{"id":4593,"date":"2024-10-23T18:54:37","date_gmt":"2024-10-23T17:54:37","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4593"},"modified":"2024-11-02T17:22:50","modified_gmt":"2024-11-02T16:22:50","slug":"morin-robert-1889-1977","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/10\/23\/morin-robert-1889-1977\/","title":{"rendered":"Morin, Robert (1889\u20131977)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>M\u00e9moires de guerre 1914 \u2013 1918<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Originaire d\u2019Argenteuil (Val d\u2019Oise), Robert Morin travaille \u00e0 partir de treize ans sur les chantiers de l\u2019entreprise de ma\u00e7onnerie de son grand-p\u00e8re. Classe 1909 et mobilis\u00e9 caporal au 69<sup>e<\/sup> RI, il est promu sergent en octobre 1914, adjudant en mai 1915, sous-lieutenant en avril 1916 puis est fait prisonnier pendant la bataille de la Somme. Apr\u00e8s-guerre, ayant profit\u00e9 de sa captivit\u00e9 pour compl\u00e9ter son \u00e9ducation, il devient conducteur de travaux puis ing\u00e9nieur, et finit sa carri\u00e8re comme directeur des services techniques de la ville d\u2019Argenteuil.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jean-Robert Nouveau, petit-fils de Robert Morin, a fait para\u00eetre aux \u00c9ditions du Net \u00ab&nbsp;<em>M\u00e9moires de guerre 1914 \u2013 1918 du Sous-Lieutenant Robert Morin<\/em>&nbsp;\u00bb (2014, 200 pages). Dans l\u2019avant-propos, le petit-fils de l\u2019auteur dit avoir trouv\u00e9 dans une malle du grenier trois cahiers \u00e9crits au crayon. L\u2019\u00e9dition est soign\u00e9e, avec de nombreuses cartes utiles pour illustrer les d\u00e9placements de l\u2019auteur. Tous les noms sont authentiques et on ne sait pas s\u2019il y avait un projet de publication.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><a><\/a> Robert Morin propose un r\u00e9cit \u00e0 la fois alerte et pr\u00e9cis, car malgr\u00e9 une narration faite de m\u00e9moire \u2013 il a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de d\u00e9truire son carnet de route \u2013 l\u2019essentiel de l\u2019\u00e9criture se fait en captivit\u00e9 en 1917, \u00e0 peu de distance des faits. C\u2019est un homme d\u2019action, appr\u00e9ci\u00e9 par ses sup\u00e9rieurs pour son \u00e9nergie&nbsp;; combattant au sein du 69<sup>e<\/sup> RI (Nancy \u00ab&nbsp;Division de fer&nbsp;\u00bb), il participe de ce fait \u00e0 nombre de batailles sanglantes (Somme octobre 1914, Ypres 1914-1915, Artois 1915, Champagne 1915, Verdun cote 304 mars 1916, puis Somme en Juillet 1916). Ce cadre subalterne d\u2019infanterie tr\u00e8s expos\u00e9, pas s\u00e9rieusement bless\u00e9 pendant ces engagements, fait un peu figure de miracul\u00e9 lorsqu\u2019il est fait prisonnier \u00e0 Maurepas le 30 juillet 1916.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le r\u00e9cit commence par une tr\u00e8s belle sc\u00e8ne d\u2019intimit\u00e9 au moment du d\u00e9part, lui et sa femme contemplant leur enfant endormi avant de se s\u00e9parer, on peut penser que la force de ce tableau vient d\u2019une r\u00e9daction faite en 1917, alors que, prisonnier, il souffre d\u2019une s\u00e9paration dont il ne voit pas se dessiner la fin.