{"id":4912,"date":"2025-08-19T08:31:12","date_gmt":"2025-08-19T07:31:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4912"},"modified":"2025-08-21T20:43:03","modified_gmt":"2025-08-21T19:43:03","slug":"loevenbruck-pierre-1891-1972","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/08\/19\/loevenbruck-pierre-1891-1972\/","title":{"rendered":"Loevenbruck, Pierre (1891-1972)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">Pierre L\u0153venbruck, Ceux de la r\u00e9serve, Paris, Tallandier, 1931, 223 pages <br><br>R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;ouvrage :<br>Pierre L\u0153venbruck, lorrain de Pont-\u00e0-Mousson, est sergent \u00e0 la 7\u00e8me compagnie du 69\u00e8me R.I. de Nancy et de Toul depuis deux ans d\u00e9j\u00e0 quand il commence son journal le 30 juillet 1914, alors qu\u2019il rentre de man\u0153uvres sur le Mont d\u2019Amance, au nord de Nancy. Il y apprend la mobilisation prochaine de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et se demande s\u2019il va l\u2019\u00eatre lui-m\u00eame dans le r\u00e9giment d\u2019active (69\u00e8me). Affect\u00e9 finalement \u00e0 la 1\u00e8re section (puis \u00e0 la 4\u00e8me) de la 23\u00e8me compagnie du 269\u00e8me RI, il d\u00e9crit d\u00e8s lors, \u00e0 23 heures le jour-m\u00eame, la mise sur le pied de guerre de son unit\u00e9, form\u00e9e des r\u00e9servistes meurthe-et-mosellans de toutes origines sociales. Il doit alors les habiller et les transformer en soldats avant que l\u2019unit\u00e9 ne quitte les casernes pour les premiers combats. Suit une description, d\u00e9butant d\u00e8s la nuit, \u00e0 la limite du surr\u00e9alisme, d\u2019une mise en \u00e9tat effective de guerre jusqu\u2019\u00e0 la marche \u00e0 la fronti\u00e8re, vers le nord, le samedi 8 ao\u00fbt. R\u00eavant d\u2019entrer rapidement victorieux dans Metz, en Lorraine allemande, L\u0153venbruck passe la fronti\u00e8re, le 19 ao\u00fbt, \u00e0 Ajoncourt, dont les poteaux ont \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 terre et fait une courte incursion en territoire du Reich. La Seille est en effet bien vite repass\u00e9e sans combats d\u00e8s le 22, apr\u00e8s un bapt\u00eame du feu qui le met en face de la r\u00e9alit\u00e9 de la guerre. Son premier mort, les visions d\u2019exode des paysans lorrains, la canonnade, tout cela n\u2019alt\u00e8re pas encore l\u2019 \u00ab \u00e2me de conqu\u00e9rant \u00bb des r\u00e9servistes. Pourtant, la d\u00e9faite qui se joue en Moselle ram\u00e8ne la guerre devant Nancy. D\u00e9bute alors la bataille du Grand Couronn\u00e9 qui va hacher le r\u00e9giment au nord de la ville pour la prot\u00e9ger de l\u2019invasion. D\u00e8s lors, le sergent \u00e9voque, dans le d\u00e9tail, les journ\u00e9es \u00e9piques autant que mortif\u00e8res, jusqu\u2019\u00e0 la victoire, tr\u00e8s temporaire, qui s\u2019est jou\u00e9e sur La Marne, le 17 septembre. Le 29, le r\u00e9giment doit participer \u00e0 la phase suivante de la guerre, qui l\u2019am\u00e8ne devant Douai, dans le Nord, o\u00f9 se joue la Course \u00e0 la mer. Les combats n\u2019y sont pas moins violents, et le 3 octobre, peinant \u00e0 r\u00e9aliser la surprise de la situation, il est fait prisonnier \u00e0 Billy-Montigny par un houzard du 7\u00e8me Kavallerie Korps. Son \u00e9pop\u00e9e