{"id":4547,"date":"2024-08-20T11:37:38","date_gmt":"2024-08-20T10:37:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4547"},"modified":"2024-08-21T17:12:52","modified_gmt":"2024-08-21T16:12:52","slug":"bled-edouard-1899-1996","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/08\/20\/bled-edouard-1899-1996\/","title":{"rendered":"Bled, Edouard (1899-1996)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>J&rsquo;avais un an en 1900<\/em>, Paris, France Loisirs, 1987, 384 p.<br><br><strong>R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;ouvrage :<\/strong><br>Entre le 16 avril 1983 et le 16 avril 1986, entre La Baule, Neuilly et Nice, Edouard Bled \u00e9coule dans un long r\u00e9cit la pr\u00e9cision de sa vie, de son enfance \u00e0 Saint-Maur, \u00e0 sa retraite de l\u2019\u00e9ducation nationale. Rue par rue, parfois maison par maison, il se souvient de son environnement, de ce que l\u2019on n\u2019appelait pas encore la banlieue, de sa vie, qui ressemble avant la Grande Guerre \u00e0 celle des gamins de Louis Pergaud. Alors que ses fr\u00e8res sont d\u00e9j\u00e0 au front, la Grande Guerre finit par le rattraper. Il passe en conseil de r\u00e9vision en janvier 1918. Apr\u00e8s avoir ses classes au Mans, le 15 juillet, il entre dans un camp d\u2019instruction qui le rapproche du champ de bataille de La Marne, entre Ch\u00e2teau-Thierry et Dormans, dont il voit l\u2019embrasement, \u00ab dantesque et grandiose \u00bb, dans la nuit. Si ses fr\u00e8res ont tous servi au front, (Marius, bless\u00e9 \u00e0 Morhange en ao\u00fbt 1914, Sylvain, bless\u00e9 \u00e0 la grande offensive de Champagne en septembre 1915, Jacques, bless\u00e9 et gaz\u00e9 \u00e0 Verdun en 1916, Paul, bless\u00e9 et prisonnier \u00e0 Vauquois en 1915, et Georges, caporal fourrier au 4<sup>e<\/sup> RI, mort le 14 janvier 1917 de suite de gazage et qu\u2019il enterre en compagnie de sa m\u00e8re, morte de suite d\u2019une longue maladie), le front n\u2019aura finalement pas besoin de lui et il conna\u00eet l\u2019armistice sans avoir vu le feu. Il avait dit, apr\u00e8s \u00eatre arriv\u00e9 en secteur, en juillet 1918 : \u00ab Et notre instruction marchait bon train, nous devions boucher les trous ! Mais aurait-on besoin de nous ? \u00bb (p. 228). Apr\u00e8s une courte occupation de la Ruhr, peu de temps semble-t-il mais il n\u2019en parle pas, il rentre \u00e0 Saint-Maur et poursuit sa carri\u00e8re comme instituteur puis directeur d\u2019\u00e9cole, en Seine-et-Marne ou \u00e0 Paris. Il est mobilis\u00e9 dans la Seconde guerre et, avec son \u00e9pouse Odette, publie d\u00e8s la guerre termin\u00e9e le fameux manuel d\u2019exercices orthographiques et grammaticaux. Il dit \u00ab Je vais vers mes quatre-vingts ans et je commence \u00e0 rassembler mes souvenirs pour laisser un message \u00e0 mes enfants et \u00e0 mes petits-enfants afin qu\u2019ils connaissent leurs origines lointaines et nos mani\u00e8res de vivre autrefois \u00bb (p. 379).