{"id":4728,"date":"2025-04-30T10:15:02","date_gmt":"2025-04-30T09:15:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4728"},"modified":"2025-05-07T15:32:18","modified_gmt":"2025-05-07T14:32:18","slug":"vonderheyden-auguste-1849-1927","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/04\/30\/vonderheyden-auguste-1849-1927\/","title":{"rendered":"Vonderheyden, Auguste (1849-1927)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">Auguste Vonderheyden, <em>Cahiers de guerre (1914-1918)<\/em>, l\u2019Harmattan, 2016, 411 p .<br><br><strong>R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;ouvrage :<\/strong><br><br>Auguste Vonderheyden, alsacien de 65 ans, mari\u00e9, est professeur d\u2019allemand dans un lyc\u00e9e de Troyes (Aube), o\u00f9 il habite rue Vanderbach. P\u00e8re de quatre filles (Suzanne, n\u00e9e en 1886, Charlotte, n\u00e9e en 1888, Madeleine, n\u00e9e en 1891, et Lucie, n\u00e9e en 1895), et deux gar\u00e7ons, Henri, surnomm\u00e9 B\u00e9, n\u00e9 le 9 octobre 1885, et Maurice, surnomm\u00e9 Bouit, n\u00e9 en 1898, encore adolescent quand la guerre se d\u00e9clenche. Le 22 ao\u00fbt 1914, le jour du d\u00e9c\u00e8s de son ain\u00e9, lieutenant au 62<sup>e<\/sup> RI \u00e0 Maissain, en Belgique, et sans \u00eatre inform\u00e9 de cette trag\u00e9die, il d\u00e9bute le premier de 45 cahiers qu\u2019il va r\u00e9diger jusqu\u2019en novembre 1920. Quasi journellement, sauf pour certaines p\u00e9riodes exclues soit par l\u2019auteur lui-m\u00eame, qui n\u2019\u00e9crit rien entre janvier et juin 1915, soit par choix des pr\u00e9sentateurs (pendant la bataille de Verdun), l\u2019auteur commente, disserte, analyse, critique et donne son avis dans tous les domaines de l\u2019actualit\u00e9, qu\u2019elle soit politique ou militaire, en se basant sur les journaux et les communiqu\u00e9s. Il y glisse quelquef. (p. 80). Il d\u00e9crit aussi celle de son lyc\u00e9e de gar\u00e7on, \u00ab qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque un des plus grands lyc\u00e9es de France \u00bb (p. 139), glosant sur son proviseur et ses coll\u00e8gues, qu\u2019il ne m\u00e9nage pas (page 104). Il a conscience du milieu bourgeois, cossu et riche (page 139) dans lequel il \u00e9volue, et qu\u2019il jalouse quelque peu. Il dit constater, le 1<sup>er<\/sup> mars 1917 : \u00ab Il n&rsquo;y a plus en ce moment un seul fils de bourgeois de Troyes au feu \u00bb (p. 251). Il fustige tout, principalement les embusqu\u00e9s, les bureaucrates, les fonctionnaires, les politiques et les militaire, mettant constamment en avant son statut d\u2019ancien combattant de la guerre de 1870. Il est membre du bureau de l\u2019association des Alsaciens-Lorrains de sa ville. Pendant toute la guerre, et jusqu\u2019au p\u00e8lerinage \u00e0 Maissain, qu\u2019il parvient \u00e0 faire enfin apr\u00e8s l\u2019Armistice, il cherche, le plus souvent suspicieux (voir p. 49), \u00e0 comprendre les circonstances de la mort d\u2019Henri, son fils, parfois fustigeant les responsables, militaires comme millionnaires. Il parvient \u00e0 \u00ab d\u00e9signer la place o\u00f9 est tomb\u00e9 [s]on fils \u00bb, lequel est enterr\u00e9 \u00e0 la n\u00e9cropole de Maissain, tombe n\u00b052.