s\u2019arr\u00eate alors qu\u2019il d\u00e9couvre l\u2019inscription \u00ab Kriegsgefangenen Lager Parchim \u00bb sur la porte d\u2019entr\u00e9e du camp de prisonnier, qu\u2019il franchit le 8 octobre 1914. <br><br>El\u00e9ments biographiques :<br>Marie, Joseph, Pierre L\u0153venbruck, (parfois orthographi\u00e9 L\u0153wenbruck) est n\u00e9 le 2 avril 1891 \u00e0 Pont-\u00e0-Mousson, en Meurthe-et-Moselle. Son p\u00e8re, Louis Henri, n\u00e9 \u00e0 Thionville, est n\u00e9gociant et sa m\u00e8re, Marie, Joseph, Claudine No\u00ebl est sans profession. Il a une s\u0153ur et un jeune fr\u00e8re, \u00e2g\u00e9 de 13 ans quand il entre en guerre. Il obtient son baccalaur\u00e9at g\u00e9n\u00e9ral et d\u00e9bute son service militaire dans la foul\u00e9e, en 1912. Fait rapidement prisonnier, il cumulera 7 ann\u00e9es de services militaires et 9 ann\u00e9es de services civils, dont trois ans et demi \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il racontera chez le m\u00eame \u00e9diteur, \u00e9galement en 1931, son \u00ab exp\u00e9rience \u00bb de captiv\u00e9 dans un ouvrage intitul\u00e9 Bouches inutiles, Quarante mois de captivit\u00e9 en Allemagne. Il \u00e9pouse \u00e0 Berne, en Suisse, Marie Antonia Kressig, le 6 f\u00e9vrier 1920. Outre une petite carri\u00e8re litt\u00e9raire, il exercera la fonction de Consul de France (de 2\u00e8me classe) en 1934, attach\u00e9 \u00e0 l\u2019administration centrale, puis sera promu \u00e0 la veille de la 2\u00e8me Guerre mondiale, en ao\u00fbt 1939. Convaincu de \u00ab participer en France \u00e0 une r\u00e9sistance active en dehors de ses t\u00e2ches professionnelles \u00bb (cf. son dossier de L\u00e9gion d\u2019Honneur, Base L\u00e9onore), il est alors mis en sursis par le Gouvernement de Vichy (en mars 1942). La Lib\u00e9ration intervenue, il est r\u00e9tabli dans ses fonctions en mai 1944 et confirm\u00e9 en d\u00e9cembre suivant puis nomm\u00e9 Consul G\u00e9n\u00e9ral (de 2\u00e8me classe) en avril 1945, \u00ab en reconnaissance des services rendus \u00bb. Il est fait chevalier de la L\u00e9gion d\u2019Honneur le 9 avril 1930 et officier le 14 ao\u00fbt 1946. Il d\u00e9c\u00e8de le 4 d\u00e9cembre 1972 \u00e0 son domicile, 116 rue de la Convention, dans le 15\u00e8me arrondissement \u00e0 Paris.<br><br>Commentaire sur l\u2019ouvrage :<br>D\u00e9sir\u00e9 Ferry, pr\u00e9sident de l\u2019Union nationale des Officiers de R\u00e9serve de France, introduit l\u2019ouvrage en vantant les m\u00e9rites d\u2019un journal de guerre, genre loin d\u2019avoir \u00e9puis\u00e9 la curiosit\u00e9 des lecteurs, celui-ci issu de \u00ab ceux de la r\u00e9serve \u00bb, nous renseignant sur l\u2019origine de ce carnet. Il dit : \u00ab Le r\u00e9serviste prenait des notes selon sa fantaisie, au hasard des cantonnements. C\u2019\u00e9tait tant\u00f4t un journal de route, tant\u00f4t un recueil d\u2019impression. C\u2019\u00e9tait pour lui-m\u00eame, \u00ab quand il serait vieux \u00bb, qu\u2019il consignait ses souvenirs \u00bb (page IV). En effet, sous l\u2019apparence d\u2019un carnet de route qui couvre, quasi jour par jour, la p\u00e9riode du 30 juillet au 8 octobre 1914, Ceux de la r\u00e9serve est bien un livre de souvenirs. Mais ceux-ci, relat\u00e9s simplement, et rapportant la vision exacte et bien