{"id":4500,"date":"2024-07-05T17:29:46","date_gmt":"2024-07-05T16:29:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4500"},"modified":"2024-07-28T10:27:30","modified_gmt":"2024-07-28T09:27:30","slug":"pages-emile-1893-1963","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/07\/05\/pages-emile-1893-1963\/","title":{"rendered":"Pag\u00e8s, Emile (1893 \u2013 1963)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;ouvrage :<\/em><br>Emile Pag\u00e8s, <em>La grande \u00e9tape. Ceux de la \u00ab\u00a0Sans-Fil\u00a0\u00bb<\/em>, Paris, Tallandier, 1931, 221 p.<br><br>En ao\u00fbt 1918, le caporal Pag\u00e8s, se \u00ab <em>trouvant inapte \u00e0 tous les fronts par suite d\u2019une blessure \u00e0 la jambe gauche<\/em> \u00bb (page 10), ronge son frein \u00e0 La Courade (commune de La Couronne, \u00e0 peu de kilom\u00e8tres au sud d\u2019Angoul\u00eame), d\u00e9p\u00f4t des \u00e9clop\u00e9s du 8\u00e8me r\u00e9giment du G\u00e9nie. Un matin, \u00e0 la lecture du rapport, un grad\u00e9 \u00ab <em>demande des volontaires, aux fins de constituer le poste radio-t\u00e9l\u00e9graphique de la Mission militaire fran\u00e7aise en Sib\u00e9rie<\/em> \u00bb (page 11). D\u00e9s\u0153uvr\u00e9, il d\u00e9cide de s\u2019engager imm\u00e9diatement comme huit autres comparses : Battesti, h\u00e2bleur qui se propose comme le futur m\u00e9cano du poste, Fendlevent, un classe 17 \u00e9leveur d\u2019escargots montmartrois, Lenoir, grippe-sous, Larchaud, s\u00e8me-fortune, Robert, la belle gueule, Ramon, le sauv\u00e9 du front, Bollec, racol\u00e9 de la derni\u00e8re heure et Fl\u00e9au, le taciturne. Pour Pag\u00e8s, un probl\u00e8me se fait jour ; le poste de chef est d\u00e9volu \u00e0 minimum un sergent or il n\u2019est que caporal. Qu\u2019\u00e0 cela ne tienne, il est alors imm\u00e9diatement nomm\u00e9 sergent, Battesti devient derechef caporal. D\u00e8s lors, il prend la t\u00eate de cette petite troupe h\u00e9t\u00e9roclite pour une marche vers l\u2019ouest, avec pour but de convoyer une \u00ab <em>caravane <\/em>\u00bb de 120 caisses de mat\u00e9riels de transmission et de t\u00e9l\u00e9phones. Le petit noyau fait partie int\u00e9grante d\u2019un \u00ab \u00e9chelon \u00bb, compos\u00e9 d\u2019une dizaine d\u2019officiers, command\u00e9e par un colonel. Parti de Paris le 8 octobre, la troupe de ces \u00ab <em>Sib\u00e9riens <\/em>\u00bb embarque \u00e0 Brest sur le L\u00e9viathan, ancien paquebot allemand captur\u00e9 par les Am\u00e9ricains \u00e0 leur entr\u00e9e en guerre. Le d\u00e9tachement d\u00e9barque \u00e0 New-York apr\u00e8s une travers\u00e9e sans rencontre sous-marine funeste. C\u2019est l\u2019occasion d\u2019une d\u00e9couverte de la grande cit\u00e9 outre-Atlantique o\u00f9 les Fran\u00e7ais b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019un cr\u00e9dit patriotique confinant au triomphal. Embarqu\u00e9 dans un train, il faut maintenant au d\u00e9tachement traverser le Nouveau Monde. Le 7 novembre, arriv\u00e9 \u00e0 San-Francisco, Pag\u00e8s embarque sur le Thomas pour traverser maintenant le Pacifique. C\u2019est sur les flots que l\u2019escouade apprend que \u00ab <em>la guerre est finie<\/em> \u00bb ; c\u2019est la Victoire ! Et de s\u2019interroger sur celle-ci : \u00ab <em>La Victoire ? elle est faite de toutes les tombes qui, pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9, vont monter la garde au long de la ligne rouge<\/em>. <em>Un peu de nous-m\u00eames<\/em>, <em>les rescap\u00e9s<\/em>, <em>se trouve enseveli sous ces croix. Nous ne sommes pas morts, mais quatre ans de la vie, quatre ans d\u2019ardente jeunesse reposent, scell\u00e9s<\/em> <em>dans les bi\u00e8res de ceux qui furent fauch\u00e9s \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s<\/em>. <em>La guerre est en nous pour toujours, comme un \u00e9pouvantable virus<\/em> \u00bb (page 124). C\u2019est aussi l\u2019occasion de se rem\u00e9morer, sur la base du \u00ab <em>Boum ! Voil\u00e0<\/em> ! \u00bb, journal de tranch\u00e9e du 