{"id":4429,"date":"2023-12-06T19:57:15","date_gmt":"2023-12-06T18:57:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4429"},"modified":"2023-12-06T20:06:22","modified_gmt":"2023-12-06T19:06:22","slug":"pireaud-paul-1890-1970-et-pireaud-marie-1892-1978","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2023\/12\/06\/pireaud-paul-1890-1970-et-pireaud-marie-1892-1978\/","title":{"rendered":"Pireaud, Paul (1890 &#8211; 1970) et Pireaud, Marie (1892 &#8211; 1978)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">Martha Hanna <em>Ta mort serait la mienne<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>1. Les t\u00e9moins<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Paul Pireaud, agriculteur \u00e0 Nanteuil-de-Bourzac (Dordogne), est mari\u00e9 \u00e0 Marie Pireaud, n\u00e9e Andrieux, en f\u00e9vrier 1914. Il quitte son foyer \u00e0 24 ans le 3 ao\u00fbt 1914, et sert d\u2019abord au 12<sup>e<\/sup> escadron du Train [des \u00e9quipages militaires] puis devient en 1915 canonnier au 112<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019artillerie lourde, qui vient d\u2019\u00eatre cr\u00e9\u00e9. Il reste dans cette unit\u00e9 toute la guerre, passant notamment par Verdun et l\u2019Italie. Marie accouche de leur fils unique Serge en juillet 1916. Paul, d\u00e9mobilis\u00e9 en juillet 1919, reprend alors son activit\u00e9 agricole \u00e0 Nanteuil.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>2. Le t\u00e9moignage<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Matha Hanna, professeure \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l\u2019universit\u00e9 du Colorado (Boulder), a publi\u00e9 en anglais en 2006 \u00ab&nbsp;<em>Your Death Would Bee Mine<\/em>&nbsp;\u00bb. La traduction fran\u00e7aise a paru en 2008 avec le titre \u00ab&nbsp;<em>Ta mort serait la mienne<\/em>&nbsp;\u00bb (\u00c9d. Anatolia, 428 pages). Ce travail est construit \u00e0 partir des lettres \u00e9chang\u00e9es par les \u00e9poux Pireaud, cette correspondance \u00e9tant conserv\u00e9e au Service historique de la D\u00e9fense \u00e0 Vincennes (cote 1Kt T 458, <em>correspondance entre le soldat Pireaud et son \u00e9pouse, 1910 \u2013 1927<\/em>). L\u2019autrice propose une histoire de ces paysans et de ce village dans la guerre, en expliquant, contextualisant et illustrant cette correspondance&nbsp;: \u00e0 partir du dialogue \u00e9chang\u00e9 par ce jeune couple tr\u00e8s \u00e9pris, elle met en valeur des th\u00e8mes d\u2019histoire sociale et des mentalit\u00e9s, en relation avec l\u2019irruption du conflit dans cette Dordogne rurale, qui est aussi une irruption de la modernit\u00e9. M. Hanna choisit d\u2019approfondir certains aspects, sans n\u00e9gliger l\u2019histoire militaire, et elle convoque beaucoup d\u2019outils ext\u00e9rieurs (carnets, recensements, rapports administratifs, contr\u00f4le postal, etc\u2026). Ces approfondissements s\u2019accompagnent de nombreux extraits de lettres qui justifient tout \u00e0 fait la pr\u00e9sence de \u00ab&nbsp;<em>Ta mort serait la mienne<\/em>&nbsp;\u00bb dans notre corpus de t\u00e9moignages.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>3. Analyse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le couple, qui n\u2019est mari\u00e9 que depuis quelques mois en ao\u00fbt 1914, a d\u00e9j\u00e0 un bon entra\u00eenement \u00e0 la correspondance, car Paul a servi un an au Maroc (1912), alors qu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fianc\u00e9. Les deux correspondants ma\u00eetrisent suffisamment l\u2019\u00e9crit pour mener des conversations \u00e9pistolaires, m\u00eame si persistent des fautes d\u2019orthographe ou de syntaxe, mais qui ne g\u00eanent pas la compr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Se voir \u00e0 l\u2019arri\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Au d\u00e9but du conflit, l\u2019affectation prot\u00e9g\u00e9e de Paul (train des \u00e9quipages) att\u00e9nue l\u2019angoisse de la s\u00e9paration. Il fait partie d\u2019une \u00e9quipe mobile de boulangers et Marie est bien consciente de la situation privil\u00e9gi\u00e9e du couple&nbsp;: (octobre 1914, p. 78, avec autorisation de citation) \u00ab&nbsp;<em>pour m\u2019encourager je me dis que les autres sont toutes pareilles et que bien mieux je suis un peu favoriser puisque tu ne risque pas trop et que tant d\u2019autres sont a la mort ou la vie. Si tu pouvais toujours y rester avec ces boulangers que je serais contente.