{"id":4435,"date":"2023-12-06T20:08:45","date_gmt":"2023-12-06T19:08:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4435"},"modified":"2023-12-06T20:08:45","modified_gmt":"2023-12-06T19:08:45","slug":"villa-georges-1883-1965","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2023\/12\/06\/villa-georges-1883-1965\/","title":{"rendered":"Villa, Georges (1883 \u2013 1965)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">Au-dessus de la tranch\u00e9e &#8211; Carnets de guerre d\u2019un chef d\u2019escadrille<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>1. Le t\u00e9moin<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Georges Villa est un peintre-dessinateur-illustrateur parisien qui publie dans la presse, travaille sur commande pour l\u2019\u00e9dition et fr\u00e9quente le milieu artistique montmartrois. Surpris par la mobilisation en Russie, il rejoint le 132<sup>e<\/sup> RI o\u00f9 il est bless\u00e9 en novembre 1914. Il r\u00e9int\u00e8gre ensuite son unit\u00e9 aux \u00c9parges et est \u00e0 nouveau bless\u00e9 en avril 1915. Accept\u00e9 dans l\u2019aviation en juillet 1915, il d\u00e9bute une formation de pilote. Affect\u00e9 \u00e0 la MF 50 en janvier 1916 avec le grade de lieutenant, il passe ensuite dans un emploi d\u2019\u00e9tat-major \u00e0 Bar-le Duc pour former l\u2019infanterie \u00e0 la liaison avec l\u2019aviation. Pass\u00e9 capitaine, et malade au printemps 1917, il est finalement affect\u00e9 en \u00e9cole d\u2019aviation&nbsp;: directeur-adjoint \u00e0 Juvisy, chef du personnel \u00e0 \u00c9tampes, il termine la guerre \u00e0 Ch\u00e2teauroux. Il continue ensuite sa carri\u00e8re de peintre-dessinateur, se sp\u00e9cialisant notamment dans le th\u00e8me de l\u2019aviation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>2. Le t\u00e9moignage<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les carnets de G. Villa, d\u00e9couverts r\u00e9cemment, ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s aux \u00e9ditions Edhisto, sous la forme d\u2019un texte retranscrit, pr\u00e9fac\u00e9 et annot\u00e9 par Christian Wagner (<em>Au-dessus de la tranch\u00e9e<\/em>, 2022, 285 pages). Ce beau livre, \u00e9dit\u00e9 en collaboration avec la Soci\u00e9t\u00e9 historique et arch\u00e9ologique de Bourmont (Haute-Marne), contient, outre le texte des carnets, de nombreuses photographies et la reproduction de dessins, caricatures, projets\u2026 le tout en provenance du fonds Villa. Le d\u00e9but des \u00e9crits raconte le voyage en Russie avant ao\u00fbt 1914, puis on passe directement \u00e0 juillet 1915 en \u00e9cole de pilotage, la p\u00e9riode \u00ab\u00a0infanterie\u00a0\u00bb est manquante. La pr\u00e9sentation du livre par Christian Wagner, par ailleurs auteur d\u2019une biographie de G. Villa, est tr\u00e8s fouill\u00e9e et nous aide \u00e0 cerner notre t\u00e9moin, c\u2019est une mise en perspective biographique, historique et litt\u00e9raire tr\u00e8s stimulante. Le pr\u00e9facier pr\u00e9cise aussi que de nombreuses consid\u00e9rations sur les projets graphiques de l\u2019auteur n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 reproduites dans ce volume.