{"id":4491,"date":"2024-06-26T19:28:57","date_gmt":"2024-06-26T18:28:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4491"},"modified":"2024-07-28T10:27:55","modified_gmt":"2024-07-28T09:27:55","slug":"tharaud-jerome-1874-1953-et-tharaud-jean-1877-1952","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/06\/26\/tharaud-jerome-1874-1953-et-tharaud-jean-1877-1952\/","title":{"rendered":"Tharaud, J\u00e9r\u00f4me (1874-1953) et  Tharaud, Jean (1877-1952)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Une rel\u00e8ve<\/em>, Paris, Plon-Nourrit, 1924, 247 pages.<br><br>A l\u2019occasion du d\u00e9placement du r\u00e9giment pour une rel\u00e8ve, un caporal dresse une succession de tableaux des paysages et des situations qui d\u00e9filent sous ses yeux dans le secteur de Reims \u00e0 une date inconnue de la Grande Guerre. Il s\u2019agit en fait de tableaux litt\u00e9ralis\u00e9s permettant l\u2019\u00e9vocation de lieux ou de situations glorifiant les hommes (de toutes nationalit\u00e9s), la Nature et les sentiments. Le premier de ses tableaux \u00e9voque la rumeur, les \u00ab canards du front \u00bb qui font voyager \u00e0 l\u2019estime, depuis les Flandres, le r\u00e9giment dons toutes les directions possibles. Le second am\u00e8ne l\u2019unit\u00e9 du narrateur sur \u00ab les pentes longuement inclin\u00e9es de la montagne de Reims \u00bb, \u00e0 Verzenay, d\u2019o\u00f9 \u00ab de ce haut belv\u00e9d\u00e8re, [il] regarde Reims qui br\u00fble \u00bb. Relevant une brigade russe, il en profite dans son troisi\u00e8me tableau pour d\u00e9crire quelque peu le \u00ab contraste entre deux humanit\u00e9s \u00bb, dont \u00ab le grand troupeau moscovite \u00bb m\u00ealant \u00ab mine enfantine et brutale \u00e0 la fois \u00bb. Ce rapprochant de la premi\u00e8re ligne, \u00ab derri\u00e8re la berge d\u2019un canal \u00bb, la, description du paysage, martyris\u00e9 mais tranquille, m\u00eame si \u00ab sans h\u00e9ro\u00efsme \u00bb permet la r\u00e9flexion et la contemplation de la nature et de sa faune abandonn\u00e9e. La tranch\u00e9e se conjugue avec \u00ab l\u2019id\u00e9e d\u2019une menace prochaine [qui] agit sur l\u2019\u00e2me un peu \u00e0 la fa\u00e7on dont l\u2019exalte l\u2019amour (\u2026) ; tout \u00e9meut \u00e0 l\u2019exc\u00e8s \u00bb. C\u2019est le r\u00e8gne de l\u2019obus qui pulv\u00e9rise tout, homme comme village \u00bb. Le sixi\u00e8me tableau d\u00e9bute ainsi : \u00ab Ce soir, nous prenons la tranch\u00e9e \u00bb, un boyau qui m\u00e8ne \u00e0 un \u00ab poste o\u00f9 [il] tombe ce soir est install\u00e9 dans les sous-sols d\u2019une ancienne ferme mod\u00e8le \u00bb, une cave qui m\u00eale s\u00e9pulcre et nid protecteur \u00e0 ces quatre occupants qui doivent tenir le lieu et renseigner le commandement par le seul lien qui les relie au monde de l\u2019ext\u00e9rieur, le t\u00e9l\u00e9phone. \u00ab Une prison sans portes sans verrous, sans barri\u00e8res, mais plus strictement enferm\u00e9s par les consignes id\u00e9ales que par la plus rigide cl\u00f4ture, et vraiment s\u00e9par\u00e9s du monde par ces lignes de fer barbel\u00e9, ces hautes herbes non fauch\u00e9es et l\u2019inextricable d\u00e9dale des boyaux et des tranch\u00e9es \u00bb. Ce milieu particulier confine \u00e0 l\u2019introspection et \u00e0 l\u2019analyse du soi. Ce t\u00e9l\u00e9phone et le personnage du septi\u00e8me tableau, qui permet de d\u00e9crire le r\u00f4le comme la vie de l\u2019escouade d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e, son r\u00f4le m\u00e9t\u00e9orologique et tout compte-rendu insignifiant r\u00e9alis\u00e9. D\u00e8s lors, \u00ab pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019ennui, on se r\u00e9fugie dans le sommeil ou bien dans la lecture, comme on monte dans un arbre pour fuir une inondation \u00bb ou \u00ab on \u00e9crit une lettre ; on attend celle qui se prom\u00e8ne