<br><br><strong>El\u00e9ments biographiques<\/strong><br><br>Auguste Vonderheyden est n\u00e9 le 4 septembre 1849 \u00e0 Weyer, dans le Bas-Rhin, de Chr\u00e9tien Auguste, garde forestier, et de Caroline, n\u00e9e Juncker, sans profession. Apr\u00e8s avoir obtenu deux baccalaur\u00e9ats, il fait Saint-Cyr, promotion \u00ab La Tour d\u2019Auvergne \u00bb, de 1903 \u00e0 1905, et r\u00eave d\u2019une carri\u00e8re militaire. Il s\u2019engage \u00e0 21 ans dans la guerre franco-prussienne et int\u00e8gre comme volontaire le 13<sup>e<\/sup> bataillon de chasseurs \u00e0 pied, le 28 juillet 1870, \u00e0 Strasbourg. Fait prisonnier, il parvient \u00e0 s\u2019\u00e9chapper par la Suisse puis, bless\u00e9, est localis\u00e9 en avril 1871 \u00e0 Versailles. Il est fait chevalier de la L\u00e9gion d\u2019honneur le 3 mars 1906 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 57 ans. Il fait \u00e9tat de son parcours dans une guerre perdue, \u00e0 plusieurs reprises tant dans son t\u00e9moignage que comme analyste militaire d\u2019une guerre qui n\u2019a pas voulu de lui, malgr\u00e9 7 demandes d\u2019\u00eatre remobilis\u00e9. Bien que d\u2019un \u00e2ge avanc\u00e9, il essaye de trouver une place, au moins comme interpr\u00e8te de 2<sup>e<\/sup> classe de r\u00e9serve. Il fait ainsi partie, \u00e0 Troyes, d\u2019une commission d\u2019acceptation de candidats interpr\u00e8tes pour l\u2019arm\u00e9e et pr\u00e9pare m\u00eame \u00e0 l\u2019Ecole de guerre les officiers de la garnison de la ville, en allemand, en tactique militaire et en g\u00e9ographie (p. 238). Il dit, le 4 d\u00e9cembre 1915 : \u00ab Le plus grand nombre des \u00e9l\u00e8ves de mon ancienne section de pr\u00e9paration militaire sont heureusement d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 suivre tranquillement leur voie \u00bb (p. 126), par opposition aux embusqu\u00e9s, qu\u2019il fustige tout au long de l\u2019ouvrage, tout en \u00e9tant fort impr\u00e9cis quand il dit avoir \u00e9crit au g\u00e9n\u00e9ral Crespy lors de l\u2019engagement de son second fils. En effet, d\u00e8s qu\u2019il le peut, Maurice, ne souhaite pas \u00eatre embusqu\u00e9, choisissant les chasseurs \u00e0 pied contre l\u2019avis m\u00eame de son p\u00e8re, alors que celui-ci est pr\u00eat quant \u00e0 lui \u00e0 faire ce qu\u2019il d\u00e9nonce \u00e0 toutes les pages (voir p. 251, 291, 315, 333, 348, 354 et 382 les parcours et affectations successives de Maurice). Toujours traumatis\u00e9 par la mort de son a\u00een\u00e9 et superstitieux (voir le 27 octobre 1918, p. 360), Auguste Vonderheyden craint pour lui et dit : \u00ab Quand on a donn\u00e9 un fils pour la d\u00e9fense de la Belgique, qu\u2019un autre aide \u00e0 d\u00e9livrer la Serbie, on enrage\u2026 \u00bb (p. 360). Il fait d\u2019ailleurs un lien direct entre son \u00e9tablissement et le recrutement dans l\u2019artillerie lourde, objectif d\u2019embusquage pour les jeunes bourgeois troyens. Il r\u00e9dige 45 cahiers dont 38 concernent la Grande Guerre, entre le 22 ao\u00fbt 1914 et novembre 1920. Il remplit ainsi 10 cahiers d\u2019\u00e9colier de 60 \u00e0 100 pages par ann\u00e9es de guerre et 10 rien que pendant la bataille de Verdun (du 18 f\u00e9vrier 1916 au 1<sup>er<\/sup> janvier 1917, qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 