&nbsp;<\/em>\u00bb Le p\u00e8re de Paul est maire du village, et curieusement, lui et son fils sont d\u2019accord pour que Marie ne demande pas l\u2019allocation de femme de mobilis\u00e9&nbsp;; d\u2019apr\u00e8s M. Hanna, ils sont persuad\u00e9s que la guerre sera courte et surtout ils ne veulent pas pr\u00eater le flanc \u00e0 l\u2019accusation de favoritisme dans l\u2019attribution des aides&nbsp;; Marie doit s\u2019y r\u00e9soudre mais elle est furieuse, signalant (p. 88) qu\u2019une femme au village, elle, <em>\u00abmange tranquillement ses 25 sous par jour.<\/em>&nbsp;\u00bb Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019affectation de Paul en f\u00e9vrier 1915 au 112<sup>e<\/sup> RAL, une grande partie des \u00e9changes est consacr\u00e9e \u00e0 \u00e9chafauder des strat\u00e9gies pour se retrouver \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du front. C\u2019est pour lui assez facile mais les probl\u00e8mes viennent plut\u00f4t des familles, qui ne veulent pas laisser Marie voyager seule. En septembre 1914 son p\u00e8re lui interdit d\u2019aller \u00e0 Melun (p. 106) \u00ab&nbsp;<em>Je ne suis poin contente j\u2019aurais voulu y aller seule jamais je n\u2019ai pu etre maitresse ni des miens ni des tiens jamais ils n\u2019ont voulu disant qu\u2019il y avait trop de danger (\u2026) Je me maudit d\u2019avoir \u00e9tait faible de ne pas avoir partit malgr\u00e9 tout.<\/em>&nbsp;\u00bb. En octobre le p\u00e8re de Paul c\u00e8de, mais \u00e0 condition d\u2019accompagner sa bru dans la Ni\u00e8vre. Et c\u2019est seulement \u00e0 la fin de 1914 que les \u00e9poux peuvent se retrouver seuls quelques jours. On constate donc ici que le processus de prise d\u2019autonomie de la jeune femme, r\u00e9el, n\u2019en demeure pas moins particuli\u00e8rement balis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>L\u2019artillerie lourde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Paul doit quitter son \u00ab&nbsp;filon&nbsp;\u00bb en 1915 pour une batterie d\u2019artillerie lourde. Cette affectation, si elle est moins dangereuse que l\u2019infanterie, n\u2019en demeure pas moins une exposition ponctuelle au danger. Marie pose beaucoup de questions, sur son r\u00f4le, sur le danger, sur les gaz. Paul souligne la duret\u00e9 des engagements&nbsp;; \u00e0 Verdun, par exemple, le combat est tr\u00e8s p\u00e9nible et conduit rapidement \u00e0 l\u2019\u00e9puisement physique et nerveux (mai 1916, p. 152) : \u00ab<em>&nbsp;Ici c\u2019est l\u2019extermination sur place sans voir l\u2019ennemi.<\/em>&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;<em>Je me demande comment je reste debout apr\u00e8s tout cela on est h\u00e9b\u00e9t\u00e9. Les hommes se regardent avec des yeux effar\u00e9s. Il faut faire un effort consid\u00e9rable pour tenir une conversation.<\/em>&nbsp;\u00bb On le voit, Paul fait peu d\u2019autocensure, et donne \u00e0 sa femme les \u00e9l\u00e9ments du combat tels qu\u2019il les vit. Cette description restitue tr\u00e8s bien le bombardement allemand, avec une pr\u00e9cision qui ici peut rassurer Marie, quoique\u2026 (p. 153) \u00ab&nbsp;<em>Je profite non pas d\u2019un moment d\u2019accalmie pour t\u2019\u00e9crire au contraire \u00e7a tombe tellement fort et si pr\u00e8s que nous sommes oblig\u00e9s de rester \u00e0 plat ventre donc j\u2019en profite pour t\u2019\u00e9crire couch\u00e9 entre deux rondins ils tombent quelques uns a 15 m\u00e8tres \u00e7a nous couvre de terre et de fum\u00e9e mais l\u00e0 ils ne peuvent pas nous attraper car il y a un petit talus devant \u00e9tant plus haut nous nous risquons rien. S\u2019ils d\u00e9passent avec la pente du talus ils sont oblig\u00e9s de tomber entre 12 et 20 m\u00e8tres de nous donc couch\u00e9s nous risquons rien mais c\u2019est bien terrible nul \u00eatre qui ne l\u2019a pas vu ne peut se l\u2019imaginer<\/em>.