sur les routes \u00bb, pr\u00e9texte \u00e0 s\u2019\u00e9pancher sur ce seul lien avec l\u2019\u00eatre aim\u00e9 comme avec l\u2019humanit\u00e9. Mais \u00ab ce t\u00e9l\u00e9phone sans vie, que nous veillons comme un mort et qui n\u2019annonce jamais rien \u00bb annonce un jour un jour \u00ab le Kaiser a d\u00e9missionn\u00e9 ! \u00bb, \u00ab folle invention \u00bb qui jette un \u00e9moi diviseur (d\u2019une demi-heure seulement toutefois), au sein du petit groupe humain, \u00ab braves gens de chez nous ! honn\u00eate peuple de France ! \u00bb le 8\u00e8me tableau revient sur les compagnons de tombeau qui se catalyse autour du Capitaine Fracasse, pr\u00e9textes aux bavardages dont le caporal se plaint finalement, y pr\u00e9f\u00e9rant un silence finalement la denr\u00e9e la plus rare au front. Le neuvi\u00e8me tableau souligne le contraste entre la vie souterraine, \u00ab o\u00f9 chacun est emprisonn\u00e9 dans la terre \u00bb et l\u2019ext\u00e9rieur, o\u00f9 existe encore fleurs et oiseaux dans le \u00ab miracle de la lumi\u00e8re \u00bb. Le 10<sup>e<\/sup> tableau est celui du calme quasi-mortuaire d\u00e9chir\u00e9 tout \u00e0 coup par l\u2019obus qui trouve son chemin vers le t\u00e9l\u00e9phone dont il ne parvient pas \u00e0 briser la bo\u00eete toutefois et qui finalement ne change rien \u00e0 la \u00ab platitude ordinaire \u00bb de la morne existence. Le 11<sup>e<\/sup> chapitre fait \u00e9tat du r\u00e9sultat du bombardement, qui laisse derri\u00e8re lui poussi\u00e8re et gravats de ce que furent maisons, \u00e9glise et village. Le dernier chapitre finit en parabole. Le caporal quitte enfin cave et boyau ; c\u2019est tout aussi enfin la permission, la maison bruyante et anim\u00e9e de la vie des femmes et des enfants, d\u2019o\u00f9 le caporal \u00e9crit, \u00e9voquant \u00e0 mots couverts la mort de Jean, absent de la table et pleur\u00e9 par les enfants du lieu.<br><br><em>Commentaires sur l&rsquo;ouvrage<\/em> : <br>En fait, c\u2019est Jean Norton Cru qui, par son enqu\u00eate sur la v\u00e9racit\u00e9 et le parcours des auteurs, d\u00e9crypte la mat\u00e9rialit\u00e9 des souvenirs contenus dans les 12 tableaux du caporal Jean. J\u00e9r\u00f4me Tharaud (18 mars 1874, Saint-Junien (87) \u2013 28 janvier 1953, Varangeville-sur-Mer (76)) et Jean Tharaud (n\u00e9 Pierre Marie Martial Charles, 9 mai 1877, Saint-Junien (87) \u2013 8 avril 1952, Paris) furent bien mobilis\u00e9s au 94<sup>e<\/sup> RIT d\u2019Angoul\u00eame (178<sup>e<\/sup> brigade de la 89<sup>e<\/sup> division territoriale) d\u00e8s le d\u00e9but d\u2019ao\u00fbt 1914. Ils font \u00e0 plusieurs reprise r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ces soldats de Charente et du Limousin. Le parcours du 94<sup>e<\/sup> RIT les am\u00e8ne bien pendant 6 mois (1914-1915) sur le canal de l\u2019Yser puis sur l\u2019Aisne (jusqu\u2019au 5 mai 1915) puis pour faire des travaux dans les secteurs de Reims et de Fismes de mi-d\u00e9cembre 1915 \u00e0 mi-f\u00e9vrier 1916. Du 16 f\u00e9vrier au 5 mai, le r\u00e9giment occupe effectivement le secteur entre la ferme des Marquises (nord-est de Prunay) et le Fort de La Pompelle. C\u2019est donc bien ce secteur et ce cr\u00e9neau temporel qui sont d\u00e9crits dans les 12 chapitres d\u2019Une Rel\u00e8ve. On y retrouve \u00e9galement des \u00e9l\u00e9ments biographiques factuels contenus dans ces douze tableaux ; le narrateur est caporal t\u00e9l\u00e9phoniste, comme J\u00e9r\u00f4me, et l\u2019autre est vaguemestre (cf. le 7<sup>e<\/sup> tableau Le Kaiser a d\u00e9missionn\u00e9). Ceci \u00e9tant dit, il devient clair que les quelques donn\u00e9es d\u00e9gageables de ces quelques semaines d\u00e9crites permettent de confirmer que le r\u00e9cit est bas\u00e9 sur une exp\u00e9rience de guerre, ce qui confirme par ailleurs le classement de Jean-Norton Cru dans la cat\u00e9gorie Souvenirs. Toutefois, le