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>3. Analyse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les journaux de guerre sont en g\u00e9n\u00e9ral destin\u00e9s \u00e0 la famille&nbsp;ou au public&nbsp;; avec Georges Villa, il s\u2019agit plut\u00f4t de carnets \u00ab&nbsp;pour soi-m\u00eame. \u00bb En plus de ses exp\u00e9riences comme pilote et officier, ses \u00e9crits int\u00e8grent des notes sur son art, ses doutes, ainsi que ses r\u00e9solutions comme artiste. Il se livre aussi sur sa vie sentimentale, sa relation avec sa marraine de guerre et les p\u00e9rip\u00e9ties de cette relation tumultueuse. Enfin il \u00e9voque sans fard ses faiblesses, sa grave d\u00e9pression du printemps 1917, et son sentiment de ne pas \u00eatre reconnu \u00e0 sa valeur. C\u2019est donc un document \u00e0 caract\u00e8re intime, probablement pas destin\u00e9 \u00e0 \u00eatre rendu public,&nbsp;et si cela entra\u00eene pour nous un devoir de responsabilit\u00e9, c\u2019est bien ce caract\u00e8re de totale franchise qui fait l\u2019int\u00e9r\u00eat du document.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Pilote d\u00e9butant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les carnets regroupent les remarques d\u2019un lieutenant \u00e9l\u00e8ve-pilote appliqu\u00e9, mais qui ne semble pas comme d\u2019autres d\u00e9vor\u00e9 par la passion de l\u2019aviation. Ses remarques montrent ses progr\u00e8s r\u00e9guliers ainsi que la conscience de ses limites, gage de survie sur ces appareils qui pardonnent peu les erreurs. Le 22 septembre il note&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;\u00e7a vient. Je ne pense plus, sur l\u2019appareil, au danger que je cours.<\/em>&nbsp;\u00bb Dans l\u2019aviation, l\u2019esprit cr\u00e2ne est de rigueur et il est impossible d\u2019avouer ses appr\u00e9hensions. Lors de l\u2019obtention de son brevet en novembre 1915, il fait encore preuve de lucidit\u00e9 (p. 72)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je suis brevet\u00e9. Sinc\u00e8rement, puis-je dire en moi que je sais voler&nbsp;? Non&nbsp;! (\u2026) J\u2019ai constat\u00e9 d\u2019autre part que maintenant, au fur et \u00e0 mesure que j\u2019apprends, je constate que j\u2019ai encore beaucoup \u00e0 savoir, et l\u2019assurance de voici un mois fait place \u00e0 une prudence et \u00e0 une r\u00e9flexion de meilleure utilit\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb Ce n\u2019est donc pas un pilote d\u2019instinct, mais un pilote r\u00e9fl\u00e9chi qui sort de formation pour int\u00e9grer la MF 50 (pour avion Maurice Farman).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Pilote de guerre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il r\u00e9alise sa premi\u00e8re mission au-dessus des lignes le 20 f\u00e9vrier 1916, et fait ensuite r\u00e9guli\u00e8rement du r\u00e9glage, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il emm\u00e8ne un observateur qui r\u00e8gle les tirs de l\u2019artillerie au sol. Ces observateurs sont en g\u00e9n\u00e9ral de jeunes artilleurs sortant de grandes \u00e9coles scientifiques ou de formation d\u2019ing\u00e9nieur. Revenu au sol il dessine, entretient sa correspondance avec sa marraine, et rumine (p. 100, mars 1916)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Quand donc irai-je au danger sans une telle appr\u00e9hension&nbsp;? Je devrais pourtant m\u2019y habituer<\/em>.&nbsp;\u00bb Il progresse aussi par ailleurs, se forme au vol de nuit, ex\u00e9cutant une mission de bombardement sur Laon. L\u2019aviation en 1916 est encore un petit monde,&nbsp;et il r\u00e9alise un r\u00e9glage avec Jean Navarre en protection (mars) puis rencontre Nungesser (ao\u00fbt). L\u2019auteur mentionne ses missions, mais il entre peu dans le d\u00e9tail de ses vols.