{"id":454,"date":"2011-07-08T10:13:07","date_gmt":"2011-07-08T09:13:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=454"},"modified":"2021-09-12T19:35:42","modified_gmt":"2021-09-12T18:35:42","slug":"verly-felicien-1893-1980-et-famille-verly","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/07\/08\/verly-felicien-1893-1980-et-famille-verly\/","title":{"rendered":"Verly, F\u00e9licien (1893-1980) et Henri et L\u00e9on Verly"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Les t\u00e9moins<\/strong><\/p>\n<p>Les Verly, originaires de Flandre belge, se sont fix\u00e9s \u00e0 Herlies, d\u00e9partement du Nord, o\u00f9 le p\u00e8re de six enfants exerce la profession de tailleur d\u2019habits, ayant, par un travail intense, acquis suffisamment d\u2019aisance pour envoyer ses fils au coll\u00e8ge. Le principal t\u00e9moin est l\u2019a\u00een\u00e9 des fils, F\u00e9licien (1893-1980). Ajourn\u00e9 pour faiblesse en 1913, il d\u00e9cide en 1915, avec son fr\u00e8re Henri, de devancer l\u2019appel de la classe 15 et des ajourn\u00e9s des classes pr\u00e9c\u00e9dentes afin de pouvoir choisir l\u2019artillerie. Le 11 novembre 1915, au d\u00e9p\u00f4t du 15<sup>e<\/sup> RAC, les deux fr\u00e8res \u00e9crivent (p. 154)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je remarque que bient\u00f4t nous aurons 6 mois de service&nbsp;! Je crois n\u2019avoir pas eu tort en poussant \u00e0 la roue pour nous engager dans l\u2019artillerie. Je parie que nous sommes encore au d\u00e9p\u00f4t pour \u00e0 peu pr\u00e8s autant de temps. Tandis que ceux qui sont dans la Bif\u2026&nbsp;\u00bb L\u00e9on, classe 18, qui a commenc\u00e9 une carri\u00e8re d\u2019enseignant dans un coll\u00e8ge catholique, ne parvient pas \u00e0 suivre ses a\u00een\u00e9s. Mobilis\u00e9 dans l\u2019infanterie, il recevra les conseils donn\u00e9s \u00e0 un bleu&nbsp;: jouer sur les horaires des trains&nbsp;; respecter les anciens, mais surveiller son porte-monnaie&nbsp;; \u00e9viter les piliers de bistrot&nbsp;; r\u00e9sister au d\u00e9couragement&nbsp;; faire de son mieux et se laisser engueuler par les grad\u00e9s sans protester (p. 449-458). Quant \u00e0 la famille, le p\u00e8re et les deux filles ont d\u00fb fuir devant l\u2019avance allemande. La m\u00e8re est rest\u00e9e et n\u2019a pu rejoindre la France, via la Suisse, qu\u2019en d\u00e9cembre 1915. On ne dispose pas de r\u00e9cit de sa part, seulement d\u2019allusions indirectes dans la correspondance&nbsp;: elle aurait subi beaucoup de tracasseries administratives en France m\u00eame.<\/p>\n<p>F\u00e9licien, brigadier en novembre 1916, mar\u00e9chal des logis en ao\u00fbt 1917, resta jusqu\u2019\u00e0 la fin de la guerre dans l\u2019artillerie. Il se maria ensuite, et eut trois enfants. En 1941, il dirigeait l\u2019agence du Cr\u00e9dit du Nord dans un village&nbsp;; on nous dit qu\u2019il admirait le mar\u00e9chal P\u00e9tain. Henri, bless\u00e9 le 4 septembre 1916, se d\u00e9brouilla pour se faire r\u00e9former. Il deviendra photographe \u00e0 Strasbourg et participera \u00e0 la R\u00e9sistance.<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Le corpus comprend un millier de lettres de divers membres de la famille et de proches&nbsp;; 558, num\u00e9rot\u00e9es, sont donn\u00e9es dans le livre qui s\u2019appuie aussi sur les souvenirs r\u00e9dig\u00e9s par L\u00e9on \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 76 ans, et sur quelques notes de celui-ci port\u00e9es sur des livres qu\u2019il a lus. Marc Verly, petit-fils de F\u00e9licien, qui a pr\u00e9par\u00e9 le livre, fait une int\u00e9ressante remarque. Il a lui-m\u00eame 36 ans lorsqu\u2019il d\u00e9couvre ces phrases de son grand-p\u00e8re (30 mars 1916)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous jouons matin et soir \u00e0 la balle\u2026 C\u2019est amusant. On passe le temps. Sache que des vieux de 36 ans jouent avec nous.