{"id":4653,"date":"2025-02-12T17:31:17","date_gmt":"2025-02-12T16:31:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4653"},"modified":"2025-02-27T20:40:43","modified_gmt":"2025-02-27T19:40:43","slug":"dhalluin-marie-therese-1897-1972","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/02\/12\/dhalluin-marie-therese-1897-1972\/","title":{"rendered":"Dhalluin, Marie-Th\u00e9r\u00e8se (1897 &#8211; 1972)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Journal de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, 1914 \u2013 1918, une famille dans Lille occup\u00e9e<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Paule Huart-Boucher<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. La t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Marie-Th\u00e9r\u00e8se Dhalluin est au d\u00e9but de la guerre une jeune femme de 17 ans de la bourgeoisie lilloise&nbsp;; elle habite avec sa m\u00e8re Marguerite chez la grand-m\u00e8re Valentine, qui a eu 9 enfants et qui est veuve d\u2019Henri Deschamps, professeur de m\u00e9decine \u00e0 la Facult\u00e9 catholique, et fondateur de la prosp\u00e9rit\u00e9 familiale. Pendant la guerre, sous l\u2019autorit\u00e9 de \u00ab&nbsp;Bonne Maman&nbsp;\u00bb, Marie-Th\u00e9r\u00e8se aide sa m\u00e8re \u00e0 s\u2019occuper de trois neveux qui ont en 1914 respectivement 10, 6 et 5 ans. Marie-Th\u00e9r\u00e8se se marie apr\u00e8s la guerre avec le m\u00e9decin Maurice Boucher.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Paule Huart \u2013 Boucher (1931 \u2013 2023), fille de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, a mis en forme, comment\u00e9, illustr\u00e9 et fait \u00e9diter aux \u00e9ditions Pers\u00e9e le <em>Journal de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, 1914 \u2013 1918, une famille dans Lille occup\u00e9e <\/em>(2013, 336 pages). Les mentions sont d\u2019abord quasi-journali\u00e8res, puis espac\u00e9es tous les trois ou quatre jours. P. Huart-Boucher a intercal\u00e9 dans la retranscription des reproductions d\u2019affiches, et des lettres et documents issus des archives familiales. Le style est alerte, souvent indign\u00e9 et parfois fac\u00e9tieux.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le rythme des \u00e9crits est scand\u00e9 par les \u00ab&nbsp;grands&nbsp;\u00bb \u00e9v\u00e9nements &nbsp;soulign\u00e9s par les diaristes lillois (bombardement d\u2019octobre 1914, \u00ab&nbsp;<em>affaire des sacs<\/em>&nbsp;\u00bb en 1915, enl\u00e8vement des jeunes femmes \u00e0 P\u00e2ques 1916, etc\u2026), et par les nouvelles quotidiennes, bruits et canards, ainsi que des informations sur la grande famille dispers\u00e9e, on peut \u00e9voquer quelques th\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Bombardement de Lille&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong>La description est int\u00e9ressante car le domicile de Marie-Th\u00e9r\u00e8se est assez proche des zones en feu&nbsp;: on prend prudemment des nouvelles en remontant de la cave [avec autorisation de citation] (p. 47, 12 octobre 1914) \u00ab<em>&nbsp;Les coups de canon s\u2019espacent, nous osons ouvrir la porte de la rue et regarder&nbsp;: c\u2019est affreux, des hommes, des femmes \u00e9chevel\u00e9es, des enfants que l\u2019on porte et qui pleurent, tous fuient devant l\u2019incendie.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Logement d\u2019officiers allemands&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong>La diariste \u00e9voque des Allemands toujours plus nombreux en ville, l\u2019espoir de leur proche d\u00e9part toujours d\u00e9\u00e7u, et la d\u00e9fense efficace de leur bonne Anna contre les tentatives de r\u00e9quisition dans ces grandes maisons bourgeoises&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Vieille dame tr\u00e8s malade&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb (22 oct.) ou \u00ab&nbsp;<em>Dame kapout!