{"id":481,"date":"2011-08-15T10:07:36","date_gmt":"2011-08-15T09:07:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=481"},"modified":"2021-09-12T19:39:02","modified_gmt":"2021-09-12T18:39:02","slug":"preauchat-elie-1876-1935","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/08\/15\/preauchat-elie-1876-1935\/","title":{"rendered":"Pr\u00e9auchat, Elie (1876-1935)"},"content":{"rendered":"<p><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9lie Pr\u00e9auchat est n\u00e9 le 10 mai 1876 \u00e0 Saint-Launeuc (C\u00f4tes d&rsquo;Armor) au lieu-dit <em>La Bruy\u00e8re<\/em>, dans une ferme du ch\u00e2teau, disparue aujourd&rsquo;hui. Il est le cadet d&rsquo;une fratrie de cinq enfants. Tr\u00e8s t\u00f4t, il travaille \u00e0 la petite exploitation familiale mais fr\u00e9quente aussi un peu l\u2019\u00e9cole communale. Il \u00e9pouse en 1909 L\u00e9onie Herpe, sa cousine germaine\u00a0; ils auront trois enfants.<\/p>\n<p>\u00c9lie Pr\u00e9auchat fut mobilis\u00e9 d\u00e8s le 4 ao\u00fbt 1914, comme soldat de 2<sup>\u00e8me<\/sup> classe \u00e0 la 9<sup>\u00e8me<\/sup> compagnie du 74<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9giment d\u2019Infanterie Territoriale de Saint-Brieuc. Cette unit\u00e9 commen\u00e7a d\u2019abord par surveiller les c\u00f4tes de Normandie avant d\u2019\u00eatre appel\u00e9e, d\u00e8s octobre 1914, \u00e0 renforcer le dispositif de d\u00e9fense du front dans le secteur d\u2019Ypres. Apr\u00e8s un hiver tr\u00e8s \u00e9prouvant pour ces \u00ab\u00a0vieux\u00a0\u00bb soldats que les \u00e9normes pertes \u00e9prouv\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise de l\u2019avant pendant les premi\u00e8res semaines de guerre condamnaient \u00e0 tenir les tranch\u00e9es, ce fut la terrible attaque allemande aux gaz du 22 avril 1915. \u00c9lie Pr\u00e9auchat y est fait prisonnier. Il subit d\u2019abord les dures conditions de vie du grand camp de Meschede o\u00f9 il retrouve son fr\u00e8re cadet Jean-Baptiste. Tous deux \u00e9taient si amaigris, si affaiblis, si mal ras\u00e9s qu\u2019ils ne s&rsquo;\u00e9taient pas reconnus au premier abord. Il apprend alors la mort accidentelle de son fils Pierre, \u00e2g\u00e9 de 2 ans \u00bd, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 accidentellement, \u00e9bouillant\u00e9 par de l&rsquo;eau chauffant dans la chemin\u00e9e alors que sa m\u00e8re aidait les voisins \u00e0 planter des choux. Le 21 juin 1915, il est d\u00e9tach\u00e9 pour travailler dans une ferme \u00e0 Lochtrop, non loin de Meschede. Il n\u2019y subit pas de s\u00e9vices, bien au contraire, mais connut, avec la population allemande, les privations. Apr\u00e8s sa lib\u00e9ration et jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, il resta en contact avec ses anciens \u00ab\u00a0gardiens\u00a0\u00bb, des fermiers allemands qui lui avaient pr\u00e9dit une revanche pressentie par l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir du Chancelier Hitler en 1933. Il n&rsquo;eut pas le temps de conna\u00eetre la suite.<\/p>\n<p>De retour chez lui \u00e0 Saint Launeuc, en mars 1919, il reconnut au milieu d&rsquo;un groupe d&rsquo;enfants sa fille Marie, \u00e2g\u00e9e de 7 ans qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas vue depuis 4 ans. Il rapporte ce journal de guerre \u00e9crit en Allemagne au cours de sa captivit\u00e9, ainsi que ses carnets de captivit\u00e9.<\/p>\n<p>Il reprit son travail de cultivateur jusque sa mort, le 14 septembre 1935 des suites de probl\u00e8mes pulmonaires, s\u00e9quelles de l\u2019attaque du 22 avril 1915. Il repose au cimeti\u00e8re de Saint-Launeuc.