{"id":4753,"date":"2025-05-08T10:14:09","date_gmt":"2025-05-08T09:14:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4753"},"modified":"2025-05-08T10:14:09","modified_gmt":"2025-05-08T09:14:09","slug":"leddet-jean-1878-1958","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/05\/08\/leddet-jean-1878-1958\/","title":{"rendered":"Leddet, Jean (1878 \u2013 1958)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Lignes de tir<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Un artilleur sans complaisance, carnets de guerre 1914 &#8211; 1918<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">1. Le t\u00e9moin<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jean Leddet est un militaire de carri\u00e8re, artilleur pass\u00e9 par Polytechnique (1899). Passionn\u00e9 d\u2019\u00e9quitation, ce capitaine commande une batterie du 7<sup>e<\/sup> RA (Rennes), et il combat avec \u00ab&nbsp;<em>ses Bretons&nbsp;<\/em>\u00bb dans la guerre de mouvement, en Artois, en Champagne, \u00e0 Verdun, et devant Reims en 1917. Au d\u00e9but de 1918, il est nomm\u00e9 \u00e0 sa demande instructeur \u00e0 Fontainebleau. Il poursuit apr\u00e8s la guerre sa carri\u00e8re d\u2019artilleur et prend sa retraite comme colonel en 1937.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00c0 l\u2019initiative de sa petite-fille Caroline Leddet, et avec une pr\u00e9sentation scientifique de Max Schiavon, les \u00e9ditions Anovi ont publi\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Lignes de tir, Un artilleur sans complaisance, carnets de guerre 1914 \u2013 1918<\/em>&nbsp;\u00bb (2012, 286 pages). Max Schiavon signale que Jean Leddet a repris en 1925 des notes \u00e9crites durant la guerre pour en composer un ensemble coh\u00e9rent, et que seules d\u2019infimes modifications ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es apr\u00e8s 1945. C\u2019est donc un texte r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 fois \u00e0 proximit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements, mais aussi avec une certaine distance de \u00ab&nbsp;d\u00e9cantation&nbsp;\u00bb. La dactylographie du manuscrit pr\u00e9c\u00e8de de peu l\u2019\u00e9dition de 2012.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">3. Analyse<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jean Leddet, qui indique en introduction vouloir s\u2019en tenir \u00e0 un r\u00e9cit factuel, produit ici un texte \u00e0 la fois technique et vivant des op\u00e9rations v\u00e9cues au 7<sup>e<\/sup> RA&nbsp;: c\u2019est cette volont\u00e9 documentaire, presque didactique, alli\u00e9e \u00e0 un ton acerbe et \u00e0 un talent de conteur, qui rend ce document exceptionnel.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>L\u2019encadrement rhabill\u00e9 pour l\u2019hiver<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur proc\u00e8de d\u2019abord \u00e0 une pr\u00e9sentation des cadres de son unit\u00e9, avec une ambiance \u00ab&nbsp;<em>H\u00e9catombe des g\u00e9n\u00e9raux<\/em>&nbsp;\u00bb (P. Rocolle) avant l\u2019heure&nbsp;: c\u2019est \u00e0 la fois m\u00e9chant, dr\u00f4le et bien document\u00e9&nbsp;;&nbsp;ce type d\u2019inventaire critique, avec les noms des officiers, est \u00e9videmment impubliable en l\u2019\u00e9tat au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et pour l\u2019historien, c\u2019est bien plus qu\u2019un simple d\u00e9zingage, car ce sont les motivations techniques qui font l\u2019int\u00e9r\u00eat de ces jugements de valeur. Ainsi (avec autorisation de citation) du g\u00e9n\u00e9ral Bonnier, commandant la 19<sup>e<\/sup> DI (p. 34) \u00ab&nbsp;<em>C\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 peut-\u00eatre un bon chef de bataillon, <\/em>[mais]<em> ne