d\u00e9crite des grandes phases qui ont marqu\u00e9 sa courte exp\u00e9rience de guerre : La mobilisation et l\u2019entr\u00e9e en guerre d\u2019un r\u00e9giment de R\u00e9serve, la marche \u00e0 la fronti\u00e8re (mosellane), la bataille du Grande Couronn\u00e9, et la Course \u00e0 la Mer. Pierre L\u0153venbruck confirme cette architecture en la pr\u00e9cisant : La mobilisation \u2013 La victoire en chantant \u2013 Le Grand-Couronn\u00e9 \u2013 Un secteur de tout repos \u2013 La course \u00e0 la mer et \u00c0 travers l\u2019Allemagne. A l\u2019\u00e9chelle d\u2019un r\u00e9giment (le 69\u00e8me et son r\u00e9giment de r\u00e9serve, le 269\u00e8me), l\u2019ouvrage rev\u00eat donc un ind\u00e9niable int\u00e9r\u00eat local, montrant la mise en \u00e9tat de guerre des classes d\u2019\u00e2ge meurthe-et-mosellanes autour de Nancy et de Toul, L\u0153venbruck \u00e9tant n\u00e9 \u00e0 Pont-\u00e0-Mousson et terminant son service militaire puisque depuis deux ans d\u00e9j\u00e0 sous l\u2019uniforme. Il est sergent lorsque la guerre le surprend en pleine man\u0153uvre autour de Nancy. Pour ses camarades et certainement pour lui \u00e9galement, le 30 juillet 1914, la guerre, d\u2019abord, n\u2019est pas possible. L\u2019habillement en cours des civils transform\u00e9s en militaires, le fourrier dit encore, le lendemain : \u00ab Je m\u2019en fous. Je suis peinard, ici, o\u00f9 je dois assurer l\u2019habillement des r\u00e9servoirs pendant vingt-cinq jours. Aussi, la f\u00eate sera finie quand je serai en \u00e9tat de rejoindre \u00bb (page 18). Plus loin encore, le 4 ao\u00fbt, il rapporte m\u00eame : \u00ab \u2026 nous ne devons pas combattre mais simplement suivre \u2013 et de loin \u2013 les troupes de l\u2019active dans leur avance en pays ennemi. D\u2019ailleurs, attaqu\u00e9s par les Fran\u00e7ais d\u2019un c\u00f4t\u00e9, par les Russes et les Serbes de l\u2019autre, les Allemands ne tiendront pas longtemps ; c\u2019est l\u2019\u00e9vidence m\u00eame ! et dans six semaines, deux mois, nous reviendront \u00e0 Nancy en vainqueurs \u00bb (pages 42 et 43). Le mythe de la guerre courte est tenace ; il tient encore, le 18 ao\u00fbt, quand L\u0153venbruck avance, alors qu\u2019il d\u00e9couvre un num\u00e9ro de l\u2019Est R\u00e9publicain, dat\u00e9 du 16 : \u00ab On y raconte des histoires admirables sur la famine qui menace l\u2019Allemagne, sur le \u00ab mordant \u00bb de notre cavalerie (2\u00e8me \u00e9dition) et le \u00ab cran \u00bb de nos chasseurs. Chacun sait que les autres troupes n\u2019existent pas. Tout ce bourrage de cr\u00e2ne qui nous enchante, nous para\u00eet naturel et il n\u2019est pas un de nous qui ne soit persuad\u00e9 que dans quinze jours, mettons trois semaines pour les plus exigeants, la guerre ne soit termin\u00e9e \u00bb (page 74). Mythe qui existe d\u2019ailleurs \u00e9galement chez les Allemands, qui le d\u00e9clarent eux-aussi au prisonnier L\u0153venbruck d\u00e9but octobre (page 208). Sur la famine allemande, il y reviendra apr\u00e8s sa capture et sa \u00ab travers\u00e9e de l\u2019Allemagne \u00bb comme prisonnier, en glosant, le 3 octobre : \u00ab \u2026 quant \u00e0 la famine qui, d\u2019apr\u00e8s nos journaux r\u00e8gne dans leurs rangs\u2026 je souhaiterais aux r\u00e9dacteurs de ces articles de manger aussi bien