{"id":46,"date":"2008-02-18T16:28:51","date_gmt":"2008-02-18T15:28:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/18\/mauny-emile-1877-1946\/"},"modified":"2021-09-09T17:03:25","modified_gmt":"2021-09-09T16:03:25","slug":"mauny-emile-1877-1946","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/18\/mauny-emile-1877-1946\/","title":{"rendered":"Mauny, Emile (1877-1946)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>Emile Mauny est n\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> mars 1877, d&rsquo;un p\u00e8re cantonnier, puis vigneron dans l&rsquo;Yonne. Devenu instituteur, il a \u00e9pous\u00e9 une institutrice, et le couple a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 au village de Courlon \u00e0 la rentr\u00e9e 1911. Leur fils Roger \u00e9tait n\u00e9 en 1906. Caporal \u00e0 l&rsquo;issue du service militaire, Emile est mobilis\u00e9 au 33<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d&rsquo;infanterie territoriale. Politiquement, il se situe \u00e0 gauche, mais on n&rsquo;a pas de trace d&rsquo;engagement dans un parti. Apr\u00e8s la guerre, il reprend le poste d&rsquo;instituteur. Le couple prend la retraite \u00e0 Auxerre o\u00f9 Emile meurt le 2 d\u00e9cembre 1946.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p>Michel Mauny, <em>Emile et L\u00e9a. Lettres d&rsquo;un couple d&rsquo;instituteurs bourguignons dans la tourmente de la Grande Guerre,<\/em> chez l&rsquo;auteur (10 rue du 4 ao\u00fbt 1789, 89400 Migennes), 2006, 241 p., illustrations. Nouvelle \u00e9dition, revue, en 2007. Ce livre a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 par le petit-fils de ce couple d&rsquo;instituteurs \u00e0 partir des lettres retrouv\u00e9es dans un carton marqu\u00e9 du simple mot : \u00ab Guerre \u00bb. Devant l&rsquo;\u00e9paisseur du corpus, il a d\u00fb faire un choix, avec le souci de ne pas trahir. Mais l&rsquo;ensemble est archiv\u00e9 et pourrait \u00eatre produit \u00e0 la demande. Michel Mauny a song\u00e9 un moment \u00e0 un plan th\u00e9matique, mais il s&rsquo;est heureusement ralli\u00e9 au plan chronologique qui respecte le rythme de l&rsquo;histoire et l&rsquo;enchev\u00eatrement des th\u00e8mes. La plus grande partie des lettres sont \u00e9crites par Emile et adress\u00e9es \u00e0 L\u00e9a.<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Territorial, Emile Mauny reste d&rsquo;abord dans l&rsquo;Yonne, puis il est nomm\u00e9 instructeur \u00e0 l&rsquo;Ecole militaire pr\u00e9paratoire d&rsquo;infanterie de Rambouillet (f\u00e9vrier-septembre 1915). Il arrive sur le front en Artois le 1<sup>er<\/sup> octobre, affect\u00e9 au 246<sup>e<\/sup> RI. En Champagne de f\u00e9vrier \u00e0 juillet 1916 (sergent en mars) ; en Argonne jusqu&rsquo;en juin 1917 ; de nouveau en Champagne jusqu&rsquo;\u00e0 son \u00e9vacuation pour maladie en ao\u00fbt. Il revient sur le front (Aisne) en janvier 1918 avec le 122<sup>e<\/sup> RIT de Montpellier (\u00ab Presque tous les hommes et grad\u00e9s parlent fr\u00e9quemment le patois proven\u00e7al. Je n&rsquo;y comprends rien. \u00bb) A nouveau \u00e9vacu\u00e9 en juin. En Flandres en octobre et novembre 1918, puis en Belgique, avant sa d\u00e9mobilisation le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1919. Le livre fait appara\u00eetre plusieurs points forts de cette correspondance.