{"id":4405,"date":"2023-09-20T17:55:08","date_gmt":"2023-09-20T16:55:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4405"},"modified":"2024-07-28T10:29:53","modified_gmt":"2024-07-28T09:29:53","slug":"tondelier-edmond-1869-1944","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2023\/09\/20\/tondelier-edmond-1869-1944\/","title":{"rendered":"Tondelier, Edmond (1869 \u2013 1944)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">Journal 1915 \u2013 1918<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><a><\/a> Edmond Tondelier, originaire de l\u2019Avesnois, habite \u00e0 Mouvaux (Nord) avec sa femme Amante et ses trois enfants au moment de la mobilisation. Professeur de math\u00e9matiques, il exerce depuis 1913 au lyc\u00e9e Faidherbe de Lille, et sa femme est institutrice \u00e0 Mouvaux. Il quitte seul la r\u00e9gion le 3 octobre 1914, et en 1915, au moment o\u00f9 commencent ces carnets, il est sergent dans la Territoriale, dans la R\u00e9gion retranch\u00e9e de Paris. En 1916, vers\u00e9 dans l\u2019auxiliaire, il enseigne \u00e0 plein temps au lyc\u00e9e Montaigne \u00e0 Paris. Son fils Jehan (1904) est rapatri\u00e9 par la Suisse en juin 1917, puis sa fille Suzanne (1895) arrive en septembre 1918. Reprenant son enseignement \u00e0 Lille apr\u00e8s-guerre jusqu\u2019\u00e0 la pension, il se retire ensuite \u00e0 Valenciennes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">J\u00e9r\u00f4me Michaut, arri\u00e8re-petit-fils de l\u2019auteur, a achev\u00e9 le long travail de transcription de ces carnets en 1998. Ce journal de guerre (307 pages), non \u00e9dit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 directement propos\u00e9 sur internet. On le trouve (mai 2023) sur un site qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 Ozoir-la-Ferri\u00e8re&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><a href=\"http:\/\/www.arrozoir.fr\/sites\/default\/files\/Carnets%20de%20Guerre%20%20-%20Edmond%20Tondelier.pdf\">http:\/\/www.arrozoir.fr\/sites\/default\/files\/Carnets%20de%20Guerre%20%20-%20Edmond%20Tondelier.pdf<\/a> de m\u00eame que sur un site plus ancien, mais qui semble durable&nbsp;: <a href=\"http:\/\/jeromemichaut.free.fr\/tondelier\/deuxguerres.htm\">http:\/\/jeromemichaut.free.fr\/tondelier\/deuxguerres.htm<\/a> Je n\u2019en ai pas moins vivement conseill\u00e9 \u00e0 l\u2019auteur (conversation en mai 2023) de verser aussi ce texte num\u00e9rique aux AD de son choix. Les carnets courent du 23 f\u00e9vrier 1915 au 29 octobre 1918.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Au d\u00e9but de 1915, moment o\u00f9 commencent ces carnets, l\u2019auteur est affect\u00e9 dans une batterie d\u2019artillerie qui effectue des travaux dans le camp retranch\u00e9 de Paris. Il est affect\u00e9 \u00e0 Nogent-sur-Marne, Pontault-Combault puis \u00e0 Ozoir-la-Ferri\u00e8re. Les carnets, r\u00e9dig\u00e9s presque quotidiennement en 1915, puis de mani\u00e8re plus espac\u00e9e, relatent essentiellement les faits du jour, l\u2019\u00e9volution&nbsp;du front, des conversations, les lettres \u00e9crites et re\u00e7ues, et plus globalement ses pr\u00e9occupations personnelles et l\u2019\u00e9tat de son moral. Ce poste de l\u2019arri\u00e8re comporte surtout des t\u00e2ches routini\u00e8res, et il \u00e9volue vers des travaux de bureau en int\u00e9rieur: il s\u2019agit d\u2019effectuer de nombreux calculs pour \u00e9tablir des tables de tir. En 1916, ces carnets d\u2019un militaire se transforment en un journal d\u2019un civil qui d\u00e9crit son m\u00e9tier d\u2019enseignant au lyc\u00e9e Montaigne, ainsi que la guerre v\u00e9cue dans la capitale&nbsp;: les pr\u00e9occupations familiales mais aussi mat\u00e9rielles (alimentation, chauffage\u2026) sont l\u2019objet principal des notations.