8re ligne pourtant. Il avoue avoir abattu un fran\u00e7ais ayant agi par imprudence (et pour lui manque d\u2019exp\u00e9rience) mais avoir manqu\u00e9 d\u2018\u00eatre tu\u00e9 en retour pour le m\u00eame motif. Tr\u00e8s en pointe, il semble oubli\u00e9, sans ravitaillement, et souffre de la faim. Mais c\u2019est bient\u00f4t l\u2019attaque devant son front, impressionnante, terrible et meurtri\u00e8re, \u00e0 son avantage. Il dit : \u00ab La situation des assi\u00e9g\u00e9s \u00e9tait devenue intenable. Les Fran\u00e7ais sortirent sans arme, se rendirent et furent conduits vers l\u2019arri\u00e8re. Aucune violence sur eux. C\u2019\u00e9tait la guerre sinc\u00e8re entre braves soldats de premi\u00e8re ligne \u00bb (p. 21). Atteint d\u2019une balle, il n\u2019ose plus utiliser son fusil et tente de r\u00e9cup\u00e9rer sans succ\u00e8s celui d\u2019un mort qu\u2019un soldat enterre. Le 14 novembre, pris dans un bombardement, il est bless\u00e9 au dos par plusieurs \u00e9clats d\u2019obus en prot\u00e9geant un camarade, tous deux blottis dans le parapet d\u2019une tranch\u00e9e. Se sentant en suret\u00e9 avec ses camarades et ne voulant pas les exposer au feu, il refuse d\u2019abord son \u00e9vacuation. Il dit : \u00ab Dans le danger de mort, dans les situations sombres de la bataille, les camarades sont toute notre vie, ce sont seulement eux qui comptent. Et si au commencement d\u2019une bataille, on h\u00e9site, pour des raisons humaines, de tirer sur des hommes d\u2019en face, tout sentiment de piti\u00e9 ou de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 nous abandonne d\u00e8s qu\u2019un camarade tombe ou est bless\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de nous \u00bb (p. 25). Il est finalement \u00e9vacu\u00e9 \u00e0 la nuit mais dois menacer de son revolver des \u00ab infirmiers froussards \u00bb qui se trompent de direction et partent vers l\u2019ennemi. Dot\u00e9 d\u2019un revolver civil achet\u00e9 pour le front avant d\u2019y arriver, ils le prennent pour un officier ! Arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019ambulance, il est hiss\u00e9 dans un fourgon sanitaire, veut encore aider un fran\u00e7ais en pantalon rouge, lui rappelant les images d\u2019Epinal de son adolescence (\u00e9voquant ici la francophilie de sa famille, pr\u00e9cisant \u00ab Du roi de Prusse, nous ne parlions jamais \u00bb) et la guerre de 1870. Evacu\u00e9 par trains, dans un desquels, par imprudence il manque de retourner au front, il \u00e9choue dans un h\u00f4pital o\u00f9 il souffre atrocement. Au printemps de 1915, il est dirig\u00e9 sur le d\u00e9p\u00f4t de son r\u00e9giment, \u00e0 Kaiserslautern et jug\u00e9 \u00ab apte seulement pour le service de garnison \u00bb (p. 32) et employ\u00e9 au bureau de la Ersatzkompagnie. \u00ab Jamais je n\u2019ai vu un seul de mes camarades du front. Peu \u00e0 peu, j\u2019ai appris que tous \u00e9taient morts dans les combats devant Ypres. Parmi mes camarades de chambre, 13 avaient subi l\u2019examen du service militaire d\u2019un an. De ces 13, je suis le seul survivant. Pendant mon temps de service au bureau de la compagnie, j\u2019ai obtenu de temps en temps quelques renseignements sur la mort de mes camarades et les communiquer \u00e0 leurs parents. C\u2019est le seul service que j\u2019ai pu rendre \u00e0 ces malheureux \u00bb (p. 32). Il cite d\u2019ailleurs parfois le nom de quelques-uns de ses camarades (cf. p. 19). 35 ans apr\u00e8s sa blessure, des m\u00e9decins ont d\u00e9couvert qu\u2019un \u00e9clat d\u2019obus se trouvait encore dans le dos d\u2019Othon Lehmann.