{"id":442,"date":"2011-06-13T10:32:31","date_gmt":"2011-06-13T09:32:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=442"},"modified":"2021-09-12T19:35:24","modified_gmt":"2021-09-12T18:35:24","slug":"le-petit-jacques-1887-apres-1966","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/06\/13\/le-petit-jacques-1887-apres-1966\/","title":{"rendered":"Le Petit, Jacques (1887-apr\u00e8s 1966)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><br \/>\nQuatri\u00e8me enfant d\u2019une famille de propri\u00e9taires fonciers poss\u00e9dant manoir des champs et maison de ville, Jacques Le Petit est n\u00e9 \u00e0 Bayeux (Calvados), le 20 juillet 1887. Apr\u00e8s le coll\u00e8ge Sainte-Croix d\u2019Orl\u00e9ans (qu\u2019il d\u00e9signe comme sa prison), il m\u00e8ne ses \u00e9tudes de m\u00e9decine jusqu\u2019au doctorat obtenu en 1913. Install\u00e9 au Mans, il est bient\u00f4t mobilis\u00e9 comme m\u00e9decin auxiliaire. Avec le 11e RAC, il fait la retraite d\u2019ao\u00fbt et la marche en avant de septembre 1914. M\u00e9decin aide-major, il passe au 5e RI puis au 129e en d\u00e9cembre. Bless\u00e9 en juillet 1916, il est ensuite affect\u00e9 \u00e0 l\u2019ambulance 4\/54, puis \u00e0 la 14\/5, puis \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, \u00e0 Caen. Il revient sur le front en juillet 1917 au 267e RAC. Une grave blessure, le 3 octobre 1918 met fin \u00e0 sa guerre, apr\u00e8s laquelle il revient au Mans et se marie en 1919.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><br \/>\nJacques Le Petit s\u2019est appuy\u00e9 sur ses notes et les lettres \u00e0 sa famille pour une r\u00e9daction qui date de 1966 ; il avoue parfois ne pas se souvenir de certains faits (p. 94, 109 par exemple). Sous le titre <em>Journal de guerre de Jacques Le Petit, 1914-1919, Un m\u00e9decin \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de la Grande Guerre<\/em>, des extraits de son texte ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en 2009 par les \u00e9ditions Anovi (127 p.), ses h\u00e9ritiers proposant \u00e0 qui le souhaite de consulter l\u2019ensemble. Les chapitres suivent l\u2019ordre chronologique. Chacun est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un r\u00e9sum\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral des \u00e9v\u00e9nements de la p\u00e9riode. Croquis et photos viennent en compl\u00e9ment.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><br \/>\nCe m\u00e9decin a vraiment v\u00e9cu au milieu des hommes des tranch\u00e9es. Il en a connu les conditions de vie (voir p. 53 : les mouches ; p. 59 : la boue \u00ab fantastique \u00bb de la Somme) et il en a partag\u00e9 les sentiments contre les profiteurs (p. 82), les embusqu\u00e9s (p. 83) et m\u00eame contre les civils sans distinction (p. 58 : ils sont ignobles ; p. 90 : \u00ab les civils restant l\u2019ennemi h\u00e9r\u00e9ditaire \u00bb). Il critique \u00e0 plusieurs reprises le bourrage de cr\u00e2ne (p. 46, 49, 50) et annonce qu\u2019il va essayer de s\u2019abonner \u00e0 <em>La Tribune de Gen\u00e8ve<\/em> (p. 90) \u00ab pour savoir la v\u00e9rit\u00e9 si possible \u00bb. Hostilit\u00e9 aussi envers les artilleurs (p. 44, janvier 1915) : \u00ab Les artilleurs ont beaucoup de munitions maintenant, et ils se font m\u00eame eng\u2026 quand ils n\u2019ont pas tir\u00e9 dans la journ\u00e9e le nombre de coups impos\u00e9s. Ils ne savent d\u2019ailleurs pas toujours sur quoi ils tirent ; leur coup tir\u00e9, ils se cachent et c\u2019est nous qui recevons la r\u00e9ponse. \u00bb<br \/>\nProche des soldats, il les voit se livrer \u00e0 des jeux \u00e9tranges avec les Allemands d\u2019en face (p. 44, secteur de Pontavert, janvier 1915) : \u00ab D\u2019une tranch\u00e9e \u00e0 l\u2019autre, on met parfois des cibles, souvent des marmites ou de vieilles ferrailles, et on signale consciencieusement \u00e0 l\u2019ennemi les \u00ab\u00a0rigodons\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les coups au but. \u00bb Et encore (p. 46, secteur de Concevreux, f\u00e9vrier 1915) : \u00ab Les Boches nous envoient des patates et nous demandent des journaux ; ils mettent des \u00e9criteaux annon\u00e7ant un nombre <em>kolossal<\/em> de prisonniers russes et nous ripostons par des chansons sur Guillaume. Nous mettons des \u00e9criteaux disant : \u00ab\u00a0Il ne vient pas souvent vous voir, votre empereur, le n\u00f4tre vient ce soir.