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>La Gare du Nord<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">C\u2019est le lieu de rencontre le dimanche \u00e0 Paris pour les \u00ab&nbsp;expatri\u00e9s&nbsp;\u00bb des r\u00e9gions envahies. On vient bavarder, chercher des connaissances, des informations, et surtout, pour l\u2019auteur, des nouvelles des siens&nbsp;; chaque \u00ab&nbsp;pays&nbsp;\u00bb a son caf\u00e9 (Lillois, Valenciennois, Cambr\u00e9siens\u2026). E. Tondelier n\u2019attend pas trop de ces dimanches (mars 1915)&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Toujours des tuyaux s\u00fbrs, chacun a les siens. Tous sont crev\u00e9s.<\/em>&nbsp;\u00bb, mais il lui est difficile de r\u00e9sister \u00e0 l\u2019attrait de ces r\u00e9unions (f\u00e9vrier 1917)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00c0 la gare du Nord, c\u2019est toujours la m\u00eame cohue mais j\u2019y vais quand-m\u00eame pour entendre parler le langage rude du Cambr\u00e9sis. Chaque fois j\u2019en suis d\u00e9sabus\u00e9 et abruti par le bruit, n\u2019ayant rien appris. Cela ne m\u2019emp\u00eachera pas d\u2019y retourner dimanche prochain.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Communiquer avec les siens<\/em><\/strong> <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Une des richesses de ce t\u00e9moignage r\u00e9side dans la description pr\u00e9cise des moyens vari\u00e9s mis en \u0153uvre pour essayer de communiquer avec la famille au-del\u00e0 du front, tout au long de la guerre, les r\u00e9sultats \u00e9tant presque toujours d\u00e9cevants.&nbsp;&nbsp;On peut \u00e9voquer, comme biais, des relations nordistes qui connaissent un \u00ab&nbsp;moyen&nbsp;\u00bb non pr\u00e9cis\u00e9, le passage par la Hollande, l\u2019interm\u00e9diaire de prisonniers en Allemagne (mais il signale qu\u2019il est interdit aux militaires d\u2019\u00e9crire en Allemagne), la Croix-Rouge (cartes-messages), plus tard le biais des intern\u00e9s en Suisse, etc\u2026&nbsp; Pour l\u2019auteur, les cartes inter-zone sont d\u00e9cevantes parce que tr\u00e8s lentes et presque vides (20 mots)&nbsp;: (septembre 1917) \u00ab&nbsp;<em>j\u2019ai \u00e9crit deux cartes-message (\u2026) Aurai-je une r\u00e9ponse dans six mois&nbsp;? J\u2019ai si peu de confiance dans le mode de correspondance que je vais pr\u00e9parer avec D\u00e9maretz une nouvelle annonce pour le Matin.<\/em>&nbsp;\u00bb En effet myst\u00e9rieusement, le journal parisien Le Matin para\u00eet \u00eatre lu, au moins sporadiquement, dans la zone occup\u00e9e (en tout cas il le pense). Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises interdisent toutefois ces annonces \u00e0 destination de la France occup\u00e9e en 1918, par crainte de l\u2019espionnage.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il re\u00e7oit de premi\u00e8res nouvelles t\u00e9nues seulement apr\u00e8s 6 mois (avril 1915), ce sont des bribes indirectes \u00ab&nbsp;<em>d\u2019une famille qui conna\u00eet la mienne<\/em> (\u2026) <em>C\u2019est peu, mais je vais me raccrocher \u00e0 cette nouvelle qui est la premi\u00e8re ayant quelque caract\u00e8re personnel.