{"id":4377,"date":"2023-08-02T10:02:28","date_gmt":"2023-08-02T09:02:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4377"},"modified":"2023-09-20T17:14:24","modified_gmt":"2023-09-20T16:14:24","slug":"mathilde-lebrun-1879","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2023\/08\/02\/mathilde-lebrun-1879\/","title":{"rendered":"Lebrun, Mathilde  (1879 &#8211; )"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Le t\u00e9moignage<\/em><br><br>Mathilde Lebrun (1879, Nantes &#8211; ?) habitante de Pont-\u00e0-Mousson, o\u00f9 elle tient un commerce, est en 1914 veuve d\u2019un militaire (adjudant) d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1908, avec lequel elle a eu trois enfants. La guerre d\u00e9clar\u00e9e, et ayant eu une culture militaire qui l\u2019a habitu\u00e9 \u00e0 c\u00f4toyer ce milieu (elle a habit\u00e9 plusieurs ann\u00e9es dans des forts, dont \u00e0 Toul, et a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e par un oncle, ancien combattant de 1870), elle monte un d\u00e9bit de boissons ambulant au plus pr\u00e8s des troupes, activit\u00e9 qu\u2019elle poursuit alors que la ville est envahie pendant quelques jours entre le 4 et le 10 septembre 1914. Sur sa r\u00e9pugnance \u00e0 c\u00f4toyer \u00ab les boches \u00bb, elle se justifie et dit : \u00ab Je domptai mon instinctive r\u00e9pugnance, en songeant que j\u2019avais tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 approcher ces gens, \u00e0 les \u00e9tudier, \u00e0 les conna\u00eetre \u00bb (p. 39). Elle profite de ce c\u00f4toiement pour visiter les organisations de l\u2019ennemi et collecter tout renseignement qui lui semble utile. Le recul allemand et la cristallisation du front font qu\u2019elle pense pouvoir \u00eatre utile aux fran\u00e7ais ; elle veut \u00ab jouer un r\u00f4le \u00bb, non en s\u2019engageant comme vivandi\u00e8re ou infirmi\u00e8re, mais comme espionne, destination qu\u2019elle se fixe possiblement apr\u00e8s avoir d\u00e9sign\u00e9 un espion pr\u00e9sum\u00e9 en pleine bataille pour d\u00e9fendre la ville, mais peut-\u00eatre aussi en ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9e elle-m\u00eame comme telle apr\u00e8s la r\u00e9occupation de la ville. Le 1er d\u00e9cembre suivant, elle est approch\u00e9e puis finalement, le 13, recrut\u00e9e \u00e0 Nancy par le Service des Renseignements de l\u2019Arm\u00e9e de Lorraine. Son \u00ab agent recruteur \u00bb la missionne de se rendre \u00e0 Metz, toute proche, afin d\u2019y collecter tout information utile. Elle dit sur son nouveau \u00ab m\u00e9tier \u00bb : \u00ab On m\u2019apprit mon r\u00f4le et je compris que j\u2019\u00e9tais un peu dans la situation de quelqu\u2019un qu\u2019on jette \u00e0 l\u2019eau pour lui apprendre \u00e0 nager \u00bb. Laissant \u00e0 la garde de tiers ses enfants qu\u2019elle a \u00e9loign\u00e9s du front \u00e0 Contrex\u00e9ville, et devient alors Simonne autrement surnomm\u00e9e \u00ab Tout-Fou \u00bb. Sa premi\u00e8re mission, le 23 d\u00e9cembre 1914, consiste \u00e0 passer la ligne de front (\u00e0 Norroy-l\u00e8s-Pont-\u00e0-Mousson) ce qu\u2019elle fait avec une \u00e9tonnante facilit\u00e9. Apr\u00e8s plusieurs jours d\u2019enqu\u00eate, elle est finalement approch\u00e9e par le capitaine Reibel, puis plus tard le lieutenant von Gebsattel, autrement appel\u00e9 monsieur de Bouillon. Pour les Allemands, elle devient R2, ou madame Blum, autrement surnomm\u00e9e \u00e9galement \u00ab Faim-et-Soif \u00bb. Le 4 janvier 1915, elle revient en France par la Suisse, fait son compte-rendu au capitaine de B\u2026 sur ce qu\u2019elle a vu et entendu durant les 15 jours en territoire allemand qu\u2019a dur\u00e9 sa mission : \u00ab Je pus r\u00e9v\u00e9ler l\u2019emplacement des batteries de Norroy et les d\u00e9p\u00f4ts de munitions, la profondeur des lignes de tranch\u00e9es, le num\u00e9ro des r\u00e9giments. Je signalai l\u2019importance des envois de troupes sur la Belgique. Je ne manquai pas non plus de parler des espions que j\u2019avais rencontr\u00e9s, travaillant pour l\u2019Allemagne \u00bb (p. 99). A partir de cette premi\u00e8re mission r\u00e9ussi, Simonne, pendant