{"id":4551,"date":"2024-08-20T17:48:05","date_gmt":"2024-08-20T16:48:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4551"},"modified":"2024-09-19T16:44:48","modified_gmt":"2024-09-19T15:44:48","slug":"chaleil-leonce-1907-2001","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/08\/20\/chaleil-leonce-1907-2001\/","title":{"rendered":"Chaleil, L\u00e9once (1907-2001)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>La m\u00e9moire du village<\/em>, Paris, La France Retrouv\u00e9e, 1979, 414 p.<br><br><strong>R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;ouvrage :<\/strong><br>L\u00e9once Chaleil est fils de paysan. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970, \u00e0 une \u00e9poque de retour d\u2019int\u00e9r\u00eat de la m\u00e9moire de la terre, Eva Tuff\u00e9ry (95 ans) et Marius Roussillon (86 ans) introduisent l\u2019Histoire d\u2019une vie de L\u00e9once qui d\u00e8s lors t\u00e9moigne de son parcours, attach\u00e9 fermement \u00e0 la terre. Il en d\u00e9cline l\u2019enracinement, son univers, familial comme villageois, et ses cycles de travaux, \u00e9t\u00e9 comme hiver. Arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge d\u2019homme, il en d\u00e9crypte les croyances et les rites, le regard social et l\u2019\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale, teint\u00e9e d\u2019incertitude. Ao\u00fbt 1914 voit Brignon, son village, se vider de ses hommes et de ses chevaux. Son p\u00e8re est parti dans les premiers. \u00c0 la gare, il voit les trains charg\u00e9s de fleurs et de soldats qui chantent. Sa m\u00e8re \u00e0 la charge seule de la ferme en l\u2019absence des hommes, m\u00eame du grand-p\u00e8re, r\u00e9quisitionn\u00e9 dans la Territoriale. Mais si la guerre dure, \u00ab Nous au d\u00e9but, on s\u2019habituait mal \u00e0 l\u2019absence du p\u00e8re et on arr\u00eatait pas de poser des questions. Puis on s\u2019y est fait, on allait \u00e0 l\u2019\u00e9cole, on oubliait un peu \u00bb (p. 176), elle prend quand m\u00eame son lot d\u2019enfants du village : 7 en 1914, 8 en 1915, 4 en 1916, 4 en 1917 et 2 en 1918 soit 25 en 5 ann\u00e9es de guerre, ceci sans voir jamais un alboche. Cela n\u2019emp\u00eache pas L\u00e9once de jouer \u00e0 la guerre toute la journ\u00e9e, sans se soucier des restrictions qui commencent \u00e0 appara\u00eetre toutefois ; p\u00e9trole, chaussures, sucre ou chocolat. Les femmes tiennent bon car il faut que, quand le mari reviendra, il soit fier de la besogne effectu\u00e9e pour avoir \u00ab tenu la maison \u00bb. L\u2019enfant vit de temps en temps la guerre et ses mis\u00e8res mortif\u00e8res au gr\u00e9 des permissions de son p\u00e8re, ce apr\u00e8s que la m\u00e8re ait \u00e9radiqu\u00e9 toute la vermine ramen\u00e9e de la tranch\u00e9e. Mais L\u00e9once n\u2019est pas dupe ; \u00ab mon p\u00e8re ne nous disait pas tout \u00bb (p.179). Il fr\u00e9quente l\u2019\u00e9cole, dont il d\u00e9crit la classe pendant la guerre, mais les instituteurs aussi ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s ; il dit : \u00ab j\u2019ai chang\u00e9 dix-huit fois de ma\u00eetre \u00bb (p. 180). La guerre durant, les classes deviennent mixtes. La religion a conserve sa place dans la litanie des jours et des semaines qui se succ\u00e8dent, plus encore lorsque le fl\u00e9au de la grippe espagnole vient encore marquer plus encore les deuils des familles. Lui-m\u00eame perd sa petite s\u0153ur Jeannette. Son p\u00e8re, gaz\u00e9, miracul\u00e9, \u00e9cope toutefois d\u2019une blessure qui l\u2019\u00e9vacue dans un h\u00f4pital de l\u2019Oise. Sa femme fait le voyage ; une v\u00e9ritable exp\u00e9dition, puis il revient enfin