<\/em>&nbsp;\u00bb (4 nov.)&nbsp;; en novembre 1914, elles finissent par obtenir, apr\u00e8s 9 visites, la mention Krankheit sur la porte. Elles r\u00e9ussissent \u00e0 \u00e9viter presque compl\u00e8tement cette corv\u00e9e, ce qui est tr\u00e8s atypique&nbsp;: (p. 197, sept. 1916) \u00ab&nbsp;<em>notre bonne \u00e9toile nous prot\u00e8ge toujours, nous les avons encore \u00e9vit\u00e9s cette fois-ci, mais les voisins qui n\u2019y coupent pas nous regardent d\u2019un mauvais \u0153il.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Le son du canon&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong>Au d\u00e9but de l\u2019occupation, les canards optimistes sont fr\u00e9quents, et Marie-Th\u00e9r\u00e8se croit \u00e0 une lib\u00e9ration en 1914, mais la r\u00e9alit\u00e9 lui appara\u00eet en novembre 1914 (p. 78) \u00ab&nbsp;<em>Mme Hauriez revenue de Bruxelles, nous apporte les nouvelles. Elle a eu en mains des communiqu\u00e9s fran\u00e7ais <u>r\u00e9els<\/u>. Nous sommes v\u00e9ritablement atterr\u00e9es d\u2019apprendre qu\u2019on se bat encore autour de Reims, de Verdun&nbsp;\u00bb.<\/em> Le quotidien est marqu\u00e9 par le bruit du canon, plus ou moins fort suivant l\u2019intensit\u00e9 du combat (lignes \u00e0 15 km au nord et \u00e0 l\u2019ouest) et le r\u00e9gime des vents. Sans nouvelles, les Lillois se figurent souvent, par la variation des bruits du front, que la lib\u00e9ration est proche. Il y a les intensit\u00e9s plus ou moins grandes (offensives), des tirs d\u2019artillerie lourde anglaise sur les communes au nord de Lille et sur la Citadelle (peu \u00e9loign\u00e9e de leur domicile), et aussi des tirs contre les avions anglais&nbsp;; le danger est r\u00e9el, car outre les \u00e9clats qui retombent sur la ville, un certain nombre de 77 mm n\u2019\u00e9clatent pas en altitude et retombent intacts au sol\u2026 Le 30 juin 1916, un obus retombe sur l\u2019\u00e9glise Saint-Sauveur \u00e0 l\u2019heure du culte (p. 190) \u00ab&nbsp;<em>On n\u2019a constat\u00e9 que 3 blessures graves, mais combien d\u2019enfants, de jeunes filles se prom\u00e8nent ce soir, p\u00e2les, le bras en \u00e9charpe ou la t\u00eate band\u00e9e. Malgr\u00e9 tout, il y a un miracle de pr\u00e9servation<\/em>.&nbsp;\u00bb En janvier 1918, un obus (ou une bombe) explose dans la cour derri\u00e8re la maison et en brise presque toutes les vitres, mais il n\u2019y a pas de bless\u00e9s, on \u00ab&nbsp;<em>remercie Dieu de sa protection visible.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Recevoir des nouvelles&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong>Tr\u00e8s inqui\u00e8te sur le sort de son fr\u00e8re Jean qu\u2019elle croit d\u2019abord prisonnier civil, l\u2019autrice se plaint r\u00e9guli\u00e8rement de ne pas avoir de nouvelles, mais d\u00e8s d\u00e9cembre 1914, on s\u2019aper\u00e7oit que la famille re\u00e7oit des <a>informations par des sources multiples&nbsp;:<\/a><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; relations clandestines avec la tante de Valenciennes, qui elle-m\u00eame r\u00e9ussit \u00e0 correspondre avec l\u2019oncle de Castres (on ignore comment),<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; des lettres arrivent \u00e0 une autre tante de Lille (12 janv. 1915) \u00ab&nbsp;<em>dans un paquet de Hollande adress\u00e9 \u00e0 la Kommandantur&nbsp;!&nbsp;<\/em>\u00bb &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; la grand-m\u00e8re utilise l\u2019adresse d\u2019un correspondant \u00e0 Rotterdam (\u00ab&nbsp;<em>\u00e9crire sous double enveloppe<\/em>&nbsp;\u00bb, indique-t-elle comme consigne).