<\/p>\n<p><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n<p><em>Carnets de guerre et de captivit\u00e9 d\u2019\u00c9lie Pr\u00e9auchat<\/em>, Janvier 2006, Bretagne 14-18, 76 pages (format 21&#215;29)<\/p>\n<p>Durant la Grande Guerre, \u00c9lie Pr\u00e9auchat a toujours pris des notes sur des carnets. \u00c0 la mi novembre 1914, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une violente attaque allemande, il \u00e9crit : \u00ab\u00a0<em>Les hommes disent qu&rsquo;ils vont \u00eatre prisonniers, ils sont presque cern\u00e9s. La plupart se d\u00e9barrassent de lettres et \u00e9crits compromettants<strong>. <\/strong>J&rsquo;enterre mon calepin o\u00f9 j&rsquo;inscrivais mes m\u00e9moires et mes lettres o\u00f9 il \u00e9tait question des Allemands.<\/em> \u00bb (p. 22) C&rsquo;est \u00e0 cette occasion que le <strong>premier carnet de notes<\/strong> d&rsquo;\u00c9lie Pr\u00e9auchat a disparu.<\/p>\n<p>Le 22 avril 1915, apr\u00e8s une vaine r\u00e9sistance des hommes du 74<sup>\u00e8me<\/sup> R.I.T. en ligne, \u00c9lie Pr\u00e9auchat essaie de se sauver vers l\u2019arri\u00e8re, abandonnant son sac et vraisemblablement son <strong>deuxi\u00e8me carnet de notes<\/strong>. \u00c0 Meschede, en mai 1915, il nous dit n\u2019avoir pour tout bien que sa gamelle (p. 40).<\/p>\n<p>D\u00e8s son arriv\u00e9e au camp de Meschede, il relate les \u00e9v\u00e9nements de sa vie quotidienne et note ses impressions sur un <strong>troisi\u00e8me carnet<\/strong> constitu\u00e9 d&rsquo;un petit calepin allemand couvert de Moleskine, contenant les calendriers 1915 et 1916 ainsi que des renseignements postaux.<\/p>\n<p>Le dimanche 3 octobre 1915, il nous dit : \u00ab<em> J&rsquo;\u00e9cris mes M\u00e9moires de la guerre. Je ne peux me rappeler tout<\/em>.\u00a0\u00bb Il vient d&rsquo;ouvrir un <strong>quatri\u00e8me livret de notes<\/strong> sur lequel il a reconstitu\u00e9 ses \u00ab\u00a0<em>Souvenirs des principaux faits de guerre pendant son s\u00e9jour au front <\/em>\u00bb. Tous les dimanches, il r\u00e9dige son texte de m\u00e9moire et certainement avec l&rsquo;aide de compagnons du 74<sup>\u00e8me<\/sup> R.I.T., prisonniers comme lui \u00e0 Lochtrop. Une fois ce texte termin\u00e9, il le retranscrit consciencieusement sur le <strong><em>Tagebuch <\/em><\/strong> qu&rsquo;il vient d&rsquo;acheter, cahier d&rsquo;\u00e9colier allemand contenant \u00e9galement un emploi du temps d&rsquo;\u00e9l\u00e8ve et les cartes des colonies allemandes : le Cameroun, l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest et l&rsquo;Afrique du Sud.<\/p>\n<p>Sur ce cahier d\u2019\u00e9colier allemand est transcrit le journal de guerre (ao\u00fbt 1914-22 avril 1915) qui constitue la premi\u00e8re partie du document publi\u00e9.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie (avril 1915-ao\u00fbt 1916) est un v\u00e9ritable carnet rempli de ses notes \u00e9crites au jour le jour, tout d&rsquo;abord au camp de Meschede puis dans une ferme de Lochtrop. Ce texte s&rsquo;arr\u00eate le 27 ao\u00fbt 1916, \u00e0 la fin du cahier. Tr\u00e8s organis\u00e9, \u00c9lie Pr\u00e9auchat notait m\u00e9thodiquement sur ce petit document la date des lettres \u00e9crites ainsi que l&rsquo;exp\u00e9diteur et la date de r\u00e9ception des lettres et des colis. On peut penser qu&rsquo;il a continu\u00e9 \u00e0 prendre des notes sur d&rsquo;autres carnets ou cahiers mais que ceux-ci n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9s ou n&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts dans les archives familiales (le <em>Tagebuch<\/em> a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 par un arri\u00e8re petit-fils \u00e0 qui, plusieurs mois plus tard, une tante remettait le 3<sup>\u00e8me<\/sup> carnet oubli\u00e9 dans un vieux tiroir).