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Somme 1914<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Affect\u00e9 \u00e0 la compagnie de d\u00e9p\u00f4t en ao\u00fbt 1914, R. Morin n\u2019est pas engag\u00e9 sur la Marne, mais il d\u00e9crit bien les \u00e9prouvants combats ult\u00e9rieurs de fixation du front, comme l\u2019attaque de Monchy au Bois (fin octobre), village \u00ab&nbsp;fortifi\u00e9&nbsp;\u00bb par les Allemands&nbsp;; c\u2019est un \u00e9chec dramatique car si une partie des Fran\u00e7ais a r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019infiltrer dans quelques maisons, le bourg reste imprenable et ces isol\u00e9s finissent sacrifi\u00e9s. Il est int\u00e9ressant de lire le JMO qui cite \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00e9lan magnifique<\/em>&nbsp;\u00bb avec lequel le chef de corps, qui se fait tuer \u00e0 cette occasion, fait une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e pour prendre le village&nbsp;; notre t\u00e9moin signale, lui, que le lieutenant-colonel de Marcilly \u00e9tait venu \u00ab&nbsp;<em>se faire tuer \u00e0 la t\u00eate de son r\u00e9giment&nbsp;<\/em>\u00bb \u00e0 la suite d\u2019un dur reproche du \u00ab&nbsp;<em>tr\u00e8s violent<\/em>&nbsp;\u00bb G\u00e9n\u00e9ral Duch\u00eane. Pour R. Morin, ce combat de Monchy fut une h\u00e9catombe pour son r\u00e9giment.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Flandres 1914-1915<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">M\u00eame qualit\u00e9 de r\u00e9cit dans la description des combats au sud puis au nord d\u2019Ypres en novembre et d\u00e9cembre 1914, alors que le narrateur est pass\u00e9 sergent. Il d\u00e9crit des lignes avec de nombreuses tranch\u00e9es r\u00e9alis\u00e9es sous le feu direct, avec des orientations improvis\u00e9es et parfois contradictoires, et dont on ne conna\u00eet pas l\u2019occupation exacte. R\u00e9alisant une reconnaissance p\u00e9rilleuse, il op\u00e8re en liaison avec une autre unit\u00e9 qui ne veut plus le laisser partir (p. 70)&nbsp;: \u00ab<em>Je n\u2019ai cess\u00e9 de penser \u00e0 ma famille, car si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 dans cette affaire, elle n\u2019aurait jamais su ce que j\u2019\u00e9tais devenu&nbsp;; entour\u00e9 de gens ne me connaissant pas, et surtout d\u2019un autre r\u00e9giment. On ne se serait pas plus occup\u00e9 de moi que d\u2019un chien, \u00e7a c\u2019est certain.&nbsp;<\/em>\u00bb Travaillant en temps de paix sur des chantiers, il a l\u2019habitude d\u2019improviser, de prendre des d\u00e9cisions&nbsp;: ce dynamisme pla\u00eet \u00e0 ses officiers, mais il finit par s\u2019en plaindre (p. 70) \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est toujours moi qui \u00e9cope sous pr\u00e9texte que je suis d\u00e9brouillard. Un jour, rousp\u00e9tant en disant que ce sont toujours les m\u00eames que l\u2019on fait marcher, le lieutenant Muller, avec qui nous nous tutoyons, me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<\/em>\u00c9coute mon vieux, qu\u2019est-ce que tu veux, il en faut un et si j\u2019en envoie un autre il va me faire une gaffe.&nbsp;\u00bb On rencontre dans cet \u00e9pisode de l\u2019hiver 1914 dans la boue des Flandre l\u2019\u00e9vocation des cadavres fran\u00e7ais et allemands flottant \u00e0 la clart\u00e9 de la lune dans des tranch\u00e9es noy\u00e9es, un duel de patrouilles qui se termine par un combat singulier (p. 73), des rigodons avec mouchoirs lors des tirs aux cr\u00e9neaux (p. 74), une attaque \u00e0 l\u2019\u00e9chelon du bataillon sans pr\u00e9paration d\u2019artillerie (Korteker Cabaret vers Langemark), des fraternisations en janvier 1915 (p. 85), ainsi qu\u2019une ex\u00e9cution capitale (f\u00e9v. 1915&nbsp;? Poperinge, p. 87)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le 1<\/em><sup><em>er<\/em><\/sup><em> Bon a une sale corv\u00e9e, il doit fournir un peloton d\u2019ex\u00e9cution pour fusiller trois soldats du Bon de Discipline et un Chasseur. Ils sont condamn\u00e9s \u00e0 mort pour abandon de poste, pendant les affaires de la Maison du Passeur. J\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 ces quatre ex\u00e9cutions qui ont eu lieu simultan\u00e9ment. Je ne souhaite pas assister de nouveau \u00e0 un spectacle aussi impressionnant.