toute l\u2019ann\u00e9e 1915, fait des allers et retours entre Nancy et l\u2019Allemagne, en passant par la Suisse (elle cite successivement Metz, Montm\u00e9dy, Luxembourg, Mondorf, Tr\u00eaves, Mayence, Coblentz, Cologne, Francfort et m\u00eame Berlin, passant par Offenburg, Saverne, Appenweiher, Strasbourg et Sarrebourg dans une liste certainement non exhaustive). En tout, elle r\u00e9alise 13 voyages entre lesquels, missionn\u00e9e par l\u2019ennemi, elle se rend dans le sud de la France (Marseille et Nice) afin de contacter des agents doubles fran\u00e7aises dont elle sera \u00e0 l\u2019origine des arrestations. Ce sont F\u00e9licie Pfaadt (agent R17), ex\u00e9cut\u00e9e le 22 octobre (elle dit ao\u00fbt) 1916 \u00e0 Marseille [voir dans ce dictionnaire la fiche de Jauffret, Wulfran (1860-1942) \u2013 T\u00e9moignages de 1914-1918 (crid1418.org) qui d\u00e9crit l\u2019ex\u00e9cution de l\u2019espionne le 22 ao\u00fbt, qu\u2019il avait d\u00e9fendue vainement devant le conseil de guerre en mai et dont il t\u00e9moigne de sa r\u00e9probation] et Marie Liebendall, \u00e9pouse Gimeno-Sanches, \u00e9galement condamn\u00e9e \u00e0 mort et emprisonn\u00e9e dans la m\u00eame ville. C\u00f4t\u00e9 allemand, elle distille des informations fournies par le Service de Renseignements qui, apparemment savamment construits, lui valent m\u00eame en novembre 1915 la Croix de Fer ! Elle re\u00e7oit de c\u00f4t\u00e9-l\u00e0 des missions dont l\u2019une des derni\u00e8res confi\u00e9es est rien moins que de r\u00e9cup\u00e9rer la formule des gaz de combat fran\u00e7ais. Risquant, par ces deux principaux \u00ab faits d\u2019armes \u00bb d\u2019\u00eatre \u00ab br\u00fbl\u00e9e \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9couverte en Allemagne, elle est \u00ab mut\u00e9e \u00bb quelques jours \u00e0 Tours, revient \u00e0 Nancy avant de participer aux enqu\u00eates et aux proc\u00e8s Pfaadt et Liebendall puis d\u2019\u00eatre convoqu\u00e9e, le 16 ao\u00fbt 1917 \u00e0 Marseille pour t\u00e9moigner dans l\u2019enqu\u00eate sur le d\u00e9put\u00e9 C[eccaldi], mentionn\u00e9 dans ses rapports, accus\u00e9 lui aussi d\u2019intelligence avec l\u2019ennemi. C\u2019est tr\u00e8s possiblement ce qui lui vaut d\u2019\u00eatre \u00ab ray\u00e9e du service \u00bb, teintant son dernier chapitre comme une conclusion am\u00e8re qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 mal utilis\u00e9e et oubli\u00e9e, tant dans l\u2019honneur que dans la r\u00e9compense nationale.<br><br>Mathilde Lebrun, <em>Mes treize missions<\/em>, pr\u00e9fac\u00e9 par L\u00e9on Daudet (D\u00e9put\u00e9 de Paris) Paris, Arth\u00e8me Fayard, sans date, ca 1920, 285 p.<br><br><em>Commentaires sur l&rsquo;ouvrage <\/em><br>Ecrit en 1919 et les ann\u00e9es suivantes, apparemment publi\u00e9 plusieurs ann\u00e9es plus tard (1934), ce r\u00e9cit simple, chronologi\u00e9, sans r\u00e9el talent d\u2019\u00e9criture et descriptif, mais manifestement sinc\u00e8re peut appara\u00eetre comme une curiosit\u00e9 litt\u00e9raire voire fictionnelle. Pourtant, le livre de Mathilde Lebrun est bien la narration testimoniale d\u2019un parcours d\u2019espionne agent double comme les Services de Renseignements fran\u00e7ais en ont utilis\u00e9 de nombreuses pendant la Grande Guerre. Le parcours et les actions de Mathilde, manifestement \u00e0 la personnalit\u00e9 \u00e9vidente, se construit et \u00e9volue en territoire ennemi avec une apparente facilit\u00e9 et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 malgr\u00e9 les risques \u00e9normissimes pris par ces femmes particuli\u00e8res qui exerc\u00e8rent leur patriotisme par des voies aussi dangereuses que volontaires. L\u2019ouvrage n\u2019est pas iconographi\u00e9 et contient quelques erreurs topographique (Noviant pour Nov\u00e9ant) ou points tendancieux qui m\u00e9riteraient des v\u00e9rifications plus approfondies pour en confirmer la v\u00e9racit\u00e9 ou la plausibilit\u00e9. Par exemple, son premier parcours d\u00e9bute en pleines f\u00eates de No\u00ebl et du r\u00e9veillon dans la Lorraine envahie de l\u2019hiver 1914 et elle n&rsquo;en d\u00e9crit pas une ligne. De m\u00eame par