{"id":4599,"date":"2024-10-23T19:03:00","date_gmt":"2024-10-23T18:03:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4599"},"modified":"2024-11-02T17:22:35","modified_gmt":"2024-11-02T16:22:35","slug":"hanin-charles-1895-1964","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/10\/23\/hanin-charles-1895-1964\/","title":{"rendered":"Hanin, Charles (1895\u20131964)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Souvenirs d\u2019un officier de zouaves 1915 \u2013 1918<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Charles Hanin est n\u00e9 en 1895 \u00e0 Hussein-Dey pr\u00e8s d\u2019Alger, dans une famille de la bourgeoisie locale. Classe 1915, il est mobilis\u00e9 en d\u00e9cembre 1914 et participe avec le 2<sup>e<\/sup> R\u00e9gt. de marche d\u2019Afrique \u00e0 l\u2019op\u00e9ration des Dardanelles&nbsp;;&nbsp;il est bless\u00e9 en juin 1915 \u00e0 Gallipoli. Aspirant au 3<sup>e<\/sup> Zouave en 1916, il combat \u00e0 Verdun, et y participe \u00e0 l\u2019attaque de d\u00e9cembre 1916. Pass\u00e9 sous-lieutenant en 1917, il assiste \u00e0 l\u2019offensive du Chemin des Dames. Son unit\u00e9 va ensuite aider les Anglais en mars 1918, et il est bless\u00e9 (obus \u00e0 l\u2019yp\u00e9rite) en mai. Rentr\u00e9 au corps d\u00e9but septembre 1918, il est r\u00e9-hospitalis\u00e9 apr\u00e8s l\u2019armistice \u00e0 cause des s\u00e9quelles de son gazage. Revenu \u00e0 la vie civile, il m\u00e8nera une carri\u00e8re d\u2019administrateur des colonies. Il d\u00e9c\u00e8de en 1964.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les \u00ab&nbsp;<em>Souvenirs d\u2019un officier de zouaves 1915 \u2013 1918<\/em>&nbsp;\u00bb (270 pages) ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en 2014 chez Bernard Giovanangeli \u00c9diteur, avec une introduction document\u00e9e d\u2019Henri Ortholan. Ce r\u00e9cit a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 imm\u00e9diatement apr\u00e8s le conflit (d\u00e9c. 1918), et H. Ortholan souligne \u00ab&nbsp;<em>l\u2019int\u00e9r\u00eat que repr\u00e9sente ce t\u00e9moignage que le temps n\u2019a pu alt\u00e9rer ou d\u00e9former<\/em>.\u00bb Dans un court propos d\u2019introduction, Charles Hanin dit avoir repris ses carnets, sans changements sur le fond, mais avec une r\u00e9daction enti\u00e8rement nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Oublier l\u2019Iliade<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Sur le navire qui l\u2019emm\u00e8ne aux Dardanelles, l\u2019auteur insiste sur sa connaissance livresque de l\u2019Orient, d\u2019Hom\u00e8re \u00e0 Pierre Loti, et dans le voyage il retrouve les vieux souvenirs de l\u2019\u00e2ge classique, \u00ab&nbsp;<em>le sens profond de l\u2019Hellade<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;: il est moqu\u00e9 en cela par un camarade. Il d\u00e9couvre peu \u00e0 peu la r\u00e9alit\u00e9 (p. 25) \u00ab<em>Tristesse poignante des emprises militaires, tout est poussi\u00e9reux, lamentable, pollu\u00e9. Des zouaves hirsutes, sales, les yeux caves, agrandis d\u00e9j\u00e0 par la vie dure et les privations (\u2026).&nbsp;<\/em>\u00bb Il met ainsi, dit-il, un certain temps \u00e0 comprendre \u00ab&nbsp;<em>l\u2019\u00e9tendue de sa chim\u00e8re<\/em>&nbsp;\u00bb. La description des campements puis des combats en ligne donne une impression d\u2019\u00e9touffement&nbsp;; la place est compt\u00e9e, et la description des combats, au milieu des hurlements, des tirs et des explosions (p. 38) est froidement r\u00e9aliste&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>On a l\u2019impression de se trouver dans un asile de fous.