{"id":4486,"date":"2024-06-03T19:02:27","date_gmt":"2024-06-03T18:02:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4486"},"modified":"2024-06-03T19:02:27","modified_gmt":"2024-06-03T18:02:27","slug":"masquelier-marie-1895-1975-et-masquelier-sophie-1896-1989","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/06\/03\/masquelier-marie-1895-1975-et-masquelier-sophie-1896-1989\/","title":{"rendered":"Masquelier, Marie (1895-1975) et Masquelier, Sophie (1896-1989)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">Professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Picardie-Jules-Verne, Philippe Nivet dirige la collection \u00ab&nbsp;V\u00e9cus&nbsp;\u00bb. Le 18<sup>e<\/sup> titre, en 2022, est un nouveau t\u00e9moignage de jeune fille de famille bourgeoise du Nord sous l\u2019occupation allemande lors de la Premi\u00e8re Guerre mondiale&nbsp;: <em><strong>Une famille roubaisienne sous l\u2019occupation de 1914 \u00e0 1918, Journal de Marie Masquelier<\/strong><\/em><strong>, \u00e9dit\u00e9 par Philippe Nivet, Amiens, Encrage \u00e9dition, 2022, 622 pages, 39 euros.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La famille Masquelier compos\u00e9e d\u2019une m\u00e8re, veuve, et de cinq enfants dont quatre filles, vivait \u00e0 Lys-les-Lannoy, commune limitrophe de Roubaix. Ces notables avaient une belle maison et g\u00e9raient une p\u00e9pini\u00e8re. Le t\u00e9moignage de deux des filles r\u00e9v\u00e8le une famille catholique tr\u00e8s pratiquante. Un oncle des diaristes, monseigneur Henri Masquelier, dirigeait le journal <em>La Croix du Nord<\/em>&nbsp;; un autre \u00e9tait j\u00e9suite. Dans cette famille, on pensait que la guerre \u00e9tait une punition de Dieu inflig\u00e9e aux dirigeants anticl\u00e9ricaux de la France&nbsp;: \u00ab&nbsp;la France a beaucoup p\u00e9ch\u00e9&nbsp;; mais Dieu, qui aime les Francs, pardonnera&nbsp;\u00bb (28 mars 1915). On priait pour la victoire, avec la certitude d\u2019\u00eatre entendu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis bien s\u00fbre que le bon Dieu \u00e9coute de meilleure oreille nos pri\u00e8res que les leurs. La cause allemande est injuste et le bon Dieu ne manquera s\u00fbrement pas de donner une s\u00e9v\u00e8re le\u00e7on au vieux Guillaume&nbsp;\u00bb (13 janvier 1915). Autre pratique typique, lors d\u2019une grande r\u00e9quisition&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils font plus peur que le diable&nbsp;; tout le monde les attend anxieusement et nous avons promis [de faire dire] plusieurs messes si tout se passait bien chez nous&nbsp;\u00bb (29 septembre 1918).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La principale diariste est Marie Masquelier, 19 ans en 1914, \u00e9lev\u00e9e dans une \u00e9cole catholique en Belgique. Son t\u00e9moignage est compl\u00e9t\u00e9, pour une partie perdue, par celui de sa s\u0153ur Sophie, d\u2019un an plus jeune. Il est vraisemblable que les deux jeunes filles aient \u00e9crit de concert. Leur objectif \u00e9tait de fournir \u00e0 leur fr\u00e8re mobilis\u00e9 dans l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise un t\u00e9moignage sur la vie locale en son absence, objectif \u00e9largi pour informer les Fran\u00e7ais \u00ab&nbsp;de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;\u00bb ignorants des r\u00e9alit\u00e9s de l\u2019occupation allemande&nbsp;: \u00ab&nbsp;De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, on ne songe pas que chez nous nous souffrons de l\u2019invasion, de l\u2019oppression, de la ruine, du pillage et surtout d\u2019inqui\u00e9tude cruelle pour les chers n\u00f4tres toujours au danger et dont nous ne pouvons recevoir de nouvelles&nbsp;\u00bb (24 octobre 1915). D\u2019apr\u00e8s Philippe Nivet, des indices laissent penser que les textes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9crits apr\u00e8s un premier jet. Les huit cahiers de Marie et les sept de Sophie ont \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s dans de mauvaises conditions, ce qui explique quelques lacunes. La transcription (sur 555 pages aux lignes tr\u00e8s serr\u00e9es) a repr\u00e9sent\u00e9 un \u00e9norme travail, compl\u00e9t\u00e9 par des centaines de notes de bas de page.