{"id":445,"date":"2011-06-13T20:13:35","date_gmt":"2011-06-13T19:13:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=445"},"modified":"2021-09-12T19:35:31","modified_gmt":"2021-09-12T18:35:31","slug":"perrin-francois-1875-1954","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/06\/13\/perrin-francois-1875-1954\/","title":{"rendered":"Perrin, Fran\u00e7ois (1875-1954)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><br \/>\nLa vocation militaire, dans la famille Perrin, remonte \u00e0 un a\u00efeul prestigieux, Victor, mar\u00e9chal de Napol\u00e9on. Fran\u00e7ois Perrin est n\u00e9 \u00e0 Besan\u00e7on le 6 avril 1875. Il a \u00e9tudi\u00e9 la m\u00e9decine \u00e0 l\u2019\u00e9cole du Service de sant\u00e9 de Lyon et au Val de Gr\u00e2ce. Il est nomm\u00e9 \u00e0 Colomb-B\u00e9char, dans le Sud-Oranais, o\u00f9 il participe en 1908 aux op\u00e9rations aux confins du Maroc ; puis \u00e0 Tours au 66e RI en 1909 ; \u00e0 Saint-Di\u00e9 au 3e BCP en 1913. Mari\u00e9 en 1910, il a une fille en 1911 et un fils en 1914. D\u00e8s ao\u00fbt 14, lors des batailles de Lorraine, il est captur\u00e9 avec son \u00e9quipe m\u00e9dicale, puis rendu \u00e0 la France via la Suisse. Apr\u00e8s une p\u00e9riode d\u2019activit\u00e9s mal d\u00e9finies, dont il se plaint, il a la charge d\u2019une ambulance chirurgicale, d\u2019ao\u00fbt 1915 \u00e0 avril 1917. Malade, il doit abandonner. Il prend sa retraite en Touraine en 1920. La d\u00e9faite fran\u00e7aise de 1940 le choque profond\u00e9ment. Il meurt \u00e0 Tours en 1954.<br \/>\nFran\u00e7ois Perrin admire Lyautey. Il d\u00e9teste les d\u00e9put\u00e9s et les magouilles, les francs-ma\u00e7ons, les radicaux (parmi lesquels Chautemps et Besnard, \u00ab deux immondes politiciens \u00bb) et les socialistes, et \u00ab les m\u00e9t\u00e8ques qui vivent \u00e0 nos crochets \u00bb. Jaur\u00e8s est attaqu\u00e9 nomm\u00e9ment une fois, et indirectement une autre (p. 162) : \u00ab S\u2019apitoyer sur le sort du troupier, faire \u00e9talage d\u2019un humanisme outrancier sous le panache de l\u2019avenir du pays, de la d\u00e9fense nationale, de la s\u00e9curit\u00e9 des familles et de la patrie, constituent une plate-forme \u00e9lectorale de tout repos. [\u2026] Revendications militaires, ouvri\u00e8res, sociales : \u00e9l\u00e9ments rab\u00e2ch\u00e9s qui pr\u00e9parent le d\u00e9sordre et l\u2019anarchie mais assurent la fortune des politiciens sans scrupules et sans conscience qui s\u2019appliquent \u00e0 les faire na\u00eetre. \u00bb<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><br \/>\nFran\u00e7ois Perrin a \u00e9crit ses m\u00e9moires dans les ann\u00e9es 1943-44. Son petit-fils, Eric Perrin, en pr\u00e9sente le texte sous le titre : <em>Un toubib sous l\u2019uniforme, 1908-1918, Carnets de Fran\u00e7ois Perrin<\/em>, \u00e9ditions Anovi, 2009, 347 p., illustrations. Des notes apportent des rectifications quand les souvenirs de l\u2019auteur sont fautifs. La Grande Guerre n\u2019occupe qu\u2019un tiers du livre, mais la vie d\u2019un m\u00e9decin militaire au cours des ann\u00e9es qui la pr\u00e9c\u00e8dent apporte une information utile.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><br \/>\n&#8211; Les quatre premiers chapitres d\u00e9crivent le combat de Menabba (16 avril 1908) et d\u2019autres op\u00e9rations aux confins du Sud-Oranais et du Maroc.