<\/em>&nbsp;\u00bb Il est rapidement bless\u00e9 (21 juin 1915), est transbord\u00e9 sur le <em>Ceylan<\/em>, navire h\u00f4pital, o\u00f9 seuls les bless\u00e9s les plus graves ont droit \u00e0 des couchettes. La nourriture est mauvaise, et C. Hanin \u00e9voque les barques grecques qui proposent fruits et sucreries, alors que lui n\u2019a comme argent qu\u2019un des louis d\u2019or de sa ceinture de flanelle (p. 46) \u00ab&nbsp;<em>les yeux du Grec dans sa barque luisent de convoitise&nbsp;: Oh, oh&nbsp;! dit-il, un\u00e9 Napol\u00e9on\u00e9&nbsp;! et il me sourit largement.&nbsp;<\/em>\u00bb Le bless\u00e9 est transport\u00e9 \u00e0 Bizerte et apr\u00e8s convalescence est r\u00e9affect\u00e9 dans une unit\u00e9 de zouaves \u00e0 Batna en ao\u00fbt 1915.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Aspirant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La description de sa compagnie en novembre 1915 \u00e0 Batna est cruelle, avec un encadrement <em>allemand ou alcoolique<\/em>, et du m\u00e9pris pour les hommes de sa chambr\u00e9e, repr\u00e9sentant (p. 52) \u00ab&nbsp;<em>un tiers d\u2019Alsaciens parlant allemand, un tiers de Martiniquais parlant Po-po et d\u2019un tiers de Juifs parlant h\u00e9breux. Nous sommes deux Fran\u00e7ais.<\/em>&nbsp;\u00bb Pour lui, le choix du stage d\u2019aspirant de Joinville s\u2019impose comme seul moyen de \u00ab&nbsp;<em>sortir de cette tourbe<\/em>.\u00bb Il r\u00e9ussit la formation d\u2019aspirant au d\u00e9but de 1916 (il passe assez rapidement sur cette formation) et il est de retour au 3<sup>e<\/sup> zouave en mai 1916 \u00e0 Verdun. Mal accueilli, les officiers lui font bien sentir qu\u2019il n\u2019est qu\u2019un sous-officier&nbsp;; m\u00eame hostilit\u00e9 de la part des sous-officiers, puis cela s\u2019arrange un peu (p. 61)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>L\u2019adjudant Fauch\u00e8re et le sergent Fabry me prennent en amiti\u00e9&nbsp;; ils ne sont pas de l\u2019active et n\u2019ont pas re\u00e7u l\u2019inoculation du virus sous-officier.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00c0 Verdun comme auparavant aux Dardanelles, il constate que le simple fait de sortir son appareil photographique fait changer d\u2019attitude ses sup\u00e9rieurs imm\u00e9diats, ils deviennent alors beaucoup plus am\u00e8nes. Notre auteur d\u00e9crit le g\u00e9n\u00e9ral Niessel \u00e0 plusieurs reprises, c\u2019est une brute, au visage de \u00ab&nbsp;<em>dogue hargneux<\/em>&nbsp;\u00bb qui terrorise les officiers, mais pour lui c\u2019est un grand chef. Il raconte aussi une crise de col\u00e8re de De Bazelaire (g\u00e9n\u00e9ral commandant le 7<sup>e<\/sup> CA), lors d\u2019une s\u00e9dition d\u2019un bataillon de zouaves (ivresse collective et refus de remonter sans repos pr\u00e9alable), pour lui sans gravit\u00e9 (p. 66) \u00ab&nbsp;<em>il n\u2019y a pas de quoi fouetter un chat&nbsp;: mais on a malheureusement rendu compte<\/em>\u00bb Le g\u00e9n\u00e9ral vient agonir des officiers qui ne sont pas concern\u00e9s (le bataillon incrimin\u00e9 est en ligne) et c\u2019est un incident p\u00e9nible, \u00ab&nbsp;<em>vos anc\u00eatres rougissent dans leur tombe <\/em>(\u2026) <em>je serai sans piti\u00e9 et s\u2019il faut vous faire marcher, je mettrai des mitrailleuses derri\u00e8re vous&nbsp;!