<\/em>&nbsp;\u00bb. Le premier contact s\u00e9rieux \u00e0 lieu en mai (7 mois, p. 27) \u00ab&nbsp;<em>Je re\u00e7ois enfin par Mr Dewez une lettre de Virginie destin\u00e9e \u00e0 Andr\u00e9 <\/em>[son neveu au front]<em>, mais r\u00e9dig\u00e9e pour nous deux. Enfin&nbsp;! J\u2019ai des nouvelles pr\u00e9cises. Toute la famille est en bonne sant\u00e9.<\/em>\u00bb La premi\u00e8re vraie lettre arrive par un biais inconnu, probablement par la Hollande, apr\u00e8s huit mois de s\u00e9paration (juin 1915, p. 35) \u00ab&nbsp;<em>Enfin je re\u00e7ois directement une lettre d\u2019Amante et m\u00eame une photographie. Ce n\u2019est plus par interm\u00e9diaire. Quelle joie&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb. On s\u2019aper\u00e7oit aussi qu\u2019une source essentielle d\u2019informations r\u00e9centes r\u00e9side les r\u00e9cits des femmes rapatri\u00e9es r\u00e9cemment, mais encore faut-il qu\u2019elles soient de Mouvaux et qu\u2019il les puisse les contacter&nbsp;: on vient se renseigner Gare du Nord sur les convois, et les arriv\u00e9es r\u00e9centes \u00e0 Paris. \u00ab<em>&nbsp;Aujourd\u2019hui <\/em>(fin d\u00e9cembre 1915)<em> je re\u00e7ois une lettre de madame Garraud qui s\u2019est fait rapatrier. Enfin, j\u2019ai des nouvelles de tous, et des r\u00e9centes. Tous sont bien portants. (\u2026) Amante a re\u00e7u cinq ou six lettres de moi. Elle me sait sans nouvelles et en souffre.&nbsp;<\/em>\u00bb Une mention de la fin du conflit laisse r\u00eaveur \u00e0 propos des probables millions de lettres jamais distribu\u00e9es&nbsp;: que sont-elles devenues&nbsp;? (5 f\u00e9vrier 1918) \u00ab&nbsp;<em> Weill m\u2019a renvoy\u00e9 une lettre de moi, lettre que j\u2019avais \u00e9crite \u00e0 Mouvaux en octobre 1914 et qui n\u2019est pas parvenue. Elle a mis trente-neuf mois pour me revenir. Il y en a une centaine, en Belgique, en Hollande, en Suisse qui sont au rebut puisqu\u2019elles n\u2019ont pu atteindre Mouvaux.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Vie quotidienne, souffrance et solitude<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Edmond Tondelier souffre beaucoup de la s\u00e9paration d\u2019avec les siens, et la fr\u00e9quentation de camarades territoriaux en 1915 et 1916 ou celle de coll\u00e8gues au lyc\u00e9e en 1917 et 1918 est pour lui une bien faible compensation : \u00ab<em>Cette s\u00e9paration inhumaine bouleverse ma vie et je suis, en somme, plus malheureux que le prisonnier de droit commun qui peut, \u00e0 jour fixe, voir les siens, recevoir des lettres.&nbsp;<\/em>\u00bb Le travail lui fournit un utile d\u00e9rivatif, avec des journ\u00e9es abrutissantes, pass\u00e9es \u00e0 faire des calculs pour l\u2019\u00e9tablissement de tables de tir pour l\u2019artillerie lourde et par la suite avec la correction des copies au lyc\u00e9e&nbsp;(fin 1915) : <em>\u00ab&nbsp;Ma vie est de plus en plus remplie par le travail, et je ne saurais m\u2019en plaindre car cela m\u2019emp\u00eache de penser pendant le jour. Mais il reste les nuits, et elles sont longues\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb La description du quotidien du lyc\u00e9e Montaigne, o\u00f9 il loge et enseigne \u00e0 plein temps \u00e0 partir de la rentr\u00e9e d\u2019octobre 1916, donne des informations int\u00e9ressantes sur la vie scolaire pendant le conflit. Les effectifs sont d\u2019environ quarante \u00e9l\u00e8ves par classe et il a \u00ab<em>&nbsp;des noms c\u00e9l\u00e8bres&nbsp;: Rostand, Lavedan, Flammarion etc, etc.