qu\u2019eux ! \u00bb (page 211). L\u0153venbruck livre donc une particuli\u00e8re int\u00e9ressante \u00ab vue de l\u2019int\u00e9rieur \u00bb de la r\u00e9ception de la mobilisation, de l\u2019engagement en masse des r\u00e9serves qu\u2019il faut \u00e9quiper de pied en cap et mettre en \u00e9tat de guerre, tant psychologique que, 22 jours plus tard, confront\u00e9 \u00e0 la violence d\u2019une guerre qui r\u00e9v\u00e8le son vrai visage, abattant les fantasmes d\u2019une victoire facile et rapide. Il en dresse un tableau impressionnant : \u00ab Pr\u00e8s de la caserne A. R. [de Toul], les terrains de man\u0153uvres, qui servaient nagu\u00e8re \u00e0 l\u2019artillerie, sont litt\u00e9ralement couverts de civils endormis : on y voit toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9, des bourgeois, des jeunes gens, des vieux, des ouvriers, des paysans en blouse, quelques pr\u00eatres en soutane, combien sont-ils qui attendent qu\u2019on veuille les recevoir dans les casernes o\u00f9 il doivent \u00eatre habill\u00e9s ? Deux mille, trois mille peut-\u00eatre, arriv\u00e9s dans la nuit et que les postes de garde ont eu la cruaut\u00e9 de laisser dehors \u00bb (pages 34 et 35). L\u2019ouvrage, qui n\u2019est pas teint\u00e9 de bourrage de cr\u00e2ne, \u2013 page  110, il dit \u00e0 propos de l\u2019espionnite : \u00ab je ne crois gu\u00e8re \u00e0 ces histoire de roman-feuilleton \u00bb \u2013 rapporte ce qui fut une certaine r\u00e9alit\u00e9 voulant que certains, affect\u00e9s dans la r\u00e9serve, virent dans cette affection un \u00e9loignement de la gloire. Il dit, lorsqu\u2019il apprend, manifestement d\u00e9\u00e7u et inquiet, son affectation effective : \u00ab Que sera le 269\u00e8me de r\u00e9serve ? Un tas d\u2019inconnus, de nouveau chefs, de nouveaux coll\u00e8gues et, pendant que nous ferons l\u2019exercice dans un fort de Toul, le 69\u00e8me entrera dans Metz ou dans Strasbourg \u00bb (page 17) ! D\u00e8s les premi\u00e8res marches vers la fronti\u00e8re, L\u0153venbruck s\u2019\u00e9panche sur les difficult\u00e9s que ses 22 ans \u00e9prouvent \u00e0 se faire ob\u00e9ir d\u2019une telle diversit\u00e9 sociale. Il dit : \u00ab Les d\u00e9buts furent durs, tr\u00e8s durs, p\u00e9nibles pour tous, pour nos officiers comme pour nous, grad\u00e9s de l\u2019active ; pour ces hommes arrach\u00e9s \u00e0 leur famille, \u00e0 leurs travaux, \u00e0 leurs douces habitudes, le changement \u00e9tait trop brutal, la discipline depuis trop longtemps oubli\u00e9e ; partis de chez eux en chantant, ils s\u2019apercevaient soudain que la rigolade \u00e9tait finie ; que le sac \u00e9tait lourd, que la route \u00e9tait longue, que les godillots mal graiss\u00e9s les blessaient, tandis que l\u2019\u00e9quipement leur sciait les \u00e9paules, et, naturellement c\u2019est nous qu\u2019ils en rendaient responsables, et parmi nous ceux qui \u00e9taient le plus pr\u00e8s d\u2019eux, ces \u00ab sous-officiers \u00bb abhorr\u00e9s et d\u00e9test\u00e9s\u2026 jusqu\u2019au jour o\u00f9, petit \u00e0 petit, ils s\u2019aper\u00e7urent qu\u2019au lieu d\u2019\u00eatre des ennemis, des tortionnaires, nous \u00e9tions leurs amis, que notre souci \u00e9tait toujours de chercher pour eux le meilleur abri contre les rafales d\u2019artillerie ou le cantonnement