{"id":4635,"date":"2024-12-09T19:56:05","date_gmt":"2024-12-09T18:56:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4635"},"modified":"2024-12-09T19:56:06","modified_gmt":"2024-12-09T18:56:06","slug":"hadengue-pierre-1893-1975","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/12\/09\/hadengue-pierre-1893-1975\/","title":{"rendered":"Hadengue, Pierre 1893 &#8211; 1975"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Des gros fr\u00e8res \u00e0 la libellule<\/em> <em>Journal de marche<\/em> 1914 \u2013 1919<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Olivier Demoinet<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">1. Le t\u00e9moin<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pierre Hadengue est originaire d\u2019Etalon (Somme), son p\u00e8re y est \u00e9leveur de chevaux, et son grand-p\u00e8re maternel, \u00c9mile Pluchet, homme de pouvoir, est pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 des agriculteurs de France (1912 \u2013 1918) et r\u00e9gent de la Banque de France. Le regrett\u00e9 Andr\u00e9 Bach parle de \u00ab&nbsp;<em>bourgeoisie terrienne provinciale<\/em>&nbsp;\u00bb dans sa pr\u00e9face. Sous-lieutenant de r\u00e9serve en avril 1914, il combat avec le 4<sup>e<\/sup> Cuirassier (Cambrai) jusqu\u2019en septembre 1915, date \u00e0 laquelle il int\u00e8gre l\u2019\u00e9cole d\u2019aviation de Chartres. Il vole comme pilote d\u2019avion d\u2019observation (MF 22 et So 13), et en 1918 commande l\u2019escadrille 270. Capitaine en ao\u00fbt 1918, il se marie en 1919 puis reprend la ferme familiale, participant \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019enseignement agricole en Picardie. Il d\u00e9c\u00e8de en 1975.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Olivier Demoinet, petit-fils de l\u2019auteur, a publi\u00e9 en 2016 \u00e0 compte d\u2019auteur \u00ab&nbsp;<em>Des gros fr\u00e8res \u00e0 la libellule&nbsp;<\/em>\u00bb, <em>Journal de marche de Pierre Hadengue 1914 \u2013 1919<\/em> (358 pages, grand format). Il pr\u00e9cise en introduction que c\u2019est en partie gr\u00e2ce \u00e0 son insistance que son grand-p\u00e8re a, vers 1970, retranscrit ses carnets de guerre dans un texte \u00e9labor\u00e9. Disposant d\u2019archives familiales, lui-m\u00eame a repris ce r\u00e9cit en l\u2019accompagnant d\u2019explications et de nombreuses illustrations&nbsp;: carnets de route, carnets de vol, documents militaires et familiaux, cartes et nombreuses photographies\u2026. Le gros dossier final contient la reproduction de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du carnet de vol, le livre d\u2019or de l\u2019escadrille 270, des extraits du \u00ab&nbsp;<em>Livre de Chartres<\/em>&nbsp;\u00bb du dessinateur Georges Villa, etc\u2026. Le terme \u00ab&nbsp;<em>gros fr\u00e8res<\/em>&nbsp;\u00bb d\u00e9signe la fa\u00e7on dont les cuirassiers se surnommaient entre eux, et la \u00ab&nbsp;<em>libellule<\/em>&nbsp;\u00bb est l\u2019insigne peint sur les avions de l\u2019escadrille 270 en 1918.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">3. Analyse<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Cavalerie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le document est d\u2019abord pr\u00e9cieux pour le r\u00e9cit de la chevauch\u00e9e d\u2019ao\u00fbt \u00e0 septembre 1914. La mystique de la charge est bien pr\u00e9sente (\u00ab&nbsp;<em>on se surprend \u00e0 caresser amoureusement la poign\u00e9e de son sabre<\/em>&nbsp;\u00bb), mais P. Hadengue note que la Belgique pr\u00e9sente de mauvaises conditions pour le d\u00e9ploiement (p. 47)<em> \u00ab&nbsp;terrain bois\u00e9 avec clairi\u00e8res, avec toujours in\u00e9vitables fil de fer.