exemple, elle attribue \u00e0 ses renseignements l\u2019origine d\u2019une contre-offensive sur le Hartmannswillerkopf (entre le 8 et le 15 mars 1915) qui ne semblent pas correspondre \u00e0 une telle activit\u00e9 sur le massif. Enfin, sa narration est aussi le pr\u00e9texte \u00e0 des tableaux, le plus souvent grotesques voire injurieux des personnages qu\u2019elle croise et qu\u2019elle caricature \u00e0 l\u2019envi (cf. la famille Rihn \u00e0 Metz dont elle garde les enfants et dont elle dit par que le p\u00e8re \u00e0 \u00ab une bonne t\u00eate\u2026 d\u2019abruti \u00bb), celui lui permettant d\u2019appuyer sur son patriotisme exacerb\u00e9.<br><br><br><em>Renseignements tir\u00e9s de l&rsquo;ouvrage<\/em> :<br><strong>Liste des missions effectu\u00e9es en Allemagne par Mathilde Lebrun<\/strong><br>1<sup>re<\/sup> mission : Du 23 d\u00e9cembre 1914 au 4 janvier 1915<br>2<sup>e<\/sup> mission : Du 11 au 17 janvier 1915 (avec une erreur de date page 112)<br>3<sup>e<\/sup> mission : Du 27 janvier au 1er f\u00e9vrier 1915 <br>4<sup>e<\/sup> mission : Du 15 au 21 f\u00e9vrier 1915 <br>5<sup>e<\/sup> mission : Du 08 au 15 mars 1915 <br>6<sup>e<\/sup> mission : Du 26 mars au 2 avril 1915 <br>7<sup>e<\/sup> mission : Du 19 avril au (jour non pr\u00e9cis\u00e9) avril 1915 <br>8<sup>e<\/sup> mission : Du 04 au 22 juin 1915 (dont voyage \u00e0 Berlin)<br>9<sup>e<\/sup> mission : Entre le 26 juin et le 18 juillet 1915, d\u2019une dur\u00e9e de 18 jours<br>10<sup>e<\/sup> mission : Du 18 au 23 juillet 1915 <br>11<sup>e<\/sup> mission : Du 11 au 23 ao\u00fbt 1915 <br>12<sup>e<\/sup> mission : Du 07 au 09 septembre 1915 <br>13<sup>e<\/sup> et derni\u00e8re mission en Allemagne : Du 3 au 11 novembre 1915 <br><br><br>Page 22 : Vue tonitruante et sonore de la mobilisation \u00e0 Pont-\u00e0-Mousson<br>33 : Distribue des bouteilles de vins en pleine attaque allemande<br>34 : D\u00e9crit Pont-\u00e0-Mousson sous attaque<br>176 : 2 canons de 75 fran\u00e7ais et 6 belges en troph\u00e9e \u00e0 Berlin<br>       : Taux de change 100 pour 87,50 marks<br>178 : Croix de fer en bois plant\u00e9e de clous d\u2019or et d\u2019argent achet\u00e9s (elle en plante un)<br>219 : Obtient (mais trop tard) un sauf-conduit pour toute l\u2019Allemagne<br>227 : Manque d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9e en Allemagne \u00e0 cause de la Gazette des Ardennes (pas logique)<br>230 : Doit r\u00e9cup\u00e9rer la formule des gaz de combat fran\u00e7ais<br>233 : Obtient la Croix de fer<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Yann Prouillet, juillet 2023<\/em><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moignage Mathilde Lebrun (1879, Nantes &#8211; ?) habitante de Pont-\u00e0-Mousson, o\u00f9 elle tient un commerce, est en 1914 veuve d\u2019un militaire (adjudant) d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1908, avec lequel elle a eu trois enfants. La guerre d\u00e9clar\u00e9e, et ayant eu une culture militaire qui l\u2019a habitu\u00e9 \u00e0 c\u00f4toyer ce milieu (elle a habit\u00e9 plusieurs ann\u00e9es dans &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2023\/08\/02\/mathilde-lebrun-1879\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Lebrun, Mathilde  (1879 &#8211; )<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4382,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[97,12,21,1],"tags":[1177,1270],"class_list":["post-4377","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1919-1930","category-civil","category-souvenirs","category-uncategorized","tag-civil","tag-espionne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4377","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4377"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4377\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4390,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4377\/revisions\/4390"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4382"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4377"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4377"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4377"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}