retranscrits dans cet ouvrage, les pr\u00e9sentateurs mentionnant une publication ult\u00e9rieure, p. 219). Se livrant quelques fois, il reconna\u00eet ne pas b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019un niveau de vie suffisant et \u00e9voque ses probl\u00e8mes de sant\u00e9, rhumatismes et insomnies au fil de ses pages et dit avoir m\u00eame attrap\u00e9 la grippe espagnole (le 24 octobre 1918). Il est admis \u00e0 la retraite le 31 d\u00e9cembre 1918 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 69 ans et d\u00e9c\u00e8de le 23 octobre 1927 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 78 ans.<br> <br><strong>Commentaires sur l&rsquo;ouvrage : <\/strong><br>Le t\u00e9moignage d\u2019Auguste Vonderheyden est majoritairement constitu\u00e9 d\u2019une analyse continue de la presse et de ses communiqu\u00e9s, d\u00e9lay\u00e9s par la mise en contexte de ses propres souvenirs de l\u2019autre guerre, et de ses id\u00e9es de ce que devrait \u00eatre la conduite politique et militaire de la Grande Guerre. Ses motivations sont prolongatives de celle, autobiographique, de son parcours dans la guerre pr\u00e9c\u00e9dente. Il est singulier que le d\u00e9but de ses cahiers soit concomitants avec la mort de son fils, Henri, qu\u2019il n\u2019apprendra que bien plus tard. Les pr\u00e9sentateurs indiquent alors (note 54 page 44) qu\u2019Auguste Vonderheyden \u00ab a des pressentiments qui s\u2019av\u00e8rent parfois justes \u00bb. Le passage par lequel il relate vider l\u2019appartement parisien de son fils, d\u00e9but novembre 1914, est \u00e9mouvant, rendant sensible la douleur d\u2019un p\u00e8re. Il dit plus loin : \u00ab &#8230; si la mort de mon fils devait \u00eatre inutile, la douleur en serait terriblement aggrav\u00e9e\u2026 \u00bb (p. 250). Mais sa relation, par procuration des journaux, des livres (de t\u00e9moignages comme militaires) et des communiqu\u00e9s qu\u2019il rapporte, lui permet surtout de critiquer universellement ce qu\u2019il pense de la guerre, de ceux qui la font comme de ses contemporains. Il a conscience d\u2019\u00eatre un \u00ab grognard \u00bb ; \u00ab Tu grognes toujours \u00bb dit-il (p. 172 ou p. 205) et est lucide sur ce comportement. Le 22 ao\u00fbt 1915, il avoue : \u00ab Je ne sais pas, je ne suis pas comp\u00e9tent dans ces mati\u00e8res mais je sens vaguement qu\u2019il y des choses qui ne sont pas normales \u00bb (p. 66) ou \u00ab je ne suis pas dans le secret des dieux \u00bb (p.124). Il y revient apr\u00e8s-guerre (18 d\u00e9cembre 1918) en disant : \u00ab Quand je relirai plus tard ces deux pages, je serai bien ahuri de voir qu\u2019un jour, j\u2019ai d\u00e9fendu le bolch\u00e9visme comme un simple Longuet ou un r\u00e2leur \u00bb (p. 371). Aussi, il aligne une impressionnante infinit\u00e9 de questions auxquelles il ne peut r\u00e9pondre, faute d\u2019information ou de savoir. Indulgents, les pr\u00e9sentateurs, qui ont quelque peu d\u00e9cel\u00e9 les limites du personnage, compl\u00e8tent en disant : \u00ab L\u2019auteur se passionne pour la strat\u00e9gie et la tactique militaire. Il imagine, \u00e0 partir de donn\u00e9es r\u00e9elles, ce qui pourrait se passer sur les diff\u00e9rents fronts et a l\u2019habitude, visiblement, de faire des