r\u00e9cit est tr\u00e8s fortement litt\u00e9ralis\u00e9 dans ce parcours, les quelques \u00e9pisodes d\u00e9crits dans ce parcours, dont la guerre n\u2019est que le tableau de fond de sc\u00e8ne, ne sont finalement que le pr\u00e9texte \u00e0 louanges \u00e0 la nature (on trouve ici des similitudes avec Genevoix ou, dans la d\u00e9marche stylistique, avec Pierre Jolly dans son 13 octobre Jolly, Pierre \u2013 T\u00e9moignages de 1914-1918 (crid1418.org)), les hommes ou les lieux, en une introspection sur le caporal dans son escouade dans la guerre. L\u2019ensemble appara\u00eet donc finalement superficiel et outre son style et quelques r\u00e9flexions int\u00e9ressantes n\u2019apporte que peu, donnant \u00e0 Une rel\u00e8ve l\u2019identit\u00e9 d\u2019un roman plus que d\u2019un livre de souvenirs. Cette impression est appuy\u00e9e de surcro\u00eet par le dernier chapitre qui, pla\u00e7ant le caporal en permission chez lui, donne l\u2019impression que seul l\u2019esprit du mort est revenu autour de la table familiale.<br><br><br><em>Renseignements tir\u00e9s de l&rsquo;ouvrage <\/em>:<br>Page 12 : Sur la tranch\u00e9e : \u00ab Les autres, pr\u00e9f\u00e9rant la tranch\u00e9e, plus p\u00e9rilleuse assur\u00e9ment, mais o\u00f9 la discipline est plus souple et la ration de vin plus forte \u00bb.<br>D\u00e9finition de la rumeur, semblable au moustique : \u00ab Et les fausses rumeurs de s\u2019\u00e9lever et de danser au-dessus du cantonnement, comme en \u00e9t\u00e9 les moustiques au-dessus d\u2019un mar\u00e9cage \u00bb.<br>50 : Vue de flamands, anglais, russes<br>65 : R\u00e9flexion sur le patrimoine vernaculaire de la guerre \u00e0 conserver : \u00ab De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du canal, en bordure d\u2019un grand bois, on voit encore, clou\u00e9es contre les peupliers, les niches de chapelle, o\u00f9 chaque soit les artilleurs pla\u00e7aient une lanterne pour guider leur tir dans la nuit. Elles sont aujourd\u2019hui inutiles ces petites chapelles d\u00e9saffect\u00e9es, mais je pense que, la paix venue, il faudra garder pieusement ces fragiles abris de lumi\u00e8re qui nous ont prot\u00e9g\u00e9s, comme on conserve dans les rues des vieilles villes, \u00e0 l\u2019angle de chaque muraille, ou bien dans les for\u00eats, au creux d\u2019un ch\u00eane v\u00e9n\u00e9rable, ces niches consacr\u00e9es \u00e0 la Vierge ou \u00e0 quelque Saint rustique, longtemps apr\u00e8s que la Vierge ou le Saint a d\u00e9laiss\u00e9 son sanctuaire bocager \u00bb.<br>86 : Hypersensibilit\u00e9 \u00e0 la Nature.<br>87 : Sur la protection du vivant confinant \u00e0 la superstition : \u00ab \u2026 Je crois, ma parole, que j\u2019aimerais mieux me fouler le pied que de d\u00e9truire sous mon soulier une mis\u00e9rable fourmi, avec cet espoir inavou\u00e9 qu\u2019en m\u00e9nageant une existence, si petit soit-elle, la mienne sera aussi \u00e9pargn\u00e9e \u00bb. (Vap p. 86 sur \u00ab la croyance aux pr\u00e9sages \u00bb).<br>145 : Bruit \u00ab soyeux \u00bb des obus<br>159 : Sur les carnets et la pratique d\u2019\u00e9criture du soldat. (Vap p. 162 sur la force du ressenti par rapport aux carnets de guerre).<br>174 : \u00ab La guerre a pris pour moi l\u2019aspect d\u2019un voyage en troisi\u00e8me classe, que je fais depuis trois ans, vers une destination inconnue \u00bb.<br>184 : Mort d\u2019un pigeon, enterr\u00e9 par un sergent dans le cimeti\u00e8re des soldats<br><br><em>Yann Prouillet, juin 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une rel\u00e8ve, Paris, Plon-Nourrit, 1924, 247 pages. A l\u2019occasion du d\u00e9placement du r\u00e9giment pour une rel\u00e8ve, un caporal dresse une succession de tableaux des paysages et des situations qui d\u00e9filent sous ses yeux dans le secteur de Reims \u00e0 une date inconnue de la Grande Guerre. 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