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">De nombreux t\u00e9moignages de femmes en territoire occup\u00e9, d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9s, y compris par Philippe Nivet, sont pr\u00e9sent\u00e9s dans le livre collectif du CRID 1914-1918, <em>500 t\u00e9moins de la Grande Guerre<\/em>, et sur notre site. Les r\u00e9cits des s\u0153urs Masquelier reprennent les th\u00e8mes bien connus&nbsp;: l\u2019omnipr\u00e9sence des soldats et officiers allemands qu\u2019il faut loger (avec des appr\u00e9ciations nuanc\u00e9es sur leurs comportements) et dont il faut supporter les pillages et les r\u00e9quisitions qui ne sont que pillages d\u00e9guis\u00e9s&nbsp;; la mise des ressources du pays au service des occupants et le d\u00e9mant\u00e8lement de l\u2019industrie roubaisienne&nbsp;; le travail forc\u00e9 et la prise d\u2019otages&nbsp;; les p\u00e9nuries alimentaires et l\u2019augmentation de la mortalit\u00e9 qui en est la cons\u00e9quence&nbsp;; les attitudes diverses des occup\u00e9s, depuis l\u2019acceptation et la collaboration jusqu\u2019aux actes timides de r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ne n\u00e9gligeant aucune source d\u2019information, Marie livre de nombreux d\u00e9tails concrets sur la situation et sur ses propres sentiments. Ainsi, le 13 ao\u00fbt 1916&nbsp;: \u00ab&nbsp;Hofmann, \u00eatre de la pire esp\u00e8ce, vient de faire afficher que tous les cuivres doivent \u00eatre d\u00e9clar\u00e9s et port\u00e9s \u00e0 la Commandature. En voil\u00e0 un ordre&nbsp;! Est-ce permis, voyons, de commander \u00e0 de pauvres occup\u00e9s de porter \u00e0 leurs occupants ce qui doit servir \u00e0 fabriquer des obus contre leurs alli\u00e9s, contre les chers leurs&nbsp;? C\u2019est abominable de nous forcer ainsi \u00e0 mettre dans les mains de nos maudits ex\u00e9crables ennemis des armes, des munitions qui tueront nos braves h\u00e9ros de France&nbsp;!&nbsp;\u00bb Elle a su remarquer l\u2019opposition entre Bavarois et Prussiens, les premiers beaucoup plus sympathiques, et elle a m\u00eame su d\u00e9celer le m\u00e9pris des vrais combattants allemands pour ceux de l\u2019arri\u00e8re, portant un uniforme mais n\u2019allant pas aux tranch\u00e9es. Marie et Sophie expriment vivement leur r\u00e9probation pour les \u00ab&nbsp;femmes \u00e0 boches&nbsp;\u00bb et signalent, lors de la lib\u00e9ration, leur punition m\u00e9rit\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;la plupart ont eu les cheveux coup\u00e9s&nbsp;\u00bb (28 avril 1918).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On trouve encore, dans ce t\u00e9moignage, une \u00e9tonnante critique des bombardements alli\u00e9s qui font trop de d\u00e9g\u00e2ts chez les civils (16 juin 1918). Et, lors du terrible hiver de 1917, ce d\u00e9tail qui renvoie aux remarques sur les pratiques religieuses de la famille&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans nos chambres, l\u2019eau est gel\u00e9e dans les lavabos et les b\u00e9nitiers&nbsp;\u00bb (4 f\u00e9vrier 1917).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pour terminer, je me permets un d\u00e9saccord sur la m\u00e9thode d\u2019\u00e9dition de ce livre. Une introduction de 45 pages aux lignes tr\u00e8s serr\u00e9es, agr\u00e9ment\u00e9e de larges citations, dit d\u00e8s le d\u00e9part tout ce qu\u2019on pourrait trouver dans le t\u00e9moignage. Il me semble que le lecteur pr\u00e9f\u00e8rerait d\u00e9couvrir, au fur et \u00e0 mesure, dans le texte de Marie et de Sophie, les d\u00e9tails concrets les plus personnels. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, on peut r\u00e9pondre que la tr\u00e8s longue et tr\u00e8s compl\u00e8te introduction dispense de la lecture directe du t\u00e9moignage. Mais c\u2019est regrettable.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>R\u00e9my Cazals, avril 2024.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Professeur \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Picardie-Jules-Verne, Philippe Nivet dirige la collection \u00ab&nbsp;V\u00e9cus&nbsp;\u00bb. 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