exercices de simulation concernant la possibilit\u00e9 de d\u00e9fendre certaines positions \u00bb. D\u00e9cid\u00e9ment laudateurs, ils avancent plus loin : \u00ab Auguste Vonderheyden a une vision tr\u00e8s pr\u00e9cise de la situation en Europe et nous pouvons affirmer qu\u2019il anticipe tr\u00e8s largement ce que seront les prochains points litigieux entre les alli\u00e9s \u00e0 la fin de la guerre \u00bb (p. 176). Mais il se trompe toutefois souvent, par exemple, quand il dit, p\u00e9remptoire, le 8 mars 1917 : \u00ab \u2026 jamais les Etats-Unis ne feront la guerre \u00e0 l\u2019Allemagne \u00bb ! (p. 262), insistant m\u00eame le 3 avril : \u00ab Les gens qui croient que les Etats-Unis vont se mettre imm\u00e9diatement en guerre sont des na\u00effs \u00bb ! (. 285). En fait, ses pseudo dissections ressortent plus du strat\u00e8ge de salon que de l\u2019analyste militaire tant, ne sachant rien, il multiplie les conjectures ou aligne les suppositions, quand ce ne sont pas plus simplement de pures inepties. Il imagine par exemple des brigades cuirass\u00e9es munies de boucliers matelass\u00e9s per\u00e7ant le front comme \u00e0 la parade (p. 208). Il dit aussi : \u00ab On a trop attaqu\u00e9 en 1914, ao\u00fbt, et on n\u2019attaque pas assez en 1915-1916 \u00bb (p. 172). Certes, parfois, il fait \u00e9tat de r\u00e9flexions plus profondes, s\u2019interrogeant sur \u00ab Qu\u2019est-ce que la gloire militaire ? \u00bb (p. 124) ou, plus loin, sur la perdurance de la m\u00e9moire des vrais h\u00e9ros : \u00ab Mais qui saura dans dix ans les noms des officiers et des soldats qui ont donn\u00e9 h\u00e9ro\u00efquement leur vie, tout ce qu\u2019ils pouvaient donner ? Les uns ont donn\u00e9 \u00e0 la patrie leur jeunesse, leurs esp\u00e9rances, leur avenir entier ; les autres ont sacrifi\u00e9 sur l\u2019autel du patriotisme leur famille, leurs enfants qui, par leur mort, sont rest\u00e9s sans soutien et souvent sans ressources. De ceux-ci, personne ne parlera jamais \u00bb (p. 125). Il pense plus loin \u00e0 l\u2019apr\u00e8s-guerre et augure : \u00ab De tout cela, il r\u00e9sultera de la mauvaise humeur, des rancunes, de nouvelles convoitises et de nouveaux germes de guerre \u00bb (p. 176, le 10 janvier 1916). Mais le plus souvent, sa violence verbale est acerbe, (cf. les \u00ab avocats \u00e9mascul\u00e9s \u00bb p. 249), continuant tout au long de son commentaire de fustiger les embusqu\u00e9s : \u00ab Pas un embusqu\u00e9 renomm\u00e9 et les p\u00e8res de famille de 42 ans continuent \u00e0 se faire tuer pour d\u00e9fendre le repos de ces centaines de mille de jeunes porcs qui paradent sans vergogne tr\u00e8s loin en arri\u00e8re du danger dans de beaux costumes de fantassins quand les veuves des pauvres soldats tu\u00e9s l\u00e0-bas en laissant des nich\u00e9es d\u2019enfants arracheront-elles les yeux \u00e0 ces l\u00e2ches immondes \u00bb (p. 67). Pour ceux de la classe 17, il en \u00e9tablit m\u00eame une typologie : \u00ab Il y a les embusqu\u00e9s sans vergogne et les embusqu\u00e9s honteux. Les premiers se subdivisent \u00e0 leur tour en deux classes suivant la puissance de leurs embusqueurs. Les privil\u00e9gi\u00e9s se font ajourner ou r\u00e9former carr\u00e9ment. Les autres se font verser dans les