{"id":4464,"date":"2024-05-20T21:07:13","date_gmt":"2024-05-20T20:07:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4464"},"modified":"2024-06-03T16:58:32","modified_gmt":"2024-06-03T15:58:32","slug":"lyon-georges-1853-1929","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/05\/20\/lyon-georges-1853-1929\/","title":{"rendered":"Lyon, Georges 1853 &#8211; 1929"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">Jean-Fran\u00e7ois Condette (\u00e9d.), <em>Souvenirs de guerre du recteur Georges Lyon<\/em>, Villeneuve d&rsquo;Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2016, 476 p.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">N\u00e9 en 1853, normalien et agr\u00e9g\u00e9 de philosophie, Georges Lyon enseigne d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure (1888), puis est directeur de cabinet au Minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res (1895). Recteur de l\u2019acad\u00e9mie de Lille (1903 &#8211; 1924), sa fonction lui fait repr\u00e9senter le ministre de l\u2019Instruction publique, et en m\u00eame temps pr\u00e9sider l\u2019Universit\u00e9 de Lille. Pendant la guerre, c\u2019est un \u00ab&nbsp;<em>v\u00e9ritable ministre de l\u2019instruction publique des territoires occup\u00e9s<\/em>\u00bb (J. F. Condette, 2006), et il se bat pour faire continuer \u00e0 fonctionner l\u2019enseignement secondaire et sup\u00e9rieur. De 1918 \u00e0 sa retraite en 1924, il organise la restauration et le d\u00e9veloppement des diff\u00e9rents services d\u2019enseignement de l\u2019acad\u00e9mie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les \u00ab&nbsp;<em>Souvenirs de guerre du recteur Georges Lyon<\/em>&nbsp;\u00bb ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s par Jean-Fran\u00e7ois Condette, professeur des Universit\u00e9s \u00e0 l\u2019INSP\u00c9 de Lille (\u00c9ditions Septentrion, 2016, 476 pages). Le manuscrit conserv\u00e9 \u00e0 la Biblioth\u00e8que Universitaire de Lille comprend 18 dossiers, et ce total de 257 pages a \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 sur feuilles volantes, souvent \u00e0 chaud, sans continuit\u00e9 chronologique, et aussi parfois annot\u00e9 par la suite. L\u2019important dossier scientifique de pr\u00e9sentation (p. 13 \u00e0 p. 112) est remarquable de pr\u00e9cision \u00e9rudite comme de clart\u00e9 p\u00e9dagogique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les souvenirs de Georges Lyon sont pr\u00e9cieux, car ce recteur agit au plus pr\u00e8s des acteurs d\u00e9cisionnels (pr\u00e9fet, maire, proviseurs, praticiens hospitaliers\u2026) et est bien inform\u00e9 des faits saillants de l\u2019occupation de Lille (bombardement initial, otages, r\u00e9quisitions, extorsions financi\u00e8res, \u00e9vacuations forc\u00e9es, etc\u2026). Ces th\u00e8mes divers ne forment pas un journal continu de l\u2019occupation, et l\u2019auteur en reconnait l\u2019aspect subjectif (p. 140) [avec autorisation de citation] \u00ab&nbsp;<em>Quiconque parmi nous consigne par \u00e9crit ce qu\u2019il a vu, ce qu\u2019il a su, ce qu\u2019il a ressenti ne peut que donner une version partielle, unilat\u00e9rale de la trag\u00e9die dont nous f\u00fbmes ou les t\u00e9moins ou les victimes.<\/em>&nbsp;\u00bb G. Lyon parle assez peu du c\u0153ur de son m\u00e9tier, l\u2019organisation et le fonctionnement de l\u2019enseignement secondaire dans la zone occup\u00e9e, et malgr\u00e9 son poste de responsable, il est peu mobile, soumis comme les autres \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 pointilleuse des occupants&nbsp;; bien mieux inform\u00e9 que le commun des occup\u00e9s, il reprend toutefois aussi des rumeurs et, comme les autres, il essaie de se faire une id\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 en lisant la d\u00e9test\u00e9e