<br><br><strong>El\u00e9ments biographiques : <\/strong><br>Edouard Bled na\u00eet 18 janvier 1899 \u00e0 Saint-Maur-des-Foss\u00e9s (Val-de-Marne) dans une famille nombreuse (le foyer a 5 enfants) d\u2019un p\u00e8re fonctionnaire et d\u2019une m\u00e8re brodeuse qui dirige un petit atelier de 5 employ\u00e9es et une apprentie. Il est issu d\u2019une famille de ciseleurs d\u2019origine alsacienne et franc-comtoise. Son grand-p\u00e8re est ciseleur \u00e0 la manufacture de S\u00e8vre et tous ses fr\u00e8res reprendront le m\u00e9tier soit comme bijoutiers joaillers, orf\u00e8vres ou ciseleurs. Il perd sa m\u00e8re jeune e pleine guerre, en 1917, qu\u2019il enterre en m\u00eame temps que son fr\u00e8re, gaz\u00e9 \u00e0 Verdun. Apr\u00e8s une formation au coll\u00e8ge Arago \u00e0 Paris, puis \u00e0 l\u2019Ecole des Chartes, il obtient le dipl\u00f4me d\u2019instituteur le 15 mars 1918, juste avant de porter l\u2019uniforme. En 1930, il rencontre Jeanne Berny, bretonne qui lui donnera deux enfants (Annie, le 18 juillet 1935, et Jean-Paul, n\u00e9 en 1942 et qui deviendra historien) puis devient directeur d\u2019\u00e9cole, tant en banlieue (en Brie notamment) que dans diff\u00e9rents \u00e9tablissements parisiens. Il meurt le 29 d\u00e9cembre 1996 \u00e0 Nice, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 97 ans et est enterr\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de son \u00e9pouse au cimeti\u00e8re de Saint-Maur-des-Foss\u00e9s.<br><br><strong>Commentaires sur l\u2019ouvrage :<\/strong><br>N\u00e9 en 1899, le t\u00e9moignage d\u2019Edouard Bled sur la Grande Guerre ne repr\u00e9sente que quelques pages (des pages 207 \u00e0 233) d\u2019un adolescent qui de plus, bien que mobilis\u00e9, ne conna\u00eetra pas le feu. Toutefois, la pr\u00e9cision et la nettet\u00e9 de ses souvenirs, pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9crits sur le plan psychologique et social, permettent de d\u00e9couvrir une foultitude de d\u00e9tails dans son long r\u00e9cit. Si l\u2019avant-guerre nous ram\u00e8ne \u00e0 Pergaud, 1914 et 1915 sont teints de Radiguet, tant le jeune gar\u00e7on, \u00e0 15 ans, conna\u00eet la voluptuosit\u00e9 trop br\u00e8ve de Virginie. D\u00e8s lors, le centre de l\u2019ouvrage et les \u00e9vocations de ses quatre fr\u00e8res mobilis\u00e9s, dont un p\u00e9rira de ses blessures, nous plonge dans l\u2019ambiance de la g\u00e9n\u00e9ration du feu. La guerre pass\u00e9e, Bled t\u00e9moigne de l\u2019apr\u00e8s-guerre et de ses modifications soci\u00e9tales radicales ; il dit d\u00e8s 1919 : \u00ab Nous \u00e9tions rentr\u00e9s dans un nouveau monde \u00bb (p. 233), avant de nous replonger dans une autre guerre, terrible par ses privations et ses conditions de vie, avant de s\u2019effacer quelque peu devant la chronologie d\u2019un monde qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8re en changeant radicalement d\u2019aspect, de psychologie sous les coups radicaux d\u2019un modernisme qui bouscule pass\u00e9 et pr\u00e9sent. Aussi, le livre fourmille d\u2019anecdotes, de tableaux et de tout ce qui accompagne, par la plume exerc\u00e9e du ma\u00eetre de la langue, la marche du si\u00e8cle. L\u2019ouvrage vaut d\u2019ailleurs \u00e9galement pour son expression populaire. Il est toutefois dommage que cette \u00e9dition ne publie pas les photographies dont parle parfois l\u2019auteur au fil de son passionnant r\u00e9cit autobiographique.