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; une lettre de Gaston Grandel, fr\u00e8re de la Grand-m\u00e8re \u00ab&nbsp;<em>nous parvient par un officier allemand, fil de Mr Fendrich, son correspondant \u00e0 Leipzig.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 98).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; des mentions signalent des passeurs r\u00e9guliers, qui se livrent \u00e0 la contrebande de marchandises (\u00ab&nbsp;fon\u00e7age&nbsp;\u00bb), et qui emportent aussi du courrier \u00e0 travers la fronti\u00e8re belge&nbsp;: (9 f\u00e9v. 1915, p. 101) \u00ab&nbsp;<em>Comme pour faire la nique aux tyrans, nous venons de recevoir d\u2019une mani\u00e8re secr\u00e8te et que nous ignorons, des nouvelles de la famille par l\u2019oncle Augustin et l\u2019oncle Maurice&nbsp;; ces petites lettres sont du 25 janvier, et nous pouvons donner une r\u00e9ponse&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; la maisonn\u00e9e a connaissance de la feuille clandestine de r\u00e9sistance \u00ab&nbsp;<em>La Patience<\/em>&nbsp;\u00bb (plusieurs titres successifs), ainsi p. 144&nbsp;(septembre 1915): \u00ab&nbsp;<em>Dans notre petit journal \u00ab&nbsp;La Patience&nbsp;\u00bb on nous rappelle ces trois mots&nbsp;:<\/em> \u00ab&nbsp;patience, courage, confiance&nbsp;\u00bb&nbsp;<em>et nous t\u00e2chons d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 ce mot d\u2019ordre.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; \u00e0 partir de 1916, le courrier a minima fonctionne par le biais de la Croix-Rouge: \u00ab<em>&nbsp;Nous avons enfin notre petit billet de Francfort. Il n\u2019est pas tr\u00e8s loquace, mais c\u2019est mieux que rien.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; \u00e0 la fin de 1917, les annonces du <em>Matin<\/em> sont tr\u00e8s courues, ce quotidien fait l\u2019objet d\u2019une diffusion clandestine, ses petites annonces v\u00e9hiculant des nouvelles familiales (18 octobre, p. 241)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Enfin des nouvelles&nbsp;! <\/em>[du 3 oct.] \u00ab&nbsp;<em>Gast. Fract. Maxill. Service Nuytz. Gu\u00e9ris 3 mois. M H inst. Paris. Av. enfants. Vass. Mant. Jean bord de mer. C\u00e9cile gar\u00e7. Georg.b tjrs Orient. Vs esp\u00e9rons.&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;\u00bb Les autorit\u00e9s fran\u00e7aises finissent par interdire ces annonces au <em>Matin<\/em> \u00e0 cause de l\u2019espionnage (ao\u00fbt 1918)&nbsp;: <em>Le \u00ab&nbsp;<\/em>Matin<em>&nbsp;\u00bb nous manque, voil\u00e0 3 mois que nous ne savons rien; il nous semble qu\u2019il y a un si\u00e8cle.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; on peut ajouter des jets r\u00e9guliers de journaux par avion, la communication fonctionnant ensuite par le bouche-\u00e0-oreille: (ao\u00fbt 1916, p. 196)&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Quelle solidarit\u00e9 chez les Lillois&nbsp;! Depuis ce matin, on est venu 11 fois pour nous donner des nouvelles trouv\u00e9es dans le \u00ab&nbsp;Cri des Flandres&nbsp;\u00bb qu\u2019un a\u00e9roplane a jet\u00e9 aujourd\u2019hui.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">M\u00eame si les arriv\u00e9es de lettres sont irr\u00e9guli\u00e8res, et parfois tr\u00e8s espac\u00e9es, ces mentions de nouvelles re\u00e7ues de la France non-occup\u00e9e confirment bien, comme chez une autre Marie-Th\u00e9r\u00e8se (Maquet), du m\u00eame quartier Vauban, que la position sociale et professionnelle d\u00e9termine un \u00ab&nbsp;r\u00e9seau&nbsp;\u00bb, des aptitudes et des moyens, pour trouver <em>quand-m\u00eame<\/em> \u00e0 communiquer&nbsp;; en revanche, la population ouvri\u00e8re, majoritaire en nombre, qu\u2019elle soit f\u00e9minine dans Lille occup\u00e9e, ou masculine dans la tranch\u00e9e avec les unit\u00e9s du 1<sup>er<\/sup> CA par exemple, ne