{"id":4459,"date":"2024-02-24T19:15:24","date_gmt":"2024-02-24T18:15:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4459"},"modified":"2024-06-03T16:56:37","modified_gmt":"2024-06-03T15:56:37","slug":"blanc-leopold-1885-1917-et-blanc-emile-1894-1917","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/02\/24\/blanc-leopold-1885-1917-et-blanc-emile-1894-1917\/","title":{"rendered":"Blanc, L\u00e9opold (1885 \u2013 1917) et Blanc, \u00c9mile (1894 \u2013 1917)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab\u00a0Les lettres des fr\u00e8res Blanc\u00a0\u00bb &#8211; Philip Hoyle (\u00e9d.)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Les t\u00e9moins<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u00e9opold et \u00c9mile Blanc, qui ont 29 et 19 ans au d\u00e9but de la guerre, travaillent la terre avec leurs parents \u00e0 La M\u00e9tairie-Haute, \u00e0 Sauliac-sur C\u00e9l\u00e9 (Lot). L\u00e9opold commence la guerre au 207<sup>e<\/sup> RI puis passe ensuite dans le g\u00e9nie. Apr\u00e8s une blessure l\u00e9g\u00e8re, il sert au 7<sup>e<\/sup> RI jusqu\u2019au 30 avril 1917,&nbsp;date \u00e0 laquelle il est tu\u00e9 lors de l\u2019attaque du Casque (Mont de Champagne). \u00c9mile, classe 14, d\u2019abord mobilis\u00e9 au 10<sup>e<\/sup> Dragon puis rapidement transf\u00e9r\u00e9 au 88<sup>e<\/sup> RI, est souvent malade, et n\u2019arrive durablement en ligne qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1915. Il est tu\u00e9 le 22 avril 1917 dans un assaut au Mont Cornillet.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Les lettres des fr\u00e8res Blanc<\/em>, T\u00e9moignages du Front 1914 \u2013 1917 (2013, 90 pages) ont \u00e9t\u00e9 retranscrites et publi\u00e9es \u00e0 compte d\u2019auteur par Philip Hoyle. Celui-ci, ayant fait l\u2019acquisition dans les ann\u00e9es 1980 de la M\u00e9tairie-Haute, ancienne ferme de la famille Blanc, avait re\u00e7u d\u2019Anya Buys et Claude Aubin environ 250 de ces lettres. Dans son introduction, il rend hommage \u00e0 L\u00e9opold et \u00e0 \u00c9mile Blanc, qui \u00e0 son sens ne se seraient pas oppos\u00e9s \u00e0 une mise en lumi\u00e8re de leur t\u00e9moignage (p. 3)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>il existe un tumulus sur les terres de la M\u00e9tairie haute, vieux de 4 \u00e0 5000 ans que l\u2019on nomme \u00ab&nbsp;Cayrou de la Justice&nbsp;\u00bb&nbsp;; en faisant conna\u00eetre ces lettres, je rends ainsi justice \u00e0 L\u00e9opold et Emile.<\/em>&nbsp;\u00bb Pour la r\u00e9daction de cette notice, j\u2019ai contact\u00e9 la M\u00e9tairie-Haute, et les habitants actuels m\u2019ont r\u00e9pondu que Philip Hoyle \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 depuis \u00ab&nbsp;quelques ann\u00e9es&nbsp;\u00bb. Ainsi, dans la m\u00eame logique, mais avec un axe plus historique que m\u00e9moriel, je pense que celui-ci ne se serait pas oppos\u00e9 \u00e0 la citation d\u2019extraits des lettres. Il existe un exemplaire de ce recueil \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des \u00c9tudes du Lot. Merci \u00e0 Patrice Foissac pour m\u2019avoir fait conna\u00eetre ce document.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les fr\u00e8res et leur p\u00e8re \u00e9crivent toujours en fran\u00e7ais, et P. Hoyle pr\u00e9cise avoir corrig\u00e9 certaines fautes d\u2019orthographe pour favoriser la lisibilit\u00e9, il a laiss\u00e9 des formules imag\u00e9es ou des expressions m\u00eame maladroites.