<\/p>\n<p><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n<p>Les t\u00e9moignages de simples soldats ne sont pas tr\u00e8s fr\u00e9quents et celui d\u2019Elie Pr\u00e9auchat est de qualit\u00e9. Ce petit paysan de la partie \u00ab\u00a0gallo\u00a0\u00bb de la Bretagne, est de la province non bretonnant, n\u2019a \u00e9t\u00e9 que quelques mois \u00e0 l\u2019\u00e9cole communale mais il y a acquis le plaisir et le d\u00e9sir d\u2019\u00e9crire et une belle et bonne culture. L\u2019\u00e9criture est de qualit\u00e9, le style est travaill\u00e9, l\u2019orthographe est presque toujours correcte. Il veut t\u00e9moigner et le fait de fa\u00e7on exemplaire\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Si la mort venait \u00e0 me frapper pendant ma captivit\u00e9, je prie celui de mes camarades ou autres de faire parvenir ce petit r\u00e9cit \u00e0 ma famille qui serait reconnaissante \u00e0 celui qui le lui ferait parvenir.<\/em> \u00bb (p. 34)<\/p>\n<p>Dans ce qui est son journal de guerre (1<sup>re<\/sup> partie), il relate de fa\u00e7on pr\u00e9cise ce que furent les conditions de vie et de combat de ces territoriaux qui n\u2019auraient jamais d\u00fb devenir des combattants de premi\u00e8re ligne et qui furent trait\u00e9s, peut-\u00eatre plus que leurs camarades plus jeunes, de fa\u00e7on indigne. Il \u00e9crit ne point se permettre de critiques car il est \u00ab\u00a0<em>trop patriote pour bl\u00e2mer (son) pays<\/em> \u00bbmais ce qu\u2019il confie pages 32 et 33 est sans appel.<\/p>\n<p>Dans son carnet de captivit\u00e9 (2<sup>e<\/sup> partie), \u00c9lie Pr\u00e9auchat d\u00e9crit d\u2019abord la vie \u00e9triqu\u00e9e et born\u00e9e du prisonnier d\u2019un camp, le bonheur des retrouvailles avec son fr\u00e8re, les privations, le profond ennui, les attentes des colis et des lettres. La mort accidentelle et horrible de son jeune fils Pierre l\u2019affecte tout particuli\u00e8rement mais ce chr\u00e9tien convaincu s\u2019y r\u00e9signe. Il conserve un esprit patriote et est \u00e0 l\u2019aff\u00fbt des nouvelles, encourageantes ou d\u00e9cevantes. Il s\u2019\u00e9l\u00e8ve contre ce soldat de son pays, compagnon de captivit\u00e9 qui est volontaire pour travailler et ainsi gagner de l\u2019argent (p. 40). Tout change lorsqu\u2019il est envoy\u00e9 lui-m\u00eame d\u2019office dans une ferme. Il se trouve alors m\u00eal\u00e9 \u00e0 la population allemande et est en r\u00e9gime de semi libert\u00e9. Au milieu de ces \u00ab\u00a0ennemis\u00a0\u00bb civils, point de haine et point d\u2019exactions. La nourriture devient bien meilleure et il grossit. Le travail est rude mais sans contrainte excessive. Un climat de confiance r\u00e8gne entre le groupe de prisonniers et les patrons (dont le fils part \u00e0 la guerre). Cette r\u00e9daction peut sembler tr\u00e8s r\u00e9p\u00e9titive, mais elle est fid\u00e8le \u00e0 ce qu\u2019\u00e9tait la succession lancinante des jours et des travaux, est le reflet des \u00ab\u00a0jours monotones\u00a0\u00bb des captifs. Il souffre surtout de l\u2019\u00e9loignement des siens\u00a0; les Allemands qu\u2019il c\u00f4toie chaque jour subissent aussi la guerre, tout en esp\u00e9rant la gagner, comme les prisonniers fran\u00e7ais\u2026. Lorsque la nourriture devient moins abondante, ce dont il se plaint \u00e0 plusieurs reprises, c\u2019est parce que les privations atteignent la population allemande (p. 71).<\/p>\n<p>T\u00e9moignage rare, car r\u00e9dig\u00e9 vraiment sur place, quotidiennement. T\u00e9moignage sans concession mais sans outrance. T\u00e9moignage d\u2019un honn\u00eate homme attach\u00e9 \u00e0 son pays et \u00e0 sa famille, d\u00e9sirant la victoire de sa Patrie, mais comprenant aussi les douleurs et malheurs de \u00ab\u00a0ceux d\u2019en face\u00a0\u00bb et d\u00e9plorant \u00ab\u00a0<em>que la folie humaine a fait commettre beaucoup de crimes<\/em> \u00bb (p. 55).<\/p>\n<p>Ren\u00e9 Richard, ao\u00fbt 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin \u00c9lie Pr\u00e9auchat est n\u00e9 le 10 mai 1876 \u00e0 Saint-Launeuc (C\u00f4tes d&rsquo;Armor) au lieu-dit La Bruy\u00e8re, dans une ferme du ch\u00e2teau, disparue aujourd&rsquo;hui. 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