dispose pas de ces canaux, et souffre durement de l\u2019absence parfois totale de nouvelles sur une grande dur\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Les \u00e9vacuations par la Suisse&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; <\/strong>Ces \u00e9vacuations organis\u00e9es pour se d\u00e9barrasser des bouches inutiles sont interpr\u00e9t\u00e9s en deux temps&nbsp;; d\u2019abord on plaint les victimes indigentes arrach\u00e9es \u00e0 leur quotidien, on parle d\u2019\u00e9vacuation \u00ab&nbsp;<em>terrible et inhumaine<\/em>&nbsp;\u00bb (avril 1915, p. 118). Ces certitudes chanc\u00e8lent en juin, une amie est partie (p. 127) <em>\u00ab&nbsp;Elle s\u2019est d\u00e9cid\u00e9e en une journ\u00e9e. Dieu sait ce qui lui arrivera&nbsp;! On raconte des aventures si effrayantes que c\u2019est \u00e0 donner la chair de poule \u00e0 ceux qui veulent partir.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; La perspective s\u2019inverse \u00e0 la fin de 1915, avec le choix de tante Marie-Henriette de partir, en d\u00e9cembre, avec ses trois enfants&nbsp;: \u00ab<em>Le compartiment \u00e9tait tr\u00e8s bien compos\u00e9&nbsp;: Mme de Valmaire, Jeanroy, M\u00e9nard.&nbsp;<\/em>\u00bb. La grand-m\u00e8re Valentine h\u00e9site sur les d\u00e9cisions \u00e0 prendre, on tergiverse beaucoup en 1917 et 1918, au gr\u00e9 des convois. En cas de d\u00e9part, la maison serait pill\u00e9e&nbsp;; puis la grand-m\u00e8re, veuve d\u2019une notabilit\u00e9 et donc potentielle otage, est ensuite inscrite sur une liste de personnes interdites d\u2019\u00e9vacuation. Finalement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; Henri (1904) est \u00e9vacu\u00e9 en d\u00e9cembre 1917 (urgence par rapport \u00e0 son \u00e2ge)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; Albert (1908) et Jean-Marie (1909) partent avec la tante Marthe (c\u00e9libataire) en ao\u00fbt 1918 (inqui\u00e9tudes \u00e0 cause de la disette et des combats futurs autour de Lille)&nbsp;; ils restent h\u00e9berg\u00e9s en Belgique dans de bonnes conditions jusqu\u2019en d\u00e9cembre 1918.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; \u00c9mile (1899), cousin de Valenciennes, choisit d\u2019\u00e9viter la d\u00e9portation du travail en devenant mineur de fond sur place, puis r\u00e9ussi \u00e0 \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 en France libre avec un faux-certificat m\u00e9dical en 1918. (p. 262) \u00ab<em>un certificat m\u00e9dical terrifiant, et le voil\u00e0 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp;; peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la caserne maintenant.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Enl\u00e8vement des jeunes gens en avril 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En 1915, l\u2019affaire des sacs est \u00e9voqu\u00e9e (tissage de sacs \u00e0 remplir de terre pour la tranch\u00e9e allemande), et Marie-Th\u00e9r\u00e8se ressent durement des critiques parisiennes dont elle a eu vent \u00e0 cette occasion, et qui condamnent les ouvriers qui c\u00e8dent \u00e0 l\u2019occupant. Soulignant les souffrances des occup\u00e9s, elle est outr\u00e9e du terme \u00ab&nbsp;<em>Boches du Nord<\/em>&nbsp;\u00bb dont elle a appris l\u2019existence (pas de r\u00e9f\u00e9rence de source, deux occurrences p. 169 et 178). Les perquisitions de P\u00e2ques 1916 et la d\u00e9portation agricole des jeunes gens, gar\u00e7ons et filles, sont tr\u00e8s bien racont\u00e9es, avec les r\u00e9quisitions par quartier, et naturellement la visite \u00e0 leur domicile \u00e0 5 heures du matin (p. 179)&nbsp;; personne n\u2019y est enlev\u00e9. Une lettre de la grand-m\u00e8re adress\u00e9e \u00e0 la famille de Castres d\u00e9crit aussi ces \u00e9v\u00e9nements, &nbsp;et on constate que peu de monde a \u00e9t\u00e9 pris dans ce quartier bourgeois (p. 184)&nbsp;: \u00ab<em>De notre paroisse, nous avons deux amies enlev\u00e9es&nbsp;: Barrois et Boninge. Quelle tristesse pour les pauvres m\u00e8res qui restent. Remerciez Dieu avec nous de nous avoir \u00e9pargn\u00e9es ainsi que les s\u0153urs de Marie-Henriette pour qui nous tremblions.