&nbsp;<\/em>\u00bb De plus la cavalerie allemande refuse syst\u00e9matiquement le combat \u00e0 cheval, et le commandement interdit rapidement aux cavaliers de pousser trop longtemps les poursuites. Au plan tactique, les cuirassiers montent des \u00ab&nbsp;P.A.C.&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;pi\u00e8ges \u00e0 cons&nbsp;\u00bb), destin\u00e9s \u00e0 entra\u00eener les uhlans dans de savantes embuscades (p. 53), mais les cavaliers allemands, qui \u00e9chafaudent de leur c\u00f4t\u00e9 de semblables constructions, ne se laissent jamais prendre. D\u00e8s le 12 ao\u00fbt, il doit forcer l\u2019ob\u00e9issance d\u2019un de ses hommes, qui ne veut pas prendre une faction expos\u00e9e de nuit&nbsp;(p. 46):&nbsp;[l\u2019homme c\u00e8de finalement] <em>\u00ab&nbsp;Ouf\u2026 tuer un Boche, volontiers, mais \u00eatre oblig\u00e9 de tuer un de ses hommes \u00e7\u2019aurait \u00e9t\u00e9 terriblement dur, et pourtant c\u2019\u00e9tait le devoir. <\/em>[\u00e0 l\u2019\u00e9criture 1970] <em>(je viens de revivre l\u00e0 le moment de la guerre le plus p\u00e9nible pour moi peut-\u00eatre).<\/em>&nbsp;\u00bb Les cuirassiers font retraite jusqu\u2019\u00e0 le Marne en septembre et peuvent alors se r\u00e9organiser (remonte).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur, lui-m\u00eame \u00e9leveur, t\u00e9moigne de ce que gr\u00e2ce \u00e0 sa vigilance, son escadron a mi-septembre \u00ab&nbsp;encore&nbsp;\u00bb 80 chevaux sur les 146 du d\u00e9part de Cambrai. Les montures restantes ont beaucoup souffert (Meaux, p. 74)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les plaies<\/em> [sous les tapis de selle] <em>sont \u00e9normes, infect\u00e9es, et sentent mauvais&nbsp;: dans beaucoup, les asticots grouillent. Sp\u00e9cialement le soir, quand on prend le trot, cela r\u00e9pand sur la colonne une odeur cadav\u00e9rique.<\/em>&nbsp;\u00bb Il dit aussi que pour la remonte, les chevaux de r\u00e9quisition, omnipr\u00e9sents dans les r\u00e9cits d\u2019ao\u00fbt 1914 \u00e0 la ferme, sont rapidement abandonn\u00e9s, car peu endurants \u00ab<em>ils ne peuvent fournir le tr\u00e8s gros effort que nous demandons maintenant \u00e0 nos chevaux.\u00bb<\/em>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>\u00ab&nbsp;En l\u2019air&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Fin septembre et en octobre les cuirassiers sont utilis\u00e9s dans la Somme, le Pas-de-Calais puis en Belgique, pour \u00e9tablir le contact sur un front discontinu et mouvant, ils combattent \u00e0 pied \u00e0 la carabine, puis se red\u00e9ploient vers l\u2019avant lorsque l\u2019infanterie les relaie&nbsp;: ils sont \u00ab&nbsp;en l\u2019air&nbsp;\u00bb avec ordre de boucher les trous, (p. 100) \u00ab&nbsp; <em>Nous allons ainsi (\u2026) contenir l\u2019ennemi, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019infanterie et continuer notre marche vers l\u2019aile d\u00e9bordante.<\/em>&nbsp;\u00bb Sa progression l\u2019am\u00e8ne pr\u00e8s de la ferme familiale \u00e0 \u00c9talon, il y arrive avec son peloton le 23 septembre (p. 95). L\u2019ennemi est tr\u00e8s proche, ses hommes se reposent un temps dans le hameau, et il d\u00e9jeune avec ses parents qui n\u2019ont pas voulu fuir (p. 95) <em>\u00ab&nbsp;Devant nous \u00e7a ferraille. Quelques balles d\u00e9gringolent dans la rue o\u00f9 maman vient de passer.<\/em>&nbsp;\u00bb Quand l\u2019ordre de rejoindre arrive, la sc\u00e8ne de d\u00e9part \u00e9voque, pour le cin\u00e9phile, l\u2019univers de John Ford (cycle de la cavalerie, 1948 \u2013 1950)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il y a un moment p\u00e9nible, mais il faut se raidir. Il ne faut pas que les hommes voient que je suis \u00e9mu. J\u2019embrasse Papa et Maman.<\/em> \u00ab&nbsp;\u00c0 cheval, par deux, direction sur moi&nbsp;\u00bb <em>Poign\u00e9e de mains au d\u00e9part, \u00e7a fait toc-toc&nbsp;! Quand nous reverrons-nous&nbsp;?