&nbsp;<\/em>\u00bb. Lors de l\u2019offensive allemande sur Montdidier et du tir sur Paris du canon \u00e0 longue port\u00e9e en mars 1918, il relate la fuite vers la province des parisiens, ceux-ci croisant les r\u00e9fugi\u00e9s picards qui arrivent dans la capitale&nbsp;; la rentr\u00e9e des vacances de P\u00e2ques est particuli\u00e8re (11 avril 1918)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La rentr\u00e9e est d\u00e9plorable en Quatri\u00e8me B, 17 \u00e9l\u00e8ves sur 35, en Cinqui\u00e8me A1, 12 sur 47, en Cinqui\u00e8me A5, 9 sur 32, en Sixi\u00e8me A5, 8 sur 30, en Sixi\u00e8me B, 17 sur 49. Il y a des classes de un \u00e9l\u00e8ve, deux, trois.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019impression de solitude, parfois de d\u00e9sespoir qui d\u00e9coule de la s\u00e9paration, et de l\u2019absence ou l\u2019extr\u00eame raret\u00e9 de nouvelles est r\u00e9currente dans les mentions, elle en devient presque obsessionnelle par sa r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;; difficile de dire si ces plaintes r\u00e9currentes ont un aspect pathologique (d\u00e9pression) ou si notre diariste est simplement de temp\u00e9rament d\u00e9pressif, la tristesse n\u2019\u00e9tant pas une maladie. Il est certain qu\u2019Edmond Tondelier souffre beaucoup, et il est probable que ces plaintes r\u00e9currentes mises \u00e0 l\u2019\u00e9crit ont une fonction de soulagement. Pas dupe lui-m\u00eame, il produit cette int\u00e9ressante remarque en novembre 1917 \u00ab&nbsp;<em>Hier je passe ma soir\u00e9e \u00e0 feuilleter mes pr\u00e9c\u00e9dents carnets de Pontault, Ozoir, etc, quelle monotonie&nbsp;! Toujours la m\u00eame plainte&nbsp;: si Amante les lit un jour, elle ne la trouvera gu\u00e8re int\u00e9ressante, mais elle aura la preuve que son cher souvenir ne me quitta jamais et que notre s\u00e9paration fut cause d\u2019une longue lamentation.<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>La guerre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les notations sur l\u2019\u00e9volution de la guerre occupent une place importante dans le journal, elles sont glan\u00e9es dans la presse et dans les conversations. L\u2019auteur parle tr\u00e8s peu des Allemands et de politique, son patriotisme est solide mais sans illusions, il note ainsi le d\u00e9part de son neveu pour le front (juin 1915) \u00ab&nbsp;<em>Jour \u00e0 marquer d\u2019une pierre noire. Andr\u00e9 vient de m\u2019envoyer une d\u00e9p\u00eache, il part au front demain.\u00bb<\/em> Ce neveu meurt \u00e0 Dun en juin 1916, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 captur\u00e9 bless\u00e9 \u00e0 Verdun. L\u2019auteur a toujours une attitude critique par rapport \u00e0 ce que les journaux rapportent, et se montre lucide sur l\u2019\u00e9volution du conflit. Il refuse une paix blanche&nbsp;: (9 mars 1917, r\u00e9flexions apr\u00e8s une conversation) \u00ab&nbsp;<em>O\u00f9 est le devoir&nbsp;? Comment concilier l\u2019humanit\u00e9 et l\u2019id\u00e9e de patrie&nbsp;dans un conflit comme celui qui nous \u00e9crase. (\u2026) Il y aurait un million de jeunes hommes tu\u00e9s et deux millions de bless\u00e9s pour arriver \u00e0 un compromis dont nous serions les dupes et les victimes&nbsp;! Non, je souffre depuis trente mois, et les miens souffrent plus encore, mais si nous nous retrouvions sans que le conflit ait \u00e9t\u00e9 solutionn\u00e9 en notre faveur, il semble que notre vie serait bris\u00e9e aussi s\u00fbrement que par les deuils ou la mort.