infirmeries, les secr\u00e9tariats d\u2019\u00e9tat-major, l\u2019intendance et autre d\u00e9potoir de t\u00e2ches. Les plus malins se font d\u2019abord verser dans un corps combattant au d\u00e9p\u00f4t puis, au bout de quelques semaines, ils attrapent miraculeusement quelque bonne maladie bien cach\u00e9e, bien myst\u00e9rieuse et repassent dans non-combattants \u00bb (p. 125). Plus loin (p. 150), il \u00e9voque bien entendu les certificats m\u00e9dicaux de complaisance et, dans un courrier sans retenue \u00e0 son d\u00e9put\u00e9, multiplie les d\u00e9nonciations des embusqu\u00e9s, terminant sa lettre incendiaire sur ces mots : \u00ab Veuillez, citoyen d\u00e9put\u00e9, recevoir l\u2019expression de mon profond m\u00e9pris \u00bb (p.185). \u00c0 la veille de Verdun, il cat\u00e9gorise la population de la France et d\u00e9finit : les soldats du front, que l\u2019on doit aimer et admirer, les civils de l\u2019arri\u00e8re que l\u2019on doit respecter, les hommes de l\u2019arri\u00e8re habill\u00e9s en soldats (et les bureaucrates), que l\u2019on doit honnir et m\u00e9priser, et enfin, les gouvernants, qu\u2019il faut supporter puisqu\u2019on ne peut pas les remplacer (p. 210). Au fil des pages il parle tr\u00e8s peu de son \u00e9pouse, et pas beaucoup plus de ses filles. Cette constatation effectu\u00e9e, d\u00e8s lors, les parties int\u00e9ressantes de l\u2019ouvrage peuvent toutefois \u00eatre d\u00e9gag\u00e9es concernant la ville de Troyes pendant la Grande Guerre et la psychologie d\u2019un t\u00e9moin \u00e2g\u00e9 de 65 \u00e0 70 ans. Si Troyes fut un temps menac\u00e9e pendant la bataille de la Marne, la ville n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 vraiment en risque si loin du front, m\u00eame si il en entend le canon. Il dit, le 6 septembre : \u00ab Les trois chats ne nous quittent plus d\u2019un pas, on dirait qu\u2019ils comprennent qu\u2019il se passe quelque chose \u00bb (p.27). Le 21 octobre 1918, il revient m\u00eame sur des inqui\u00e9tudes infond\u00e9es, avouant : \u00ab Il y a trois mois, les ennemis \u00e9taient pr\u00e8s de Troyes, on craignait l\u2019arriv\u00e9e de leur cavalerie, toutes les nuits, des alertes d\u2019avions ennemis \u00bb alors que la ville se r\u00e9v\u00e8le bien exempte de toute menace terrestre \u00e0 cette date. D\u00e8s lors, au d\u00e9but, sa femme et ses enfants se r\u00e9fugient \u00e0 Angers, ou \u00e0 Saint-Gilles-Croix-de-Vie, alors que lui reste \u00e0 son poste d\u2019enseignant, son lyc\u00e9e accueillant m\u00eame un temps une ambulance (la salle de physique \u00e9tant transform\u00e9e en salle de radiographie, p. 80). Certes Auguste Vonderheyden est cultiv\u00e9, a eu une carri\u00e8re dans l\u2019autre guerre, mais a une omniscience par procuration qui se mat\u00e9rialise principalement en critique dans tous les domaines dont il s\u2019empare dans ses analyses, faisant le plus souvent la guerre avec des si. Le premier janvier 1917, ne dit-il pas, pour d\u00e9buter l\u2019ann\u00e9e : \u00ab Il serait temps cependant, apr\u00e8s deux ans et demi de guerre ; d\u2019\u00eatre pr\u00eats et d\u2019entrer avec armes et bagages complets dans le sanctuaire, sans cela comment obtenir la victoire d\u00e9cisive ? \u00bb (p. 244). S\u2019il fustige