402e RI que l\u2019auteur a contribu\u00e9 \u00e0 fonder , de quelques \u00e9pisodes de la guerre pass\u00e9e. Le d\u00e9tachement d\u00e9barque enfin \u00e0 Vladivostock. Pag\u00e8s dit alors : \u00ab En somme, nous abordons la Sib\u00e9rie sans en rien conna\u00eetre. Les rouges, les blancs, l\u2019\u00e9pop\u00e9e tch\u00e8que, la r\u00e9volution forment un puzzle n\u00e9buleux parfaitement incompr\u00e9hensible pour des cervelles simples comme les n\u00f4tres ; et, au surplus, nous estimons que toutes ces querelles ne nous regardent pas. Il fallait des volontaires pour dresser une antenne, monter un poste-radio en Sib\u00e9rie ; nous nous sommes propos\u00e9s, un point c\u2019est tout. La politique n\u2019a rien \u00e0 voir l\u00e0 dedans \u00bb (pp. 151-152). D\u00e9bute alors la derni\u00e8re partie du voyage, \u00e9pique et Vernienne, dans un train qui permet d\u2019appr\u00e9hender le peuple russe, conglom\u00e9rat cosmopolite, mis\u00e9reux \u00e0 l\u2019extr\u00eame et bien entendu alcoolis\u00e9. Il voit ainsi \u00ab des loques, de la vermine, de la faim &#8211; une faim rouge, enrag\u00e9 &#8211; des agonisants, des enfants, des vieillards, des femmes, toute une humanit\u00e9 bl\u00eame, cadav\u00e9rique\u2026 \u00bb (page 155). Il voit aussi des combattants, ceux qu\u2019il appelle \u00ab les Loups de la Steppe \u00bb de tous oblasts ; \u00ab Kalmouks au nez \u00e9cras\u00e9s, Mongols aux petits yeux brid\u00e9s, Tartares, Mandchous aux moustaches gr\u00eales, Lakoutes aux faces bestiales, des blancs aussi, Cosaques, aventuriers de nationalit\u00e9s mal d\u00e9finies \u00bb (page 200). Le but ultime de ce voyage sans fin, au cours duquel il apprend les rudiments du russe, est Omsk, la zone d\u2019affrontement entre les Russes rouges et les blancs. Il dit, \u00ab nous ne sommes pas sans savoir que cent milles Tch\u00e8ques, aid\u00e9s de Serbes, de Polonais, de Roumains, de tous les prisonniers enfin du front oriental, luttent eux aussi, dans ce combat titanesque. Ils forment m\u00eame l\u2019ossature v\u00e9ritable de l\u2019arm\u00e9e oppos\u00e9e aux bolch\u00e9viks \u00bb (pages 205-206). Mais Pag\u00e8s, pas dupe, compl\u00e8te : \u00ab D\u2019ailleurs, tous ces \u00e9tranges ne peuvent-ils pas dispara\u00eetre en moins d\u2019un mois. Qu\u2019on laisse \u00e0 tous ces brave le libre passage, qu\u2019on leur permette de rejoindre leurs foyers, et la Sib\u00e9rie n\u2019en gardera pas un seul. S\u2019ils se battent en ce moment, c\u2019est qu\u2019ils entendent prouver par la force de leurs coups que le plus sage est de les laisser retourner dans leur patrie, leur pr\u00e9sence \u00e9tant n\u00e9cessaire dans la r\u00e9publique naissante \u00bb (page 206). Apr\u00e8s de multiples p\u00e9rip\u00e9ties, dont le vol de l\u2019ensemble de la cargaison du d\u00e9tachement, le train arrive enfin \u00e0 Omsk et l\u2019escouade de constater que les trois couleurs nationales flottent au-dessus de la ville et qu\u2019une antenne est d\u00e9j\u00e0 dress\u00e9e sur une chemin\u00e9e, qui sera bient\u00f4t compl\u00e9t\u00e9e par le m\u00e2t de \u00ab l\u2019\u00e9quipe \u00bb du caporal Pag\u00e8s. \u00ab L\u2019odyss\u00e9e est termin\u00e9e. Partis du d\u00e9p\u00f4t sur un coup de t\u00eate, traversant l\u2019Am\u00e9rique en d\u00e9lire, voguant sur le Pacifique, apprenant dans une dure exp\u00e9rience les multiples dangers de l\u2019Aventure, nous avons v\u00e9cu \u00bb (page 220). <br><br><em>Commentaires sur l&rsquo;ouvrage : <\/em><br>Manifestement bas\u00e9 sur ses souvenirs d\u2019Emile Pag\u00e8s (30 juin 1893, Saint-Maurice (Val-de-Marne) \u2013 9 mars 1963, Paris), cet \u00e9crivain fran\u00e7ais et auteur de romans populaires livre dans La Grande \u00e9tape, ceux de la Sans-fil \u00bb un Road Movie qui na\u00eet de la Grande Guerre. En effet, cette relation tr\u00e8s personnelle distille au sein du livre, \u00e7\u00e0 et l\u00e0, quelques souvenirs et \u00e9l\u00e9ments de sa carri\u00e8re militaire, notamment son r\u00f4le