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>\u00c0 l\u2019escadrille<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ses \u00e9crits montrent qu\u2019en escadrille il est recherch\u00e9 pour ses dessins, illustrations de menus ou caricatures de camarades, mais aussi qu\u2019il n\u2019est pas compl\u00e8tement int\u00e9gr\u00e9 (p. 116, juin 1916): \u00ab&nbsp;<em>Je m\u2019isole de plus en plus. Pourquoi le contact avec mes compagnons d\u2019escadrille m\u2019est-il si d\u00e9sagr\u00e9able&nbsp;? Les observateurs surtout.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>1\u00b0 Ils sont du Midi et vantards<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>2\u00b0 Ils sont artilleurs.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>3\u00b0 Ils sont jeunes et de mentalit\u00e9 trop potache, sans discipline.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>(\u2026) Un pilote, pr\u00e8s d\u2019eux, para\u00eet un vulgaire chauffeur de ces messieurs.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00c0 33 ans, il ne se sent pas d\u2019affinit\u00e9 avec ces \u00e9tudiants attard\u00e9s et indisciplin\u00e9s, et alors qu\u2019il a accumul\u00e9 une importante exp\u00e9rience avant la guerre, il fait un complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9, ayant aussi conscience d\u2019\u00eatre trop r\u00e9serv\u00e9 pour ce milieu bruyant. G. Villa vole en mission de guerre durant l\u2019ann\u00e9e 1916, puis va en octobre occuper des fonctions de liaison \u00e0 Bar-le-Duc.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>D\u00e9pression<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pass\u00e9 capitaine, il est satisfait de son affectation temporaire \u00e0 Bar pour faire des conf\u00e9rences et des propositions sur la liaison infanterie-aviation. Il pense (p. 144) que c\u2019est une bonne \u00e9tape pour&nbsp;quitter la MF 50, aller vers une promotion et passer deux ou trois mois d\u2019hiver \u00ab&nbsp;<em>plus au confort<\/em>&nbsp;\u00bb. Las, rien ne fonctionne comme il l\u2019esp\u00e9rait&nbsp;: il attend en vain un commandement d\u2019escadrille et finit par \u00eatre renvoy\u00e9 \u00e0 la F 44 comme simple pilote. Arriv\u00e9 sur place, c\u2019est alors l\u2019effondrement moral et physique rapide, il ne se sent plus capable de rien (p. 175)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00e9c\u0153urement, l\u2019usure, les d\u00e9ceptions et la fatigue physique autant que nerveuse m\u2019ont compl\u00e8tement \u00f4t\u00e9 l\u2019\u00e9nergie et l\u2019id\u00e9al qu\u2019il faut \u00e0 un militaire actif.&nbsp;<\/em>\u00bb Le m\u00e9decin du groupe d\u2019aviation de la 2<sup>e<\/sup> Arm\u00e9e lui diagnostique une \u00ab&nbsp;<em>asth\u00e9nie tr\u00e8s forte, lassitude prononc\u00e9e, volont\u00e9 tr\u00e8s affaiblie, impossibilit\u00e9 d\u2019un effort physique ou moral soutenu.<\/em>\u00bb Il se soigne, se repose, et sa nomination \u00e0 Juvisy en juin 1917 comme commandant-adjoint de l\u2019\u00e9cole de pilotage lui permet de reprendre le dessus. On notera que cette mutation, un embuscage qui n\u2019est jamais formul\u00e9 comme tel, est obtenue gr\u00e2ce \u00e0 ses relations familiales&nbsp;: son p\u00e8re, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1903, \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ral de brigade et sa m\u00e8re s\u2019est mise en relation avec l\u2019\u00c9tat-major (p. 184).