&nbsp;<\/em>\u00bb La narration de Verdun, rive gauche (mai-juin) et rive droite (juillet), est int\u00e9ressante, notamment avec l\u2019\u00e9vocation de Froidterre et de Thiaumont (<em>les 4 chemin\u00e9es<\/em>). En ligne et sous le bombardement (p. 100), il a d\u00fb, lui jeune aspirant, prendre le commandement de la section, et m\u00eame \u00e0 un moment, de la compagnie, pour pallier la couardise d\u2019un lieutenant terr\u00e9 dans son abri. Revenu au repos, on lui retire sa section&nbsp;: outr\u00e9, il demande justice en r\u00e9digeant une lettre de plainte au g\u00e9n\u00e9ral, enveloppe ferm\u00e9e qui doit passer par la voie hi\u00e9rarchique, mais dont il refuse de d\u00e9voiler le contenu; ennuy\u00e9, le colonel Philippe finit par reconna\u00eetre le bien-fond\u00e9 de sa col\u00e8re et lui rend sa section.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Th\u00e8me de l\u2019homosexualit\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il est fait plusieurs fois mention d\u2019homosexualit\u00e9 (cinq reprises, surtout au d\u00e9but en Orient)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">p.18 des marins<em> faisant l\u2019apologie de la p\u00e9d\u00e9rastie<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">p. 19 un sergent<em> qui chantait au Ch\u00e2teau d\u2019eau est inverti passif<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">p. 28 un zouave<em> d\u00e9braill\u00e9, qui passe en roulant les hanches<\/em> (\u2026) <em>il a eu la m\u00e9daille militaire pour des talents qui ne sont pas ceux qu\u2019on demande aux soldats.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">p. 31 des propositions homosexuelles d\u2019un l\u00e9gionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">p. 145 le capitaine W<em> qui serait venu \u00ab&nbsp;des bords de la p\u00e9d\u00e9rastie&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Eu \u00e9gard au tabou qui entoure ce th\u00e8me, ces passages interrogent. Ce type de mentions, tr\u00e8s rares, \u00e9gale ici le total de ce que j\u2019ai pu rencontrer au cours de plusieurs ann\u00e9es de lecture de r\u00e9cits de guerre. R\u00e9dig\u00e9 dans une reprise des notes fin 1918 \u2013 d\u00e9but 1919, s\u2019agit-il de la r\u00e9alit\u00e9, ou des clich\u00e9s \u00ab&nbsp;orientalistes&nbsp;\u00bb attendus, \u00e0 propos des m\u0153urs suppos\u00e9s des Joyeux et autres troupes coloniales&nbsp;? Cette r\u00e9p\u00e9tition pourrait \u00eatre le signe d\u2019un int\u00e9r\u00eat particulier de l\u2019auteur, mais celui-ci mentionne aussi des rencontres qui ne le laissent pas indiff\u00e9rent avec des femmes (p. 56 dans un train, p. 216 une occasion non saisie avec une institutrice \u00ab&nbsp;<em>j\u2019ai du para\u00eetre idiot.&nbsp;<\/em>\u00bb, ou encore p. 268, une fermi\u00e8re s\u00e9duisante) et on sait aussi qu\u2019il s\u2019est mari\u00e9 apr\u00e8s la guerre. Il reste que sa fa\u00e7on de d\u00e9crire le deuil de ses deux camarades tu\u00e9s, Michel Romain et Isma\u00ebl Raymond, est faite d\u2019une mani\u00e8re qu\u2019on ne retrouve pas ailleurs. Ainsi M. Romain tu\u00e9 aux Dardanelles&nbsp;: p. 40 <em>\u00ab&nbsp;un autre m\u2019affirme qu\u2019il est tomb\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s&nbsp;; je l\u2019aimais, j\u2019en \u00e9prouve un terrible choc.&nbsp;<\/em>\u00bb et p. 48 <em>\u00ab&nbsp;ton pauvre corps n\u2019aura m\u00eame pas de s\u00e9pulture et ta chair qui fut belle et forte, tes beaux yeux sombres, si tristement profonds sont roul\u00e9s, pulv\u00e9ris\u00e9s dans cette terre chaotique (\u2026)<\/em>&nbsp;\u00bb. \u00c0 Verdun, son ami Isma\u00ebl Raymond a le pressentiment de sa mort prochaine, sc\u00e8ne de pr\u00e9monition assez fr\u00e9quente, mais ici elle a lieu avec des modalit\u00e9s qui ne le sont pas du tout. Ils dorment dans un petit abri (p. 114, avant l\u2019attaque