Gazette des Ardennes. Si la question des r\u00e9quisitions financi\u00e8res aux collectivit\u00e9s est bien pr\u00e9sente, les souffrances alimentaires et mat\u00e9rielles et le quotidien p\u00e9nible de la population laborieuse sont moins \u00e9voqu\u00e9s, m\u00eame s\u2019il mentionne parfois la mis\u00e8re; il signale toutefois les \u0153uvres de sa femme, envers les bless\u00e9s et les prisonniers au d\u00e9but de l\u2019occupation puis \u00e0 destination des enfants pauvres (\u00ab&nbsp;<em>\u0153uvre des Courettes lilloises<\/em>&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On peut prendre trois th\u00e8mes d\u2019illustration parmi d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Les occupants<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il a \u00e9t\u00e9 otage \u00e0 la Citadelle avec d\u2019autres notables, mais sur la dur\u00e9e ses rapports avec l\u2019occupant consistent surtout en questions de locaux, de mobilier et de mat\u00e9riel, qu\u2019il d\u00e9fend inlassablement contre les r\u00e9quisitions, en protestations &nbsp;pour r\u00e9cup\u00e9rer des \u00e9tudiants commis au travail forc\u00e9, et en p\u00e9titions pour appuyer des demandes de cl\u00e9mence.G. Lyon pr\u00e9sente les Allemands \u00e0 qui il a affaire comme des brutes intraitables \u00e0 l\u2019occasion du service, mais aussi souvent &nbsp;comme des gens convenables dans l\u2019intimit\u00e9 du logement forc\u00e9, ce qui n\u2019est pas l\u2019opinion d\u2019autres t\u00e9moins (A. Cellier, T. Maquet). Si les occupants sont brutaux avec leurs mesures inutilement cruelles, c\u2019est li\u00e9 \u00e0 leur atavisme germanique et au militarisme prussien, mais on peut s\u2019entretenir pos\u00e9ment avec certains officiers, souvent eux-m\u00eames int\u00e9ress\u00e9s par des th\u00e8mes culturels (opinion partag\u00e9e par &nbsp;M. Bauchond).Ne parlant pas l\u2019allemand, notre auteur d\u00e9pend du fran\u00e7ais de ses interlocuteurs, et il signale une conversation en latin avec un occupant savant. Il indique qu\u2019il n\u2019y a pas de pillage individuel, et qu\u2019\u00e0 sa connaissance, il n\u2019y a pas eu de viol \u00e0 Lille, hormis (p. 197) six soldats arr\u00eat\u00e9s qui furent au tout d\u00e9but de l\u2019occupation, \u00ab&nbsp;<em>\u00e0 la requ\u00eate de l\u2019\u00e9v\u00eaque<\/em> [Mgr Charost], <em>poursuivis, jug\u00e9s et fusill\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb (aucune possibilit\u00e9 de v\u00e9rifier cette information). L\u2019attachement progressif de l\u2019occupant aux enfants du logis, les classiques larmes mentionn\u00e9es lors du d\u00e9part pour les tranch\u00e9es du <em>Landsturm<\/em>, soldat allemand lui-aussi charg\u00e9 de famille, repr\u00e9sentent un classique de la description des accommodements domestiques. R\u00e9p\u00e9tons que tous les t\u00e9moins ne sont pas de cet avis (sans-g\u00eane, bruit, femme introduite au logis, repas nocturnes, ivresse, chants, etc\u2026), et que Monsieur le Recteur loge en g\u00e9n\u00e9ral des officiers \u00ab&nbsp;choisis&nbsp;\u00bb. Il reste que la teneur de ses propos est d\u2019abord hostile \u00e0 l\u2019envahisseur.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Les \u00e9vacuations forc\u00e9es de P\u00e2ques 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il s\u2019agit ici de la d\u00e9portation temporaire de jeunes gens et de jeunes adultes, gar\u00e7ons et filles, dans la campagne du sud du d\u00e9partement et dans celui des Ardennes, pour des travaux agricoles d\u2019avril \u00e0 l\u2019automne 1916. Il s\u2019agit pour l\u2019occupant, dans un contexte inqui\u00e9tant de disette pour l\u2019agglom\u00e9ration Lille \u2013 Roubaix \u2013 Tourcoing, de se d\u00e9barrasser des bouches inutiles pour une longue p\u00e9riode, sous pr\u00e9texte de traquer l\u2019oisivet\u00e9 (ch\u00f4meurs et jeunes inactifs, lutte contre la prostitution). La rafle des jeunes gens traumatise les habitants, comme elle choque notre auteur, et il parle d\u2019atrocit\u00e9s (\u00ab&nbsp;<em>La plus grande douleur morale qui, depuis l\u2019occupation, ait \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9es aux familles du Nord<\/em> (p. 327).