<br>Othon Lehmann, <em>1914 dans l\u2019infanterie allemande<\/em>, Epinal, chez l\u2019auteur, 1963, 33 p.<br><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Le t\u00e9moignage <\/em><br>Ce court ouvrage, souvenirs \u00e9crits par l\u2019auteur en 1962 \u00ab sans jamais avoir rien not\u00e9 \u00bb (p. 27), est simple et superficiel tout en \u00e9tant relativement descriptif de sa place dans son minuscule morceau de front devant sa femme belge cominoise et des \u00e9tats psychologiques d\u2019un jeune soldat sous l\u2019uniforme feldgrau bless\u00e9 apr\u00e8s seulement 8 jours de front. Il renseigne peu sur sa position sociale mais semble indiquer en note finale avoir un \u00e9quivalent de brevet sup\u00e9rieur. Il fait aussi montre d\u2019une certaine francophilie qui pourrait s\u2019expliquer en sa qualit\u00e9 de mosellan du nord, d\u2019une commune, Reichshoffen, fortement marqu\u00e9e par la guerre de 1870. Sa narration se veut p\u00e9dagogique, Lehmann traduisant syst\u00e9matiquement en fran\u00e7ais les termes militaires, uniformologiques ou techniques dont il a conserv\u00e9 voire expliqu\u00e9 en note la signification.<br>L\u2019ouvrage n\u2019est pas iconographi\u00e9 mais comporte un croquis et une carte de la ferme Eickhof, seul champ de bataille qu\u2019il aie jamais connu. Se reporter \u00e0 l\u2019ouvrage pour son usage de terminologie allemande \u00ab de guerre \u00bb (organisation civile et militaire, uniformologie, usages, expressions, etc.).<br><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Renseignements tir\u00e9s de l&rsquo;ouvrage<\/em> :<br>Parcours suivi par l\u2019auteur : Landau \u2013 Kaiserslautern \u2013 fronti\u00e8re belge \u00e0 Herbesthal \u2013 Li\u00e8ge \u2013 Lille \u2013 Comines (Belgique) \u2013 Eickhof \/ ferme des Trois-Ch\u00eanes \u2013 Bruxelles \u2013 Dillingen an der Donau \u2013 Kaiserslautern. <br><br>Page 5 : Tableau d\u2019une mobilisation \u00e0 Landau qui l\u2019impressionne (\u00ab Landau \u00e9tait le si\u00e8ge de deux r\u00e9giments d\u2019artillerie (n\u00b05 et n\u00b012), d\u2019un r\u00e9giment d\u2019infanterie (n\u00b018), du premier bataillon du 23\u00e8me RI, d\u2019une formation de mitrailleuses et d\u2019un d\u00e9p\u00f4t de cavalerie (chevaux-l\u00e9gers) \u00bb (sic)).<br>6 : Voit les premiers bless\u00e9s fran\u00e7ais dont certains portent des chaussures civiles vernies !<br>   : Tir surr\u00e9aliste sur espion sur un toit proche de la garde Landau, espionnite<br>7 : Couleur des uniformes, il touche le felgrau plus tard<br>8 : Liste des unit\u00e9s de Landau <br>9 : Poursuit sa formation \u00e0 Kaiserslautern<br>18 : Pain surnomm\u00e9 Pumpernickel, d\u00fb \u00e0 Napol\u00e9on qui l\u2019avait donn\u00e9 \u00e0 son cheval en disant \u00ab Bon pour Nickel \u00bb !<br>24 : A achet\u00e9 avant de partir en guerre un revolver Hammerless<br>30 : Vue d\u2019une dysenterie dans un train, exp\u00e9dients divers (bottes, casques puis \u00ab marche du train hors de la porte, retenus aux mains par des camarades \u00bb) pour d\u00e9f\u00e9quer<br>31 : Solution de Sublim\u00e9 pour traiter sa blessure<br><br><em>Yann Prouillet, juillet 2023<\/em><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin Othon Lehmann (1er janvier 1896 &#8211; Froeschwiller (Bas-Rhin) \u2013 11 d\u00e9cembre 1968 &#8211; Epinal (Vosges)) est un jeune mosellan de 18 ans dont le p\u00e8re, de souche alsacienne, habitait Landau, quand la guerre se d\u00e9clenche. 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