{"id":4651,"date":"2025-02-12T17:27:31","date_gmt":"2025-02-12T16:27:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4651"},"modified":"2025-02-27T20:41:21","modified_gmt":"2025-02-27T19:41:21","slug":"well-jean-1896-1917-well-charles-1891-et-mantz-michel-1893-1918","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/02\/12\/well-jean-1896-1917-well-charles-1891-et-mantz-michel-1893-1918\/","title":{"rendered":"Well Jean (1896 \u2013 1917), Well Charles (1891) et Mantz Michel (1893 \u2013 1918\u00a0?)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>\u00c9crits de la Grande Guerre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">1. Les t\u00e9moins<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jean Well (1896-1917) et son fr\u00e8re Charles (1891) ont grandi dans une famille d\u2019artisans \u00e9b\u00e9nistes de Paris. <em>Jean<\/em>, classe 1916, est incorpor\u00e9 au camp de Mailly en 1915 au 156<sup>e<\/sup> RI. Pass\u00e9 au 35<sup>e<\/sup> RI en 1916, il est tu\u00e9 lors de l\u2019offensive du 16 avril 1917. Charles a rejoint l\u2019artillerie en 1912, il sera d\u00e9mobilis\u00e9 en 1919 avec le grade de mar\u00e9chal des logis. <em>Michel Mantz<\/em>, beau-fr\u00e8re des deux pr\u00e9c\u00e9dents, est infirmier en Serbie en 1915.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">2. Les t\u00e9moignages<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les \u00e9ditions Le Lavoir Saint-Martin ont publi\u00e9 en 2014 <em>\u00ab&nbsp;Jean, Charles et Michel, \u00e9crits de la Grande Guerre<\/em>&nbsp;\u00bb (155 pages). Ce recueil de lettres et d\u2019un extrait de journal est pr\u00e9fac\u00e9 par Manon Pignot, et la mise en forme et l\u2019introduction ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es par Fr\u00e9d\u00e9ric Vassord, petit-neveu des fr\u00e8res Well.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">3. Analyse<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce petit volume pr\u00e9sente un ensemble assez h\u00e9t\u00e9roclite, avec quelques lettres et cartes postales, un fragment du journal de marche de 1915, et des documents officiels, ainsi que des lettres de camarades \u00e0 l\u2019occasion de la mort de Jean. Fr\u00e9d\u00e9ric Vassord a eu la volont\u00e9, par fid\u00e9lit\u00e9 m\u00e9morielle, de rassembler ces \u00e9l\u00e9ments \u00e9pars.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Logique du corpus.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les documents sont centralis\u00e9s autour la grand-m\u00e8re de F. Vassord, Marie Well, dite Gaby&nbsp;; elle est mari\u00e9e en 1917 \u00e0 Prosper Mantz, qui travaille dans une usine d\u2019aviation \u00e0 Paris, et c\u2019est \u00e0 lui que sont adress\u00e9es les lettres de Jean et Charles, fr\u00e8res de Gaby et amis de Prosper. La grand-m\u00e8re a racont\u00e9 la guerre et le deuil \u00e0 son petit-fils \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50, quand celui-ci avait une dizaine d\u2019ann\u00e9e. Il a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 enfant par le grand portrait de Jean, en pied et en uniforme, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du lit, dans la chambre de la grand-m\u00e8re. Cette famille est fran\u00e7aise d\u2019origine &nbsp;&nbsp;luxembourgeoise,&nbsp;et Prosper Mantz et son fr\u00e8re Michel ont encore la nationalit\u00e9 luxembourgeoise, ce qui leur avait semble-t-il permis d\u2019\u00e9viter l\u2019infanterie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Jean Well (20 lettres)<\/strong> p. 27 \u00e0 p. 95<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">C\u2019est lui qui est le plus pr\u00e9sent dans cette \u00e9vocation&nbsp;; il s\u2019adresse \u00e0 son ami Prosper, fianc\u00e9 de sa s\u0153ur, et les quelques lettres permettent de formuler quatre remarques&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; C\u2019est