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les lettres donnent des nouvelles de la sant\u00e9, en demandent, se renseignent sur les saisons, les travaux de la ferme. Les fr\u00e8res \u00e9voquent des connaissances, tu\u00e9s, bless\u00e9s ou en permission. Ils mentionnent souvent le souci que leur cause la solitude des parents, oblig\u00e9s d\u2019assumer seul l\u2019exploitation de la ferme. Les deux fr\u00e8res se m\u00e9fient de la censure postale, ne donnant que tr\u00e8s peu d\u2019indications g\u00e9ographiques et jamais de description de combat. En m\u00eame temps, et de mani\u00e8re assez contradictoire, les \u00e9changes \u00e9voquent souvent des sujets myst\u00e9rieux <em>dont on a parl\u00e9<\/em>, la question <em>que tu sais<\/em>, voire quittent toute prudence.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>L\u00e9opold<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u00e9opold \u00e9crit des lettres dont la tonalit\u00e9 est souvent sombre, il est m\u00e9content d\u2019\u00eatre au front, se plaint beaucoup, et les seuls moments sereins sont ceux de l\u2019hiver 1914, parce qu\u2019il est vers\u00e9 dans le g\u00e9nie, ou en 1916, apr\u00e8s une convalescence \u00e0 la suite d\u2019une blessure l\u00e9g\u00e8re. Il condamne la guerre d\u00e8s novembre 1914 (p. 15) \u00ab&nbsp;<em>Nous commen\u00e7ons tous \u00e0 en \u00eatre d\u00e9go\u00fbt\u00e9s et on se demande quand est-ce que viendra ce jour de paix que nous d\u00e9sirons tous d\u2019un commun accord.&nbsp;<\/em>\u00bb Les plaintes sont r\u00e9currentes, comme en janvier 1915, \u00ab&nbsp;<em>enfin tout le monde en a assez de ces tortures.<\/em>&nbsp;\u00bb, ou dans cette formule d\u2019au revoir en f\u00e9vrier 1916&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Rien de plus \u00e0 vous dire, sinon qu\u2019on nous traite comme les criminels. Adieu je vous embrasse.<\/em>&nbsp;\u00bb. La tonalit\u00e9 cyclothymique de ses lettres voit d\u2019une part des reproches et des explosions de col\u00e8re envers les parents (pas assez de lettres, de colis, d\u2019argent\u2026), puis des excuses, des regrets, comme en juin 1916 \u00ab&nbsp;<em>vous m\u2019excuserez de quelques lettres que je vous ai \u00e9crites, j\u2019allais peut-\u00eatre trop loin mais vu que je me trouvais dans ces conditions, l\u00e0, j\u2019\u00e9tais fou de rage.<\/em>&nbsp;\u00bb Son pr\u00eat ne lui permet pas d\u2019acheter le vin qu\u2019il consomme avec ses camarades en plus de l\u2019allocation journali\u00e8re. C\u2019est sa seule d\u00e9pense au front, et sa pauvret\u00e9 est cruellement ressentie&nbsp;: les trois quarts de ses lettres contiennent des demandes d\u2019argent. Le p\u00e8re accepte parfois d\u2019aider son fils, mais souvent tarde aussi (p. 40) \u00ab&nbsp;<em>plus le sou et c\u2019est triste surtout pour un type comme moi qui a de l\u2019argent \u00e0 la caisse d\u2019\u00e9pargne me trouvant sans le sou par votre faute.