{"id":4468,"date":"2024-05-20T21:27:28","date_gmt":"2024-05-20T20:27:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4468"},"modified":"2024-06-03T17:00:13","modified_gmt":"2024-06-03T16:00:13","slug":"boujonnier-paul-1905-1999","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/05\/20\/boujonnier-paul-1905-1999\/","title":{"rendered":"Boujonnier, Paul (1905 \u2013 1999)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">Paul Boujonnier, <em>Nous les gosses dans la guerre en Picardie<\/em>, 1914 \u2013 1918, \u00e9ditions JPB, Villemandeur, 1988, 63 pages.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">N\u00e9 \u00e0 Abbeville en 1905, Paul Boujonnier habite depuis 1912 \u00e0 Guerbigny (Somme) avec ses parents cultivateurs. Son p\u00e8re une fois mobilis\u00e9, lui et sa m\u00e8re vont habiter chez le grand-p\u00e8re \u00e0 Bouillancourt, \u00e0 12 km plus \u00e0 l\u2019ouest, car Guerbigny est trop pr\u00e8s du front (Roye).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Paul Boujonnier a publi\u00e9 en 1988 \u00ab&nbsp;<em>Nous les gosses dans la guerre en Picardie<\/em>&nbsp;\u00bb 1914 \u2013 1918 aux \u00e9ditions JPB de Villemandeur, probablement \u00e0 compte d\u2019auteur (63 pages). L\u2019auteur avait de 9 \u00e0 13 ans pendant la guerre et au dos de l\u2019ouvrage il indique qu\u2019il a voulu par ce livre prolonger le souvenir au-del\u00e0 de son existence, \u00ab&nbsp;<em>pour que les plus jeunes sachent<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce petit livre contient les \u00ab&nbsp;souvenirs de guerre&nbsp;\u00bb d\u2019un petit paysan picard qui a pass\u00e9 une partie de son enfance \u00e0 proximit\u00e9 du front. Il commence par \u00e9voquer la rentr\u00e9e de janvier 1914&nbsp;\u00e0 l\u2019\u00e9cole: leur nouvel instituteur condamne les fusils de bois et ordonne de les monter au grenier. Si les \u00e9l\u00e8ves le d\u00e9testent sur le moment pour cette interdiction, l\u2019auteur souhaite en 1988 lui rendre hommage car (p. 8) \u00ab&nbsp;<em>lui savait malheureusement ce que nous allions apprendre, c\u2019est-\u00e0-dire la guerre.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En ao\u00fbt 1914 la famille fuit l\u2019arriv\u00e9e des Allemand lors d\u2019un premier exode, mais les Uhlans les rattrapent \u00e0 Esclainvillers, chez l\u2019instituteur qui les h\u00e9bergeait pour la nuit. Cette sc\u00e8ne l\u2019a d\u2019autant marqu\u00e9 que pour le prot\u00e9ger, sa m\u00e8re l\u2019a habill\u00e9 en fille, lui graissant les cheveux et le couchant dans une chambre pour faire croire \u00e0 une maladie. En effet la version \u00ab&nbsp;bourrage de cr\u00e2ne&nbsp;\u00bb que P. Boujonnier \u00e9voque ici (p. 11) est que les Allemands &nbsp;\u00ab&nbsp;<em>coupent les doigts des mains des gar\u00e7ons afin qu\u2019ils ne puissent pas faire de futurs soldats.<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce sont ces m\u00eames Allemands qui les incitent \u00e0 repartir chez eux, et ce sera \u00e0 Bouillancourt, chez le Grand-p\u00e8re maternel qu\u2019ils se fixent&nbsp;: ils retrouvent la maison intacte de pillage car elle est situ\u00e9e en bout de village.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Paul fait revivre un village servant de cantonnement surtout \u00e0 des hommes du g\u00e9nie, de l\u2019artillerie et du train, avec passage incessant de voitures et de troupes&nbsp;; l\u2019instituteur, qui est en m\u00eame temps secr\u00e9taire de mairie, est souvent d\u00e9rang\u00e9 pendant la classe pour des questions de cantonnement ou d\u2019intendance&nbsp;: il \u00e9crit rapidement un probl\u00e8me au tableau et s\u2019\u00e9clipse une demi-heure, ce qui est l\u2019occasion de chahuts que l\u2019on peut imaginer. Le jeune Paul \u00e9voque les soldats qui autorisent parfois les gamins \u00e0 monter sur les wagons du Decauville et qui leur font go\u00fbter leur rata. L\u2019enfant va parfois poser des collets ou p\u00eacher le brochet avec eux. C\u2019est ainsi une suite d\u2019anecdotes, comme celle du No\u00ebl 1915 o\u00f9 des grands magasins de Paris avaient parrain\u00e9 des r\u00e9giments en leur achetant des oranges. Dans un wagon destin\u00e9 au 139<sup>e<\/sup> RI, une grande partie des oranges avait gel\u00e9 (p. 26) \u00ab&nbsp;<em>On finit par nous abandonner ce qui \u00e9tait \u00e0 moiti\u00e9 gel\u00e9 (\u2026) Apr\u00e8s en avoir mang\u00e9 \u00e0 en \u00eatre malades, l\u2019id\u00e9e nous vint pour nous distraire, de bombarder d\u2019oranges tous les trains qui passaient.