{"id":4602,"date":"2024-10-23T19:07:48","date_gmt":"2024-10-23T18:07:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4602"},"modified":"2024-11-02T17:21:47","modified_gmt":"2024-11-02T16:21:47","slug":"mineur-jean-1902-1985","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/10\/23\/mineur-jean-1902-1985\/","title":{"rendered":"Mineur, Jean (1902-1985)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Balzac 00.01<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jean Mineur est n\u00e9 \u00e0 Valenciennes en 1902, son p\u00e8re \u00e9tant menuisier et n\u00e9gociant en bois. Il a de 12 \u00e0 16 ans pendant le conflit, qu\u2019il vit sous le r\u00e9gime de l\u2019occupation allemande. Dans les ann\u00e9es vingt, il invente localement la publicit\u00e9 au cin\u00e9ma, en vendant des espaces peints \u00e0 des commer\u00e7ants locaux\u00a0: ces r\u00e9clames sont d\u00e9roul\u00e9es sur un grand rideau qui s\u2019abaisse dans la salle pendant les entractes. Il fait ensuite carri\u00e8re dans le film publicitaire au cin\u00e9ma \u00e0 travers la soci\u00e9t\u00e9<em> Jean Mineur Publicit\u00e9<\/em>, dont le logo au petit mineur est rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jean Mineur a publi\u00e9 ses souvenirs dans \u00ab&nbsp;<em>Balzac 00.01<\/em>&nbsp;\u00bb en 1981 (Plon, 275 pages). La partie de l\u2019ouvrage qui concerne la Grande Guerre va des pages 30 \u00e0 58. L\u2019\u00e9vocation de son v\u00e9cu de l\u2019occupation est r\u00e9dig\u00e9e avec plus de soixante ans de distance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La vie dans Valenciennes occup\u00e9e est assez sommairement d\u00e9crite par Jean Mineur, mais on peut tirer du r\u00e9cit quelques \u00e9l\u00e9ments int\u00e9ressants. Lors de l\u2019arriv\u00e9e des Allemands, ses parents n\u2019ont pas fui car sa m\u00e8re est gravement malade, et ils sont terroris\u00e9s \u00ab&nbsp;<em>les r\u00e9fugi\u00e9s racontaient des histoires \u00e0 faire dresser les cheveux sur la t\u00eate<\/em>&nbsp;\u00bb. C\u2019est dissimul\u00e9s dans une sombre remise qu\u2019ils entendent le pas bruyant sur le pav\u00e9 de ce qu\u2019il imagine \u00eatre des \u00ab&nbsp;<em>uhlans g\u00e9ants et moustachus&nbsp;<\/em>\u00bb. Apr\u00e8s plusieurs jours de dissimulation, ils finissent par sortir, mais le p\u00e8re reste cach\u00e9 \u00e0 cause des rafles de civils. L\u2019activit\u00e9 paternelle est arr\u00eat\u00e9e, et la famille vit pendant plusieurs mois de la vente ambulante de copeaux et de sciure que l\u2019auteur (13 ans) met en place avec succ\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement du stock.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur se d\u00e9crit \u00e0 la fois comme un adolescent affam\u00e9, qui a d\u00e9j\u00e0 la responsabilit\u00e9 de sa m\u00e8re malade, ainsi que celle de son p\u00e8re, assez d\u00e9pass\u00e9 semble-t-il, et en m\u00eame temps comme un enfant dont le terrain d\u2019aventure est la ville d\u00e9serte la nuit&nbsp;: malgr\u00e9 le couvre-feu s\u00e9v\u00e8re, c\u2019est un espace dangereux mais tentant. Les remises et ateliers de la maison finissent par abriter des troupes allemandes, et il en devient familier, disant (il a \u00e9tudi\u00e9 un an l\u2019allemand scolaire\u2026) au bout d\u2019un temps finir par les comprendre. \u00c0 la fin de 1915, il est adopt\u00e9 par ces hommes au repos, et constate que ce sont de \u00ab&nbsp;<em>braves types<\/em>&nbsp;\u00bb. Cette fr\u00e9quentation lui attire des ennuis car ses rapides progr\u00e8s en allemand lui font raconter \u00e0 l\u2019\u00e9cole ou dans son quartier les derniers bruits obtenus des soldats. D\u00e9nonc\u00e9 et menac\u00e9 par l\u2019autorit\u00e9 d\u2019occupation (accusation de diffusion de fausses nouvelles), il doit \u00e9viter un temps ces soldats et c\u2019est suite \u00e0 cet incident qu\u2019il dit devoir comme suspect porter le brassart rouge \u00e0 14 ans (1916).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Son drame personnel r\u00e9side dans le d\u00e9c\u00e8s de sa m\u00e8re en d\u00e9cembre 1917, son p\u00e8re le d\u00e9laissant rapidement&nbsp;(p. 46)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je suis rest\u00e9 seul, trop souvent. Les Allemands dans la cour s\u2019\u00e9murent de me voir si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Petit \u00e0 petit, ils me prirent sous leur aile. L\u2019un me racontait des histoires, l\u2019autre m\u2019apportait une assiette de nourriture aux heures des repas. Mais je n\u2019avais le c\u0153ur \u00e0 rien.&nbsp;<\/em>\u00bb Son p\u00e8re se remarie \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1918 et sans surprise les relations de Jean Mineur avec sa belle-m\u00e8re sont mauvaises.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En septembre 1918, l\u2019auteur est \u00e9vacu\u00e9 avec les habitants de Valenciennes, ils \u00e9chouent \u00e0 Mons, o\u00f9 lui manque de tr\u00e9passer de la Grippe espagnole. \u00c9vacu\u00e9 dans un train sanitaire \u00e0 Bruxelles, il s\u2019y trouve le 11 novembre, mais se brouille avec son p\u00e8re, qui est install\u00e9 \u00e0 Ixelles. Il fuit alors la Belgique et rentre \u00e0 Valenciennes sans autorisation de circulation, retrouvant la maison et les ateliers relativement \u00e9pargn\u00e9s mais occup\u00e9s par des soldats anglais et canadiens&nbsp;: des cris, des rires (p. 54)&nbsp; et \u00ab&nbsp;<em>un grand diable tape sur le piano de ma m\u00e8re en chantant \u00e0 tue-t\u00eate.&nbsp;<\/em>\u00bb Les soldats finissent par comprendre sa d\u00e9tresse, le nourrissent et l\u2019adoptent, et lui est heureux de retrouver \u00ab&nbsp;<em>un peu de tendresse dans cet univers chaotique<\/em>.&nbsp;\u00bb En 1919, il passe son permis automobile d\u00e8s ses 17 ans, est d\u2019abord chauffeur livreur, avant d\u2019entrer au journal <em>Le Progr\u00e8s du Nord<\/em> o\u00f9 il se formera le domaine des annonces particuli\u00e8res et publicitaires.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">M\u00eame si Jean Mineur, professionnel de la publicit\u00e9, est assez beau-parleur, et enjolive peut-\u00eatre un peu son lointain pass\u00e9, nous avons ici un petit t\u00e9moignage qui m\u00eale souffrance de guerre et souffrance intime, avec l\u2019exp\u00e9rience rare d\u2019un adolescent adopt\u00e9 \u00e0 son propre domicile, d\u2019abord par la troupe allemande, puis par la troupe anglaise.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, septembre 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Balzac 00.01 1. 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