connaissant rien \u00e0 l\u2019emploi de l\u2019infanterie et de l\u2019artillerie<\/em> (\u2026)&nbsp;\u00bb, et du Colonel Haffner, chef du 7<sup>e<\/sup> RA (p. 34 et 35) \u00ab&nbsp;<em>Le rapport, auquel j\u2019ai assist\u00e9 quelquefois, \u00e9tait une vraie com\u00e9die. Il assassinait de questions son major, le commandant Perrin, un brave d\u00e9bris, bon pied-de-bouc, sourd comme une trappe, qui, \u00e0 une question sur les ordinaires, r\u00e9pondait que le temps \u00e9tait assez incertain. \u00c0 eux deux, c\u2019\u00e9tait du bon Courteline.<\/em>&nbsp;\u00bb Pour le Commandant Grosset, commandant le 1<sup>er<\/sup> groupe&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ce n\u2019\u00e9tait pas un mauvais homme, mais quelle chiffe&nbsp;!&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;; 2<sup>e<\/sup> groupe (le sien), commandant Dautriche \u00ab&nbsp;<em>C\u2019\u00e9tait un bon cavalier, il avait \u00e9t\u00e9 aux volants, mais comme artilleur, il \u00e9tait en dessous du m\u00e9diocre&nbsp;: physiquement, il \u00e9tait tr\u00e8s fatigu\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; 3<sup>e<\/sup> groupe, le commandant \u00ab&nbsp;<em>\u00e9tait un certain Marcotte, compl\u00e8tement g\u00e2teux.<\/em>&nbsp;\u00bb et il conclut (p. 37) \u00ab&nbsp;<em>bref, le r\u00e9giment n\u2019\u00e9tait pas command\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb Apr\u00e8s des d\u00e9buts tr\u00e8s peu concluants, tous ses sup\u00e9rieurs ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s en octobre 1914 (p. 39) \u00ab&nbsp;<em>En r\u00e9sum\u00e9, nous avons laiss\u00e9 au d\u00e9p\u00f4t, en partant, un lieutenant-colonel et un chef d\u2019escadron et, au bout de deux mois de campagne, le g\u00e9n\u00e9ral commandant le 10<\/em><sup><em>e<\/em><\/sup><em> corps, le g\u00e9n\u00e9ral commandant la 19<\/em><sup><em>e<\/em><\/sup><em> division, le colonel et trois chefs d\u2019escadron \u00e9taient limog\u00e9s.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>La guerre de mouvement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jean Leddet sait raconter, et son r\u00e9cit des engagements d\u2019ao\u00fbt et septembre 1914, tout en \u00e9tant tr\u00e8s vivant, est d\u2019une grande pr\u00e9cision documentaire, ainsi du premier contact avec l\u2019artillerie ennemie (21 ao\u00fbt, Sambre, p. 50) \u00ab&nbsp;<em>vers deux heures de l\u2019apr\u00e8s-midi nous entend\u00eemes un sifflement prolong\u00e9 et un obus vint s\u2019abattre \u00e0 un kilom\u00e8tre sur notre gauche, dans une plaine o\u00f9 se trouvait le groupe Grosset&nbsp;: l\u2019\u00e9clatement produisit une fum\u00e9e noire et un bruit effroyable&nbsp;: c\u2019\u00e9taient les premiers 15 que nous voyons tomber. On se regarda. \u00c7a, \u00e7a n\u2019\u00e9tait plus du jeu. On nous avait ressass\u00e9 les oreilles que l\u2019explosif de 75 \u00e9tait sup\u00e9rieur \u00e0 tout ce qui existait dans le genre, que le 15 allemand n\u2019\u00e9clatait que rarement\u2026 C\u2019est que celui-ci \u00e9clatait joliment bien&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Il est \u00e0 la fois sobre et critique pour d\u00e9crire l\u2019engagement de Fosse (22 ao\u00fbt) et les h\u00e9sitations de son chef de groupe. La participation \u00e0 la bataille de Guise se passe mieux, mais d\u00e9fil\u00e9s, ses 75 tirent au-del\u00e0 d\u2019une butte, sans contact visuel ni possibilit\u00e9 de r\u00e9gler&nbsp;; les Allemands se rapprochent, il le constate aux ordres de diminution progressive de port\u00e9e, et au bruit m\u00e9tallique que font les balles sur son bouclier, au sommet de son \u00e9chelle de chef de batterie. Plus de munitions au moment o\u00f9 les Allemands \u00e9mergent et qu\u2019arrive l\u2019ordre d\u2019amener les avant-trains sous les balles et les shrapnels, \u00ab&nbsp;<em>\u00c0 ce moment, je vis nettement les Allemands se profiler sur la cr\u00eate, \u00e0 1400 m\u00e8tres devant moi. Jamais je n\u2019ai autant regrett\u00e9 de ne pas avoir un ou deux caissons pleins de cartouches \u00e0 leur vider dessus.