&nbsp;<\/em>\u00bb R. Morin quitte sans regrets la Belgique, ayant souffert du froid, de l\u2019eau, et (p. 92) \u00ab&nbsp;<em>les moindres engagements furent toujours sanglants.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Artois 1915<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">R. Morin participe \u00e0 l\u2019offensive de mai en Artois&nbsp;: la b\u00e9n\u00e9diction donn\u00e9e avant l\u2019assaut par l\u2019aum\u00f4nier est appr\u00e9ci\u00e9e par les croyants, mais elle lui donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre un condamn\u00e9 \u00e0 mort avant son ex\u00e9cution. Les restes de Neuville-Saint-Vaast sont ensuite \u00e0 reprendre maison par maison, les combats sont tr\u00e8s durs&nbsp;;&nbsp;il d\u00e9crit une panique enray\u00e9e par un commandant, montant sur le parapet r\u00e9volver au poing. C\u2019est un tr\u00e8s bon r\u00e9cit, haletant, et son bataillon se fait \u00e9triller sans grands r\u00e9sultats&nbsp;; il est promu adjudant le 29 mai. Des \u00ab&nbsp;grands repos&nbsp;\u00bb suivent les p\u00e9riodes d\u2019offensive, et le r\u00e9giment est reconstitu\u00e9, entra\u00een\u00e9 aux innovations tactiques&nbsp;: notre t\u00e9moin contribue \u00e0 la formation d\u2019une compagnie de mitrailleuses, avec 7 Maxim allemandes prises lors des attaques de mai. \u00c0 noter qu\u2019il fait venir sa femme, comme quelques autres sous-officiers, et qu\u2019ils ne sont pas inqui\u00e9t\u00e9s par la gendarmerie (r\u00e9gion de Nancy- privil\u00e8ge 20<sup>e<\/sup> Corps&nbsp;? \u2013 tol\u00e9rance pour des troupes de choc&nbsp;?) (ao\u00fbt 1915, p. 117) \u00ab&nbsp;<em>Rien n\u2019est plus gai que notre popote. Imaginez-vous une dizaine de Sous-Officiers, tous gais et bons vivants, de plus nos jeunes femmes, Camille, Madame Materne et Madame Berger, aimant \u00e0 rire, ce qui fait une vraie bande joyeuse.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Offensive en Champagne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il participe \u00e0 l\u2019offensive de Champagne en septembre et octobre 1915, mais son bataillon n\u2019est pas du premier assaut, et s\u2019il jalouse d\u2019abord ceux qui vont se couvrir de gloire, ensuite (p. 122), il se \u00ab&nbsp;<em>f\u00e9licite l\u00e2chement d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019abri. C\u2019est le propre instinctif de tous les humains. Je suis certain que de tous les hommes composant cette Compagnie, il n\u2019y en a pas un qui pense autrement \u00e0 ce moment.<\/em>&nbsp;\u00bb Apr\u00e8s cette dure p\u00e9riode, avec des pertes notables, c\u2019est le deuxi\u00e8me grand repos en Lorraine, et il refait venir sa femme Camille avec son petit gar\u00e7on, avec une mention assez rare dans des r\u00e9cits d\u2019intimit\u00e9 presque toujours absents chez les poilus diaristes (p. 138) <em>\u00ab&nbsp;(\u2026) je dois dire que c\u2019est au cours de ce s\u00e9jour que nous avons \u00ab&nbsp;achet\u00e9&nbsp;\u00bb notre petite Marcelle pour donner une petite s\u0153ur \u00e0 Robert.