&nbsp;<\/em>\u00bb Il s\u2019excuse \u00e0 deux reprises d\u2019avoir mis \u00ab&nbsp;<em>quelques phrase pas recommandables<\/em>&nbsp;\u00bb dans ses lettres car il avait bu avec les camarades. \u00c0 la longue, les crises s\u2019espacent, et les lettres sont plus courtes, toujours sombres mais plus calmes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>\u00c9mile<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le jeune fr\u00e8re de L\u00e9opold est d\u2019humeur plus \u00e9gale, souvent enjou\u00e9e, m\u00eame s\u2019il critique aussi la guerre de mani\u00e8re r\u00e9currente. Au 10<sup>e<\/sup> dragon de Montauban, il se fait porter malade d\u00e8s le 4<sup>e<\/sup> jour de caserne, et passe souvent \u00e0 la visite. Rapidement vers\u00e9 dans l\u2019infanterie (p. 55) \u00ab&nbsp;<em>Cela ne me g\u00eane pas beaucoup car dans les dragons il y a beaucoup de fourbi&nbsp;<\/em>\u00bb, il y continue \u00e0 se faire porter malade, pour \u00e9chapper aux marches (rhumatisme articulaire). \u00c0 Montauban comme \u00e0 Mirepoix, il a convaincu ses parents de lui envoyer un t\u00e9l\u00e9gramme mensonger, &#8211; p. 85, \u00ab&nbsp;<em>La m\u00e8re est tr\u00e8s malade. Elle d\u00e9sire te voir.&nbsp;<\/em>\u00bb -, ce qui lui permet deux permissions indues. Il les chapitre lors de ces fausses d\u00e9clarations \u00ab&nbsp;<em>Couchez-vous ou restez aux alentours de la maison par prudence<\/em> (p. 61)&nbsp;\u00bb, la m\u00e8re \u00e9tant en effet cens\u00e9e \u00eatre mourante\u2026 Beaucoup des lettres d\u2019\u00c9mile de 1914 le montrent cherchant \u00e0 carotter. Transf\u00e9r\u00e9 en ligne \u00e0 Suippes, il y est tr\u00e8s vite l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9 et retourne \u00e0 La Rochelle puis \u00e0 Auch au d\u00e9p\u00f4t. Il y encha\u00eene une pneumonie et ne rejoint le front qu\u2019en juillet 1915. Sans surprise il n\u2019y est pas heureux (p. 66) \u00ab<em>&nbsp;Je ne demande pas mieux que d\u2019\u00eatre bless\u00e9 de nouveau car ici on cr\u00e8ve de faim et si ce n\u2019est pas le vin qu\u2019on boit on mourrait d\u2019inanition.<\/em>&nbsp;\u00bb En novembre 1915, il \u00e9voque vers Roclincourt les dures conditions en ligne dans la boue <em>\u00abje me suis foutu 20 cm au-dessus des genoux, jamais de ma vie j\u2019avais vu pareille chose.&nbsp;<\/em>\u00bb et parle d\u2019une fraternisation dans une lettre de d\u00e9cembre (p. 70) \u00ab&nbsp;<em>On parle ces jours-ci il y a collaction<\/em> (sic<em>) entre boches et fran\u00e7ais. Il parait qu\u2019une compagnie fran\u00e7aise est all\u00e9 trinquer avec les boches \u00e0 la sant\u00e9 de la paix tant souhait\u00e9e d\u2019un c\u00f4t\u00e9 comme de l\u2019autre.<\/em>&nbsp;\u00bb L\u2019opinion sur la guerre d\u2019\u00c9mile \u00e9volue vers une critique politis\u00e9e ; dans un courrier, il parle de L\u00e9opold qui est bien \u00ab&nbsp;<em>d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de cette maudite guerre<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 73) et ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ce ne sera pas trop t\u00f4t qu\u2019on finisse de faire les imb\u00e9ciles pour faire la fortune de quelques gros industriels qui se moquent de notre gueule par derri\u00e8re.<\/em>&nbsp;\u00bb Il dit devenir de plus en plus anarchiste (ao\u00fbt 1916) et r\u00e9volutionnaire (septembre 1916). \u00c0 l\u2019\u00e9vocation d\u2019une proposition de paix allemande en d\u00e9cembre 1916, il pense que la France devrait profiter de l\u2019occasion, et il insiste en janvier (p. 81)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>il neige, il pleut alternativement, c\u2019est affreux les tranch\u00e9es pleines d\u2019eau et ces voyous qui ne veulent pas signer la paix.