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Autour de la Marne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il attribue les pi\u00e8tres r\u00e9sultats de sa 19<sup>e<\/sup> DI aux maigres possibilit\u00e9s laiss\u00e9es, pour l\u2019entra\u00eenement, par le terrain de Co\u00ebtquidan. Ainsi, (p. 71) \u00ab&nbsp;<em>contre une infanterie aussi man\u0153uvri\u00e8re, nos troupes du 10<\/em><sup><em>e<\/em><\/sup><em> corps, que le terrain couvert de Bretagne r\u00e9duisait \u00e0 des \u00e9volutions de compagnie, n\u2019\u00e9taient pas de taille.<\/em>&nbsp;\u00bb Il s\u2019\u00e9l\u00e8ve aussi contre les journaux qui pr\u00e9tendent que les r\u00e9giments de r\u00e9serve ont sauv\u00e9 la mise au moment de la Marne (p. 71) \u00ab&nbsp;<em>Je ne sais pas ce que valaient les r\u00e9giments de r\u00e9serve des autres corps d\u2019arm\u00e9e, mais ceux du 10\u00b0 corps n\u2019\u00e9taient bons qu\u2019\u00e0 foutre le camp. C\u2019\u00e9tait forc\u00e9, aussi, avec leur organisation.<\/em>&nbsp;\u00bb La journ\u00e9e du 6 septembre est bien d\u00e9crite, mais avec un bilan d\u00e9cevant pour l\u2019auteur, \u00e0 cause de l\u2019inefficacit\u00e9 de l\u2019infanterie devant lui (p. 81) \u00ab&nbsp;<em>Salauds de fantassins\u2026man\u0153uvrent comme des cr\u00e9tins\u2026 pour une fois qu\u2019on pouvait avoir la victoire, ils loupent la commande\u2026<\/em>\u00bb. Il d\u00e9crit une int\u00e9ressante tentative empirique de r\u00e9glage de tir improvis\u00e9e avec l\u2019aviateur Vuillemin, \u00e0 son avis couronn\u00e9e de succ\u00e8s (p. 83). Certains tirs de concentration donnent de bons r\u00e9sultats, mais au final (p. 91) <em>\u00ab&nbsp;Le fantassin breton \u00e9tait un brave type, mais les \u00e9checs de la Sambre et de l\u2019Oise l\u2019avaient d\u00e9courag\u00e9 et il n\u2019avait pas surmont\u00e9 la passivit\u00e9 naturelle de son caract\u00e8re.&nbsp;Quant \u00e0 l\u2019artillerie, on peut juger, d\u2019apr\u00e8s ce que j\u2019ai dit, de la nullit\u00e9 de son r\u00f4le. Aucune liaison, aucune pratique du tir \u00e0 grande distance et sur la carte.&nbsp;Nous nous bornons \u00e0 faire des \u00e9volutions et \u00e0 changer de position de batterie.<\/em>&nbsp;\u00bb Le 7<sup>e<\/sup> RA est arr\u00eat\u00e9 devant Reims et il y est l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Guerre de position et offensive d\u2019Artois<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Sa batterie est en position au sud puis au nord d\u2019Arras en octobre 1914, et les tirs sont peu fournis \u00e0 l\u2019automne, \u00e0 cause du manque de munitions. Il d\u00e9crit une tranch\u00e9e allemande du secteur d\u2019\u00c9curie-Roclincourt (p. 128-129), qu\u2019il a pu visiter apr\u00e8s les avanc\u00e9es de mai 1915 \u00ab(\u2026)<em> les Allemands avaient fait leurs abris \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du 155, alors que nous n\u2019avions que du 75. C\u2019\u00e9tait toute la diff\u00e9rence d\u2019organisation de deux peuples&nbsp;: apr\u00e8s cela, on jugera des bobards des journaux fran\u00e7ais, qui pr\u00e9tendaient que les Allemands ne s\u2019occupaient pas de leurs hommes, tandis que c\u2019\u00e9tait tout juste si les n\u00f4tres n\u2019\u00e9taient pas bord\u00e9s chaque soir dans leur lit, par un de leurs officiers&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Il d\u00e9crit le 9 mai, \u00e0 Roclincourt, l\u2019attaque qui est tout de suite manqu\u00e9e, les hommes \u00e9tablis sur le parapet d\u00e9clenchant en retour un \u00ab&nbsp;<em>terrible feu de mousqueterie&nbsp;<\/em>(\u2026) <em>il y avait au moins 15 mitrailleuses en action&nbsp;!