pour reprendre son m\u00e9tier de paysan. L\u00e9once se souvient du 11 novembre 1918, entre deuils et joie, et la vie a repris son cours. Mais la guerre a laiss\u00e9 sa marque, universellement. L\u00e9once dit : \u00ab Peu \u00e0 peu, les hommes sont revenus et ont repris le travail. Au retour de mon p\u00e8re, plus de cheval, les vignes \u00e9taient en mauvais \u00e9tat, le jardin \u00e9tait pitoyable. Ma m\u00e8re avait fait ce qu\u2019elle avait pu, mais elle ne pouvait suffire \u00e0 la t\u00e2che. Et puis les inondations s\u2019\u00e9taient acharn\u00e9es \u00e0 plusieurs reprises, emportant les murs, creusant des trous partout. On disait que je bruit du canon et les explosions pendant plus de quatre ans, \u00e0 travers l\u2019Europe, avaient d\u00e9traqu\u00e9 le temps \u00bb (p. 199).<br>La vie reprend quand m\u00eame son bonhomme de chemin et L\u00e9once optera finalement pour conserver le m\u00e9tier de son p\u00e8re, abandonnant au passage son r\u00eave de conduire des locomotives. L\u2019ouvrage s\u2019ach\u00e8ve sur une postface qui rappelle la paysannerie \u00e0 travers les si\u00e8cles, puis sur une monographie de Brignon, le village de L\u00e9once Chaleil par Max Chaleil, son fils n\u00e9 le 16 mai 1937, devenu lui-m\u00eame \u00e9diteur et \u00e9crivain, qui a recueilli les souvenirs de son p\u00e8re.<br><br><strong>El\u00e9ments biographiques : <\/strong><br>N\u00e9 le 10 novembre 1907 dans la commune de Brignon, dans le Gard, petite commune de 500 habitants en bordure du Gardon, L\u00e9once Chaleil na\u00eet dans une famille paysanne. A\u00een\u00e9 d\u2019une famille de quatre enfants dont deux mourront en bas \u00e2ge de la grippe espagnole. Il vit son enfance dans la campagne gardoise puis son service militaire au 15\u00e8me r\u00e9giment du train. Mari\u00e9, ayant un fils \u00e2g\u00e9 de 2 ans, il est mobilis\u00e9 comme chauffeur de v\u00e9hicule, ce qui lui \u00e9vite le front des jours maudits de 1940 en Lorraine. Son deuxi\u00e8me fils na\u00eet en 1947, son p\u00e8re meurt le 8 janvier 1952 et lui-m\u00eame d\u00e9c\u00e8de le 5 novembre 2001 quelques jours avant son 94<sup>e<\/sup> anniversaire.  <br><br><strong>Commentaires sur l\u2019ouvrage :<\/strong><br>Le t\u00e9moignage de L\u00e9once Chaleil sur la Grande Guerre ne repr\u00e9sente que quelques pages (175 \u00e0 199) d\u2019un enfant qui voit, de 7 \u00e0 13 ans, son foyer comme son village souffrir \u00e0 la guerre. Son p\u00e8re, gaz\u00e9 et bless\u00e9 s\u2019en sortira semble-t-il sans trop de s\u00e9quelle, nourrissant toutefois un certain antimilitarisme, mais sa m\u00e8re perdra deux enfants en bas-\u00e2ge. Aussi, l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ouvrage r\u00e9side dans les quelques pages qui permettent d\u2019appr\u00e9hender le t\u00e9moignage de l\u2019enfant d\u2019un village de l\u2019arri\u00e8re-pays n\u00eemois pendant les ann\u00e9es de guerre. L\u00e9once Chaleil d\u00e9crit bien sa famille prise dans la tourmente, l\u2019absence du p\u00e8re, le sacrifice de la m\u00e8re, le drame des privations et de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, mais aussi la vie scolaire et religieuse. La mort frappe \u00e7\u00e0 et l\u00e0 : Il dit : \u00ab Les gendarmes, d\u2019abord avertis, allaient pr\u00e9venir le maire ; et c\u2019est lui qui annon\u00e7ait la triste nouvelle \u00e0 la famille. (\u2026) Les femmes quettaient pour savoir o\u00f9 irait le maire. C\u2019\u00e9tait terrible cette attente et ce soulagement \u00e9go\u00efste quand on le voyait se diriger d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 \u00bb (p. 177). C\u2019est dans cette ambiance qu\u2019il