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Les combines<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il s\u2019agit d\u2019allusions \u00e0 tout projet qui pourrait permettre de tomber malade, de faire monter sa fi\u00e8vre, et d\u2019\u00e9chapper aux corv\u00e9es ou au front. Ces divers moyens ne sont jamais clairement d\u00e9crits, mais on peut les appr\u00e9hender en croisant les lettres&nbsp;; on devine qu\u2019il y a des huiles, de la quinine, et d\u2019autres potions myst\u00e9rieuses ; ces projets ont \u00e9t\u00e9 anticip\u00e9s, L\u00e9opold \u00e9crit \u00e0 \u00c9mile (p. 17, d\u00e9cembre 1914) <em>\u00ab&nbsp;il se livre des grands combats d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et de l\u2019autre. Je te conseille de mettre vivement nos projets en ex\u00e9cution. J\u2019arr\u00eate sur ce point \u00e0 toi d\u2019agir.<\/em>&nbsp;\u00bb Les r\u00e9sultats ne sont pas tr\u00e8s convaincants pour L\u00e9opold (ao\u00fbt 1915) \u00ab&nbsp;<em>Enfin j\u2019ai essay\u00e9 l\u2019affaire et cela ne m\u2019a pas produit un grand effet, peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 force on pourra arriver \u00e0 un but.<\/em>&nbsp;\u00bb Avec \u00c9mile, cela a eu plus de succ\u00e8s (juillet 1915) \u00ab&nbsp;<em>Je crois \u00eatre arriv\u00e9 au but que je me proposais, alors je suis content des effets je lui en ferai passer <\/em>[\u00e0 L\u00e9opold]<em> mais n\u2019ayez aucune crainte pour ma sant\u00e9, cela ne me fait pas mal<\/em>.&nbsp;\u00bb En janvier 1916, une v\u00e9ritable crise de d\u00e9sespoir secoue L\u00e9opold, et il supplie ses parents, perdant tout prudence, de se procurer chez Couderc (m\u00e9decin) ou chez Vernet (pharmacien) (p. 34) \u00ab&nbsp;<em>poudre ou drogue qui, en les utilisant procurent de la fi\u00e8vre et ainsi, on finit par devenir malade.<\/em>&nbsp;\u00bb En janvier 1916 (p. 35), il n\u2019envoie pas moins de quatre lettres \u00e0 ses parents parlant de la m\u00eame chose. \u00ab&nbsp;<em>A prix d\u2019or ou d\u2019argent je vous prie de nouveau de faire toutes les d\u00e9marches possibles, de braver tous les obstacles qui peuvent se produire devant vos yeux en demandant ces choses-l\u00e0 devant m\u00e9decins et pharmaciens. Je sais que cela existe et qu\u2019il y a pas mal de camarades de ma connaissance qui ont agi avec les m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s<\/em>.&nbsp;\u00bb Les parents d\u00e9sapprouvent les projets de L\u00e9opold&nbsp;: le p\u00e8re a c\u00e9d\u00e9 \u00e0 \u00c9mile pour les t\u00e9l\u00e9grammes mensongers, mais il refuse ici et se met en col\u00e8re (p. 85)&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab<em> Cher fils,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Je suis bien d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de toutes ces affaires, je n\u2019ai pas le temps de me promener, si tu ne veux pas nous \u00e9couter, fais comme tu voudras et n\u2019emmerdes plus les autres, \u00e7a vaut mieux. Je ne vois personne autre qui agisse comme toi. Ton p\u00e8re pour la vie &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Blanc<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Plus, s\u00fbr, tu t\u2019en plaindrais peut-\u00eatre.