<\/p>\n<p>On y trouve l&rsquo;\u00e9vocation de la d\u00e9solation lors de l&rsquo;annonce de la mobilisation (p. 22-26), de la l\u00e9gende des enfants aux mains coup\u00e9es (p. 47), des proph\u00e9ties (p. 58). Emile Mauny a assist\u00e9 \u00e0 une ex\u00e9cution (p. 116) ; il a \u00e9t\u00e9 juge en Conseil de guerre (p. 163). Ses pages sur la boue ne nous apprennent \u00e9videmment rien de nouveau, mais elles sont parmi les plus fortes (p. 78, 151). D\u00e8s les premiers jours de front, il a compris quelles \u00e9taient les deux situations terribles : subir le bombardement (description concr\u00e8te p. 77), sortir de la tranch\u00e9e (\u00ab Car les attaques, on y va une fois, deux fois, vingt fois, puis finalement on y reste. \u00bb)<\/p>\n<p>L&rsquo;instituteur bourguignon a exprim\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises le d\u00e9sir de voir la guerre se terminer (il ne dit pas si ce doit \u00eatre par la victoire). D\u00e8s le 15 octobre 1915, apr\u00e8s seulement deux semaines de front, il affirme que le retour au foyer est \u00ab notre plus cher d\u00e9sir \u00e0 tous \u00bb. Le 30 mars 1916 : \u00ab Nous voudrions bien tous que la paix se signe enfin. Quelle vie de tra\u00eener partout alors qu&rsquo;on a une famille, une maison. \u00bb Le 9 ao\u00fbt 1916 : \u00ab Nous avons soif de tranquillit\u00e9 et c&rsquo;est tout ce que nous souhaitons. \u00bb Et, th\u00e8me fr\u00e9quemment rencontr\u00e9 dans d&rsquo;autres r\u00e9cits de combattants : \u00ab Heureux ceux qui sont tomb\u00e9s au d\u00e9but, quelle que soit la suite possible des \u00e9v\u00e9nements \u00bb (5\/4\/1916) ; \u00ab Combien sont heureux ceux qui sont tomb\u00e9s au d\u00e9but de cette guerre \u00bb (23\/12\/16).<\/p>\n<p>Un tr\u00e8s fort \u00e9clairage est port\u00e9 sur les rapports entre le front et l&rsquo;arri\u00e8re. La correspondance et quelques permissions constituent <em>le lien<\/em> bien connu. Emile se pr\u00e9occupe de la sant\u00e9 des siens, du surcro\u00eet de travail de sa femme, des r\u00e9sultats scolaires de son fils et de sa bonne \u00e9ducation en g\u00e9n\u00e9ral. Il n&rsquo;oublie pas ses anciens \u00e9l\u00e8ves, dont certains vont passer le certif&rsquo; : \u00ab J&rsquo;ai re\u00e7u une lettre de Christen [qui contenait une grosse faute d&rsquo;orthographe dans la conjugaison du verve <em>envahir<\/em>]. Dis-lui que cela m&rsquo;a fait plaisir mais fais-lui trouver des mots de la famille d&rsquo;<em>envahir<\/em>. Dans son esprit, il confond avec <em>ha\u00efr<\/em>. Un devoir sur ces deux mots leur servira \u00e0 tous car ces expressions pourront se trouver dans la dict\u00e9e du Certificat d&rsquo;Etudes. \u00bb (15\/2\/16)<\/p>\n<p>Mais, entre front et arri\u00e8re,  <em>une coupure<\/em> existe, \u00e0 cause des journalistes. Emile est \u00ab d\u00e9go\u00fbt\u00e9 \u00bb par des journaux qui \u00ab suent la fausset\u00e9 \u00bb (2\/3\/16). \u00ab Mon seul plaisir actuellement serait de pouvoir flanquer mon pied quelque part \u00e0 un de ces nombreux imb\u00e9ciles de l&rsquo;arri\u00e8re, surtout si c&rsquo;\u00e9tait un journaliste \u00bb (16\/12\/16). Et quatre jours plus tard : \u00ab Quelle ignoble presse de guerre nous avons eue. \u00bb Et encore (24\/12\/16) : \u00ab La presse a constamment d\u00e9natur\u00e9 les sentiments de tous durant la pr\u00e9sente guerre [&#8230;] C&rsquo;est pourquoi nous crions tous : honte aux journalistes. \u00bb \u00ab Il y en a un qui me semble avoir d\u00e9pass\u00e9 toute limite. C&rsquo;est le sieur Herv\u00e9 \u00bb, \u00e9crit, le 10 octobre 1916, Emile Mauny qui conna\u00eet bien le r\u00f4le de Gustave Herv\u00e9 dans l&rsquo;Yonne lorsqu&rsquo;il \u00e9tait professeur au lyc\u00e9e de Sens. \u00ab Apr\u00e8s avoir tra\u00een\u00e9 le drapeau dans la boue, dans le fumier, pr\u00each\u00e9 la gr\u00e8ve en cas de guerre, tout dit, tout fait contre l&rsquo;arm\u00e9e, il se permet aujourd&rsquo;hui de traiter d&rsquo;imb\u00e9ciles