{"id":4462,"date":"2024-05-20T20:57:26","date_gmt":"2024-05-20T19:57:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4462"},"modified":"2024-06-03T16:57:31","modified_gmt":"2024-06-03T15:57:31","slug":"delattre-andre-lucien-maurice-1890-1945","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/05\/20\/delattre-andre-lucien-maurice-1890-1945\/","title":{"rendered":"Delattre, Andr\u00e9 Lucien Maurice (1890 \u2013 1945)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Ils ne sont pas pass\u00e9s\u00a0!, <\/em>Paris, Soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9crivains, 2013, 339 p.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Andr\u00e9 Delattre est n\u00e9 \u00e0 Boulogne-sur-Mer en 1890. Il \u00e9tudie le Droit \u00e0 la Facult\u00e9 de Lille puis est incorpor\u00e9 en 1912 au 72<sup>e<\/sup> RI d\u2019Amiens. Malgr\u00e9 un niveau d\u2019instruction 5 (licenci\u00e9 en Droit), il refuse \u00e0 plusieurs reprises de devenir caporal et fait toute la guerre comme simple soldat, puis brancardier et infirmier. Il reste dans le m\u00eame r\u00e9giment du d\u00e9but \u00e0 la fin des hostilit\u00e9s, avec deux \u00e9vacuations pour maladie. Apr\u00e8s la guerre, il est juge d\u2019instruction en 1925 puis magistrat du si\u00e8ge&nbsp;; il d\u00e9c\u00e8de en 1945.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00c9ric Lafourcade, \u00e9rudit local \u00e0 Soustons (Landes), a publi\u00e9 en 2013 \u00ab&nbsp;<em>Ils ne sont pas pass\u00e9&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb (Andr\u00e9 Delattre, Soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9crivains, 339 p.) \u00e0 partir d\u2019un texte dactylographi\u00e9 anonyme retrouv\u00e9 dans une maison de L\u00e9on (Landes). Un patient travail d\u2019enqu\u00eate lui a permis d\u2019authentifier l\u2019auteur du t\u00e9moignage&nbsp;; en fait, le texte dormait \u00e0 L\u00e9on dans la maison que le fr\u00e8re d\u2019Andr\u00e9, F\u00e9nelon-Andr\u00e9 Delattre, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1965, avait vendu en viager \u00e0 des particuliers, et ceux-ci ont confi\u00e9 en 2011 le document \u00e0 \u00c9ric Lafourcade, lui-m\u00eame d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2017. Sa d\u00e9marche est bien d\u00e9crite dans un article du quotidien <a href=\"https:\/\/www.sudouest.fr\/landes\/soustons\/la-grande-guerre-vue-de-l-interieur-8684335.php\"><em>Sud-Ouest<\/em> (28.12.2013)<\/a><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><a href=\"\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Par ailleurs, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=Y-bte3Ml0VU\">une vid\u00e9o (Landes TV)<\/a>, qu\u2019on esp\u00e8re encore longtemps disponible, permet d\u2019\u00e9couter les explications du d\u00e9couvreur et de voir le tapuscrit d\u2019origine&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">C\u2019est un t\u00e9moignage d\u2019une qualit\u00e9 exceptionnelle que nous a livr\u00e9 ce grenier des Landes en 2011, preuve que la \u00ab&nbsp;chasse au tr\u00e9sor&nbsp;\u00bb de textes in\u00e9dits peut encore produire des trouvailles de choix.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1914 en rase campagne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On a d\u2019abord une bonne \u00e9vocation de septembre 1914, avec la description pr\u00e9cise et prenante des combats d\u2019infanterie le long de la Saulx ou dans le village de Maurupt. Le r\u00e9cit fait alterner le matin assaut inutile, compagnie d\u00e9cim\u00e9e, fuite vers un talus, r\u00e9sistance obstin\u00e9e&#8230; L\u2019apr\u00e8s-midi, c\u2019est la description du pillage d\u2019une ferme (p. 37) \u00ab&nbsp;<em>Comme un gros tonneau est plac\u00e9 sur des chais, Engel, le gagnant du Tour de France, qui est \u00e0 la 3<sup>e<\/sup> section, le d\u00e9fonce \u00e0 coups de crosse et bient\u00f4t dans la cave, le vin atteint une hauteur d\u2019au moins dix centim\u00e8tres.