de cr\u00e9ateur du journal de tranch\u00e9e du 402\u00e8me RI, le \u00ab Boum Voil\u00e0 \u00bb, \u00e0 l\u2019occasion de son apprentissage de l\u2019Armistice, dans les flancs du Thomas, le bateau qui approche des c\u00f4tes de Vladivostok (page 125). L\u2019ensemble de l\u2019ouvrage est en v\u00e9rit\u00e9 un v\u00e9ritable carnet de voyage d\u2019un d\u00e9tachement du 8e r\u00e9giment du G\u00e9nie en secours des Russes blancs qui, apr\u00e8s la R\u00e9volution, combattent au centre de la Russie contre le p\u00e9ril rouge bolch\u00e9vik. Cet ouvrage, qui emprunte tant de Jack London que de Boris Pasternak, s\u2019\u00e9tale ainsi d\u2019ao\u00fbt 1918 \u00e0 janvier 1919. L\u2019int\u00e9r\u00eat principal de cette relation r\u00e9side donc dans la vision anthropologique de deux continents travers\u00e9s de part en part, les Etats-Unis peu avant l\u2019Armistice et la Russie pas encore sovi\u00e9tique peu apr\u00e8s. Encha\u00eenant les tableaux d\u2019une Am\u00e9rique tr\u00e8s francophile, Pag\u00e8s, devenu pour les Amec\u2019s le sergent Pig\u2019s, note que, \u00ab depuis la visite des chasseurs alpins, en 16, New-York n\u2019a pas revu de poilus dans ses murs, et ceci explique la chaleur d\u2019un tel accueil \u00bb (page 58). Il pr\u00e9cise encore : \u00ab Quand, en 18, un Yankee prononce religieusement : Verdun ! tout est dit \u00bb (Page 65). Il voit des sc\u00e8nes pittoresques, comme la collecte effr\u00e9n\u00e9e des Liberty Bounds et d\u00e9crit \u00e0 cette occasion : \u00ab \u2026 \u00e0 une fen\u00eatre de sa maison, un petit drapeau bleu sert de rideau ; ce drapeau est piqu\u00e9 de deux \u00e9toiles d\u2019argent. Deux fils au front. \u00bb (page 65). A la veille de la Victoire, il continue : \u00ab Oui, j\u2019admire un New-York enfi\u00e9vr\u00e9 qu\u2019on ne retrouvera pas de sit\u00f4t. Songez que tous ces gens-l\u00e0, sportifs et joueurs enrag\u00e9s, consid\u00e8rent la guerre comme un match dans lequel ils ont engag\u00e9 des paris \u00bb (page 65). A San-Francisco, \u00ab le port du masque est obligatoire \u00bb (page 105) du fait de la grippe espagnole. De m\u00eame qu\u2019il a d\u00e9crit New-York et le trajet en Pullman de la Pacific and Co, Pag\u00e8s d\u00e9crit la terre russe, la Vladivostok pendant l\u2019hiver, ses moyens de lutte contre le froid, la population, ville dont il s\u2019extasie que \u00ab <em>oui, voil\u00e0 bien le seuil d\u2019un pays d\u2019aventures<\/em> \u00bb (page 162). Et il n\u2019en manque pas ; attaque du train, parcours chaotique et surr\u00e9aliste, vol de l\u2019ensemble d\u2019un chargement si difficilement convoy\u00e9 jusque-l\u00e0 (page 196), mais incident dont on n\u2019entend toutefois \u00e9tonnamment plus parler \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e. Un petit doute est toutefois relev\u00e9 (page 106) quand il dit \u00e0 peu de jours de l\u2019Armistice : \u00ab <em>J\u2019ai vingt ans, je suis heureux de me sentir vivre<\/em> \u00bb alors qu\u2019Emile Pag\u00e8s est sens\u00e9 avoir \u00e0 25 ans \u00e0 cette date.<br><br><em>Renseignements tir\u00e9s de l&rsquo;ouvrage<\/em> :<br>Page 20 : Description d\u2019un k\u00e9pi de chef de gare, \u00e0 trois galons et \u00e0 bande blanche<br>30 : Fourr\u00e9 \u00e0 l\u2019ours : \u00eatre puni<br>42 : Vue du L\u00e9viathan, ancien Vaterland, \u00ab <em>le plus grand bateau du monde <\/em>\u00bb, (vap p. 44)<br>77 : Sabre Z (sabre-ba\u00efonnette Chassepot) pour les GVC<br>125 : 321e RI cit\u00e9, qui fait bien brigade, la 133e, avec le 402e R.I. \u00e0 la cr\u00e9ation, en Alsace, dans le secteur de Dannemarie, du journal de tranch\u00e9e \u00ab\u00a0<em>Boum ! Voil\u00e0 !<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Yann Prouillet, juillet 2024<\/em><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;ouvrage :Emile Pag\u00e8s, La grande \u00e9tape. Ceux de la \u00ab\u00a0Sans-Fil\u00a0\u00bb, Paris, Tallandier, 1931, 221 p. 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