<br \/>\n&#8211; La vie en garnison \u00e0 Colomb-B\u00e9char est ensuite \u00e9voqu\u00e9e, avec la n\u00e9cessaire surveillance sanitaire du personnel des maisons closes, \u00ab lourde responsabilit\u00e9 morale \u00bb vis-\u00e0-vis des jeunes officiers. Un passage spectaculaire d\u00e9crit une invasion de criquets.<br \/>\n&#8211; La transition entre Colomb-B\u00e9char et Tours (p. 119) : \u00ab Enfin, l\u2019homme normal est cr\u00e9\u00e9 pour fonder une famille et non pour garnir sa solitude, sans combler le vide de son \u00e2me, avec les \u00e9panchements de petites alli\u00e9es plus ou moins voluptueuses, compr\u00e9hensives et color\u00e9es. \u00bb<br \/>\n&#8211; La vie d\u2019un officier dans une garnison de la province fran\u00e7aise est d\u00e9crite avec bien des d\u00e9tails : visites protocolaires, conspiration pour le marier, rencontre de la jeune fille id\u00e9ale, les approches, l\u2019accord, le trousseau\u2026<br \/>\n&#8211; Au cours de la premi\u00e8re phase de la guerre de 1914, l\u2019auteur \u00e9voque les illusions de victoire lors de l\u2019avance en Lorraine, les avertissements des habitants annon\u00e7ant le pi\u00e8ge (p. 224) qui, en effet, se referme sur les Fran\u00e7ais. Perrin d\u00e9crit l\u2019horreur du champ de bataille et la \u00ab boucherie d\u00e9sesp\u00e9rante \u00bb (p. 241) que repr\u00e9sentent les op\u00e9rations de \u00ab centaines de bless\u00e9s fran\u00e7ais et allemands m\u00e9lang\u00e9s, entass\u00e9s, souvent sur le sol nu, dans des granges, des remises, des \u00e9curies \u00bb (p. 243). Captur\u00e9s, Perrin et ses aides op\u00e8rent en compagnie des m\u00e9decins allemands, jug\u00e9s trop interventionnistes : \u00ab gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ascendant que nous prenons imm\u00e9diatement, nous sauvons heureusement pas mal de bras et de jambes \u00bb (p. 246). Tout en d\u00e9testant les Allemands, Perrin note (p. 232) : \u00ab On en apporte de tous c\u00f4t\u00e9s [des bless\u00e9s]. On ne sait plus ou les mettre. Fran\u00e7ais et Allemands sont pour ainsi dire couch\u00e9s les uns sur les autres. Et aussit\u00f4t nous remarquons une \u00e9volution psychologique \u00e9tonnante. Nos hommes se desserrent, aident les Boches \u00e0 s\u2019installer. \u00ab\u00a0Attends, mon pauvre vieux que je t\u2019arrange\u00a0\u00bb et r\u00e9ciproquement ceux-ci sont pleins de piti\u00e9 pour leurs voisins. La haine a totalement disparu. Ils sont tous des victimes de la guerre et fraternisent sans r\u00e9serve dans la douleur. \u00bb L\u2019exp\u00e9rience lui inspire une critique d\u00e9taill\u00e9e du Service de sant\u00e9 fran\u00e7ais et m\u00eame allemand.