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Pu\u00e9riculture \u00e0 la ferme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Lorsque Marie tombe enceinte, elle fait l\u2019acquisition d\u2019un livre de pu\u00e9riculture, fait \u00e0 part \u00e0 Paul de l\u2019\u00e9volution de sa sant\u00e9, de ses interrogations&nbsp;; lui suit de pr\u00e8s, autant qu\u2019il le peut, l\u2019\u00e9volution de la grossesse, donne des conseils m\u00e9dicaux ou di\u00e9t\u00e9tiques. M. Hanna d\u00e9veloppe avec bonheur ce chapitre tr\u00e8s r\u00e9ussi&nbsp;: comment nos t\u00e9moins vivent la grossesse et les premiers jours du nourrisson dans une situation de guerre et d\u2019\u00e9loignement, mais aussi en quoi ces acteurs, par leurs pr\u00e9occupations m\u00e9dicales et hygi\u00e9nistes, sont en d\u00e9calage avec la famille et le reste du village. Paul croit aux bienfaits de la science et de la m\u00e9decine et prend son r\u00f4le de futur p\u00e8re tr\u00e8s \u00e0 c\u0153ur&nbsp;: il insiste pour que Marie boive beaucoup de lait pendant la grossesse, revenant sans cesse \u00e0 la charge, et finissant par faire c\u00e9der les deux p\u00e8res qui ach\u00e8tent une vache laiti\u00e8re&nbsp;; de m\u00eame, il insiste pour que Marie consulte un m\u00e9decin en visite pr\u00e9natale, ce qui ne se fait pas au village&nbsp;; enfin il lui r\u00e9p\u00e8te de ne pas aller aux champs, de s\u2019\u00e9conomiser, conseils \u00e0 contre-courant dans cette soci\u00e9t\u00e9 rurale traditionnelle. L\u2019autrice montre que les Pireaud profitent de leur \u00e9ducation pour tenter d\u2019acc\u00e9der aux progr\u00e8s m\u00e9dicaux dans lesquels ils ont foi&nbsp;: \u00e0 cet \u00e9gard, le \u00ab<em>&nbsp;j\u2019ai vu sur le livre\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 206) de Marie est embl\u00e9matique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><a><\/a> L\u2019accouchement est difficile (13 juillet 1916, et elle le d\u00e9crira plus tard en d\u00e9tail par \u00e9crit, ce qui est aussi une raret\u00e9)&nbsp;: le petit Serge est ch\u00e9tif, souvent malade, et Marie tait ses inqui\u00e9tudes \u00e0 son mari. Ce sont des lettres ult\u00e9rieures qui raconteront les coliques convulsives, les dangers de l\u2019allaitement au lait de vache, et les recours au m\u00e9decin contre l\u2019avis de la famille (m\u00e8re et belle-m\u00e8re, pourtant ni \u00ab&nbsp;hostiles ni indiff\u00e9rentes&nbsp;\u00bb). Atypique aussi est la d\u00e9cision de faire peser le b\u00e9b\u00e9, ou la demande \u00e0 Paul&nbsp;(p. 226) \u00ab&nbsp;<em>de se renseigner sur les enfants des camarades de sa batterie, pour savoir s\u2019ils \u00e9taient allait\u00e9s par leur m\u00e8re, ou s\u2019ils prenaient des biberons<\/em>&nbsp;\u00bb. Sur le moment elle lui cache la gravit\u00e9 de la situation, et contre l\u2019avis des siens d\u00e9pense de l\u2019argent en consultations m\u00e9dicales et en m\u00e9dicaments, qui finissent par mettre enfin l\u2019enfant hors de danger. C\u2019est dans ce combat contre les habitudes s\u00e9culaires, dans la confiance dans la m\u00e9decine et dans cette complicit\u00e9 de couple que r\u00e9side la v\u00e9ritable modernit\u00e9, avec la prise d\u2019autonomie de cette femme contre son milieu (juillet 1916, p. 231 )&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Et dire qu\u2019on ose me dire que s\u2019etait rien que sa serait tres bien passer sans soin que tous ceux qui ont des enfants malades n\u2019ont pas vite medecin est sage femme, aussi je t\u2019assure que je ne repond pas tout ce que je pense, quoique quelque fois il s\u2019echape quelques mots je ne veux plus penser a sa je le soignerer comme bon me semblera (\u2026)&nbsp;\u00bb <\/em>et en ao\u00fbt 1916 p. 232 \u00ab&nbsp;<em>si sa me plait d\u2019appeler encore le medecin je le ferais et je parie que tu me blamera pas au contraire.