&nbsp;<\/em>\u00bb. &nbsp;\u00c0 Maurupt \u00e0 2 heures dans la nuit du 10, sa compagnie doit se tenir pr\u00eate (p. 41), on citera un extrait d\u2019ambiance&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Nous avan\u00e7ons en tirailleur jusqu\u2019\u00e0 un petit foss\u00e9. \u00ab&nbsp;Couchez-vous \u00e0 plat ventre&nbsp;!&nbsp;\u00bb crie le capitaine Gendry. \u00c0 ce moment la fanfare des chasseurs \u00e0 pied sonne la charge \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village. Les fifres et les \u00ab&nbsp;tamboureries&nbsp;\u00bb allemands leur r\u00e9pondent. On entend des cris \u00ab&nbsp;en avant&nbsp;!&nbsp;\u00bb et une longue clameur suivie d\u2019une vive fusillade. Le 9<sup>e<\/sup> et le 18<sup>e<\/sup> bataillon de chasseurs attaquent pour reprendre le village. Le combat se d\u00e9roule dans la nuit, \u00e9clair\u00e9 seulement par la lueur des incendies et nous restons l\u00e0, anxieux, \u00e0 attendre, pendant une heure peut-\u00eatre.&nbsp;\u00bb <\/em>Lorsqu\u2019ils entrent dans le village au matin, ils sont arr\u00eat\u00e9s par des mitrailleuses et y laissent \u00ab&nbsp;<em>une trentaine de camarades<\/em>&nbsp;\u00bb. Ils r\u00e9attaquent \u00e0 midi et sont fusill\u00e9s derri\u00e8re une petite haie qui ne les prot\u00e8ge pas. La description est pleine du bruit des balles et des cris, on sent que l\u2019auteur revit le combat instant par instant au moment o\u00f9 il le met par \u00e9crit&nbsp;: (p. 43) \u00ab&nbsp;<em>Les balles sifflent de tous c\u00f4t\u00e9s \u00e0 mes oreilles. Pr\u00e8s de moi, Engel et Morin, deux coureurs cyclistes du Tour de France, re\u00e7oivent chacun une balle dans le ventre. La fusillade redouble.<\/em>&nbsp;\u00bb Les hommes rescap\u00e9s finissent par se replier en d\u00e9sordre et (p. 44) <em>\u00ab&nbsp;l\u2019un de nous, par inadvertance, renverse une ruche et une nu\u00e9e d\u2019abeilles s\u2019abat sur nous. Un malheureux chasseur \u00e0 pied, bless\u00e9 sans doute depuis le matin et qui est rest\u00e9 sur le terrain se tord en hurlant dans l\u2019herbe. Il a la figure couverte d\u2019abeilles.&nbsp;<\/em>(\u2026)\u00bb Andr\u00e9 Delattre \u00e9voque ensuite les nombreux cadavres fran\u00e7ais et allemands dans les jardins (p.45), l\u2019h\u00e9b\u00e9tude des rescap\u00e9s.&nbsp;Le 11 septembre l\u2019auteur mentionne les pi\u00e8ces d\u2019or (il en a lui-m\u00eame), cousues dans des ceintures de flanelle, qui attisent des convoitises (p. 47) \u00ab&nbsp;<em>ils ont d\u00fb \u00e9loigner des civils qui venaient r\u00f4der autour des cadavres pour les d\u00e9valiser.<\/em>&nbsp;\u00bb La suite de la poursuite (Servon-Melzicourt) est de la m\u00eame qualit\u00e9 descriptive<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>L\u2019Argonne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La page 57, qui raconte la lente et p\u00e9nible mont\u00e9e, dans la for\u00eat, sous la pluie (\u00ab&nbsp;<em>elle tombe bient\u00f4t \u00e0 torrent.<\/em>&nbsp;\u00bb) au-dessus du village de La Haraz\u00e9e, pour arriver au point qui sera celui de la fixation du front pendant toute la guerre en Argonne est dans sa sobri\u00e9t\u00e9 d\u2019une tr\u00e8s grande qualit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ma compagnie s\u2019arr\u00eate enfin pr\u00e8s d\u2019une clairi\u00e8re. Nous sommes \u00e0 la Fille Morte. L\u2019endroit est vraiment sinistre.