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Verdun<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il est devant Malancourt en mars 1916 avec sa compagnie \u00e9quip\u00e9e de mitrailleuses Maxim, soulignant que cette dotation diminue la motivation des hommes, \u00ab&nbsp;<em>car le bruit court \u00e0 cette \u00e9poque que les Allemands tuent ceux qu\u2019ils prennent avec leurs pi\u00e8ces.<\/em>&nbsp;\u00bb Ils occupent un petit blockhaus qu\u2019il d\u00e9crit comme un cube de ciment arm\u00e9, \u00e0 la fois tr\u00e8s r\u00e9sistant mais tr\u00e8s expos\u00e9, \u00e9tant \u00e0 flanc de coteau devant Montfaucon, ayant \u00e0 la fois une superbe vue sur l\u2019ennemi, et une position visible qui le fait \u00eatre terriblement bombard\u00e9&nbsp;; c\u2019est aussi une position solide qui l\u2019expose au risque constant d\u2019\u00eatre d\u00e9bord\u00e9 sur l\u2019un ou l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. La description du bombardement direct de son ouvrage est tr\u00e8s int\u00e9ressante. Il passe sous-lieutenant en avril 1916 et \u00e0 l\u2019occasion du 3<sup>e<\/sup> grand repos, refait venir sa femme. Il a cette fois-ci des d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec les gendarmes (p.157), mais il r\u00e9ussit \u00e0 l\u2019installer \u00e0 Ferri\u00e8res derri\u00e8re Amiens en mai 1916 \u00ab&nbsp;<em>Le souvenir de ce mois pass\u00e9 \u00e0 Ferri\u00e8res, en compagnie de ma femme et de mon fils, est un des plus d\u00e9licieux de ma campagne.<\/em>&nbsp;\u00bb. Une matin\u00e9e r\u00e9cr\u00e9ative, o\u00f9 est pr\u00e9sent un g\u00e9n\u00e9ral, a lieu et le petit Robert (2 ans) \u00e9chappe \u00e0 sa m\u00e8re et vient se promener au milieu de la sc\u00e8ne (p. 157). Son p\u00e8re est ennuy\u00e9 car il est interdit d\u2019avoir sa famille avec soi&nbsp;; <em>\u00ab&nbsp;Le g\u00e9n\u00e9ral l\u2019ayant aper\u00e7u le prend sur ses genoux en demandant&nbsp;:<\/em> \u00ab&nbsp;\u00e0 qui est ce beau petit gar\u00e7on&nbsp;?&nbsp;\u00bb Pas de cons\u00e9quences pour le p\u00e8re, une telle sc\u00e8ne \u00ab&nbsp;familiale&nbsp;\u00bb dans la zone des arm\u00e9es est tr\u00e8s rare, m\u00eame pour des officiers.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Offensive de la Somme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La compagnie de mitrailleuses de l\u2019auteur participe \u00e0 l\u2019attaque du 1<sup>er<\/sup> juillet 1916, et la progression, dans les trous boulevers\u00e9s du champ de bataille, est p\u00e9nible \u00e0 cause de la lourdeur des pi\u00e8ces (ce sont d\u00e9sormais des Saint-\u00c9tienne). Il emp\u00eache un de ses homme d\u2019abattre un prisonnier (p. 163) \u00ab<em>Je ne sais si c\u2019est l\u2019\u00e9nervement, le chef de pi\u00e8ce Vial se met \u00e0 crier&nbsp;: \u00ab&nbsp;<\/em>faut que je tue un boche.&nbsp;\u00bb <em>Je l\u2019arr\u00eate juste \u00e0 temps, pour l\u2019emp\u00eacher de commettre cette l\u00e2chet\u00e9. Je n\u2019ai jamais laiss\u00e9 tirer sur des prisonniers d\u00e9sarm\u00e9s.&nbsp;<\/em>\u00bb Ils repartent au repos en arri\u00e8re \u00e0 Bray-sur-Somme \u00e0 la mi-juillet, et il y signale une mutinerie de quelques compagnies du 156<sup>e<\/sup> RI. (p. 170, refus de repartir aux tranch\u00e9es sans avoir eu de repos). Il est fait prisonnier sur sa pi\u00e8ce au sud de Maurepas, dans la Tranch\u00e9e des Cloportes, lors de l\u2019attaque du 30 juillet qui les laisse en pointe, une contre-attaque allemande ayant profit\u00e9 de l\u2019enrayement de sa Saint-Etienne (il a pr\u00e9cis\u00e9 auparavant qu\u2019il aurait eu plus de chances s\u2019il avait gard\u00e9 sa Maxim).