tous ceux qui semblent ne pas le suivre dans ses nouvelles \u00e9lucubrations. Ce petit monsieur au courage militaire si r\u00e9cent ne m\u00e9rite que le m\u00e9pris qui d&rsquo;ailleurs lui est tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reusement accord\u00e9 par l&rsquo;unanimit\u00e9 des poilus. Quand on a un pass\u00e9 comme lui, on n&rsquo;a qu&rsquo;un moyen de faire croire \u00e0 une conversion sinc\u00e8re, c&rsquo;est d&#8217;empoigner un fusil et de venir \u00e0 Verdun ou dans la Somme faire le coup de feu. Cet homme n&rsquo;est pas digne d&rsquo;un soufflet. \u00bb<\/p>\n<p>A ce bourrage de cr\u00e2ne (Mauny emploie le mot \u00ab bluff \u00bb), l&rsquo;arri\u00e8re se laisse prendre. Emile est particuli\u00e8rement sensible \u00e0 l&rsquo;incompr\u00e9hension de son \u00e9pouse et il ne se prive pas de la critiquer vertement : \u00ab Je t&rsquo;en prie, ne lis plus les journaux car tu perds compl\u00e8tement la t\u00eate \u00bb (30\/10\/15). Le 19 janvier 1916, il rejoint l&rsquo;expression de nombreux camarades dans cet espoir utopique : \u00ab si les femmes voyaient cela, je suis bien persuad\u00e9 qu&rsquo;elles feraient l&rsquo;impossible pour pr\u00eacher \u00e0 l&rsquo;avenir la paix universelle \u00bb. Mais il doit reconna\u00eetre ses illusions (16\/4\/16) : \u00ab Je viens de recevoir tes lettres des 5 et 6 avril. J&rsquo;y trouve toujours les id\u00e9es fausses que vous [les gens de l&rsquo;arri\u00e8re] avez en toutes choses. Il est absolument impossible d&rsquo;essayer de vous faire comprendre ce qui se passe. Vous le comprendrez quand nous serons tous tu\u00e9s. \u00bb Et encore (21\/12\/16) : \u00ab Je viens de recevoir ta lettre du 17. Une phrase me frappe : \u00ab <span style=\"text-decoration: underline;\">Il para\u00eet que cela a bien \u00e9t\u00e9, etc., etc.<\/span> \u00bb, dire que vous ne voudrez jamais comprendre ce que c&rsquo;est que ce genre d&rsquo;affaires&#8230; Vous n&rsquo;aurez jamais \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re le courage de demander des pr\u00e9cisions. Voil\u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit g\u00e9n\u00e9ral. Les vies ne comptent pas pour qui est \u00e0 l&rsquo;abri. On ne peut \u00eatre plus b\u00eate que les gens d&rsquo;arri\u00e8re, mais qu&rsquo;ils ne crient pas si le malheur les frappe. \u00bb<\/p>\n<p>Il reproche \u00e0 sa femme d&rsquo;avoir souscrit \u00e0 l&#8217;emprunt de la d\u00e9fense nationale, \u00ab grosse b\u00eatise \u00bb qui ne fera que \u00ab prolonger les sacrifices \u00bb (28\/10\/15). Il y revient le 16 novembre : \u00ab On parle d&#8217;emprunt nouveau. Tu sais, que pas un sou de chez nous ne serve \u00e0 prolonger notre mis\u00e8re. \u00bb Et encore une fois, le 4 janvier 1917 : \u00ab Il est bien entendu qu&rsquo;il ne faut fournir un seul sou. Cela suffit. \u00bb<\/p>\n<p>A l&rsquo;arri\u00e8re se trouvent les embusqu\u00e9s et Emile Mauny souhaite \u00ab qu&rsquo;ils y viennent un peu \u00bb (29\/11\/15). Le pire, c&rsquo;est que m\u00eame s&rsquo;ils n&rsquo;y viennent pas, surtout s&rsquo;ils n&rsquo;y viennent pas, ce sont eux qui raconteront la guerre : \u00ab Surtout [27\/10\/15], ne continue pas \u00e0 croire aveugl\u00e9ment les formidables bourdes qui sont lanc\u00e9es un peu partout. Tout cela, c&rsquo;est le bluff de l&rsquo;arri\u00e8re. Nous, ici, nous voyons les choses comme elles sont, mais nous sommes malgr\u00e9 tout gais, et le poilu du front, le v\u00e9ritable, n&rsquo;a que m\u00e9pris pour celui des d\u00e9p\u00f4ts ou pour celui qui s&rsquo;approche seulement des lignes d&rsquo;avant sans y prendre place et y faire le coup de