{"id":4455,"date":"2024-02-24T19:04:24","date_gmt":"2024-02-24T18:04:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4455"},"modified":"2024-06-03T16:55:04","modified_gmt":"2024-06-03T15:55:04","slug":"hemar-marguerite-marie-1881-1949","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/02\/24\/hemar-marguerite-marie-1881-1949\/","title":{"rendered":"H\u00e9mar, Marguerite-Marie (1881 \u2013 1949)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab\u00a0Journal\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. La t\u00e9moin.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Marguerite-Marie H\u00e9mar n\u00e9e Flourez, mari\u00e9e en 1909 \u00e0 Marcel H\u00e9mar, exploitant de la ferme de La Motte, sise au Bizet (Nord), au bord de la Lys \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019Armenti\u00e8res et de la fronti\u00e8re belge. Apr\u00e8s la mobilisation de son mari en septembre 1914, c\u2019est elle qui devient chef d\u2019exploitation, alors qu\u2019enceinte, elle a d\u00e9j\u00e0 3 enfants en bas \u00e2ge. Elle aura 13 enfants au total jusqu\u2019en 1925, dont un mort-n\u00e9 et un autre d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 2 ans. Jean-Louis Decherf la d\u00e9crit comme une femme de t\u00eate, instruite et capable de diriger l\u2019exploitation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Histoire de Comines-Warneton a publi\u00e9 dans le volume 44 de ses M\u00e9moires (2014) ce <em>Journal<\/em> de Marguerite-Marie H\u00e9mar, pr\u00e9sent\u00e9 par Jean-Louis Decherf (p. 143 \u00e0 162)&nbsp;; le r\u00e9cit va du 3 septembre 1914 au 13 juin 1916. Le rapporteur signale n\u2019avoir rapport\u00e9 dans ces pages que les faits de guerre en omettant volontairement les travaux agricoles.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce r\u00e9cit de guerre continue un carnet commenc\u00e9 en 1906, nomm\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>\u00c9ph\u00e9m\u00e9rides des principaux ouvrages de la ferme de La Motte et annotation des faits les plus saillants.<\/em>&nbsp;\u00bb. Marcel H\u00e9mar consignait des travaux \u00e0 la ferme, l\u2019\u00e9volution du cheptel et des transactions commerciales, l\u2019exploitation avant-guerre disposant de quatre chevaux et employant plusieurs ouvriers. \u00c0 partir du 3 septembre 1914, c\u2019est sa femme Marguerite-Marie qui g\u00e8re l\u2019exploitation et tient ce journal, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9vacuation en 1916. Les mentions sont courtes, et comme souvent ont tendances \u00e0 s\u2019espacer (10 pages denses pour 1914, deux pages 1915 et \u00bd page 1916)&nbsp;: en fait ce recueil d\u2019informations est surtout significatif pour le d\u00e9but de la p\u00e9riode, avec l\u2019arriv\u00e9e des Fran\u00e7ais, des Allemands puis des Anglais (octobre \u2013 d\u00e9cembre 1914).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019inqui\u00e9tude grandit en septembre 1914 avec l\u2019incertitude sur la position du front, mais le travail continue, avec un premier exemple de description d\u2019ambiance \u00e0 la ferme (28 septembre 1914, p. 147, avec autorisation de citation)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Re\u00e7u lettre recommand\u00e9e de Marcel. R\u00e9pondu de m\u00eame, envoy\u00e9 mandat de cent francs. Journ\u00e9e fort charg\u00e9e, un peu triste \u00e0 cause de la grande inqui\u00e9tude que t\u00e9moigne Marcel dans sa lettre et des diff\u00e9rents ennuis&nbsp;: vols de poires et de raisin&nbsp;; le vacher boit une bonne partie de l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; inqui\u00e9tude pour Henri&nbsp;; pas de nouvelles rassurantes au sujet de la guerre.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Arriv\u00e9e des Allemands<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le 4 octobre les uhlans sont annonc\u00e9s, mais c\u2019est l\u2019infanterie fran\u00e7aise et des chasseurs \u00e0 cheval qui surgissent, allant combattre vers Ploegsteert, puis repassant devant eux&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ils ont dispers\u00e9 la patrouille, fait deux ou trois bless\u00e9s prisonniers. La foule les hue au passage.