&nbsp;\u00bb&nbsp;M\u00eame si ce n\u2019est pas ici uniquement la rafle <em>des<\/em> femmes, puisqu\u2019elles ne repr\u00e9sentent qu\u2019entre un quart et un tiers des d\u00e9port\u00e9s, c\u2019est cette d\u00e9portation des jeunes filles qui frappe l\u2019opinion et les diaristes t\u00e9moins.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce qui choque le plus ceux qui \u00e9voquent ce drame, c\u2019est la promiscuit\u00e9 forc\u00e9e entre des jeunes filles \u00ab&nbsp;de bonne famille&nbsp;\u00bb, et des ouvri\u00e8res et des femmes du peuple, l\u2019horreur \u00e9tant repr\u00e9sent\u00e9e par le m\u00e9lange avec des prostitu\u00e9es elles-aussi d\u00e9port\u00e9es. (p. 324) <em>\u00ab&nbsp;Oui, la jeune fille brutalement enlev\u00e9e au foyer dont elle \u00e9tait le charme (\u2026) dans quelque grange o\u00f9 les d\u00e9port\u00e9s s\u2019entasseront (\u2026) &nbsp;la jeune fille, dis-je, va \u00eatre m\u00eal\u00e9e aux filles, tout court, subira leurs propos grossiers, leurs apostrophes orduri\u00e8res, leurs gestes obsc\u00e8nes. Le c\u0153ur se l\u00e8ve \u00e0 une telle ignominie. Jamais, non jamais ne s\u2019effacera le souvenir d\u2019une telle honte. Et je dois \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 cet hommage que pas un des officiers r\u00e9sidants en nos murs (\u2026) n\u2019a pu contenir, devant ce scandale, ses sentiments de d\u00e9saveu et s\u2019il n\u2019osait d\u2019indignation.<\/em>&nbsp;\u00bbL\u2019autre \u00e9l\u00e9ment du traumatisme, tr\u00e8s violent, est l\u2019\u00e9vocation de la visite m\u00e9dicale, avec examen intime, faite aux jeunes femmes par le m\u00e9decin militaire allemand&nbsp;; c\u2019est assimil\u00e9 dans les \u00e9crits au viol, et on retrouve cette indignation centrale dans d\u2019autres t\u00e9moignages.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">G. Lyon mentionne que les enseignants sont dispens\u00e9s de d\u00e9part, et que certaines familles ne sont pas concern\u00e9es (p. 337) <em>\u00ab&nbsp;Partout, les m\u00e9decins et membres de l\u2019enseignement n\u2019avaient eu qu\u2019\u00e0 d\u00e9cliner leurs titres pour qu\u2019eux-m\u00eames et leurs familles \u2013 \u00e0 peu d\u2019exceptions pr\u00e8s \u2013 fussent \u00e9pargn\u00e9s.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp; Un des apports les plus instructifs de ce passage montre qu\u2019il n\u2019y a pas eu de r\u00e9quisition de jeunes gens dans le 1<sup>er<\/sup> arrondissement de Lille (Centre, p. 340)&nbsp;: \u00ab<em>Il est vrai que c\u2019est celui o\u00f9 habitent de pr\u00e9f\u00e9rence les riches industriels, et \u00e0 mesure que se succ\u00e9d\u00e8rent les \u00e9vacuations, l\u2019autorit\u00e9 allemande \u00e9vita visiblement d\u2019envelopper dans le r\u00e9seau qu\u2019elle tendait les jeunes filles et femmes de la bourgeoisie fortun\u00e9e.<\/em>&nbsp;\u00bb Donc on d\u00e9porte les ouvri\u00e8res et des jeunes femmes de la&nbsp;classe interm\u00e9diaire, mais pas les jeunes bourgeoises ais\u00e9es,&nbsp; et cette in\u00e9galit\u00e9 ne semble pas indigner ce notable r\u00e9publicain&nbsp;: c\u2019est d\u2019abord la promiscuit\u00e9 sociale introduite par les s\u00e9v\u00e8res mesures allemandes qui le fait bondir.