sur Bezonvaux) <em>\u00ab&nbsp;je sens une main saisir la mienne, la serrer avec une sorte de pudeur contenue&nbsp;; je serrai \u00e0 mon tour, alors dans l\u2019ombre, je sentis contre mon visage le visage de Raymond, son souffle fr\u00f4lait mes cheveux et je sentis brusquement ses l\u00e8vres et je vis qu\u2019il avait pleur\u00e9&nbsp;; je me relevais stup\u00e9fait&nbsp;; que signifiait cela&nbsp;? Je l\u2019interrogeais&nbsp;; il me r\u00e9pondit doucement&nbsp;: \u00ab&nbsp;ne bouge pas, demeure contre moi&nbsp;; il faut que je te parle&nbsp;; je t\u2019aime, je n\u2019ai que toi ici&nbsp;; demain je vais mourir. (\u2026)&nbsp;\u00bb <\/em>C. Hanin lui impose de dormir. La pr\u00e9diction se r\u00e9alise et l\u2019auteur vient se recueillir devant le corps, pensant (p. 123) aux \u00ab<em>&nbsp;purs sentiments n\u00e9s dans la communaut\u00e9 de notre vie rude&nbsp;<\/em>\u00bb. Dans un dernier item, il d\u00e9crit p. 239 les hommes qui se baignent nus, mentionnant des corps en \u00ab&nbsp;<em>mouvement, signes de ce que la nature a voulu fa\u00e7onner de force virile et harmonieuse mais h\u00e9las, p\u00e9tri dans la fragilit\u00e9<\/em>&nbsp;\u00bb et on pense imm\u00e9diatement au style de Montherlant dans les <em>Olympiques<\/em>. Donc un caract\u00e8re original, qui n\u2019entra\u00eene aucune certitude, mais qui traduit une sensibilit\u00e9 rarement rencontr\u00e9e dans ces termes dans les carnets de guerre&nbsp;: il serait int\u00e9ressant d\u2019avoir ici l\u2019avis d\u2019une historienne ou d\u2019un historien du genre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Aisne 1917<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Au d\u00e9but de 1917, Charles Hanin promu sous-lieutenant devient officier de renseignement, navigue de l\u2019EM du r\u00e9giment \u00e0 celui de la DI, et cela lui permet de pittoresques descriptions d\u2019officiers, en g\u00e9n\u00e9ral peu laudatives. L\u2019attaque du 16 avril (Mont Spin), est un \u00e9chec dramatique au 3<sup>e<\/sup> zouave et c\u2019est aussi l\u2019occasion d\u2019\u00e9voquer les Russes qui combattent \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s&nbsp;; l\u2019auteur est tr\u00e8s critique, \u00e9voquant leur pr\u00e9occupation dominante pour l\u2019alcool et la danse&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>nous comprenons Moukden et Tannenberg<\/em>&nbsp;(p. 163)&nbsp;\u00bb. Il d\u00e9crit une arm\u00e9e multi-ethnique, avec des hommes qui ne se comprennent pas entre eux, et dangereux car ils n\u2019identifient pas les zouaves. Il reconna\u00eet toutefois leur courage dans un assaut (toujours au Mont Spin) o\u00f9 eux aussi se font massacrer sans r\u00e9sultat.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Lorraine 1917<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9, son unit\u00e9 est dans un secteur tr\u00e8s calme de Lorraine, et c\u2019est l\u2019occasion d\u2019une description d\u2019une patrouille offensive (Allemands \u00e0 800 m\u00e8tres) dans les hautes herbes (p. 184)&nbsp;; c\u2019est une progression de \u00ab&nbsp;<em>Sioux<\/em>&nbsp;\u00bb, alternant planque et reptation pendant des heures&nbsp;; arriv\u00e9s derri\u00e8re les lignes allemandes, ils interceptent la derni\u00e8re voiture d\u2019un convoi, et ram\u00e8nent le conducteur ahuri dans leurs lignes. La r\u00e9\u00e9criture soign\u00e9e des notes est ici payante, nous sommes dans un authentique western. Les Allemands en ont du reste fait autant en hiver&nbsp;: un \u00e9tang borde et prot\u00e8ge le secteur (\u00c9tang de Paroy), et ils ont ramp\u00e9 