&nbsp;<\/em>\u00bb (p. 132). Le r\u00e9cit des attaques d\u2019Arras en juin et juillet 1915 est aussi de bonne qualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Verdun 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le groupe de l\u2019auteur est engag\u00e9 d\u2019abord dans le secteur de la for\u00eat de Hesse, puis en juillet \u00e0 Montz\u00e9ville, derri\u00e8re la c\u00f4te 304, mais tirant sur le Mort-Homme. Au repos d\u00e9but ao\u00fbt en Haute-Marne, il y rencontre le c\u00e9l\u00e8bre dessinateur Georges Scott (p. 199), \u00ab&nbsp;<em>dit l\u2019Alpin Scott car il \u00e9tait en vague tenue de caporal d\u2019alpins. C\u2019\u00e9tait un petit gros, rond comme une boule. Sainte-Beuve qui \u00e9tait un poussah regrettait de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 lieutenant de hussards. Scott compensait la rondeur en ne dessinant que des militaires hauts sur pattes. Au demeurant, brave type et tr\u00e8s occup\u00e9 de ses fonctions de directeur de Th\u00e9\u00e2tre du front<\/em> [note de&nbsp;J. Leddet: \u00ab&nbsp;<em>encore une de ces fumisteries pour embusqu\u00e9s qui donnaient des repr\u00e9sentations \u00e0 d\u2019autres embusqu\u00e9s<\/em>. \u00bb]. Il \u00e9voque ensuite ses tirs \u00e0 Verdun (rive droite), en ao\u00fbt 1916 (p. 204) \u00ab&nbsp;<em>Nous tirions sur une tranch\u00e9e du bois Naw\u00e9, qu\u2019on ne pouvait voir que du saillant d\u2019Hardaumont. Six kilom\u00e8tres \u00e0 vol d\u2019oiseau et douze kilom\u00e8tres de fil&nbsp;!<\/em> [hach\u00e9 en permanence] <em>On avait la communication un quart d\u2019heure par semaine, autant dire jamais. On a essay\u00e9 de v\u00e9rifier nos tirs de toutes les fa\u00e7ons possibles, par observateur terrestre, par avion&nbsp;: on n\u2019a jamais pu y arriver. C\u2019est une situation odieuse pour un commandant de batterie, et malheureusement il n\u2019y a pas grand-chose \u00e0 faire.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Secteur du Cornillet (du 24 avril au 1<\/strong><sup><strong>er<\/strong><\/sup><strong> juin 1917)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La 19<sup>e<\/sup> DI participe aux assauts du Mont Cornillet, mais c\u2019est un \u00e9chec le 30 avril, et le 4 mai \u00ab&nbsp;<em>ce fut bien pire&nbsp;<\/em>\u00bb (p. 240). Il \u00e9voque les probl\u00e8mes de r\u00e9glage, de demandes de barrage et de coups courts li\u00e9s \u00e0 la malfa\u00e7on des obus, mais il a son explication (p. 241)&nbsp;: \u00ab<em>&nbsp;Quoi qu\u2019il en soit, j\u2019ai constat\u00e9 une chose&nbsp;: quand la 48<\/em><sup><em>e<\/em><\/sup><em> division, une vraie division d\u2019attaque, celle-l\u00e0, <\/em>[form\u00e9e de tirailleurs et de zouaves]<em> a relay\u00e9 la n\u00f4tre, vers le 15 mai, nous n\u2019avons plus jamais entendu parler de coups courts\u2026 et nous avons pris le Cornillet&nbsp;!&nbsp;<\/em>\u00bb Malgr\u00e9 ce succ\u00e8s tardif, le g\u00e9n\u00e9ral commandant la 19 DI est menac\u00e9 de sanction, et r\u00e9ussit \u00e0 s\u2019en sortir gr\u00e2ce \u00e0 ses appuis politiques (p. 246) \u00ab&nbsp;<em>il avait employ\u00e9 le proc\u00e9d\u00e9 classique&nbsp;: il avait d\u00e9barqu\u00e9 son artillerie. C\u2019est la faute \u00e0 l\u2019artillerie&nbsp;! <\/em>\u00bb J. Leddet fait partie de la charrette, et est ray\u00e9 du tableau d\u2019avancement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1918<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il se fait nommer instructeur \u00e0 Fontainebleau en f\u00e9vrier 1918, puis la cr\u00e9ation d\u2019une subdivision de l\u2019\u00e9cole l\u2019emm\u00e8ne \u00e0 S\u00e9zanne puis \u00e0 Joigny, o\u00f9 il passe l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 instruire des sous-officiers d\u2019artillerie \u00ab&nbsp;<em>c\u2019\u00e9tait la vie de garnison.