vit sa vie d\u2019enfant et d\u2019adolescent. Au final, ses souvenirs r\u00e9v\u00e8lent un t\u00e9moin opportun et digne d\u2019int\u00e9r\u00eat, y compris sur la sociologie paysanne des ann\u00e9es 1900 \u00e0 1970 et la profonde transformation de cet espace. <br><br><strong>Renseignements tir\u00e9s de l&rsquo;ouvrage :<\/strong><br>Page 105 : Nom de pommes de terre<br>125 : Le charivari<br>127 : Conseil de r\u00e9vision, rite de passage, syst\u00e8me du tirage des num\u00e9ros, de 0 \u00e0 8<br>154 : T\u00e9taire (ou mari !) t\u00e9tant le lait en trop<br>175 : R\u00e9quisition des chevaux<br>177 : Arriv\u00e9e du courrier, gendarmes annon\u00e7ant les d\u00e9c\u00e8s, \u00ab pareils \u00e0 de grands corbeaux \u00bb <br>179 : En permission, son p\u00e8re ram\u00e8ne un fusil allemand<br>183 : Sur son p\u00e8re, revenu du conflit : \u00ab La guerre et le patriotisme, il en avait soup\u00e9, on en avait tellement envoy\u00e9 \u00e0 la boucherie qu\u2019il \u00e9tait devenu presque antimilitariste \u00bb<br>       : Lutte contre le patois \u00e0 l\u2019\u00e9cole<br>191 : Guerre quelque peu oubli\u00e9e, trop longue<br>194 : Grippe espagnole<br>198 : Ambiance du 11 novembre<br>199 : Etat du pays en 1918, influence de la guerre sur la m\u00e9t\u00e9o. Son p\u00e8re, revenu de la guerre, est prioritaire pour acheter un cheval de l\u2019arm\u00e9e<br>200 : Hommes ayant du mal \u00e0 retrouver leur place, se sentant remplac\u00e9s par les femmes<br>337 : Marseille en 1927, ce qu\u2019il en pense (vap 333)<br>351 : D\u00e9faite de 1940 : \u00ab Les vieux ne comprenaient pas : eux avaient tenu quatre ans, et leurs fils s\u2019enfuyaient comme des lapins\u2026 \u00bb<br>362 : Vient au village du Bonhomme dans les ann\u00e9es 1950<br>374 : \u00ab En 1918, \u00e0 la fin de la guerre, le Fran\u00e7ais, deux fois cocu, aura donn\u00e9 son sang et son or \u00bb<br>395 : La racine de garance est l\u2019une des ressources naturelles de Brignon<br><br><em>Yann Prouillet, ao\u00fbt 2024<\/em><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La m\u00e9moire du village, Paris, La France Retrouv\u00e9e, 1979, 414 p. R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;ouvrage :L\u00e9once Chaleil est fils de paysan. \u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970, \u00e0 une \u00e9poque de retour d\u2019int\u00e9r\u00eat de la m\u00e9moire de la terre, Eva Tuff\u00e9ry (95 ans) et Marius Roussillon (86 ans) introduisent l\u2019Histoire d\u2019une vie de L\u00e9once qui d\u00e8s &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/08\/20\/chaleil-leonce-1907-2001\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Chaleil, L\u00e9once (1907-2001)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4556,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[100,12,95,1202,21],"tags":[1307,373,833],"class_list":["post-4551","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-1966-1980","category-civil","category-date-de-publication","category-enfant","category-souvenirs","tag-brignon-gard","tag-enfant","tag-souvenirs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4551","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4551"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4551\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4562,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4551\/revisions\/4562"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4556"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4551"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4551"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4551"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}