le plus confortable \u00e0 l\u2019\u00e9tape, et alors, peu \u00e0 peu, mais tr\u00e8s vite, leur attitude \u00e0 tous, et je dis tous sans exception, m\u00eame et surtout Monier et Gr\u00e9gori, changea radicalement \u00bb (page 51). Mais cette \u00ab d\u00e9couverte \u00bb du feu qui tue n\u2019est pas imm\u00e9diate. D\u2019abord apr\u00e8s une rapide marche \u00e0 la fronti\u00e8re au nord de Nancy, il franchit sans combat ni r\u00e9sistance la Seille, rivi\u00e8re formant la fronti\u00e8re entre la Moselle et la Meurthe-et-Moselle, \u00e0 proximit\u00e9 de Delme, et n\u2019entend le son que loin derri\u00e8re les collines qui lui font face, en direction de Morhange. Il se sait pas encore que depuis plusieurs jours, les fran\u00e7ais sont d\u00e9j\u00e0 morts en masse en Belgique et en Moselle et que cette journ\u00e9e du 22 ao\u00fbt sera la plus meurtri\u00e8re de toute la Grande Guerre. Il d\u00e9couvre petit \u00e0 petit lui-aussi les \u00ab caract\u00e9ristiques \u00bb de la \u00ab vraie \u00bb guerre. Apprenant par l\u2019\u00e9preuve les \u00ab vertus \u00bb de s\u2019enterrer, il confie, le 10 ao\u00fbt : \u00ab\u2026 nous tous qui allions devenir les remueurs de terre que l\u2019on sait, on ne nous avait fait ex\u00e9cuter qu\u2019une seule fois, pendant mes deux ann\u00e9es de service militaire, des travaux de campagne avec les outils de parc, c\u2019est-\u00e0-dire de vraies pelles et de vraies pioches \u00bb (page 62). Sa \u00ab d\u00e9couverte \u00bb des premiers morts l\u2019impressionne. Le 12 ao\u00fbt, il d\u00e9crit : \u00ab Dans une petite prairie, bien verte, gisent des cadavres de chevaux, ceux que montaient les propri\u00e9taires des lances, sans doute. C\u2019est la premi\u00e8re image de mort qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous depuis notre entr\u00e9e en campagne et soudain, nos rangs si bruyants tout \u00e0 l\u2019heure, deviennent totalement silencieux \u00bb (page 67). Mais le premier mort qu\u2019il d\u00e9couvre n\u2019intervient que le 20 ao\u00fbt ; il ajoute \u00ab mais nous ne pouvons pas encore nous figurer que pareil sort nous menace \u00bb (page 79). H\u00e9las, devant l\u2019exode des populations les villages qui br\u00fblent et les salves d\u2019artillerie qui s\u2019abattent \u00e0 ses alentours ; la guerre finit par rejoindre le r\u00e9giment et le bapt\u00eame du feu est terrible. Le 23, devant la seille, \u00e0 Moivrons, il d\u00e9crit le \u00ab tintamarre \u00bb et le commandant Wurster qui dit : \u00ab Arr\u00eatez ! l\u00e2ches ! Le premier qui recule, je lui br\u00fble la gueule ! \u00bb (\u2026) \u00ab sa cr\u00e2nerie arr\u00eat[ant] les fuyards \u00bb (page 90). La suite est alors, dans les combats du Grand Couronn\u00e9 ou dans ceux de la Course \u00e0 la Mer, une longue suite de miracles pour le sergent, bouscul\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises par des obus \u00e9clatant \u00e0 proximit\u00e9 (pages 98, 118 ou 189) ou recevant, \u00e0 au moins cinq reprises (pages 105, 125, 135, 136 ou 182), balles et \u00e9clats d\u2019obus qui dans la capote, qui dans la musette et ce qu\u2019elle contient. Certains jours sont terribles de bombardements, comme le 25 ao\u00fbt, heureux d\u2019en \u00eatre sorti entier. Prisonnier, les circonstances et le traitement que Pierre L\u0153venbruck d\u00e9crit sont int\u00e9ressants. Exhib\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 la vindicte allemande (pages 203 et 218), honn\u00eate, il dit n\u2019avoir pourtant pas subi de r\u00e9els mauvais traitements.