<\/em>&nbsp;\u00bb Le 7 octobre, les troupes fran\u00e7aises ont quitt\u00e9 les lieux, les Allemands menacent, l\u2019incertitude domine&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vers<em> onze heures une panique\u2026 (\u2026) des femmes, des enfants charg\u00e9s de paquets s\u2019en vont en courant vers Armenti\u00e8res. Ici, on rassemble ce qu\u2019il faut sauver&nbsp;; puis on attend l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019ennemi, mais encore une fausse alerte. Le soir, le poste de cuirassiers est renforc\u00e9. Les braves sont heureux qu\u2019on leur porte \u00e0 souper. Ils ont \u00e9lev\u00e9 une barricade en face de la ferme.<\/em>\u00bb Le 9, les hommes valides de 18 \u00e0 50 re\u00e7oivent l\u2019ordre pr\u00e9fectoral d\u2019\u00e9vacuer vers l\u2019arri\u00e8re, et le 10 on voit les premiers Allemands. \u00ab<em>Il est pass\u00e9 des Uhlans (50 \u00e0 60). Leur tenue \u00e9tait correcte, ils ne se sont pas arr\u00eat\u00e9s \u00e0 la ferme<\/em>.&nbsp;\u00bb Ces Allemands restent une petite semaine, exigent des livraisons d\u2019avoine, demandent des \u0153ufs en les payant, puis font sauter les ponts sur la Lys, ils se retirent le 16 octobre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Arriv\u00e9e des Anglais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">17 octobre 1914 p. 151 \u00ab<em>&nbsp;On a fait du pain hier, on a recommenc\u00e9 aujourd\u2019hui car la population a faim et on ne trouve pas de pain. Vers neuf heures grande nouvelle&nbsp;! Les Anglais occupent la ville&nbsp;<\/em>\u00bb. Le r\u00e9cit \u00e9voque alors le travail qui continue dans les champs malgr\u00e9 les bombardements, les demandes anglaises r\u00e9p\u00e9t\u00e9es (foin, vivres\u2026) et l\u2019inqui\u00e9tude pour les absents. Le front est stabilis\u00e9 et il bougera peu \u00e0 cet endroit jusqu\u2019\u00e0 l\u2019offensive allemande de 1918. Un passage illustre cette vie quotidienne sous la menace les obus (18 octobre 1914) au moment de \u00ab<em>&nbsp;la grand\u2019messe de 10 h, \u00e0 10 moins le \u00bc le voici (Monsieur le Cur\u00e9) qui se sauve avec sa bonne, le sacristain et tous les habitants de la place de l\u2019\u00e9glise. (\u2026) nous nous r\u00e9fugions dans la cave jusque midi&nbsp;; puis voyant que tout le monde circule, on remonte et on se met \u00e0 travailler.&nbsp;<\/em>\u00bb Marie-Marguerite H\u00e9mar est tr\u00e8s croyante, et les mentions du carnet \u00e9voquent souvent des pri\u00e8res, des remerciements li\u00e9s aux \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus, et elle implore protection pour les siens (1<sup>er<\/sup> nov. 1914) \u00ab&nbsp;<em>Nuit et jour terribles. Mon Dieu ayez piti\u00e9 de nous, mettez un terme \u00e0 cette \u00e9pouvantable calamit\u00e9. Que vous \u00eates bon de nous avoir pr\u00e9serv\u00e9s de tout mal jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. (\u2026) <\/em>Ses enfants subissent aussi la situation, \u00ab&nbsp;<em>Les petites filles parlent sans cesse de leur cher petit papa, Madeleine surtout. Quant \u00e0 Marie-Louise elle se met parfois \u00e0 pleurer et dit que son papa est trop longtemps sans revenir. Marie-Th\u00e9r\u00e8se r\u00e9p\u00e8te tout ce que disent ses a\u00een\u00e9es. Ces chers enfants sont nos anges protecteurs\u2026 et notre consolation.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Une vie de cultivatrice en troisi\u00e8me ligne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le mois de novembre 1914 est le plus fourni en mentions, d\u00e9cembre manque et des notes espac\u00e9es reprennent en 1915. La diariste mentionne comment s\u2019est pass\u00e9e la nuit (<em>terrible<\/em> ou <em>tr\u00e8s calme<\/em>), le bruit du canon, des mitrailleuses, la difficult\u00e9 \u00e0 aller aux champs malgr\u00e9 les obus, les impacts proches de la ferme\u2026 ainsi le 3 novembre \u00ab&nbsp;<em>\u00e9pouvantable pluie d\u2019obus sur la ville pendant vingt minutes environ. On descend dire son chapelet \u00e0 la cave, puis on se remet au travail. Les Anglais font rentrer J\u00e9r\u00e9mie <\/em>[l\u2019ouvrier agricole]<em>.