d\u2019abord un jeune (classe 16) tr\u00e8s peu enthousiaste pour l\u2019uniforme, il dit souffrir de son \u00e9tat de soldat (13 juin 1915, p. 30)&nbsp;: <em>\u00abJ\u2019en ai assez, ne le dit pas chez nous, mais fais le comprendre \u00e0 ma ch\u00e8re soeurette, elle elle comprendra, elle verra que r\u00e9ellement si j\u2019\u00e9cris \u00ab&nbsp;<\/em>chez nous \u00e7a va&nbsp;<em>\u00bb c\u2019est que je ne puis faire autrement. (\u2026) mais au feu je n\u2019y serai pas longtemps&nbsp;; j\u2019aurai vite fait de me faire \u00e9vacuer, plut\u00f4t une balle dans le bras que de crever pour eux&nbsp; (\u2026) chez nous jamais un mot je compte sur toi Jean<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Ps&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Rencar \u00e0 ba ta clan &nbsp;Jeudi je d\u00e9serte Si c\u2019\u00e9tait vrai<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Avec cette lettre je ne signe pas, car des fois\u2026&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; + rien au p\u00e8re<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Et une suggestion ajout\u00e9e&nbsp;: NDLR<em> \u00ab&nbsp;calligraphie incontr\u00f4l\u00e9e et inhabituelle, ne peut-on faire l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un \u00e9tat d\u2019\u00e9bri\u00e9t\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; Il envoie de nombreux messages d\u2019affection \u00e0 sa s\u0153ur, il \u00e9tait tr\u00e8s tendre avec elle, et celle-ci t\u00e9moignera n\u2019avoir jamais pu se faire \u00e0 cette disparition.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; c\u2019est une langue jeune et parisienne&nbsp;; souvent les restitutions de dialogue en argot vieillissent mal et ont un caract\u00e8re artificiel, mais ici la langue ouvri\u00e8re du XXe arrondissement est fluide (p.39)&nbsp;: \u00ab&nbsp;[permission] <em>J\u2019irai pour quatre jours, et alors comme je veux arriver en lousd\u00e9, n\u2019en cause pas. Tu peux le dire \u00e0 Gaby en lui recommandant de ne pas l\u2019ouvrir&nbsp;: tu lui diras que j\u2019ai re\u00e7u le colis avec les chlapps&nbsp;; enfin arrange toi pour ne pas qu\u2019elle jaspine.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; enfin on trouve pour le d\u00e9c\u00e8s un ensemble classique de plusieurs lettres&nbsp;: un camarade explique qu\u2019il faut garder espoir (\u00ab&nbsp;<em>bless\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement<\/em>&nbsp;\u00bb), un autre narre une mort paisible (\u00ab<em>&nbsp;il s\u2019est endormi pour ne pas se r\u00e9veiller&nbsp;<\/em>\u00bb), ou encore explique comment retrouver la tombe, ce qui prendra un certain temps apr\u00e8s-guerre. En fait bless\u00e9 gri\u00e8vement le 16 avril par \u00e9clat au ventre, il meurt le 17 \u00e0 l\u2019ambulance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Charles Well (3 lettres)<\/strong> p. 97 \u00e0 108<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On peut mentionner, dans un de ses 3 courriers, que Charles, artilleur en s\u2019adressant \u00e0 ses parents, \u00e9voque son jeune fr\u00e8re (d\u00e9cembre 1914, p. 102)&nbsp;: \u00ab<em>mon lieutenant m\u2019a dit que sans doute la classe 16, celle \u00e0 Jean, serait appeler dans quelques mois pour faire ses classes, mais, \u00e9coute bien maman, jamais cette classe n\u2019irait \u00e0 la guerre. Tu vois le m\u00f4me Jean avait l\u2019air de me dire que \u00e7\u00e0 lui plairait assez cette vie l\u00e0 s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 l\u00e0 tu parles d\u2019une engueulade que je lui aurais servi&nbsp;; c\u2019est vrai lui et les autres ne peuvent pas savoir&nbsp;; <\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Michel Mantz (journal de marche), <\/strong>du 23 sept. au 11 nov. 1915, p. 116 \u00e0 140<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On sait par une carte que Michel, le fr\u00e8re