<\/em>&nbsp;\u00bb Il d\u00e9crit la pr\u00e9caire installation dans ces bois touffus et humides, dans des positions dangereuses, tous les tu\u00e9s \u00e0 cette p\u00e9riode l\u2019\u00e9tant par balle. L\u2019auteur fait le r\u00e9cit de l\u2019attaque sanglante du 11 novembre, o\u00f9 ils r\u00e9ussissent \u00e0 prendre p\u00e9niblement pied dans une premi\u00e8re ligne allemande, mais bombard\u00e9s sans r\u00e9pit ils doivent se replier en abandonnant leurs bless\u00e9s&nbsp;: (p. 86) \u00ab&nbsp;<em>le 3<sup>e<\/sup> bataillon ne comprend plus qu\u2019une centaine d\u2019hommes. Nous avons eu, dans cette attaque, 400 tu\u00e9s et bless\u00e9s. C\u2019est un beau r\u00e9sultat.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>L\u2019offensive de Champagne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur est \u00e9vacu\u00e9 le 17 novembre pour jaunisse, et revient au front en janvier 1915, pour \u00eatre transport\u00e9 au Mesnil-les-Hurlus pour l\u2019offensive de Champagne (p. 108) \u00ab&nbsp;<em>On fait halte \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village. Il ne comprend que quelques mis\u00e9rables masures. Je me demande comment en temps de paix des gens pouvaient vivre au milieu d\u2019un pareil bled et ce qu\u2019ils pouvaient bien y r\u00e9colter.&nbsp;<\/em>\u00bb Il d\u00e9crit l\u2019attaque du 5 f\u00e9vrier, son \u00e9chec devant des barbel\u00e9s intacts. Apr\u00e8s repli, repos et reconstitution de leur effectif, ils remontent en ligne (22.02), sur le secteur du Bois-en-Pioche. La pr\u00e9paration est meilleure, ils prennent la 1<sup>\u00e8re<\/sup> ligne allemande. Apr\u00e8s reprise du tir de pr\u00e9paration, c\u2019est un nouvel assaut sur la 2<sup>e<\/sup> ligne (p. 129) \u00ab&nbsp;<em>J\u2019aper\u00e7ois maintenant avec nettet\u00e9 les fils de fer allemands. Notre artillerie n\u2019a rien d\u00e9moli. Ce n\u2019est pas la peine d\u2019aller plus loin, je me ferais fusiller \u00e0 bout portant et je resterais \u00e0 pourrir dans les barbel\u00e9s. Un joli petit trou d\u2019obus se trouve pr\u00e8s de moi et je m\u2019y enfonce autant que je peux.&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Deux ex\u00e9cutions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur mentionne deux ex\u00e9cutions pour abandon de poste (mars 1915, p. 136 et p. 139), il est positionn\u00e9 loin de la premi\u00e8re (service d\u2019ordre pour emp\u00eacher les civils d\u2019approcher), et mentionne la d\u00e9sapprobation de ses camarades. Il voit mieux la seconde ex\u00e9cution, la d\u00e9crit en d\u00e9tail, en t\u00e9moignant de sa r\u00e9volte muette, d\u00e9go\u00fbt qu\u2019il estime partag\u00e9 par tous ceux qui ont particip\u00e9 \u00e0 la parade&nbsp;; il y ajoute son exp\u00e9rience de magistrat des ann\u00e9es trente (p. 141)&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;Par la suite, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 bien des ex\u00e9cutions capitales mais jamais je n\u2019ai rien vu d\u2019aussi \u00e9c\u0153urant que celle-l\u00e0.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Les \u00c9parges<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">A. Delattre y d\u00e9crit en avril 1915 une attaque avort\u00e9e de son bataillon devant Riaville, et la destruction de sa compagnie par le bombardement allemand. Ils finissent quand-m\u00eame par attaquer dans la nuit noire, et devant les barbel\u00e9s intacts. C\u2019est sa derni\u00e8re attaque comme fantassin en 1<sup>\u00e8re<\/sup> ligne. (p. 151) \u00ab&nbsp;<em>L\u2019attaque a encore rat\u00e9 mais, comme cette fois il n\u2019y a eu ni tu\u00e9, ni bless\u00e9, peu importe le r\u00e9sultat. Il est probable que beaucoup ne sont pas sortis ou se sont cach\u00e9s derri\u00e8re les gabions ou se sont content\u00e9s de sortir, d\u2019avancer quelques m\u00e8tres et de se coucher devant notre ligne.