feu. Tous ceux-l\u00e0 auront tout vu, tout fait apr\u00e8s la guerre, mais esp\u00e9rons qu&rsquo;il en restera assez des v\u00e9ritables pour r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 ! \u00bb Th\u00e8me r\u00e9current, repris par exemple le 21 janvier 1916 \u00e0 propos de \u00ab la danse infernale qui engloutira la moiti\u00e9 des n\u00f4tres \u00bb : \u00ab Mais on verra un peu ensuite si ceux qui resteront se laisseront faire apr\u00e8s la guerre. Gare aux phraseurs. \u00bb<\/p>\n<p>Instituteur bien not\u00e9, caporal puis sergent de confiance, Emile Mauny a toujours \u00e9t\u00e9 un homme qui faisait ce qui devait \u00eatre fait, avec application. On le discerne dans ses \u00e9crits et il le dit lui-m\u00eame \u00e0 plusieurs reprises, ainsi le 12 juin 1917 \u00e0 sa femme : \u00ab Tu sais que je fais tr\u00e8s consciencieusement tout ce qu&rsquo;on me confie. Je m&rsquo;y int\u00e9resse. J&rsquo;ai \u00e0 c\u0153ur de ne pas passer pour un imb\u00e9cile dans mes fonctions et on ne conna\u00eet jamais trop de choses. C&rsquo;est en tout la m\u00eame chose [sans doute veut-il dire : en guerre comme en paix] et j&rsquo;esp\u00e8re bien que Roger sera comme cela. \u00bb Mais, en cette ann\u00e9e 1917, l&rsquo;usure se fait sentir : \u00ab Le service qu&rsquo;on r\u00e9clame de nous est trop dur pour moi. Je n&rsquo;ai pas le droit de dire comment le trouvent les autres. Les forces ont des limites, m\u00eame celles des hommes du front. \u00bb Un poste d&rsquo;instructeur pour l&#8217;emploi du fusil mitrailleur lui accorde un peu de r\u00e9pit. Le surcro\u00eet de travail de L\u00e9a (les deux classes regroup\u00e9es, le secr\u00e9tariat de mairie) lui fait joindre les deux situations. La lettre du 16 mai 1918 t\u00e9moigne d&rsquo;un grand d\u00e9couragement : \u00ab Tu n&rsquo;as pas encore d&rsquo;adjointe et tu as trop de travail. Nous voici arriv\u00e9s \u00e0 un moment o\u00f9 il va falloir nous d\u00e9cider \u00e0 changer nos vues. La guerre dure. On ne consentira jamais \u00e0 faire rentrer les vieux instituteurs. [&#8230;] Toi, tu ne peux plus continuer ce que tu as fait jusqu&rsquo;ici. Tu tomberas malade et ensuite ce sera pis. On te mettra en \u00bd solde puis \u00e0 rien si la maladie continue et voil\u00e0. Ce sera le remerciement. [&#8230;]Ce que je veux : c&rsquo;est que tu ne continues pas \u00e0 te tuer comme cela pour un profit h\u00e9las bien al\u00e9atoire. A l&rsquo;\u00e9poque des nouveaux riches, ce serait trop b\u00eate. \u00bb D\u00e9couragement toujours pr\u00e9sent alors que la guerre est finie (18\/12\/18) : \u00ab Laisse carr\u00e9ment de c\u00f4t\u00e9 tout ce qui t&#8217;embarrasse et sois tranquille. J&rsquo;ai r\u00e9ponse pr\u00eate aux exhortations au z\u00e8le pour l&rsquo;apr\u00e8s-guerre. Mon service bien fait et c&rsquo;est tout. J&rsquo;ai pay\u00e9 de ma personne. Les embusqu\u00e9s en feront autant. \u00bb<\/p>\n<p>Toutefois, revenu en poste \u00e0 Courlon, l&rsquo;instituteur consciencieux repara\u00eet, dans son travail quotidien, dans l&rsquo;acceptation des t\u00e2ches comm\u00e9moratives et l&rsquo;adoption d&rsquo;une rh\u00e9torique \u00ab acceptable \u00bb par les autorit\u00e9s. Certes, les discours d&rsquo;Emile, dont Michel Mauny nous donne des extraits, ne sont pas nationalistes et contiennent un plaidoyer pour la paix ; les combattants y sont pr\u00e9sent\u00e9s comme des civils en uniforme, pensant toujours \u00e0 leur famille, \u00e0 leurs activit\u00e9s du temps de paix. Mais il a recours aux formules consacr\u00e9es, celles qui doivent \u00eatre prononc\u00e9es : \u00ab foule recueillie \u00bb ; \u00ab enseveli dans les plis du drapeau \u00bb ; \u00ab la farouche m\u00eal\u00e9e \u00bb ; \u00ab s&rsquo;offrir \u00e0 la mort \u00bb ; \u00ab instant supr\u00eame \u00bb&#8230; Il faudrait se livrer \u00e0 une comparaison approfondie des expressions qui contiennent le mot \u00ab sacrifice \u00bb pendant la guerre et apr\u00e8s :<\/p>\n<p>&#8211; 28 octobre 1915 : il ne faut pas souscrire \u00e0 l&#8217;emprunt de la d\u00e9fense nationale, ce serait \u00ab prolonger les sacrifices \u00bb.