<br><br><strong>Renseignements tir\u00e9s de l&rsquo;ouvrage :<\/strong><br>Page 26 : Prix du tramway et du m\u00e9tro en 1907<br>43 : Prix et noms des bicyclettes<br>50 : Jeu du Quinet<br>51 : Argot et parler populaire de l\u2019\u00e9poque<br>53 : \u00ab <em>A cette \u00e9poque, ne pas faire son service militaire \u00e9tait souvent une cause de rupture de fian\u00e7ailles<\/em> \u00bb<br>81 : Phosphatine Falli\u00e8res<br> : Moutarde sur les t\u00e9tons pour dissuader les nourrissons de t\u00e9ter<br>100 : Composition de la petite pharmacie familiale<br>103 : \u00ab <em>La vertu, la virginit\u00e9 des jeunes filles \u00e9taient un capital inestimable<\/em> \u00bb<br>112 : Allumeur de r\u00e9verb\u00e8re, comment \u00e7a marche<br>116 : Prix du sucre et de la chicor\u00e9e<br>145 : Prix du vin Aramon<br>163 : Vue et tenue de facteur<br> : Fiacres, \u00e9volution, location \u00e0 l\u2019heure comme chambres \u00e0 coucher ambulantes et premiers taxis (1909)<br>172 : Expressions populaires<br>176 : Trousseau de l\u2019homme et dot de la femme en 1910<br>179 : Surnom des allemands d\u00e8s 1911 : All\u00e9moches, billes e bois, billes de boches ou boches<br>190 : Sexualit\u00e9 (vap 159, d\u00e9pucel\u00e9 peu avant ses 16 ans par une femme du double de son \u00e2ge et ayant deux enfants)<br>208 : \u00ab <em>Le XIX\u00e8me si\u00e8cle s\u2019\u00e9tait prolong\u00e9 sans qu\u2019on s\u2019en fut aper\u00e7u. En ce soir du 1er ao\u00fbt, il prenait fin<\/em> \u00bb<br>209 : D\u00e9claration de guerre, fr\u00e8res bless\u00e9s ou prisonniers (vap 380)<br>220 : Voit en 1917 la guerre par les yeux de son fr\u00e8re qui se marie en 1918 avec sa marraine de guerre<br>225 : \u00ab \u2026 o\u00f9 d\u00e9jeunent les cochers de fiacre et les chauffeurs de taxi, on mange g\u00e9n\u00e9ralement bien, du b\u0153uf, la viande la meilleure et pourtant moins ch\u00e8re, \u00e0 toutes les sauces ou grill\u00e9e avec des montagnes de frites \u00bb (janvier 1918)<br>227 : Assiste \u00e0 une d\u00e9gradation militaire, sc\u00e8ne qu\u2019il d\u00e9crit et trouve poignante<br>228 : Fait une demande de marraine de guerre (la sienne s\u2019appelle Marinette)<br>229 : Sa vision du 11 novembre 1918<br>231 : Comment les femmes changent<br>236 : Ambiance d\u2019apr\u00e8s-guerre (1921) : \u00ab On essayait de sortir de soi-m\u00eame, de se d\u00e9passer dans le plaisir. De nouveaux riches \u00e9talaient un luxe effr\u00e9n\u00e9, organisaient des parties fines qui d\u00e9g\u00e9n\u00e9raient parfois en orgies. On se d\u00e9pravait pour un oubli total des dangers courus, des angoisses, des \u00e9preuves, alors que la France s\u00e9rieuse, la France profonde relevait ses ruines \u00bb.<br> : Fait la classe en complet Abrami, ce qu\u2019il gagne et ce qu\u2019il porte<br>239 : Nom de voitures<br>250 : 1930 : \u00ab <em>Les souvenirs de guerre s\u2019\u00e9loignaient et la vie renouait avec l\u2019esp\u00e9rance<\/em> \u00bb<br>252 : \u00ab <em>J&rsquo;ai referm\u00e9 tous les volets de la maison comme on abaisse les paupi\u00e8res sur des yeux \u00e9teints<\/em> \u00bb<br>278 : Officiers tch\u00e8ques jetant \u00e0 la poubelle leur d\u00e9coration fran\u00e7aise apr\u00e8s l\u2019annexion des Sud\u00e8tes<br><br><em>Yann Prouillet, ao\u00fbt 2024<\/em><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;avais un an en 1900, Paris, France Loisirs, 1987, 384 p. 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