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Apr\u00e8s la lecture du <em>Feu<\/em> de H. Barbusse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Georges Lyon aime faire des phrases. Si son t\u00e9moignage est pr\u00e9cieux par les informations qu\u2019il procure \u00e0 l\u2019historien, son style, acad\u00e9mique, est celui d\u2019un intellectuel du XIXe si\u00e8cle, p\u00e9tri de formules cisel\u00e9es, avec citations latines et &nbsp;r\u00e9f\u00e9rences antiques (tel officier cruel est un N\u00e9ron, la censure Argus, etc\u2026). Son style, assez dat\u00e9 lorsqu\u2019on le met en relation avec d\u2019autres t\u00e9moignages de la m\u00eame p\u00e9riode, s\u2019accompagne d\u2019un ton satisfait, d\u2019une forme de contentement de soi, accompagn\u00e9 d\u2019une gourmandise de mots choisis, qui est probablement li\u00e9e \u00e0 des ann\u00e9es de discours prononc\u00e9s devant des publics captifs, des subordonn\u00e9s acquis d\u2019avance par fonction et par prudence (enseignants du secondaire\u2026). Peut-\u00eatre cette phrase travaill\u00e9e, qui lui est naturelle, est-elle destin\u00e9e \u00e0 un projet ult\u00e9rieur de publication&nbsp;? En effet, les notes \u00ab&nbsp;pour soi-m\u00eame&nbsp;\u00bb sont en g\u00e9n\u00e9ral souvent plus sobres et moins construites. Par chance, le dernier sujet du recueil permet de reposer cette question de la tradition et de la modernit\u00e9, dans le style comme dans la perception politique, puisqu\u2019il s\u2019agit de la r\u00e9action de G. Lyon \u00e0 la lecture du <em>Feu<\/em> d\u2019H. Barbusse.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Avec \u2013 sans surprise \u2013 une forme dissertative, notre recteur consacre au prix Goncourt 1916 un long propos (p. 444 \u00e0 456), t\u00e9moignant de la forte impression que lui a fait l\u2019ouvrage. Ce passage a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 1918, G. Lyon tient son volume (sur la couverture \u00ab&nbsp;<em>18<sup>\u00e8me<\/sup> mille<\/em>&nbsp;\u00bb) du Dr. Barrois&nbsp;: cet ami l\u2019a acquis sans se cacher et a pr\u00e9cis\u00e9 (p. 444)&nbsp;: \u00ab&nbsp; <em>L\u2019autorit\u00e9 allemande en a, pendant quelques jours, autoris\u00e9 la vente chez Tersot&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Sans d\u00e9velopper ici (ce passage m\u00e9riterait une \u00e9tude plus approfondie, dans l\u2019optique des travaux d\u2019Yves Le Maner), on peut dire que l\u2019auteur est d\u2019abord s\u00e9duit par la volont\u00e9 de Barbusse de repr\u00e9senter le <em>vrai<\/em>, la <em>v\u00e9rit\u00e9<\/em>. Ensuite, c\u2019est un Georges Lyon \u00ab&nbsp;en grande forme&nbsp;\u00bb qui est tr\u00e8s frapp\u00e9 par l\u2019argot des tranch\u00e9es (p. 447)&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Il est un mot surtout qui \u00e9voque \u00e0 ma m\u00e9moire ce manuel scolaire d\u2019autrefois, <\/em>Le jardin des racines grecques<em> du bon humaniste <\/em>Lancelot<em>. On y trouvait align\u00e9s ces radicaux fussent-ils aux d\u00e9riv\u00e9s sans nombre. Le mot que je veux dire est celui-l\u00e0 m\u00eame qu\u2019a immortalis\u00e9 l\u2019h\u00e9ro\u00efque Cambronne. Combien de compos\u00e9s, adjectifs, verbes et substantifs n\u2019engendre-t-il pas juste ciel&nbsp;! Oh oui&nbsp;; c\u2019est une racine d\u2019une rare richesse mais comment ne pas lui pr\u00e9f\u00e9rer, ne f\u00fbt-ce que pour leur parfum, celles de l\u2019honn\u00eate jardinier <\/em>Lancelot.&nbsp;\u00bb Il est aussi s\u00e9duit par les sc\u00e8nes de la vie de tranch\u00e9e, de l\u2019arri\u00e8re, avec, dit-il, une <em>v\u00e9rit\u00e9 vivante et frissonnante,<\/em> (p. 448) \u00ab<em>&nbsp;Je crois retrouver l\u2019impression si vive (\u2026) que me laisse chaque fois que je le relis, le festin de Trimalcion dans le Satiricon.