&nbsp;<\/em>\u00bb C\u2019est probablement son affectation comme agent de liaison \u2013 brancardier qui lui permet de finir la guerre indemne.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>La Somme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il revient d\u2019une \u00e9vacuation pour typho\u00efde dans la fournaise de la 2<sup>\u00e8me<\/sup> partie de la bataille de la Somme (octobre et novembre 1916), et l\u2019auteur produit une tr\u00e8s bonne description, vers Bouchavesnes, du paysage lunaire sur lequel la progression se fait sous un bombardement constant et meurtrier (p. 225). Des 4 brancardiers de son \u00e9quipe, deux sont tu\u00e9s par obus. Lui-m\u00eame est enseveli et d\u00e9gag\u00e9 de justesse. Il ne fait pas les attaques en premi\u00e8re ligne, mais dans son r\u00f4le de brancardier, il est constamment menac\u00e9 (p. 233)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Souvent, on dit qu\u2019un obus ne tombe pas dans le m\u00eame trou. Dans notre coin, cette r\u00e8gle ne s\u2019applique pas. A tout instant, je vois des obus succ\u00e9der \u00e0 d\u2019autres exactement au m\u00eame endroit.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>L\u2019Alg\u00e9rie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">De d\u00e9cembre 1916 \u00e0 mars 1917, le 72<sup>e<\/sup> RI est transf\u00e9r\u00e9 en Alg\u00e9rie \u00e0 la suite de mouvements de protestation indig\u00e8ne contre la conscription. C\u2019est pour l\u2019auteur et ses camarades un s\u00e9jour tr\u00e8s calme, pendant lequel des d\u00e9tachements se contentent de se montrer par des marches dans diff\u00e9rents secteurs.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Chemin des Dames et fin du conflit<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Nomm\u00e9 infirmier, et revenu au Chemin des Dames o\u00f9 il est positionn\u00e9 jusqu\u2019en septembre 1917, il est en permission lors du 16 avril&nbsp;; il y mentionne ensuite des affrontements s\u00e9rieux, \u00e9voquant l\u2019aviateur allemand Fant\u00f4mas, qui mitraille les corv\u00e9es \u00e0 basse altitude. En ligne en f\u00e9vrier 1918 devant le Mont sans Nom, il fait ensuite plusieurs mouvements avec son unit\u00e9 \u00e0 la suite des offensives allemandes, puis participe aux durs combats de juillet 1918. Apr\u00e8s l\u2019Armistice, il est commis d\u00e9fenseur au Conseil de guerre, d\u2019abord en Allemagne occup\u00e9e puis de retour dans la Somme.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">J\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la qualit\u00e9 de ce t\u00e9moignage&nbsp;: un propos factuel, pr\u00e9cis, sans \u00ab&nbsp;phrases&nbsp;\u00bb, une forme de modernit\u00e9 dans la r\u00e9daction, bref la perle rare, au point que j\u2019ai un moment soup\u00e7onn\u00e9 un bidouillage, mais l\u2019authenticit\u00e9 du texte ne fait pas de doute&nbsp;; il faut aussi noter, et c\u2019est paradoxal, que le document fourmille d\u2019erreurs de d\u00e9tail, inversions de dates, un nom propre sur deux mal orthographi\u00e9, des bruits \u00e9voqu\u00e9s comme des faits\u2026 Laurent Soyez, pointilleux sp\u00e9cialiste du 72<sup>e<\/sup> RI, a compil\u00e9 dans un exemplaire toutes les erreurs et impr\u00e9cisions du texte. Dans un entretien t\u00e9l\u00e9phonique avec \u00c9. Lafourcade, L. Soyez lui avait dit \u2013 et il me l\u2019a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 [janvier 2024] &#8211; qu\u2019une \u00e9dition purg\u00e9e de ses scories, ou pour le moins avec un chapitre correctif ajout\u00e9, aurait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rable, m\u00eame s\u2019il admet lui aussi la valeur du t\u00e9moignage&nbsp;; \u00c9. Lafourcade