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Prisonnier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il passe l\u2019ann\u00e9e 1917 au camp d\u2019officiers de G\u00fcttersloh, o\u00f9 il d\u00e9crit un sort supportable, mais est ensuite transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Eutin, avec des commandants de camp beaucoup moins accommodants. Une centaine d\u2019officiers fran\u00e7ais, qui viennent d\u2019un camp de repr\u00e9sailles \u00e0 Magdebourg, \u00ab&nbsp;<em>se montent la t\u00eate<\/em>&nbsp;\u00bb (manifestation en mai 1918 avec le slogan \u00ab&nbsp;<em>l\u2019accord, l\u2019accord<\/em>&nbsp;\u00bb p. 181). Les gardiens ouvrent le feu sur des volets referm\u00e9s \u00ab&nbsp;<em>alors que nous avons arr\u00eat\u00e9 de crier.<\/em>&nbsp;\u00bb Il voit en novembre des marins r\u00e9volt\u00e9s arriver de Kiel&nbsp;; apr\u00e8s tractations, ils finissent par pouvoir sortir en ville contre leur parole d\u2019honneur&nbsp;de rentrer le soir; une derni\u00e8re revue nomm\u00e9e \u00ab&nbsp;<em>On part, on part.<\/em>&nbsp;\u00bb est encore mont\u00e9e, puis ils reviennent par L\u00fcbeck, le Danemark et Cherbourg.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Robert Morin produit ici un r\u00e9cit d\u2019une grande qualit\u00e9&nbsp;: il sait raconter, et poss\u00e8de la m\u00eame efficacit\u00e9 pour d\u00e9crire ce qu\u2019il a vu et fait, que celle qu\u2019il avait au front, et qui l\u2019a fait appr\u00e9cier de ses sup\u00e9rieurs. C\u2019est aussi un aper\u00e7u sur le fonctionnement d\u2019un r\u00e9giment de la Division de Fer, qui alterne tous les coups durs et des p\u00e9riodes de grand repos, comparable en cela \u00e0 une unit\u00e9 de zouaves ou de tirailleurs&nbsp;; l\u2019auteur n\u2019aborde pas la politique, le patriotisme ou sa vision des Allemands&nbsp;: prisonnier lors de la r\u00e9daction du texte, il lui faut \u00eatre prudent. Il se centre sur les faits v\u00e9cus, et c\u2019est ce caract\u00e8re pratique, concis mais dynamique qui fait la grande qualit\u00e9 de ce t\u00e9moignage.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, septembre 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>M\u00e9moires de guerre 1914 \u2013 1918 1. Le t\u00e9moin Originaire d\u2019Argenteuil (Val d\u2019Oise), Robert Morin travaille \u00e0 partir de treize ans sur les chantiers de l\u2019entreprise de ma\u00e7onnerie de son grand-p\u00e8re. Classe 1909 et mobilis\u00e9 caporal au 69e RI, il est promu sergent en octobre 1914, adjudant en mai 1915, sous-lieutenant en avril 1916 puis &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/10\/23\/morin-robert-1889-1977\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Morin, Robert (1889\u20131977)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,1315,21],"tags":[482,1316],"class_list":["post-4593","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-202","category-69e-ri","category-souvenirs","tag-captivite","tag-flandres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4593","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4593"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4593\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4609,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4593\/revisions\/4609"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4593"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4593"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4593"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}