{"id":456,"date":"2011-07-08T10:14:51","date_gmt":"2011-07-08T09:14:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=456"},"modified":"2021-09-12T19:35:51","modified_gmt":"2021-09-12T18:35:51","slug":"grison-pierre-1889-1977","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/07\/08\/grison-pierre-1889-1977\/","title":{"rendered":"Grison, Pierre (1889-1977)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Fils d\u2019un ing\u00e9nieur de compagnie de chemin de fer, Pierre Grison est n\u00e9 \u00e0 Paris le 15 mai 1889. Il est l\u2019a\u00een\u00e9 de quatre gar\u00e7ons dont trois feront la guerre de 14, l\u2019un \u00e9tant tu\u00e9 dans la Somme en novembre 1916. Son enfance se d\u00e9roule en Touraine et dans l\u2019Orl\u00e9anais. Brillantes \u00e9tudes classiques au coll\u00e8ge Saint Gr\u00e9goire de Tours&nbsp;: il va parsemer ses carnets de citations latines et grecques&nbsp;; au front, il va lire Aristophane \u00ab&nbsp;pour passer le temps&nbsp;\u00bb. Famille tr\u00e8s pieuse et patriote. Il souhaitera la victoire totale et non une paix de compromis (mais ces questions occupent peu de place dans le t\u00e9moignage). Il pr\u00e9pare Polytechnique \u00e0 l\u2019\u00e9cole Sainte Genevi\u00e8ve de la rue des Postes \u00e0 Paris, mais \u00e9choue. Il s\u2019engage en 1910 dans l\u2019artillerie. Il est nomm\u00e9 sous-lieutenant le 2 ao\u00fbt 1914 (au 20<sup>e<\/sup> RAC de Poitiers), lieutenant le 4 avril 1916. Apr\u00e8s la guerre, il poursuit sa carri\u00e8re dans l\u2019arm\u00e9e. D\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1977, il avait demand\u00e9 pour ses obs\u00e8ques la m\u00eame simplicit\u00e9 que celle du temps de guerre, avec une messe exclusivement en latin.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Pierre Grison a rempli au jour le jour 6 petits carnets, au crayon, qu\u2019il a ensuite recopi\u00e9s et compl\u00e9t\u00e9s \u00e0 la plume. L\u2019\u00e9dition a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e par son fils Marc&nbsp;: Pierre Grison, <em>La Grande Guerre d\u2019un lieutenant d\u2019artillerie, Carnets de guerre de 1914 \u00e0 1919<\/em>, pr\u00e9face de Guy P\u00e9droncini, Paris, L\u2019Harmattan, 1999, 294 p., croquis, cahier photo, index des noms de personnes. Les notes quotidiennes sont tr\u00e8s br\u00e8ves, sans d\u00e9veloppement, par exemple&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je reste \u00e0 la batterie. Beau temps.&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Je vais \u00e0 l\u2019observatoire. Le t\u00e9l\u00e9phone ne marche pas.&nbsp;\u00bb L\u2019ouvrage se pr\u00eate mal \u00e0 une lecture suivie, mais l\u2019historien peut y glaner des informations.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p><strong>D\u2019abord dans l\u2019ordre chronologique&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>Le d\u00e9part se fait dans l\u2019enthousiasme et les illusions. Un officier d\u2019\u00e9tat-major affirme que \u00ab&nbsp;l\u2019artillerie allemande n\u2019existe pas devant nos 75&nbsp;\u00bb. En ao\u00fbt et septembre, ce ne sont que marches dans tous les sens, on s\u2019emp\u00eatre, on se d\u00e9p\u00eatre&nbsp;; les hommes sont \u00e9reint\u00e9s&nbsp;; les chevaux, ext\u00e9nu\u00e9s, \u00ab&nbsp;cr\u00e8vent comme des mouches&nbsp;\u00bb. Les services sont en d\u00e9bandade, on se perd. Le 12 septembre, Pierre Grison note&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n\u2019ai encore rien vu de plus d\u00e9moralisant que cette marche.&nbsp;\u00bb Le 5 octobre, il signale de nombreux cas de typho\u00efde. Durant l\u2019hiver, son r\u00e9giment se trouve pr\u00e8s d\u2019Ypres et des Anglais. Le 23 d\u00e9cembre, trois officiers d\u2019artillerie passent la journ\u00e9e dans les tranch\u00e9es. L\u2019un \u00ab&nbsp;siffle des airs allemands dans un poste d\u2019\u00e9coute. Les Boches lui r\u00e9pondent.