&nbsp;\u00bb Les \u00e9ditions Anovi ont publi\u00e9 en 2006 le livre de 656 pages avec un cahier de photos&nbsp;: F\u00e9licien, Henri et L\u00e9on Verly, <em>C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai vu la guerre vraie, Correspondance et souvenirs des ann\u00e9es de guerre 1914-1918<\/em>. Les lettres sont donn\u00e9es sans retouches, mais on a proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une s\u00e9lection et \u00e0 des coupures. On trouve en annexe l\u2019inventaire mobilier de la famille en vue de l\u2019indemnisation d\u2019apr\u00e8s-guerre (p. 635) et la description d\u2019une batterie d\u2019artillerie de campagne (p. 645). Marc Verly a r\u00e9dig\u00e9 les pages d\u2019accompagnement qui replacent les lettres dans le contexte de la guerre. Il montre assez bien comment la lassitude et les aspirations \u00e0 la paix coexistent avec le loyalisme et la docilit\u00e9, mais parler de patriotisme \u00ab&nbsp;r\u00e9solu&nbsp;\u00bb para\u00eet un peu forc\u00e9 (p. 479). La conclusion s\u2019ach\u00e8ve sur la fameuse citation d\u2019un ancien combattant sur le plaisir de tuer, publi\u00e9e par Antoine Prost, reprise par nombre de manuels scolaires pour illustrer le th\u00e8me non moins fameux de la violence consentie et pratiqu\u00e9e avec jouissance. Or, d\u2019une part, on ne voit pas le rapport entre ce r\u00e9cit de coup de main de fantassins rampant vers la tranch\u00e9e ennemie et la guerre des artilleurs qui est le sujet du pr\u00e9sent livre&nbsp;; d\u2019autre part, Antoine Prost a montr\u00e9 plus tard le caract\u00e8re suspect de ladite citation (dans son article&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les limites de la brutalisation&nbsp;: tuer sur le front occidental, 1914-1918&nbsp;\u00bb, <em>Vingti\u00e8me si\u00e8cle, Revue d\u2019histoire<\/em>, n\u00b0 81, janvier-mars 2004).<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e8s leur arriv\u00e9e au r\u00e9giment, les fr\u00e8res Verly recherchent les \u00ab&nbsp;pays&nbsp;\u00bb, plus tard, ils d\u00e9couvriront leurs tombes&nbsp;; ils mentionnent le coup de grisou de Barlin du 16 avril 1917 et s\u2019\u00e9tonnent qu\u2019on n\u2019en parle pas dans les journaux (p. 459). Le syst\u00e8me D r\u00e8gne \u00e0 la caserne o\u00f9 ils sont mal nourris, \u00ab&nbsp;juste un peu mieux que les cochons&nbsp;\u00bb (p. 108). Comme Andr\u00e9 Aribaud (voir notice), ils d\u00e9crivent les terribles chevaux qui mordent, ruent et ne se laissent pas monter (p. 120). Ils utilisent des codes tr\u00e8s simples pour indiquer o\u00f9 ils se trouvent. Ils ont la chance d\u2019\u00e9chapper \u00e0 Verdun puisqu\u2019ils ne rejoignent leur unit\u00e9 sur le front qu\u2019apr\u00e8s qu\u2019elle y ait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9prouv\u00e9e et qu\u2019on l\u2019ait envoy\u00e9e au repos dans la partie d\u2019Alsace conquise en 1914, le pays de Dominik Richert (voir notice). Ils esp\u00e8rent ensuite que l\u2019offensive de la Somme sera d\u00e9cisive&nbsp;; ils y d\u00e9couvrent la boue et le manque d\u2019eau potable, et bient\u00f4t \u00ab&nbsp;la guerre vraie dans toute son horreur&nbsp;\u00bb (p. 286). Voyant ce que co\u00fbte une avance de quelques kilom\u00e8tres, Henri estime qu\u2019on ne gagnera pas la guerre de cette fa\u00e7on (p. 294). F\u00e9licien souhaite la fine blessure, \u00ab&nbsp;un petit \u00e9clat dans un bras ou une cuisse&nbsp;\u00bb (p. 296), mais c\u2019est Henri qui est touch\u00e9 lorsque