\u00a0\u00bb \u00c0 la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, on prom\u00e8ne en premi\u00e8re ligne, au bout d\u2019un b\u00e2ton, un chapeau haut-de-forme que les Boches canardent de leur mieux. \u00bb<br \/>\nLes \u00e9pisodes particuli\u00e8rement d\u00e9crits sont le d\u00e9part en ao\u00fbt 14 avec un \u00ab moral splendide \u00bb, en route pour Berlin, d\u2019autant que les nouvelles sont excellentes. C\u2019est ensuite la retraite (p. 25) : \u00ab Retraite dans l\u2019ignorance de tout, au milieu des incendies dont on donne diverses explications, des mugissements de bestiaux abandonn\u00e9s qui nous suivent, ainsi que le son du canon toujours derri\u00e8re nous, au milieu des convois de fuyards dirig\u00e9s tant bien que mal par les gendarmes, et des vaches qui g\u00e9missent de ne plus \u00eatre traites (et que nous trayons au passage pour boire un peu), \u00e9chapp\u00e9es de leurs pr\u00e9s, leurs cl\u00f4tures \u00e9tant hach\u00e9es par l\u2019artillerie. \u00bb En septembre 1915, c\u2019est l\u2019offensive en Artois, vers Neuville-Saint-Vaast. En avril 1916, Verdun : la soif, la poussi\u00e8re, l\u2019air irrespirable, l\u2019insomnie (p. 74). \u00ab Les hommes sont \u00e9reint\u00e9s, les seules \u00e9bauches de boyaux qui existent les obligent, en dehors des attaques fr\u00e9quentes, \u00e0 rester tout le jour aplatis par terre sous le bombardement meurtrier sans aucun mouvement ; la nuit, ils manient la pelle et la pioche pour s\u2019enterrer. \u00bb<br \/>\nSi la blessure est une aubaine, et si beaucoup de bless\u00e9s ont \u00e9voqu\u00e9 l\u2019h\u00f4pital comme un petit paradis, ce n\u2019est pas le cas de Jacques, dirig\u00e9 vers Lod\u00e8ve, oubli\u00e9 \u00e0 la gare, transport\u00e9 ensuite dans une charrette \u00e0 fumier vers \u00ab une vieille b\u00e2tisse l\u00e9preuse, immonde et puante \u00bb sous la coupe d\u2019une \u00ab vieille bonne s\u0153ur grincheuse \u00bb, et n\u00e9glig\u00e9 par le m\u00e9decin, un embusqu\u00e9.<br \/>\nAutres remarques :<br \/>\n&#8211; La d\u00e9couverte que les nuits peuvent \u00eatre d\u2019une noirceur absolue, mais que les soldats venus de la campagne \u00ab arrivaient \u00e0 distinguer quelque chose \u00bb (p. 22).<br \/>\n&#8211; Entre Villenauxe et Montmirail, lors de la bataille de la Marne (p. 29) : la situation d\u00e9crite (\u00ab Bless\u00e9s et morts le long des routes ; ferme avec morts et bless\u00e9s boches avec leurs infirmiers \u00bb) \u00e9voque celle de Hans Rodewald, exactement \u00e0 la m\u00eame date dans le m\u00eame secteur (voir la notice Rodewald).<br \/>\n&#8211; Plus on lit de t\u00e9moignages, plus on d\u00e9couvre de mentions d\u2019ex\u00e9cutions. Ici p. 54 (9 ao\u00fbt 1915, sans pr\u00e9ciser le r\u00e9giment ; il s\u2019agit peut-\u00eatre du 129e) et p. 77 (30 avril 1916, au 129e RI).<br \/>\n&#8211; Il faut signaler aussi les contacts, en \u00e9t\u00e9 1918, avec la 93e Division d\u2019infanterie am\u00e9ricaine, \u00ab coloured \u00bb, illustr\u00e9s par quelques photos.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, juin 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Quatri\u00e8me enfant d\u2019une famille de propri\u00e9taires fonciers poss\u00e9dant manoir des champs et maison de ville, Jacques Le Petit est n\u00e9 \u00e0 Bayeux (Calvados), le 20 juillet 1887. Apr\u00e8s le coll\u00e8ge Sainte-Croix d\u2019Orl\u00e9ans (qu\u2019il d\u00e9signe comme sa prison), il m\u00e8ne ses \u00e9tudes de m\u00e9decine jusqu\u2019au doctorat obtenu en 1913. 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