<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 273). Il fait venir sa femme, et encha\u00eene avec l\u2019organisation d\u2019un nouveau cours&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;On n\u2019en voyait pas la fin <\/em>(juillet 1918)<em> et je me dis que trois mois de plus de tranquillit\u00e9, avec Jeanne, seraient toujours les bienvenus.&nbsp;<\/em>\u00bb. Il est surpris par l\u2019Armistice alors qu\u2019il se pr\u00e9parait \u00e0 reprendre un commandement sur le front.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab&nbsp;<em>Lignes de tir<\/em>&nbsp;\u00bb est un des meilleurs textes produit sur la guerre pour l\u2019artillerie&nbsp;: pr\u00e9cis et didactique, on ressort de sa lecture plus savant, comme brevet\u00e9 apr\u00e8s un stage \u00e0 Fontainebleau. Le ton Leddet, acerbe et cynique, par sa m\u00e9chancet\u00e9 envers les Bretons, les M\u00e9ridionaux, les Parisiens ou les brancardiers, amuse souvent mais lasse aussi&nbsp;: notre capitaine a d\u00fb exasp\u00e9rer plus d\u2019un sup\u00e9rieur, et sa morgue lui a certainement co\u00fbt\u00e9 beaucoup pour son avancement. Avec ce texte, on constate de nouveau qu\u2019on trouve les meilleurs t\u00e9moignages dans des corpus tardifs, correspondances ou textes personnels, non destin\u00e9s \u00e0 la publication, et donc d\u00e9graiss\u00e9s du poids \u00e9norme de l\u2019autocensure. Il suffit de reprendre en comparaison un t\u00e9moignage d\u2019artilleur, m\u00eame de bonne qualit\u00e9, publi\u00e9 au d\u00e9but des ann\u00e9es vingt&nbsp;: ce n\u2019est pas la m\u00eame guerre, on a l\u2019impression que ces t\u00e9moins, m\u00eame honn\u00eates, ne disent \u00e0 peu pr\u00e8s rien. Ainsi le temps long, qui se retire comme la mar\u00e9e sur la gr\u00e8ve, lib\u00e8re l\u2019estran&nbsp;: excellente perspective, qui nous fait d\u00e9j\u00e0 saliver sur de futures p\u00e9pites.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, mai 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lignes de tir Un artilleur sans complaisance, carnets de guerre 1914 &#8211; 1918 1. Le t\u00e9moin Jean Leddet est un militaire de carri\u00e8re, artilleur pass\u00e9 par Polytechnique (1899). Passionn\u00e9 d\u2019\u00e9quitation, ce capitaine commande une batterie du 7e RA (Rennes), et il combat avec \u00ab&nbsp;ses Bretons&nbsp;\u00bb dans la guerre de mouvement, en Artois, en Champagne, \u00e0 &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/05\/08\/leddet-jean-1878-1958\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Leddet, Jean (1878 \u2013 1958)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,1195,222],"tags":[1361],"class_list":["post-4753","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-202","category-memoires","category-officier-artillerie","tag-officier-d-active"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4753","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4753"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4753\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4754,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4753\/revisions\/4754"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4753"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4753"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4753"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}