<br>Au final, tout l\u2019ouvrage, par sa simplicit\u00e9, la sobri\u00e9t\u00e9 de ses tableaux et surtout leur v\u00e9racit\u00e9, est r\u00e9solument l\u2019un des tout meilleurs t\u00e9moignages rapportant l\u2019entr\u00e9e en guerre et les premiers combats des civils, r\u00e9servistes, devenus du jour au lendemain ceux que l\u2019on appellera quelques semaines plus tard les poilus. <br> <br>Renseignements tir\u00e9s de l\u2019ouvrage :<br><br>Parcours suivi par l\u2019auteur (date) :<br>Essey-l\u00e8s-Nancy (caserne Kl\u00e9ber) : 30 juillet 1914<br>Nancy : 31 juillet <br>Toul (caserne A.R.) &#8211; Domgermain : 1er ao\u00fbt <br>Velaine-en-Haye : 7 ao\u00fbt<br>Pont de Malz\u00e9ville &#8211; Boudonville : 8 ao\u00fbt<br>Malz\u00e9ville &#8211; Pixer\u00e9court &#8211; Bouxi\u00e8res-aux-Dames &#8211; Custines &#8211; Malleloy : 8 ao\u00fbt<br>Col de Lixi\u00e8res : 10 ao\u00fbt<br>Morey : 11 ao\u00fbt<br>Arraye-et-Han &#8211; Ajoncourt &#8211; Moivrons &#8211; Col de Bratte &#8211; Bois de Gr\u00e9mecey : 12-24 ao\u00fbt<br>Villers-les-Moivrons &#8211; Faulx &#8211; Lay-Saint-Christophe &#8211; Agincourt &#8211; Lenoncourt &#8211; Buissoncourt &#8211; Gellenoncourt &#8211; Haraucourt &#8211; Drouville &#8211; Col de la Fen\u00eatre &#8211; R\u00e9m\u00e9r\u00e9ville : 25 ao\u00fbt &#8211; 16 septembre<br>Valhey &#8211; Bathel\u00e9mont-l\u00e8s-Beauz\u00e9mont : 17-27 septembre<br>Laneuveville-devant-Nancy &#8211; Einville &#8211; Maixe &#8211; Cr\u00e9vic &#8211; Dombasle : 28-29 septembre<br>En train : Nancy (gare de Mon-D\u00e9sert) &#8211; Frouard &#8211; Toul &#8211; Montereau &#8211; Palaiseau &#8211; Versailles &#8211; Mantes &#8211; Vernon &#8211; Eu &#8211; Montreuil &#8211; Berck &#8211; Etaples &#8211; Saint-Pol-sur-Ternoise &#8211; Drocourt : 29 septembre &#8211; 1er octobre<br>Drocourt &#8211; Rouvroy &#8211; Billy-Montigny : 1er &#8211; 3 octobre<br>Prisonnier : Billy-Montigny &#8211; Ch\u00e2teau de Beaumont &#8211; Douai &#8211; En train : Valenciennes &#8211; Charleroi &#8211; Namur &#8211; Li\u00e8ge &#8211; Verviers &#8211; Aix-la-Chapelle &#8211; Dusseldorf &#8211; Elberfeld &#8211; Hanovre &#8211; Wittenberge &#8211; Parchim : 3-4 octobre.<br><br>Renseignements tir\u00e9s de l\u2019ouvrage :<br>Page 18 : Garde-poux, garde magasin<br>29 : Colonel Granges, commandant du 269\u00e8me, \u00ab ador\u00e9 du r\u00e9giment \u00bb<br>30 : Fusil et drapeau oubli\u00e9 lors d\u2019une marche<br>35 : Magasin bric-\u00e0-brac pour habiller les 250 hommes de la compagnie<br>38 : Perception des armes<br>39 : Seulement 3 tailles d\u2019effets<br>40 : Matriculage personnel des effets<br>42 : Vue de Toul en \u00e9tat de si\u00e8ge<br>48 : Couvres k\u00e9pis faits avec des cravates bleues pour masquer la couleur rouge<br>53 : Gautherot, maire de Pont-\u00e0-Mousson<br>57 : Espionnite (vap 109)<br>61 : Carapace, \u00ab toute la compagnie s\u2019accroupit la t\u00eate des uns dans le derri\u00e8re des autres, de fa\u00e7on \u00e0 ne plus pr\u00e9senter qu\u2019une cro\u00fbte de