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Juvisy, \u00c9tampes et Ch\u00e2teauroux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Dans ces postes administratifs, l\u2019auteur donne satisfaction, et retrouve sant\u00e9 et \u00e9nergie, tout en r\u00e9cup\u00e9rant de l\u2019autorit\u00e9 (p. 196)&nbsp;: \u00ab <em>ici, c\u2019est le coll\u00e8ge o\u00f9 il faut \u00eatre s\u00e9v\u00e8re, punir, faire peur car chacun veut tirer \u00e0 la corde et ne cherche qu\u2019\u00e0 carotter. Il faut \u00e9viter d\u2019\u00eatre poire. C\u2019est l\u2019\u00c9cole des pistonn\u00e9s, Juvisy. Pour y venir, il faut avoir des recommandations. Et les moniteurs&nbsp;! Brousse, fils de d\u00e9put\u00e9&nbsp;; Z\u00e9vaco, Dalbiez.&nbsp;<\/em>\u00bb G. Villa \u00e9voque la vie de bureau, les relations avec les chefs, sa volont\u00e9 de progresser (organisation du travail) et ses rencontres. Il rationalise et propose des innovations. Dans ses fonctions d\u2019autorit\u00e9, on peut aussi citer par exemple des incidents \u00e0 \u00c9tampes (p. 233), peu courants en premi\u00e8re ligne&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;Il y a des drames avec les dames <\/em>[serveuses-femmes de m\u00e9nage].<em> On les pelote de tous c\u00f4t\u00e9s et cela, forc\u00e9ment, tourne mal et ce sont des histoires emb\u00eatantes.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Les marraines<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Georges Villa, au d\u00e9but de 1916, correspond avec sa marraine de guerre Valentine Brunet&nbsp;; il d\u00e9clare le 11 avril&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je suis amoureux&nbsp;! Amoureux de ma marraine que je ne connais pas sinon en photographie.<\/em>&nbsp;\u00bb S\u2019il se dit certain que cette relation n\u2019aura aucune suite s\u00e9rieuse, car elle a trente ans et deux petites filles, sa position \u00e9volue rapidement et en juillet, il incline vers le mariage avec \u00ab&nbsp;Chou&nbsp;\u00bb, qui semble avoir un peu de bien. Le divorce n\u2019est toutefois pas une affaire simple, d\u2019autant que le mari mobilis\u00e9 (\u00ab&nbsp;<em>Attila<\/em>&nbsp;\u00bb) ne reste pas passif. L\u2019affaire est travers\u00e9e d\u2019incertitudes, li\u00e9es \u00e0 l\u2019inconstance de Chou, et aux infid\u00e9lit\u00e9s platoniques de Georges&nbsp;: un<em> soir de spleen<\/em>, il met une annonce dans la <em>Vie Parisienne<\/em>, et re\u00e7oit en r\u00e9ponse pr\u00e8s de 200 lettres de marraines\u2026 (p. 160)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je br\u00fble presque tout. N\u2019ai-je pas Chou mieux que tout cela&nbsp;? Mais flirteur incorrigible, pour m\u2019amuser, pour la psychologie, je r\u00e9ponds \u00e0 une vingtaine afin de voir ce que c\u2019est.<\/em>\u00bb Malgr\u00e9 ce marivaudage \u00ab&nbsp;industriel&nbsp;\u00bb, notre couple aviateur-marraine de guerre semble tenir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Armistice, et, pour nous, il reste la pr\u00e9cieuse liste des marraines de la page 161, que C. Wagner a eu la bonne id\u00e9e de reproduire en fac-simile&nbsp;: si on \u00e9voque souvent ces correspondances, on a peu de traces mat\u00e9rielles des strat\u00e9gies de s\u00e9duction, et de plus ici, certaines marraines re\u00e7oivent une appr\u00e9ciation (2 TB, 6 B\u2026), il y a aussi des z\u00e9ros et des points d\u2019interrogation. Un nom est ray\u00e9 avec l\u2019appr\u00e9ciation \u00ab&nbsp;<em>sale caract\u00e8re<\/em>&nbsp;\u00bb, et un autre avec \u00ab&nbsp;<em>boniche<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Un anti-h\u00e9ros&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Christian Wagner sugg\u00e8re dans sa pr\u00e9sentation des analogies prises avec Barr\u00e8s, Huysmans et Radiguet, et compare le narrateur \u00e0 un anti-h\u00e9ros houellebecquien. En effet, ce qui fait l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ouvrage, c\u2019est