les deux fr\u00e8res, d\u00e9tach\u00e9s pour suivre l\u2019avance de l\u2019infanterie et d\u00e9rouler une ligne t\u00e9l\u00e9phonique, sont sortis de la tranch\u00e9e. \u00ab&nbsp;F\u00e9licien qui \u00e9tait avec moi m\u2019a fait le premier pansement, puis je l\u2019ai quitt\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00e9crit Henri \u00e0 ses parents depuis l\u2019ambulance. Soign\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital du Grand Palais, \u00e0 Paris, il se plaint de la nourriture et des infirmiers, mais estime que c\u2019est \u00ab&nbsp;une grande chose&nbsp;\u00bb d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la campagne d\u2019hiver. Plusieurs lettres \u00e9voquent l\u2019espoir de devenir le filleul de guerre d\u2019une dame de la Haute, mais cela n\u2019aboutit pas. Par contre, sa t\u00e9nacit\u00e9 lui fait obtenir d\u2019\u00eatre r\u00e9form\u00e9.<\/p>\n<p>Rest\u00e9 dans la Somme, F\u00e9licien en a marre (30\/09\/16). Plus tard, le calme front de Champagne lui fait \u00e9crire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ici on ne se croirait pas \u00e0 la guerre, il fait bon, pas d\u2019obus qui tombent, enfin c\u2019est le r\u00eave, la guerre de cette fa\u00e7on, c\u2019est chic&nbsp;!&nbsp;\u00bb (4\/12\/16). En ce mois de d\u00e9cembre, les soldats entendent parler des propositions de paix allemandes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ici les poilus sont tous d\u2019accord, ils demandent la paix \u00e0 grands cris.&nbsp;\u00bb D\u00e9sormais, F\u00e9licien parle sans arr\u00eat de la paix&nbsp;; il demande \u00e0 sa famille si les civils s\u2019en pr\u00e9occupent. La guerre est qualifi\u00e9e de \u00ab&nbsp;calamit\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;terrible fl\u00e9au&nbsp;\u00bb&nbsp;; elle est \u00ab&nbsp;horrible&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;maudite&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Que la guerre finisse d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre c\u2019est tout notre d\u00e9sir, et que cela aille vite&nbsp;\u00bb (17\/03\/17). \u00ab&nbsp;Il est grand temps que tout cela finisse et que la paix vienne nous remettre dans le calme de la vie d\u2019avant guerre&nbsp;\u00bb (3\/04\/17). \u00ab&nbsp;Quand finira cette guerre, je l\u2019ignore, mais je voudrais que cela finisse de suite&nbsp;\u00bb (10\/07\/17). \u00ab&nbsp;Que la guerre finisse, on n\u2019y pensera plus et adieu au m\u00e9tier des idioties&nbsp;\u00bb (7\/01\/18). Il lui faudra cependant subir encore, avec le 215<sup>e<\/sup> RAC, les durs combats de 1918 sur lesquels la documentation \u00e9pistolaire est plus r\u00e9duite.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, le jeune L\u00e9on, en caserne en Limousin, assiste \u00e0 la \u00ab&nbsp;victoire&nbsp;\u00bb du camp de La Courtine sur les troupes russes mutin\u00e9es. Il ne prend aucun parti. Dans une lettre, F\u00e9licien traite ces Russes de \u00ab&nbsp;saligauds&nbsp;\u00bb, mais il ne faut pas sur-interpr\u00e9ter cette expression&nbsp;: il qualifie aussi son capitaine de \u00ab&nbsp;salaud&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, juillet 2011<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Les t\u00e9moins Les Verly, originaires de Flandre belge, se sont fix\u00e9s \u00e0 Herlies, d\u00e9partement du Nord, o\u00f9 le p\u00e8re de six enfants exerce la profession de tailleur d\u2019habits, ayant, par un travail intense, acquis suffisamment d\u2019aisance pour envoyer ses fils au coll\u00e8ge. Le principal t\u00e9moin est l\u2019a\u00een\u00e9 des fils, F\u00e9licien (1893-1980). 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