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00c0 partir de 1916 et en 1917, les allusions et sp\u00e9culations sur ces myst\u00e9rieux moyens d\u2019\u00e9chapper au front se font plus rares.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>La fin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les deux fr\u00e8res n\u2019arrivent \u00e0 se rencontrer au front qu\u2019une seule fois, en avril 1917, et ils seront tu\u00e9s tous les deux ce m\u00eame mois. (11 avril 1917, p. 51) \u00ab&nbsp;<em>On a pass\u00e9 quelques heures ensemble, on a bu un coup et puis il a fallu se quitter.&nbsp;<\/em>\u00bb L\u00e9opold est tu\u00e9 le 30 avril et il est impossible de savoir s\u2019il a eu connaissance de la mort de son fr\u00e8re tu\u00e9 le 22. Le recueil reprend aussi la lettre que le lieutenant d\u2019\u00c9mile (G. Salgues) a envoy\u00e9e \u00e0 la M\u00e9tairie-Haute le 27 avril. C\u2019est un courrier classique pour l\u2019annonce de la mort d\u2019un soldat, avec des formules de consolations et des \u00e9loges pour les qualit\u00e9s militaires d\u2019Emile&nbsp;(p. 83): \u00ab&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Dans cette bataille que nous avons glorieusement men\u00e9e il a \u00e9t\u00e9 un h\u00e9ros&nbsp;! Toujours \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, m\u00e9prisant le danger, souriant et alerte, on voyait en lui le mod\u00e8le du soldat, le plus beau des guerriers&nbsp;!&nbsp;Un obus stupide devait terminer sa destin\u00e9e.&nbsp;\u00bb <\/em>Le lieutenant fait ce qu\u2019il peut pour soulager la douleur de la famille, ce type d\u2019\u00e9loge aide au deuil ult\u00e9rieur, et peut-\u00eatre \u00c9mile avait-il chang\u00e9&nbsp;? Toutefois, toutes ses lettres indiquent qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas le mod\u00e8le d\u00e9crit ici, comme ainsi, par exemple, en novembre 1915 (p. 69) \u00ab&nbsp;<em>Enfin ne vous faites pas trop de mauvais sang pour moi, je me d\u00e9brouille bien et comme \u00e0 l\u2019ordinaire je n\u2019en fous pas lourd.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Donc un document tr\u00e8s int\u00e9ressant, qui montre que ces deux paysans lotois ont subi la guerre en la condamnant du d\u00e9but \u00e0 la fin, la faute reposant pour eux sur les profiteurs, les riches puis plus tard les <em>\u00ab&nbsp;salauds de d\u00e9put\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb. Ils ont essay\u00e9 d\u2019\u00e9chapper au front, avec des r\u00e9sultats variables mais souvent d\u00e9cevants, en nous donnant un ici un t\u00e9moignage rare sur ces strat\u00e9gies d\u2019\u00e9vitement, proc\u00e9d\u00e9s qui ne leur ont du reste pas permis d\u2019\u00e9viter d\u2019\u00eatre broy\u00e9s \u00e0 leur tour.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Vincent Suard, f\u00e9vrier 2024<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Les lettres des fr\u00e8res Blanc\u00a0\u00bb &#8211; Philip Hoyle (\u00e9d.) 1. Les t\u00e9moins L\u00e9opold et \u00c9mile Blanc, qui ont 29 et 19 ans au d\u00e9but de la guerre, travaillent la terre avec leurs parents \u00e0 La M\u00e9tairie-Haute, \u00e0 Sauliac-sur C\u00e9l\u00e9 (Lot). L\u00e9opold commence la guerre au 207e RI puis passe ensuite dans le g\u00e9nie. 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