lui a r\u00e9pondu n\u2019avoir fait aucune modification dans le texte pour en pr\u00e9server l\u2019authenticit\u00e9 : c\u2019est en d\u00e9finitive un choix heureux, trop de t\u00e9moignages \u00e9tant mutil\u00e9s par des initiatives mal ma\u00eetris\u00e9es. Toutes ces erreurs s\u2019expliquent par le fait qu\u2019A. Delattre, qui indique, au d\u00e9but de son ouvrage, avoir voulu fixer ses souvenirs de guerre avant qu\u2019ils ne soient effac\u00e9s par le temps, n\u2019a pas tenu de journal. &nbsp;Ces 330 pages ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9es de m\u00e9moire 16 ans apr\u00e8s l\u2019Armistice, probablement d\u2019un trait, avec une r\u00e9daction continue.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Alors pourquoi cette qualit\u00e9&nbsp;? On est d\u2019abord agr\u00e9ablement surpris par la sobri\u00e9t\u00e9 du r\u00e9cit, alors qu\u2019un titre \u00e0 la Jacques P\u00e9ricard faisait craindre un pensum patriotique. Il est aussi certain que les fonctions de juge d\u2019instruction de l\u2019auteur, professionnel du constat, ont eu une influence heureuse sur la pr\u00e9cision de l\u2019\u00e9criture, donnant ainsi force aux descriptions. Autre qualit\u00e9, c\u2019est un clerc qualifi\u00e9 qui \u00e9voque de l\u2019int\u00e9rieur l\u2019exp\u00e9rience du simple soldat, et non &#8211; occurrence plus fr\u00e9quente \u2013 celle du sous-lieutenant officier de troupe. Enfin ce t\u00e9moignage, non destin\u00e9 \u00e0 la publication, a une grande force car il ne s\u2019autocensure pas, les noms propres sont conserv\u00e9s, ainsi que les indignations&nbsp;; on v\u00e9rifie une fois de plus que beaucoup des meilleurs t\u00e9moignages sont ceux qui n\u2019ont pas fait l\u2019objet d\u2019une publication du vivant des contemporains, ainsi par exemple (p. 299) &nbsp;&#8211; arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019unit\u00e9 d\u2019un nouveau m\u00e9decin-major \u2013 le nom est cit\u00e9 \u2013 \u00ab&nbsp;<em>Il nous vient d\u2019un r\u00e9giment d\u2019artillerie. Nous le jugeons imm\u00e9diatement, il est peureux, b\u00eate et ne connait pas un tra\u00eetre mot de m\u00e9decine.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Vincent Suard, mai 2024<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ils ne sont pas pass\u00e9s\u00a0!, Paris, Soci\u00e9t\u00e9 des \u00e9crivains, 2013, 339 p. 1. Le t\u00e9moin Andr\u00e9 Delattre est n\u00e9 \u00e0 Boulogne-sur-Mer en 1890. Il \u00e9tudie le Droit \u00e0 la Facult\u00e9 de Lille puis est incorpor\u00e9 en 1912 au 72e RI d\u2019Amiens. Malgr\u00e9 un niveau d\u2019instruction 5 (licenci\u00e9 en Droit), il refuse \u00e0 plusieurs reprises de &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/05\/20\/delattre-andre-lucien-maurice-1890-1945\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Delattre, Andr\u00e9 Lucien Maurice (1890 \u2013 1945)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,522,1238,3,10,4],"tags":[972],"class_list":["post-4462","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-202","category-72e-ri","category-brancardier","category-carnet","category-combattant-infanterie","category-type-de-temoignage","tag-executions"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4462","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4462"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4462\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4478,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4462\/revisions\/4478"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4462"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4462"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4462"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}