<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00c0 partir d\u2019octobre, de \u00ab&nbsp;d\u00e9sagr\u00e9ables nouvelles&nbsp;\u00bb arrivent \u00e0 l\u2019escadron de mani\u00e8re de plus en plus pressante&nbsp;: on demande des cadres pour former des escadrons \u00e0 pied. Il r\u00e9ussit \u00e0 \u00e9viter toutes ces mutations forc\u00e9es <em>(\u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas rigolo d\u2019abandonner les \u00e9perons&nbsp;<\/em>\u00bb), faisant des p\u00e9riodes de combat dans la tranch\u00e9e, mais continuant aussi l\u2019entra\u00eenement \u00e0 cheval (pr\u00e9paration de la destruction des arri\u00e8res allemands, si la perc\u00e9e de mai 1915 avait r\u00e9ussi en Artois). Son chef qui l\u2019appr\u00e9cie bloque sa demande de passage dans l\u2019aviation, mais gr\u00e2ce aux relations de son grand-p\u00e8re, il finit par arriver \u00e0 Chartres le 30 septembre 1915.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>L\u2019aviation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur d\u00e9crit de mani\u00e8re pr\u00e9cise sa formation initiale de pilote d\u2019octobre \u00e0 d\u00e9cembre 1915, avec de nombreuses photographies. On retrouve en annexe un fac-simil\u00e9 d\u2019une partie du \u00ab&nbsp;<em>Livret de l\u2019\u00e9cole d\u2019aviation de Chartres<\/em>&nbsp;\u00bb, album fantaisie de dessins, po\u00e8mes et chansons illustr\u00e9 par le dessinateur Georges Villa, \u00e9l\u00e8ve-pilote au m\u00eame moment, et P. Hadengue y a sa caricature. L\u2019auteur, pass\u00e9 par Ermenonville au d\u00e9but 1916, est affect\u00e9 \u00e0 la MF 22, dans le Pas-de-Calais, dans la Somme puis \u00e0 Verdun. Les missions de r\u00e9glage y sont nombreuses et dangereuses (49 missions au-dessus des lignes \u00e0 Verdun de mai \u00e0 juin 1916). Son unit\u00e9 est ensuite utilis\u00e9e \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 dans la 2<sup>e<\/sup> partie de la bataille de la Somme, il vole beaucoup et en novembre 1916 (p. 178) fait fonction de commandant d\u2019escadrille.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Etalon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On a vu que P. Hadengue est pass\u00e9 par chez lui avec ses hommes pendant le combat de 1914. Cette m\u00eame mobilit\u00e9 lui fait survoler, en 1916, la ferme-manoir natale \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des lignes allemandes. Ses parents ont \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9s \u00e0 y rester (lettre en fran\u00e7ais, du Gal Von Aven, se terminant par \u00ab&nbsp;<em>mes compliments \u00e0 Madame<\/em>&nbsp;\u00bb, p. 118). Il est tr\u00e8s \u00e9mu en survolant les siens&nbsp;: c\u2019est une mention fr\u00e9quente, par exemple dans les r\u00e9cits de pilotes belges de la R.A.F. en 1941 ou 1942, mais beaucoup plus rare pour ce conflit. Lors du retrait volontaire des Allemands en mars 1917, c\u2019est encore sa mobilit\u00e9 (avion + automobile + grade d\u2019officier) qui lui permet, de sa propre initiative, d\u2019aller errer, au milieu d\u2019Anglais surpris, dans les ruines d\u2019Etalon (22 mars 1917 p. 188). Il retrouve tr\u00e8s vite ses parents qui ont \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s \u00e0 Nesle par le retrait allemand (p. 191) \u00ab&nbsp;<em>Que d\u2019\u00e9motions dans cette journ\u00e9e&nbsp;! Le matin, messe et communion tous les trois ensemble.