<\/em>&nbsp;\u00bb Notre auteur fait beaucoup de b\u00eatises, monte dans une voiture d\u2019artillerie qui passe et se retrouve \u00e0 17 km de chez lui, va guider de nuit des soldats qui braconnent le sanglier, fait une d\u00e9couverte non contr\u00f4l\u00e9e du Byhrr lorsque lui et ses copains vont voir \u00e9voluer les avions Caudron du terrain proche, etc\u2026 La chute de ses petits r\u00e9cits, marqu\u00e9e par les corrections que lui inflige son grand-p\u00e8re, \u00e9voque par sa r\u00e9currence celle des <em>Malheurs de Sophie<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">p. 23 <em>\u00ab&nbsp;Le retour ne fut pas joyeux, je ne vous dis que \u00e7a&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">p. 26 \u00ab&nbsp;<em>Oh mes pauvres fesses, qu\u2019est-ce qu\u2019elles prirent encore ce jour-l\u00e0&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">p. 31 \u00ab&nbsp;<em>Arriv\u00e9 \u00e0 la maison, ma r\u00e9ception ne m\u2019a pas laiss\u00e9 le temps d\u2019avoir froid.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">p. 39 \u00ab&nbsp;<em>L\u2019arriv\u00e9e \u00e0 la maison fut comme toujours une belle r\u00e9ception pour moi&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il raconte aussi avoir voulu sciemment repartir avec l\u2019unit\u00e9 d\u2019un vaguemestre avec qui il avait sympathis\u00e9, s\u2019\u00eatre fait un paquetage en secret avec ce qu\u2019il avait pu r\u00e9cup\u00e9rer des soldats, mais son nouvel ami, se doutant de quelque chose, avait pr\u00e9venu sa m\u00e8re, qui avait subtilis\u00e9 le sac hors de sa cachette (poids&nbsp;: 32 livres).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Devant la pouss\u00e9e allemande de mars 1918, La famille doit fuir malgr\u00e9 les r\u00e9sistances du grand-p\u00e8re, qui se pense prot\u00e9g\u00e9 parce que la maison a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9e en 1914. Ils se fixent \u00e0 Fumechon, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Saint-Just-en-Chauss\u00e9e (Oise). En ao\u00fbt 1918, le p\u00e8re l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9 est arriv\u00e9 en permission de convalescence, et Paul fait une description int\u00e9ressante de l\u2019exp\u00e9dition men\u00e9e vers Bouillancourt, malgr\u00e9 l\u2019interdiction des gendarmes, pour voir ce qu\u2019est devenue la maison (p. 55 \u2013 61). Il est tr\u00e8s impressionn\u00e9 par les traces de la bataille, ruines, cadavres de chevaux, traces humaines, et ils trouvent le village enti\u00e8rement d\u00e9truit. Paul finit la guerre \u00e0 Fumechon entre travail \u00e0 la ferme, \u00e9cole et fr\u00e9quentation des militaires jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Armistice, moment auquel s\u2019arr\u00eate ce petit livre attachant (p. 60)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>cette maudite guerre\u2026 Maudite soit-elle \u00e0 tout jamais&nbsp;! C\u2019est comme cela que je perdis mon titre de \u00ab&nbsp;gosse dans la guerre en Picardie.<\/em>&nbsp;\u00bb <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, mai 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paul Boujonnier, Nous les gosses dans la guerre en Picardie, 1914 \u2013 1918, \u00e9ditions JPB, Villemandeur, 1988, 63 pages. 1. Le t\u00e9moin N\u00e9 \u00e0 Abbeville en 1905, Paul Boujonnier habite depuis 1912 \u00e0 Guerbigny (Somme) avec ses parents cultivateurs. 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