de Prosper, est infirmier en poste \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Zaj\u00e9tchar (Serbie) en mai 1915. L\u2019essentiel du journal d\u00e9crit \u00e0 l\u2019automne 1915 le retrait et la fuite devant la pouss\u00e9e autro-allemande, c\u2019est-\u00e0-dire ici le retrait progressif du personnel et du mat\u00e9riel hospitalier vers le sud du pays et le Mont\u00e9negro vers l\u2019Albanie. Si le son du canon est omnipr\u00e9sent, le r\u00e9cit \u00e9voque d\u2019abord un mouvement en assez bon ordre (mais les civils serbes souffrent bien davantage), la situation se d\u00e9gradant dans la deuxi\u00e8me partie de la retraite (marches difficiles, faim) avec la pression bulgare qui pr\u00e9cipite les menaces.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On peut \u00e9voquer le roi de Serbie (23 octobre, p. 128)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>j\u2019ai vu le roi en automobile<\/em>&nbsp;\u00bb, mais il ne s\u2019agit pas encore de la voiture du c\u00e9l\u00e8bre clich\u00e9 de <em>l\u2019Illustration<\/em> du 9 novembre, avec Pierre 1<sup>er<\/sup> dans un char tir\u00e9 par 4 b\u0153ufs fam\u00e9liques (Wiki \u00ab&nbsp;Le roi Pierre la trag\u00e9die serbe&nbsp;\u00bb [non libre de droits]). La direction de l\u2019h\u00f4pital fait le projet d\u2019abandonner les infirmi\u00e8res fran\u00e7aises, prot\u00e9g\u00e9es par leur statut (p. 128, 23 octobre) \u00ab&nbsp;<em>Le directeur nous dit qu\u2019il nous faudra porter nos bagages sur le dos (\u2026). Il dit \u00e0 Jo, Marthe, Isabelle, L\u00e9ontine et Clotilde qu\u2019elle doivent rester et attendre les Allemands car il ne peut se charger d\u2019elles. Elles me remettent des lettres pour leurs parents.<\/em> (\u2026)&nbsp;\u00bb Mais celles-ci ne l\u2019ont pas entendu de cette oreille, car apr\u00e8s une journ\u00e9e de marche, \u00ab<em> je vois les 5 fran\u00e7aises que j\u2019ai quitt\u00e9 hier, elles m\u2019expliquent qu\u2019aussit\u00f4t apr\u00e8s notre d\u00e9part elles ont \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 le commandant de la place et ont obtenu une voiture \u00e0 b\u0153ufs&nbsp;; elles ont march\u00e9 toute la nuit.&nbsp;<\/em>\u00bb Certains repos d\u2019\u00e9tapes sont parfois un peu plus longs et permettent une \u00e9bauche de tourisme, bas\u00e9 sur des connaissances anthropologiques assez sommaires&nbsp;: (1<sup>er<\/sup> nov. 1915, p. 134) \u00ab<em>&nbsp;Le matin nous nous promenons dans la ville <\/em>[Vouchiterm]<em>, nous voyons un pope en haut d\u2019un minaret qui l\u00e8ve les bras au ciel et chante une pri\u00e8re, ensuite nous allons au hammam avec le pope, mais il nous faut nous d\u00e9chausser et aussit\u00f4t entrer le turc met sa t\u00eate par terre et fait sa pri\u00e8re car nous sommes des impies qui p\u00e9n\u00e9trons chez lui, nous nous sommes bien amus\u00e9s.&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp; Le journal prend fin le 11 novembre 1915 lorsqu\u2019ils passent la fronti\u00e8re. Quelques documents \u00e9voquent ensuite l\u2019hospitalisation de Michel Mantz dans l\u2019Indre, probablement d\u2019une maladie pulmonaire, dont il meurt en 1918 &nbsp;(pas de date certaine \u2013 r\u00e9cit de la grand-m\u00e8re).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Donc un recueil modeste, mais qui montre qu\u2019une fois r\u00e9unies, ces bribes disparates peuvent produire, si fugace soient-elles, un t\u00e9moignage tr\u00e8s ponctuel mais pas vain. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, f\u00e9vrier 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9crits de la Grande Guerre 1. Les t\u00e9moins Jean Well (1896-1917) et son fr\u00e8re Charles (1891) ont grandi dans une famille d\u2019artisans \u00e9b\u00e9nistes de Paris. Jean, classe 1916, est incorpor\u00e9 au camp de Mailly en 1915 au 156e RI. 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