<\/em>&nbsp;\u00bb Dans une autre lettre \u00e0 sa fille Marie-Henriette (\u00e9vacu\u00e9e en 1915), elle pr\u00e9cise que dans son ouvroir (atelier qui fournit une revenu minimum aux ouvri\u00e8res sans ressource) \u00ab&nbsp;<em>on en a pris 37 <\/em>(p. 185)&nbsp;\u00bb&nbsp;; cela confirme les informations des carnets du recteur Lyon, montrant que si la peur \u2013 on peut parler de terreur &#8211; touche tout le monde, les enl\u00e8vements de jeunes femmes concernent essentiellement les couches populaires&nbsp;; c\u2019est moins le cas pour les &nbsp;jeunes hommes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Dans un autre domaine, citons une mention sur les nouvelles professions ouvertes aux femmes : (6 d\u00e9cembre 1916, p. 204) \u00ab&nbsp;<em>nous voyons les premi\u00e8res femmes receveuses sur les tramways. Ce n\u2019est pas r\u00e9ellement un m\u00e9tier de femme et on se demande combien de temps elles r\u00e9sisteront&nbsp;; en tout cas, cela fait pr\u00e9voir un nouvel enl\u00e8vement d\u2019hommes.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Enfin en ce qui concerne le style, l\u2019autrice s\u2019amuse parfois \u00e0 paraphraser des auteurs classiques, ainsi p. 105&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les Allemands mentent effront\u00e9ment, c\u2019est une population fonci\u00e8rement fausse\u2026<\/em> \u00ab&nbsp;<em>Nous l\u2019allons montrer tout \u00e0 l\u2019heure&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb ou p. 227 \u00ab&nbsp;<em>Un \u00e9v\u00e9nement extraordinaire, inattendu, ahurissant\u2026 je vous le donne en 100, je vous le donne en 1000\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb (arriv\u00e9e d\u2019une lettre inesp\u00e9r\u00e9e de tante Mariette). La derni\u00e8re ligne de ce journal pr\u00e9cieux, qui s\u2019arr\u00eate avec la lib\u00e9ration de Lille par les Anglais, est&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Vive la France<\/em>\u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, f\u00e9vrier 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, 1914 \u2013 1918, une famille dans Lille occup\u00e9e Paule Huart-Boucher 1. La t\u00e9moin Marie-Th\u00e9r\u00e8se Dhalluin est au d\u00e9but de la guerre une jeune femme de 17 ans de la bourgeoisie lilloise&nbsp;; elle habite avec sa m\u00e8re Marguerite chez la grand-m\u00e8re Valentine, qui a eu 9 enfants et qui est veuve d\u2019Henri Deschamps, &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/02\/12\/dhalluin-marie-therese-1897-1972\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Dhalluin, Marie-Th\u00e9r\u00e8se (1897 &#8211; 1972)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,3,12,1273],"tags":[1339,1338],"class_list":["post-4653","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-202","category-carnet","category-civil","category-femme","tag-lille","tag-regions-occupees"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4653","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4653"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4653\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4659,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4653\/revisions\/4659"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4653"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4653"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4653"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}