&nbsp;(\u2026) Nous ne pouvons que souffrir en silence.<\/em>\u00bb. La souffrance morale li\u00e9e \u00e0 la solitude est un temps apais\u00e9e apr\u00e8s le rapatriement par la Suisse de son fils Jehan (12 ans)&nbsp;; celui-ci est scolaris\u00e9 \u00e0 Montaigne et log\u00e9 avec son p\u00e8re dans l\u2019\u00e9tablissement (3 juin 1917)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je ne suis plus seul. J\u2019ai v\u00e9cu ces huit jours comme dans un r\u00eave. Minutes inoubliables, celles qui marqu\u00e8rent l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 la gare de Lyon. Lettre d\u2019Amante \u00e9crite sur un morceau d\u2019\u00e9toffe&nbsp;et que j\u2019ai lue avec une \u00e9motion poignante.<\/em>\u00bb. Sa fille Suzanne est \u00e0 son tour rapatri\u00e9e en septembre 1918, alors que l\u2019inqui\u00e9tude persiste jusqu\u2019\u00e0 la fin pour Amante et surtout pour Edmond, l\u2019autre fils de 19 ans, qui est prisonnier civil en Belgique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Donc ici un t\u00e9moignage original de nordiste \u00ab&nbsp;parisien&nbsp;\u00bb, qui montre qu\u2019une position de territorial puis de civil abrit\u00e9 des dangers n\u2019apporte que peu de r\u00e9pit moral, en comparaison des souffrances constantes li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9paration pour ce couple uni. Lorsqu\u2019on observe, de la part de cet intellectuel habile \u00e0 manier l\u2019\u00e9crit, l\u2019\u00e9chec r\u00e9current de ses tentatives vari\u00e9es pour \u00e9tablir des liaisons \u00e9pistolaires, on devine aussi en creux la souffrance muette de la majorit\u00e9 du contingent nordiste d\u2019origine ouvri\u00e8re, peu \u00e0 l\u2019aise avec l\u2019\u00e9crit, et incapable d\u2019\u00e9laborer ces strat\u00e9gies de communication. \u00c0 contrario, les propos mentionnent souvent des \u00e9vacuations de civils vers la France non-occup\u00e9e, elles sont importantes et r\u00e9guli\u00e8res, donnent des nouvelles pr\u00e9cieuses, et m\u00eame si Suzanne arrive tr\u00e8s tard, le p\u00e8re termine le conflit avec deux enfants sur trois dans son foyer, alors qu\u2019il \u00e9tait seul au d\u00e9but. Revient plusieurs fois, vers la fin du t\u00e9moignage, une incantation de col\u00e8re et de d\u00e9sespoir, \u00ab&nbsp;<em>Si j\u2019avais su&nbsp;! Que de peines, que d\u2019inqui\u00e9tudes, que d\u2019angoisses j\u2019aurais \u00e9vit\u00e9 aux miens et \u00e0 moi-m\u00eame.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;[= il aurait fui avec toute sa famille d\u00e8s le d\u00e9but] En 1940, l\u2019Exode montrera que cette le\u00e7on a \u00e9t\u00e9 retenue.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, septembre 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal 1915 \u2013 1918 1. Le t\u00e9moin Edmond Tondelier, originaire de l\u2019Avesnois, habite \u00e0 Mouvaux (Nord) avec sa femme Amante et ses trois enfants au moment de la mobilisation. Professeur de math\u00e9matiques, il exerce depuis 1913 au lyc\u00e9e Faidherbe de Lille, et sa femme est institutrice \u00e0 Mouvaux. 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