&nbsp;<\/em>\u00bb Fin 1914, beaucoup d\u2019\u00e9vacu\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire des individus qui ont fui l\u2019avance allemande et qui ne peuvent rentrer chez eux, n\u2019ont pas encore trouv\u00e9 de point de chute, ils sont sans ressources (8 novembre 14)&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;Beaucoup ont mis\u00e8re&nbsp;: souvent ils demandent du pain&nbsp;; tous les soirs on en abrite plusieurs.&nbsp;<\/em>\u00bb Des errants sont embauch\u00e9s pour remplacer les absents mobilis\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Nous avons deux \u00e9vacu\u00e9s de Bondues qui travaillent pour la nourriture depuis huit jours. Ils s\u2019appellent Ducatillon et sont bien convenables.<\/em>&nbsp;\u00bb Les relations avec les Anglais sont correctes, mais m\u00eame alli\u00e9es, ces troupes repr\u00e9sentent une g\u00eane, et il faut s\u2019en accommoder, ainsi que peut le monter ce long extrait d\u2019ambiance (21 novembre 1914)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Quelle journ\u00e9e de fatigue et de tracas&nbsp;!&#8230; Environ 250 soldats anglais sont arriv\u00e9s hier soir vers 7 heures. Ils se sont cas\u00e9s un peu partout dans toutes les places de la ferme. Ils nous ont pris une lanterne. On a beau se mettre en peine tour \u00e0 tour pour la redemander. Ils ne veulent pas la rendre. Ce matin, il a fallu faire le travail \u00e0 moiti\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9. Tous les soldats en se levant sont venus demander du caf\u00e9. On en a fait une bonne portion. Certains ont bu sans payer. D\u2019autres ont pay\u00e9 1 sou la jatte. Puis ils se sont mis \u00e0 circuler partout, cherchant du bois, br\u00fblant des bons piquets, des perches \u00e0 haricot, etc. etc. Il y en a sans cesse dans les \u00e9tables. Il y en a qui se rasent, qui se lavent \u00e0 grande eau. On remarque qu\u2019ils ont tous de bonnes flanelles et de bons tricots en laine couleur naturelle. Ils sont bien gais. Ils font la lessive tour \u00e0 tour. A midi la pompe est vide.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00c0 la fin de novembre, les parents de la narratrice arrivent \u00e0 la ferme apr\u00e8s un p\u00e9riple de plusieurs semaines, ils ont d\u00fb fuir leur ferme situ\u00e9e elle-aussi sur la ligne de front (Lorgies), et c\u2019est \u00e0 nouveau l\u2019occasion d\u2019une action de gr\u00e2ce. En novembre 1915, les Anglais commencent \u00e0 d\u00e9truire la grange, en empilant et r\u00e9cup\u00e9rant syst\u00e9matiquement les briques qu\u2019ils emm\u00e8nent. Le p\u00e8re de M.M. H\u00e9mar \u00e9crit au g\u00e9n\u00e9ral Huguet pour protester, ce qui semble efficace&nbsp;(13 d\u00e9c. 1915)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il semble que les travaux sont suspendus nous n\u2019avons plus vu les d\u00e9molisseurs.<\/em>&nbsp;\u00bb Les rares mentions de 1916 font mention de l\u2019aggravation des bombardements, et c\u2019est en juin de cette ann\u00e9e que les habitants doivent \u00eatre \u00e9vacu\u00e9s vers Bailleul, le 10 pour les enfants, puis c\u2019est l\u2019occasion de la derni\u00e8re mention (13 juin 1916)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Amen\u00e9 toutes les vaches et g\u00e9nisses \u00e0 Bailleul.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Donc un t\u00e9moignage int\u00e9ressant, certes pour une p\u00e9riode assez courte du conflit, mais repr\u00e9sentatif de ces exploitations agricoles, situ\u00e9es \u00e0 la fois suffisamment loin de la premi\u00e8re ligne pour tenter de continuer l\u2019exploitation, mais aussi trop pr\u00e8s pour ne pas pr\u00e9senter un risque s\u00e9rieux. C\u2019est aussi l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une fermi\u00e8re, qui prend la direction de l\u2019exploitation, n\u00e9gocie avec les Anglais et nous livre une restitution vivante de son quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, janvier 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Journal\u00a0\u00bb 1. La t\u00e9moin. Marguerite-Marie H\u00e9mar n\u00e9e Flourez, mari\u00e9e en 1909 \u00e0 Marcel H\u00e9mar, exploitant de la ferme de La Motte, sise au Bizet (Nord), au bord de la Lys \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019Armenti\u00e8res et de la fronti\u00e8re belge. 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