<\/em>&nbsp;\u00bb Lorsqu\u2019on prend connaissance, dans le recueil, de documents issus des cabinets du roi d\u2019Espagne ou du Pape, obtenus par l\u2019entregent du grand-p\u00e8re Pluchet (donner des nouvelles ou appuyer une demande de rapatriement), il est clair que nous ne sommes pas ici dans la famille du PCDF \u00ab&nbsp;de base&nbsp;\u00bb&nbsp;; toutefois ces facilit\u00e9s, interdites \u00e0 l\u2019immense majorit\u00e9 des combattants, n\u2019emp\u00eachent pas \u00c9talon d\u2019\u00eatre compl\u00e8tement d\u00e9truit, ou l\u2019auteur de mener une guerre expos\u00e9e et pleine de risques&nbsp;: on a ici un itin\u00e9raire tr\u00e8s particulier, qui est une des fa\u00e7ons marginales, cavalerie mont\u00e9e ou aviation, de faire la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Religion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Atypique semble aussi le degr\u00e9 de religiosit\u00e9 de P. Hadengue, au point qu\u2019en introduction, O. Demoinet s\u2019en excuse presque&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>on peut \u00eatre choqu\u00e9 (ou sceptique) devant l\u2019importance qu\u2019il apporte \u00e0 la religion<\/em> (\u2026)\u00bb. Par exemple, dans une lettre du tout d\u00e9but de la guerre, sa m\u00e8re lui pr\u00e9cise qu\u2019apr\u00e8s la pri\u00e8re habituelle du soir (p. 41), il y aura \u00ab s<em>p\u00e9cialement pour toi un Pater, un Ave et des invocations \u00e0 St Pierre, St Jean Chrysostome, St Georges <\/em>[le patron de la cavalerie]<em> et St Michel.<\/em>&nbsp;\u00bb et son p\u00e8re ajoute \u00ab&nbsp;<em>Si tu quittes la terre, ce sera pour le Paradis&nbsp;! Tu ne seras pas \u00e0 plaindre, mon cher Pierre (\u2026)<\/em>\u00bb puis \u00ab&nbsp;<em>frappe comme l\u2019Archange Gabriel<\/em>, etc\u2026&nbsp;\u00bb. P. Hadengue mentionne fr\u00e9quemment ses confessions, ou des entretiens avec des pr\u00eatres&nbsp;; sa pratique ne traduit pas un regain li\u00e9 \u00e0 la guerre, elle lui pr\u00e9-existe, et se retrouve assez souvent dans une petite noblesse, encore bien pr\u00e9sente dans la cavalerie&nbsp;; cette religiosit\u00e9 est ensuite fort \u00ab&nbsp;dilu\u00e9e&nbsp;\u00bb dans l\u2019aviation, au recrutement plus m\u00eal\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Les femmes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur aborde volontiers ce passage \u00ab&nbsp;oblig\u00e9&nbsp;\u00bb des m\u00e9moires de pilote, et on reste perplexe devant la contradiction entre son \u00e9thique religieuse rigoureuse (\u00ab&nbsp;<em>pour son arriv\u00e9e dans cette arme nouvelle<\/em>&nbsp;\u00bb, il va par exemple se confesser) et sa relative complaisance pour ce th\u00e8me. Lors de la disparition d\u2019un \u00e9quipage, il mentionne le classique contr\u00f4le syst\u00e9matique du courrier des disparus, pour \u00e9viter de restituer aux familles des correspondances f\u00e2cheuses. Si \u00ab&nbsp;<em>une noce crapuleuse avec des femmes plus que douteuses<\/em>&nbsp;\u00bb est rep\u00e9r\u00e9e dans des lettres d\u2019un disparu (p. 180), ce n\u2019est pas surprenant puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un individu m\u00e9prisable qui a d\u00e9sert\u00e9 en se posant volontairement chez l\u2019ennemi. La contradiction \u00e9voqu\u00e9e plus haut semble ici d\u00e9pass\u00e9e par une lourde insistance de l\u2019auteur sur le niveau social sup\u00e9rieur des bonnes fortunes f\u00e9minines; ici, pas d\u2019amours ancillaires, mais plut\u00f4t une nouba \u00ab&nbsp;de classe&nbsp;\u00bb, pour utiliser une terminologie marxiste (Saint-Dizier, juillet 1916, p. 167)&nbsp;: \u00ab<em>Perquin et moi, nous hasardons \u00e0 aborder deux tr\u00e8s jolies femmes, \u00e9videmment d\u2019une bonne bourgeoisie, et \u00e0 les inviter \u00e0 d\u00eener avec nous \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Impossible me dit l\u2019une d\u2019elles, nous sommes trop connues ici o\u00f9 mon mari est un gros industriel <\/em>(\u2026)\u00bb. De m\u00eame \u00e0 Nancy en janvier 1918, une ville gaie et dissolue&nbsp;(p. 201): \u00ab&nbsp;<em>Il ne s\u2019agissait pas de \u00ab&nbsp;professionnelles&nbsp;\u00bb, mais de personnes aussi d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es qu\u2019aimables&nbsp;: femmes d\u2019affaires, de fonctionnaires, de gros commer\u00e7ants, d\u2019employ\u00e9s.