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pour la partie \u00ab&nbsp;d\u00e9saccord&nbsp;\u00bb, il se dit conscient que si \u00ab&nbsp;<em>les mentors bott\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb de Lille ont autoris\u00e9 cette lecture, c\u2019est parce que c\u2019\u00e9tait un \u00e9crit pacifiste. Dans l\u2019ouvrage, il est d\u00e9\u00e7u de ne pas voir pr\u00e9sents les officiers, car il pensait que la communaut\u00e9 de vie hommes \u2013 officiers, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019Allemagne, existait. Par ailleurs, il temp\u00e8re la repr\u00e9sentativit\u00e9 du poilu barbussien car un ami, rentr\u00e9 de d\u00e9portation (Montm\u00e9dy), y a fr\u00e9quent\u00e9 des prisonniers fran\u00e7ais plein d\u2019entrain et de belle humeur&nbsp;: les poilus d\u00e9crits dans <em>le Feu<\/em> n\u2019y seraient probablement que quelques \u00ab&nbsp;<em>grognards<\/em>&nbsp;\u00bb minoritaires, \u00ab&nbsp;<em>geignards que l\u2019on ne reconna\u00eetrait plus, transform\u00e9s (\u2026) en riants optimistes.<\/em>&nbsp;\u00bb Il s\u2019inqui\u00e8te aussi des cons\u00e9quences morales du livre, de l\u2019effet \u00e0 craindre sur les jeunes recrues. De plus il refuse d\u2019admettre que la guerre ne ressemble qu\u2019\u00e0 ce qui est d\u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Quoi vraiment ce n\u2019est pas l\u00e0 un moment de la guerre, c\u2019est la guerre elle-m\u00eame dans son entier&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Alors, s\u2019il doit admettre que c\u2019est vraiment la v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 qui il voue un culte, il pense alors, comme R. Cadot par exemple, que le livre vient trop t\u00f4t (p. 456)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>En d\u2019autres termes Le Feu ne devrait pas \u00eatre le livre d\u2019aujourd\u2019hui. Il devrait \u00eatre celui de demain.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Donc en somme un bon document historique (personnage inform\u00e9, apport de faits, aper\u00e7u de l\u2019opinion\u2026) qui permet de compl\u00e9ter ce que nous savons de la p\u00e9riode d\u2019occupation de la r\u00e9gion de Lille, et en m\u00eame temps un document int\u00e9ressant d\u2019histoire sociale et culturelle, qui permet de r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019habitus et les repr\u00e9sentations d\u2019un notable r\u00e9publicain lettr\u00e9 pendant l\u2019occupation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard,  mai 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Fran\u00e7ois Condette (\u00e9d.), Souvenirs de guerre du recteur Georges Lyon, Villeneuve d&rsquo;Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2016, 476 p. 1. Le t\u00e9moin N\u00e9 en 1853, normalien et agr\u00e9g\u00e9 de philosophie, Georges Lyon enseigne d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure (1888), puis est directeur de cabinet au Minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res (1895). Recteur de l\u2019acad\u00e9mie de Lille &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/05\/20\/lyon-georges-1853-1929\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Lyon, Georges 1853 &#8211; 1929<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,12,21],"tags":[1122,1280,1279,1278],"class_list":["post-4464","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-202","category-civil","category-souvenirs","tag-evacuation-civils","tag-oeuvres-de-guerre","tag-recteur","tag-territoires-occupes-nord"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4464","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4464"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4464\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4479,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4464\/revisions\/4479"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4464"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}