<\/p>\n<p>&#8211; 16 novembre 1915 : \u00ab que pas un sou de chez nous ne serve \u00e0 prolonger notre mis\u00e8re. Je fais le sacrifice de ma vie, mais c&rsquo;est tout ce qu&rsquo;on est en droit de me demander. \u00bb<\/p>\n<p>&#8211; 16 avril 1916 : \u00ab Il faut des sacrifi\u00e9s, c&rsquo;est entendu, soit, nous serons ceux-l\u00e0, mais que le public d&rsquo;arri\u00e8re nous flanque la paix. \u00bb<\/p>\n<p>&#8211; 21 d\u00e9cembre 1916 : \u00ab Qu&rsquo;on ait la main lourde et qu&rsquo;on secoue un peu la torpeur de ces gens qui font d&rsquo;un c\u0153ur l\u00e9ger le sacrifice de notre vie \u00e0 nous mais poussent des cris de putois quand on leur demande de venir ici prendre la place des camarades frapp\u00e9s en pleine force [&#8230;] \u00bb<\/p>\n<p>&#8211; 29 juin 1924, inauguration du monument aux morts de Courlon : \u00ab Puissent ceux qui n&rsquo;ont pas vu ces choses comprendre la grandeur du sacrifice consenti par nos morts, en pleine conscience, simplement, sans col\u00e8re, sans autre ambition que celle du devoir accompli, en toute confiance d&rsquo;un avenir meilleur. \u00bb<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas l\u00e0 compl\u00e8te contradiction mais il faut remarquer les fortes nuances entre le <em>pendant la guerre<\/em> et l&rsquo;<em>apr\u00e8s<\/em>. Quant \u00e0 r\u00e9gler les comptes avec les embusqu\u00e9s, Emile Mauny et les autres combattants ne sont finalement pas pass\u00e9s aux actes.<\/p>\n<p>R\u00e9my Cazals, 11\/2007<\/p>\n<p>Nouvelle \u00e9dition revue et augment\u00e9e en janvier 2014 , <em>Les Cahiers d&rsquo;Adiamos 89<\/em>, n\u00b0 9, 345 pages, avec une postface de R\u00e9my Cazals.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Emile Mauny est n\u00e9 le 1er mars 1877, d&rsquo;un p\u00e8re cantonnier, puis vigneron dans l&rsquo;Yonne. Devenu instituteur, il a \u00e9pous\u00e9 une institutrice, et le couple a \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 au village de Courlon \u00e0 la rentr\u00e9e 1911. Leur fils Roger \u00e9tait n\u00e9 en 1906. Caporal \u00e0 l&rsquo;issue du service militaire, Emile est mobilis\u00e9 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2008\/02\/18\/mauny-emile-1877-1946\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Mauny, Emile (1877-1946)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[44,103,43,10,6],"tags":[736,293,272,962,463,354,254,963,451],"class_list":["post-46","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-122e-rit","category-103","category-246e-ri","category-combattant-infanterie","category-correspondance-unique","tag-attaques","tag-bourrage-de-crane","tag-embusques","tag-emprunts","tag-execution","tag-langues-regionales","tag-mobilisation","tag-notion-de-sacrifice","tag-paix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=46"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3690,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/46\/revisions\/3690"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=46"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=46"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=46"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}