<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce th\u00e8me dispara\u00eet en fin de volume, l\u2019auteur se fian\u00e7ant peu avant l\u2019Armistice.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Politique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Un indice, au tout d\u00e9but du conflit, indique un conservatisme sans nuances&nbsp;: le d\u00e9put\u00e9 de Cambrai qu\u2019il croise, coupable de pacifisme, est pour lui un \u00ab&nbsp;<em>inf\u00e2me radical-socialiste<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 28). Les documents de fin de volume montrent qu\u2019il a d\u00fb attendre 1938 pour avoir la L\u00e9gion d\u2019honneur&nbsp;; ce retard est probablement plus d\u00fb, dans la seconde partie des hostilit\u00e9s, \u00e0 un caract\u00e8re entier et peu diplomate, qu\u2019\u00e0 un engagement ult\u00e9rieur au Comit\u00e9 Central de D\u00e9fense Paysanne (tendance dorg\u00e9riste, document de 1938), de toute fa\u00e7on bien plus tardif.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>L\u2019escadrille 270<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><a><\/a> En janvier 1918, la So 13 se d\u00e9double, et P. Hadengue prend le commandement de l\u2019escadrille 270, petite unit\u00e9 d\u2019observation \u00e9quip\u00e9e de Sopwith puis de Salmson (\u00e9t\u00e9 1918). Son escadrille fait beaucoup de liaisons d\u2019infanterie, et ses statistiques de 1918 t\u00e9moignent de son engagement: \u00ab&nbsp;<em>13 combats, 4 ennemis abattus, 8 des n\u00f4tres descendus sur un effectif de dix avions.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Olivier Demoinet, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 2021, a donc r\u00e9alis\u00e9 un travail remarquable avec ce riche corpus, fruit d\u2019un ambitieux travail de mise en forme, d\u2019explication et de publication d\u2019archives, et ce t\u00e9moignage est peut-\u00eatre plus novateur encore pour la cavalerie que pour l\u2019aviation.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, d\u00e9cembre 2024<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des gros fr\u00e8res \u00e0 la libellule Journal de marche 1914 \u2013 1919 Olivier Demoinet 1. Le t\u00e9moin Pierre Hadengue est originaire d\u2019Etalon (Somme), son p\u00e8re y est \u00e9leveur de chevaux, et son grand-p\u00e8re maternel, \u00c9mile Pluchet, homme de pouvoir, est pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 des agriculteurs de France (1912 \u2013 1918) et r\u00e9gent de la &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2024\/12\/09\/hadengue-pierre-1893-1975\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Hadengue, Pierre 1893 &#8211; 1975<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,1324,133,3,1326,1325],"tags":[1205,1128,1327],"class_list":["post-4635","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-202","category-4e-cuirassier","category-aviateur","category-carnet","category-escadrille-270","category-mf-22","tag-escadrille","tag-officier","tag-pilote"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4635","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4635"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4635\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4637,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4635\/revisions\/4637"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4635"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4635"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4635"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}