sacs \u00bb<br>68 : Ivrognerie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<br>70 : Sur la reconnaissance des avions : \u00ab La veille [13 ao\u00fbt], une note du g\u00e9n\u00e9ral a fait savoir \u00e0 toutes les troupes que lorsque, par erreur, elles tireraient sur un a\u00e9roplane fran\u00e7ais, celui-ci ex\u00e9cuterait en l\u2019air un 8 \u00bb<br>71 : Moustiques<br>77 : Fronti\u00e8re allemande et poteaux arrach\u00e9s<br>     : Habitante cach\u00e9e dans son armoire<br>78 : Changement de la bo\u00eete aux lettres Kaiserliche Briefkaste en fonte d\u2019Ajoncourt par une fran\u00e7aise <br>80 : Exode lorrain<br>81 : Bruit du 75 \u00ab semblable \u00e0 celui d\u2019une cloche de bronze heurt\u00e9e violemment \u00bb<br>82 : Retraite en paga\u00efe, impression de d\u00e9b\u00e2cle (vap 90, arr\u00eat\u00e9e par menace par un officier)<br>88 : Maison pill\u00e9e dont le propri\u00e9taire est soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019\u00eatre un espion<br>94 : Gendarmes serre-file<br>95 : M\u00e2che de l\u2019herbe pour tromper sa soif<br>98 : Obus de 77 tombant \u00ab comme des gros cailloux \u00bb<br>102 : Vision de charnier, collecte les plaques et les papiers des morts<br>103 : Allemand bless\u00e9<br>105 : Soldat nomm\u00e9 sergent car il a ramen\u00e9 une mitrailleuse<br>107 : Obus non \u00e9clat\u00e9 qui \u00ab est venu se terrer dans le parapet comme un lapin \u00bb<br>108 : 3 septembre, Sedantag et rituel allemand inutile<br>120 : Enterrement sur le front, description et croix<br>121 : Premiers abris (6 septembre)<br>150 : Annonce au poste de police de Buissoncourt de la Victoire de La Marne<br>163 : Sacs \u00e0 grains vides servant de capuchons sous la pluie<br>169 : Sup\u00e9riorit\u00e9 de la tranch\u00e9e allemande<br>170 : Milliers de bouteilles vides dans les abris et les tranch\u00e9es allemandes abandonn\u00e9es<br>171 : Arbre observatoire, dot\u00e9 d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone<br>       : Premi\u00e8re messe (22 septembre)<br>173 : Vue de tombes, constitu\u00e9es en remplissant les foss\u00e9s de la route<br>180 : Vente de souvenirs du front et prix (exorbitants)<br>188 : Horreur d\u2019un cavalier mort tra\u00een\u00e9 par son cheval<br>189 : Horreur d\u2019un obus touchant au but sur un homme<br>193 : Fracture une porte puis une fen\u00eatre d\u2019une maison abandonn\u00e9e<br>203 : Intervention d\u2019un officier allemand qui lui emp\u00eache d\u2019\u00eatre maltrait\u00e9 (vap 210)<br>       : Photographi\u00e9 par des soldats allemands avec des kodaks<br>216 : Inscriptions allemandes sur les trains<br>220 : Prisonniers servis \u00e0 la gare de Wittenberge servis par des ma\u00eetres d\u2019h\u00f4tel en habits !<br><br>Yann Prouillet, ao\u00fbt 2023<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pierre L\u0153venbruck, Ceux de la r\u00e9serve, Paris, Tallandier, 1931, 223 pages R\u00e9sum\u00e9 de l&rsquo;ouvrage :Pierre L\u0153venbruck, lorrain de Pont-\u00e0-Mousson, est sergent \u00e0 la 7\u00e8me compagnie du 69\u00e8me R.I. de Nancy et de Toul depuis deux ans d\u00e9j\u00e0 quand il commence son journal le 30 juillet 1914, alors qu\u2019il rentre de man\u0153uvres sur le Mont d\u2019Amance, &hellip; 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