principalement les embusqu\u00e9s, c\u2019est un contempteur g\u00e9n\u00e9ral et syst\u00e9matique des fonctionnaires, des politiques, des militaires, voire m\u00eame de ses propres coll\u00e8gues, qu\u2019il n\u2019\u00e9pargne pas non plus, parfois nomm\u00e9ment. Il d\u00e9montre m\u00eame des germes complotistes quand il se demande : \u00ab tout l\u2019or que l\u2019on a vers\u00e9 est-il bien dans les caves de la Banque de Paris ? \u00bb (p. 217). Il n\u2019aime pas les italiens, qu\u2019il appelle macaronis, (il dit le 1<sup>er<\/sup> avril 1917 (p. 284) : \u00ab La s\u0153ur latine est une fameuse rosse ! \u00bb) ou les anglais, h\u00e2bleurs, (qu\u2019il accuse par exemple de ravager les for\u00eats fran\u00e7aises pour prot\u00e9ger les leur, p. 248). Jamais lass\u00e9, il s\u2019abandonne toutefois, la maladie s\u2019aggravant, a quelque langueur et convient, le 14 mai 1917 : \u00ab Autrefois, je me distinguais un peu en \u00e9crivant des notes mais cela me manque aussi maintenant \u00bb (p. 319). Il est admis \u00e0 la retraite le 31 d\u00e9cembre 1918 mais l\u00e0 encore, c\u2019est un objet de son m\u00e9contentement, n\u2019estimant pas toucher assez (voir aussi p. 374, disant qu\u2019il re\u00e7oit seulement 290 francs de retraite mensuel). Mais en dehors de la vision critique universelle et r\u00e9actionnaire de l\u2019auteur, l\u2019ouvrage, par son caract\u00e8re de commentaire par procuration de la presse vue \u00e0 l\u2019arri\u00e8re n\u2019est pas sans rappeler le journal de guerre de l\u2019adolescente Marcelle Lerouge. Il est en ce sens une excellente et d\u00e9lay\u00e9e exemplification de ce qu\u2019\u00e9tait tout l\u2019arri\u00e8re, des salons bourgeois aux estaminets pendant la Grande Guerre. Au final, nombre d\u2019informations utiles sont d\u00e9lay\u00e9es, comme la pr\u00e9sentation de l\u2019auteur-m\u00eame par les pr\u00e9sentateurs. \u00c0 ce sujet enfin, la publication est entach\u00e9e de centaines d\u2019erreurs typographiques, rendant la lecture p\u00e9nible, doubl\u00e9es de tr\u00e8s nombreuses fautes patronymiques, toponymiques, d\u2019erreurs de retranscription du ces carnets originaux ou pire encore de paratextes erron\u00e9s. Certains, noms sont caviard\u00e9s, puis mentionn\u00e9s (cas des coll\u00e8gues du lyc\u00e9e), y compris jusqu\u2019au nom de po\u00e8tes. Les erreurs relev\u00e9es sont innombrables, obligeant l\u2019analyste \u00e0 effectuer des recherches restitutives, faisant douter de l\u2019exactitude de la transcription des carnets originaux. Par exemple, est-ce une erreur de ce type quand l\u2019auteur dit le 2 f\u00e9vrier 1916, que des \u00ab tanks lan\u00e7aient des bombes sur Troyes \u00bb pendant la bataille de La Marne en 1914 (page 203) ou quand il situe Craonne en Argonne (p. 298) ? Ces r\u00e9serves formul\u00e9es, ce fort volume conserve un int\u00e9r\u00eat typologique certain.