<br \/>\n&#8211; Dans la p\u00e9riode o\u00f9 ses activit\u00e9s sont mal d\u00e9finies, il montre le travail d\u2019un officier d\u2019administration charg\u00e9 d\u2019envoyer aux familles les objets personnels des tu\u00e9s (p. 266, voir aussi la notice Blayac). Il d\u00e9crit une ambulance russe et les orgies qui s\u2019y d\u00e9roulent (p. 269), et les salons d\u2019Epernay pleins d\u2019embusqu\u00e9s, de \u00ab jeunes et robustes fils de famille soigneusement cas\u00e9s au volant d\u2019un camion ou d\u2019une auto du train des \u00e9quipages \u00bb (p. 273). Quant au secteur de Craonnelle et Maizy, en juin 1915, il est \u00ab p\u00e9p\u00e8re \u00bb ; on se fiche la paix des deux c\u00f4t\u00e9s. \u00ab C\u2019est dans ce secteur que le soir de No\u00ebl 1915 un r\u00e9veillon r\u00e9unit dans un trou d\u2019obus mitoyen quelques-uns de nos poilus avec des compagnons d\u2019en face. Le commandement ordonna aussit\u00f4t, sous peine de conseil de guerre, de mettre un terme \u00e0 cette fraternisation excessive \u00bb (p. 289, mais le docteur Perrin ne se trouvait plus dans le secteur \u00e0 cette date, et il a d\u00fb entendre parler de l\u2019\u00e9pisode, sans l\u2019avoir vu).<br \/>\n&#8211; Charg\u00e9 de l\u2019ambulance 1\/155, il montre un remarquable sens de l\u2019organisation (voir aussi la notice Viguier). Perrin serait le cr\u00e9ateur des ambulances chirurgicales mobiles : \u00ab j\u2019en revendique la paternit\u00e9, \u00e9crit-il, en mon nom et en celui de mes coll\u00e8gues \u00bb (p. 294). Son \u00e9quipe invente aussi un appareil pour fournir de l\u2019oxyg\u00e8ne afin de soigner les gaz\u00e9s (p. 307). Quant aux mutilations volontaires, le docteur Perrin les constate, mais ne les d\u00e9nonce pas. Le mutil\u00e9 acquitt\u00e9 et gu\u00e9ri remonte aux tranch\u00e9es. \u00ab Qu\u2019on fusille un d\u00e9serteur qui passe \u00e0 l\u2019ennemi, oui. Mais mettre au poteau un gosse qui a d\u00e9j\u00e0 combattu et que le d\u00e9sespoir d\u2019une vie impossible abat momentan\u00e9ment, c\u2019est une erreur. Le cafardeux est un malade et, s\u2019il a compar\u00e9 sa vie avec celle des innombrables embusqu\u00e9s de Paris, sa maladie se con\u00e7oit et s\u2019excuse \u00bb (p. 300).<br \/>\n&#8211; En guise de conclusion, une phrase du docteur Perrin (p. 321) remet en question la vision saugrenue de certains historiens pr\u00e9sentant les m\u00e9decins comme d\u00e9valoris\u00e9s parce qu\u2019ils ne participent pas au combat : \u00ab Il n\u2019en est pas de plus belle [carri\u00e8re], car il n\u2019en est pas o\u00f9 l\u2019on puisse, en faisant consciencieusement son devoir, \u00e9prouver autant de satisfactions morales. Certes il est de durs moments. Lorsqu\u2019au combat l\u2019ennemi est tout pr\u00e8s, que les projectiles pleuvent, que l\u2019on ne sait pas lequel vous est destin\u00e9, il faut un certain don de sang-froid, de courage m\u00eame, pour continuer \u00e0 donner ses soins, \u00e0 op\u00e9rer, sans manifester devant ses inf\u00e9rieurs l\u2019\u00e9motion naturelle qui vous \u00e9treint. L\u2019incertitude des vicissitudes de la lutte, la responsabilit\u00e9 du personnel que vous commandez, le devoir de venir en aide de votre mieux \u00e0 ceux qui sont tomb\u00e9s cr\u00e9ent une tension d\u2019esprit qu\u2019il faut avoir \u00e9prouv\u00e9e pour la conna\u00eetre. \u00bb<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, juin 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin La vocation militaire, dans la famille Perrin, remonte \u00e0 un a\u00efeul prestigieux, Victor, mar\u00e9chal de Napol\u00e9on. Fran\u00e7ois Perrin est n\u00e9 \u00e0 Besan\u00e7on le 6 avril 1875. 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