&nbsp;\u00bb En Artois, au printemps, le 20<sup>e<\/sup> occupe le secteur bien connu de Louis Barthas&nbsp;: Ablain, Barlin, La Bass\u00e9e, le Fond de Buval\u2026 Puis Pierre Grison croit mourir d\u2019ennui au cours d\u2019une \u00ab&nbsp;p\u00e9riode de tir sur avions invisibles&nbsp;\u00bb. En octobre 1915, il obtient d\u00e9j\u00e0 sa deuxi\u00e8me permission. En d\u00e9cembre, toujours en Artois, il signale les fortes pluies mais ne dit rien des fraternisations&nbsp;; soit il n\u2019a pas vu ce que faisaient les fantassins des deux camps, contraints de sortir des tranch\u00e9es pour ne pas se noyer, soit il n\u2019a pas voulu en parler. Le r\u00e9giment est \u00e0 la cote 304 et au Mort-Homme (mars-mai 1916), en Champagne (mai-septembre), dans la Somme (fin 1916). De mars \u00e0 novembre 1917, P. Grison se consid\u00e8re comme \u00ab&nbsp;embusqu\u00e9&nbsp;\u00bb, instructeur \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Fontainebleau, puis stagiaire \u00e0 Arcis-sur-Aube. Au 118<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019artillerie lourde, le voici en Belgique, dans la Somme en avril 1918 au moment o\u00f9 la retraite s\u2019accompagne de beaucoup de d\u00e9sorganisation, puis \u00e0 Verdun, et dans l\u2019Aisne o\u00f9 la pression ennemie oblige \u00e0 tirer d\u2019une fa\u00e7on que les professeurs d\u2019Arcis ne trouveraient gu\u00e8re orthodoxe (p. 234). Du c\u00f4t\u00e9 de Laffaux, Grison parcourt les paysages photographi\u00e9s par Berthel\u00e9&nbsp;: Fruty, Vauxrains, Allemant. Puis c\u2019est le 11 novembre. Il trouve que \u00ab&nbsp;les conditions de l\u2019armistice sont terribles pour les Boches&nbsp;\u00bb&nbsp;; les journaux parlent de la rive gauche du Rhin&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019app\u00e9tit vient en mangeant&nbsp;\u00bb&nbsp;; la paix de Wilson rec\u00e8le des \u00ab&nbsp;nu\u00e9es&nbsp;\u00bb (p. 256), et P. Grison ne croit gu\u00e8re en la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations.<\/p>\n<p><strong>Le livre renseigne aussi sur la guerre des artilleurs&nbsp;:<\/strong><\/p>\n<p>Il est clair qu\u2019ils ne connaissent pas les souffrances des fantassins. Si Grison tombe dans un trou d\u2019obus plein d\u2019eau, c\u2019est un accident (p. 131). Certes, les risques existent. Des camarades sont bless\u00e9s ou tu\u00e9s. Il est lui-m\u00eame enterr\u00e9 par un obus, mais il s\u2019en sort sans mal. Un grave danger, signal\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises est l\u2019\u00e9clatement du canon (p. 70, 75, 163). Les fantassins parlent souvent des pertes occasionn\u00e9es par des tirs trop courts de l\u2019artillerie amie. Ici, ils sont reconnus par un artilleur (p. 53, 116). On apprend ce qu\u2019est un tir de superposition (tir de plusieurs unit\u00e9s concentr\u00e9 sur un m\u00eame objectif, p. 120)&nbsp;; le r\u00f4le des plaquettes (pour donner \u00e0 l\u2019obus une trajectoire plus courbe, p. 43)&nbsp;; le calcul de \u00ab&nbsp;la hausse du jour&nbsp;\u00bb qui doit tenir compte du vent, de la temp\u00e9rature, de l\u2019humidit\u00e9, p. 121). Les lignes t\u00e9l\u00e9phoniques sont souvent coup\u00e9es&nbsp;; on utilise le canon contre les r\u00e9seaux de fil de fer (le 10 juillet 1916, 300 coups dans la matin\u00e9e pour faire une br\u00e8che, puis 200 coups l\u2019apr\u00e8s-midi, p. 116). On apprend aussi que le nouveau canon Pd7 \u00ab&nbsp;ne vaut rien&nbsp;\u00bb, surtout compar\u00e9 au bon vieux 75.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, juin 2011<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Fils d\u2019un ing\u00e9nieur de compagnie de chemin de fer, Pierre Grison est n\u00e9 \u00e0 Paris le 15 mai 1889. Il est l\u2019a\u00een\u00e9 de quatre gar\u00e7ons dont trois feront la guerre de 14, l\u2019un \u00e9tant tu\u00e9 dans la Somme en novembre 1916. Son enfance se d\u00e9roule en Touraine et dans l\u2019Orl\u00e9anais. 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