<br><br>Renseignements utiles sur l&rsquo;ouvrage : <br>Page 17 : Sur \u00ab l\u2019affaire \u00bb du XV<sup>e<\/sup> corps : \u00ab Tout le monde sait que les Proven\u00e7aux ne sont pas des soldats \u00bb, vap 21 o\u00f9 il dit l\u2019inverse<br>22 : Constate que les militaires ne saluent pas un g\u00e9n\u00e9ral (Fournery)<br>23 : Vue du 1<sup>er<\/sup> BCP d\u00e9filant, bourrage de cr\u00e2ne<br>30 : Sur le courrier<br>34 : Description touchante d\u2019un enterrement<br>50 : Fustige la bureaucratie (vap 50)<br>178 : Vue de bluets de la classe 17, apparence et contraste avec les embusqu\u00e9s (vap 250) <br>184 : Sur la mort de Serret<br>178 : Cite un courageux soldat de Saint-Di\u00e9, Olivier<br>204 : Ce qu\u2019il faut faire \u00e0 Troyes en cas de raid de zeppelin (vap 218, il se plaint d\u2019une absence de DCA)<br>215 : Sur une assembl\u00e9e de professeurs surr\u00e9aliste pour former une \u0152uvre des Pupilles de guerre (vap 234 sur son r\u00f4le pour collecter l\u2019argent apr\u00e8s des \u00e9l\u00e8ves)<br>217 : Sur les fils \u00e0 papa impropres \u00e0 combattre mais qui peuvent postuler pour Saint-Cyr (vap 220)<br>222 : Charge contre le lieutenant-colonel B\u00e9daton ; squelette macabre gris et titubant<br>223 : Sa d\u00e9ception de n\u2019avoir pas \u00e9t\u00e9 rengag\u00e9<br> : Sur Gaspard, de Ren\u00e9 Benjamin<br>359 : Sur la grippe espagnole, cette maladie \u00ab tr\u00e8s \u00e9trange \u00bb<br>364 : Vue de l\u2019Armistice \u00e0 Troyes<br> : Il met un drapeau sur le portait de son fils d\u00e9c\u00e9d\u00e9<br>366 : Sur la paix revenue, il dit : \u00ab Maintenant nous allons assister, de loin, \u00e0 une nouvelle guerre, aussi \u00e2pre et aussi acharn\u00e9e que l\u2019autre, la guerre du tapis vert \u00bb (vap 370)<br>368 : Troyes, ville sale<br>369 : \u00ab Il n\u2019y aura plus jamais de No\u00ebl joyeux, c\u2019est fini \u00bb<br>373 : Restrictions au 20 d\u00e9cembre 1918 (vin, tabac, \u0153uf, fromage)<br>374 : Sur des avorteuses acquitt\u00e9es<br><em><br>Yann Prouillet, avril 2025<\/em><br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Auguste Vonderheyden, Cahiers de guerre (1914-1918), l\u2019Harmattan, 2016, 411 p . R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;ouvrage : Auguste Vonderheyden, alsacien de 65 ans, mari\u00e9, est professeur d\u2019allemand dans un lyc\u00e9e de Troyes (Aube), o\u00f9 il habite rue Vanderbach. P\u00e8re de quatre filles (Suzanne, n\u00e9e en 1886, Charlotte, n\u00e9e en 1888, Madeleine, n\u00e9e en 1891, et Lucie, n\u00e9e &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/04\/30\/vonderheyden-auguste-1849-1927\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Vonderheyden, Auguste (1849-1927)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":4731,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,3,12],"tags":[1355,1356],"class_list":["post-4728","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-202","category-carnet","category-civil","tag-journal-civil-de-guerre","tag-troyes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4728","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4728"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4728\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4741,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4728\/revisions\/4741"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4731"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4728"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4728"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4728"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}