sur la glace rev\u00eatus de draps blancs, captur\u00e9 quelque territoriaux et leur artillerie a cass\u00e9 la glace pour prot\u00e9ger leur retour. Il \u00e9voque ensuite (p. 194) une inspection de Ph. P\u00e9tain, les colonels \u00e9tant interrog\u00e9s pour savoir s\u2019ils r\u00e9pondent de leur r\u00e9giment, s\u2019il leur demande de marcher contre un ennemi qui ne serait allemand&nbsp;; il comprend \u00e0 cette occasion pourquoi &#8211; les mutineries &#8211; on les a maintenus dans ce secteur calme de Lorraine (fin ao\u00fbt 1917).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1918<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><a><\/a> L\u2019\u00e9vocation de la p\u00e9riode de 1918 est plus rapide, le moment charni\u00e8re a lieu le 26 mai, son ordonnance est tu\u00e9 et lui bless\u00e9 par l\u2019\u00e9clatement d\u2019un obus \u00e0 yp\u00e9rite dans leur abri, et c\u2019est l\u2019\u00e9vacuation (Rennes, convalescence en Alg\u00e9rie). Revenu \u00e0 son unit\u00e9 fin ao\u00fbt 1918, il narre les combats de poursuite jusqu\u2019\u00e0 l\u2019armistice, avec un style plus concis mais toujours aussi acerbe, voire m\u00e9prisant (p. 256, retour dans son unit\u00e9)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Grapinet nous re\u00e7oit avec affabilit\u00e9 (\u2026) il sent le Saint-Maxentais \u00e0 plein nez&nbsp;: il y a en lui un de ces petits fumets sous-officier qui ne trompe pas<\/em>.&nbsp;\u00bb Cette aigreur peut aussi s\u2019expliquer par le fait que l\u2019auteur reste durement touch\u00e9 par les s\u00e9quelles de sa blessure&nbsp;: sa vie reste menac\u00e9e en 1919.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Donc des carnets tr\u00e8s int\u00e9ressants, qui montrent l\u2019endurcissement d\u2019un jeune \u00e9tudiant d\u2019Alg\u00e9rie p\u00e9tri d\u2019humanit\u00e9s classiques qui, \u00e0 travers les combats v\u00e9cus dans une unit\u00e9 de choc, se transforme en un guerrier efficace et cynique, mais gardant encore une profonde consid\u00e9ration pour les hommes du rang et un go\u00fbt intact pour la r\u00e9daction litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, septembre 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Souvenirs d\u2019un officier de zouaves 1915 \u2013 1918 1. Le t\u00e9moin Charles Hanin est n\u00e9 en 1895 \u00e0 Hussein-Dey pr\u00e8s d\u2019Alger, dans une famille de la bourgeoisie locale. Classe 1915, il est mobilis\u00e9 en d\u00e9cembre 1914 et participe avec le 2e R\u00e9gt. de marche d\u2019Afrique \u00e0 l\u2019op\u00e9ration des Dardanelles&nbsp;;&nbsp;il est bless\u00e9 en juin 1915 \u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/10\/23\/hanin-charles-1895-1964\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Hanin, Charles (1895\u20131964)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,1050,15,21],"tags":[1318,908],"class_list":["post-4599","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-202","category-2e-rma","category-officier-infanterie","category-souvenirs","tag-dardanelles","tag-verdun"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4599","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4599"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4599\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4608,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4599\/revisions\/4608"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4599"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4599"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4599"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}