<\/em>&nbsp;\u00bb Avec la guerre qui durait, le mari et le p\u00e8re ont accept\u00e9 que Marie touche l\u2019allocation, et ce n\u2019est pas en \u00ab&nbsp;colifichets et rubans&nbsp;\u00bb &#8211; critique commune des envieux &#8211; que l\u2019argent est d\u00e9pens\u00e9, mais en sage-femme, m\u00e9decin, m\u00e9dicaments et nourrice. L\u2019autrice montre qu\u2019avec cet argent venu de l\u2019ext\u00e9rieur \u00ab&nbsp;des services consid\u00e9r\u00e9s comme trop co\u00fbteux pour la plupart des budgets \u00e9taient d\u00e9sormais \u00e0 port\u00e9e&nbsp;\u00bb, l\u2019allocation repr\u00e9sentant ici une \u00e9bauche de protection sociale.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Un non-conformisme atypique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La question de la repr\u00e9sentativit\u00e9 de ce couple paysan dans la guerre se pose \u00e9videmment et le pr\u00e9nom Serge, totalement absent au village ou chez les grands-p\u00e8res, ainsi que le refus du bapt\u00eame, lui aussi assez minoritaire, plaident pour l\u2019exception. Paul est socialiste et incroyant, et c\u2019est lui qui refuse le bapt\u00eame pour son fils, contre l\u2019avis de Marie, qui pense que cela peut prot\u00e9ger la sant\u00e9 de l\u2019enfant (septembre 1916, p. 237)&nbsp;: \u00ab<em>Quand \u00e0 la question de baptiser tu dois savoir mon id\u00e9e ce n\u2019est nullement \u00e7a qui peut l\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00eatre malade. Je ne te demande qu\u2019une chose c\u2019est de ne pas le faire baptiser tant que je serais en vie Si je viens \u00e0 passer de l\u2019autre monde fais comme tu voudras. Toutefois si \u00e0 sa majorit\u00e9 il fait partie des croyants il sera pour lui toujours temps de se faire baptiser.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Divers<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Paul souffre de son \u00e9loignement en Italie, du manque de permissions, de l\u2019attente interminable de la d\u00e9mobilisation (p.406 \u00ab&nbsp;<em>c\u2019est une sorte d\u2019esclavage ignoble.<\/em>&nbsp;\u00bb). En t\u00e9moignent aussi les choix de titres de chapitre, extraits de passages de lettres&nbsp;: ch. 4, \u00ab&nbsp;<em>Nul n\u2019est heureux \u00e0 la guerre<\/em>&nbsp;\u00bb, ou ch. 5 \u00ab&nbsp;<em>Nous sommes les martyrs du si\u00e8cle<\/em>&nbsp;\u00bb. Int\u00e9ressant est aussi le fait qu\u2019il signale non pas se mettre \u00e0 boire, mais avoir d\u00e9couvert le vin (p. 295) \u00ab<em>&nbsp;je me suis bien habitu\u00e9 au <\/em>\u00ab&nbsp;pinard&nbsp;\u00bb. Il doit rassurer Marie, constern\u00e9e car elle pense qu\u2019il va revenir alcoolique (p. 307) <em>\u00ab&nbsp;J\u2019ai appris \u00e0 boire j\u2019aime bien boire en mangeant tu te rappelles que je ne pouvais pas boire 1 litre \u00e0 un repas et maintenant j\u2019en boirais bien deux mais j\u2019ai appris \u00e0 boire je n\u2019ai pas appris \u00e0 me saouler et sois tranquille je ne ferais jamais cet apprentissage.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On notera en conclusion que beaucoup de correspondances entre couples au village sont moins denses, plus convenues, parfois moins complices que dans ce corpus. Il manque aussi souvent les lettres des femmes, non ramen\u00e9es du front. Pour Martha Hanna, nos t\u00e9moins montrent ici l\u2019importance de la r\u00e9volution cognitive entra\u00een\u00e9e par l\u2019acquisition de la lecture et de l\u2019\u00e9criture, elle-m\u00eame li\u00e9e \u00e0 l\u2019obligation scolaire de la fin du XIXe si\u00e8cle. C\u2019est la richesse et l\u2019originalit\u00e9 de cette source \u00e9pistolaire qui lui permet, autour de ces paysans de Dordogne, de construire cet int\u00e9ressant travail d\u2019anthropologie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, d\u00e9cembre 2023<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Martha Hanna Ta mort serait la mienne 1. Les t\u00e9moins Paul Pireaud, agriculteur \u00e0 Nanteuil-de-Bourzac (Dordogne), est mari\u00e9 \u00e0 Marie Pireaud, n\u00e9e Andrieux, en f\u00e9vrier 1914. 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