l\u2019apparente contradiction entre les photographies d\u2019un pilote paradant devant sa machine, et le secret, que nous d\u00e9couvrons, de ses prudences en vol&nbsp;; les dessins hardis d\u2019un caricaturiste corrosif et ses questionnements sur son art&nbsp;; ses apparents succ\u00e8s f\u00e9minins et sa fragilit\u00e9 int\u00e9rieure\u2026 D\u00e9cor\u00e9 tardivement (9 mai 1916, p. 111), il t\u00e9moigne&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ouf&nbsp;! Quel soulagement. J\u2019ai enfin un signe de gloire \u00e0 montrer.<\/em>&nbsp;\u00bb Il reste que G. Villa, patriote constant, est redevenu un officier \u00e9nergique, et il re\u00e7oit la l\u00e9gion d\u2019honneur en janvier 1918.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Peu avant que le rideau ne tombe sur ces int\u00e9ressants carnets, intervient un coup de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: G. Villa tombe sur son dossier personnel (p. 256), \u00ab&nbsp;<em>un hasard extraordinaire vient de me permettre de lire mes notes militaires.<\/em>\u00bb Sous-lieutenant, il a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 par son colonel au 132<sup>e<\/sup> RI en 1913 \u00ab&nbsp;<em>D\u2019apr\u00e8s lui, je suis mou, incapable de commander, indiff\u00e9rent, etc.&nbsp;: il y en a presque 15 lignes<\/em>&nbsp;\u00bb. Ses autres notes dans l\u2019infanterie sont seulement un peu meilleures, et elles deviennent convenables dans l\u2019aviation. On comprend alors que sa carri\u00e8re a \u00e9t\u00e9 frein\u00e9e par les notes d\u00e9testables de ses d\u00e9buts. Pour lui il s\u2019agit d\u2019une vengeance froide&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;souvenirs rappel\u00e9s, je me souviens qu\u2019il me parlait un jour de papa avec qui il avait \u00e9t\u00e9 \u00e9l\u00e8ve \u00e0 Saint-Cyr&nbsp;; j\u2019aurais d\u00fb me douter, \u00e0 son ton rageur et moqueur qu\u2019il se vengerait sur le fils de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du P\u00e8re.&nbsp;<\/em>\u00bb On comprend ainsi pourquoi bless\u00e9 deux fois, il quitte l\u2019infanterie sans citation, et attend ensuite en vain un commandement d\u2019escadrille. Alors, h\u00e9ros brim\u00e9 ou costume d\u2019aviateur trop large&nbsp;? Certes G. Villa est un privil\u00e9gi\u00e9 qui peut se mettre \u00e0 l\u2019abri, mais il est attachant en ce qu\u2019ayant conscience du handicap que constitue son caract\u00e8re r\u00e9serv\u00e9, il se bat pour en surmonter les effets. Combien d\u2019autres pilotes dans ce cas au mess, o\u00f9 tout le monde n\u2019est ni Guynemer, ni Nungesser?<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab&nbsp;<em>On comprend combien je me sens seul, ici, \u00e0 l\u2019escadrille o\u00f9 l\u2019attitude de \u00ab&nbsp;<\/em>je m\u2019en foutisme<em>&nbsp;\u00bb est presque de r\u00e8gle, \u00e9tant donn\u00e9 que se d\u00e9clarer prudent, c\u2019est presque dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<\/em>j\u2019ai peur<em>&nbsp;\u00bb. Je n\u2019ai pour me soutenir, que ma force morale, ma m\u00e8re et Chou.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Vincent Suard, d\u00e9cembre 2023<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au-dessus de la tranch\u00e9e &#8211; Carnets de guerre d\u2019un chef d\u2019escadrille 1. Le t\u00e9moin Georges Villa est un peintre-dessinateur-illustrateur parisien qui publie dans la presse, travaille sur commande pour l\u2019\u00e9dition et fr\u00e9quente le milieu artistique montmartrois. 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