{"id":4951,"date":"2025-09-16T19:43:07","date_gmt":"2025-09-16T18:43:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4951"},"modified":"2025-09-30T18:00:48","modified_gmt":"2025-09-30T17:00:48","slug":"limbour-jules-1851-1933","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/09\/16\/limbour-jules-1851-1933\/","title":{"rendered":"Limbour, Jules (1851 \u2013 1933)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Un Douaisien tr\u00e8s occup\u00e9 1914 \u2013 1918<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Allender Roland<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Originaire des Ardennes, Jules Limbourg, agr\u00e9g\u00e9 d\u2019allemand en 1887, enseigne longtemps au lyc\u00e9e de Douai. Il est conseiller municipal de Douai de 1892 \u00e0 1900 avec une \u00e9tiquette radical-socialiste. Retrait\u00e9 en 1912, il assure ensuite la lourde responsabilit\u00e9 d\u2019administrateur b\u00e9n\u00e9vole de l\u2019H\u00f4tel-Dieu. Il r\u00e9int\u00e8gre le conseil municipal de 1919 \u00e0 1925.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le journal d\u2019occupation de Jules Limbour, constitu\u00e9 de 1200 feuillets manuscrits oubli\u00e9s dans une bo\u00eete \u00e0 la biblioth\u00e8que de Douai, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert par Roland Allender\u00a0; celui-ci a, non sans difficult\u00e9s, retranscrit ce texte (mauvais \u00e9tat, feuillets manquants, lisibilit\u00e9, passages en allemand\u2026)\u00a0; le r\u00e9sultat de ce long travail a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 2014 par la SASA (M\u00e9moires de la Soci\u00e9t\u00e9 Nationale d\u2019Agriculture, Sciences et Arts de Douai, 5<sup>e<\/sup> s\u00e9rie, tome XVII, 429 p.).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce texte est d\u2019un grand int\u00e9r\u00eat&nbsp;: Jules Limbour, administrateur b\u00e9n\u00e9vole de l\u2019H\u00f4tel-Dieu, a une position qui lui fait conna\u00eetre l\u2019\u00e9tat sanitaire de la population douaisienne, ainsi que celui des bless\u00e9s h\u00e9berg\u00e9s, ceux-ci devenant bient\u00f4t uniquement des soldats allemands. Ancien \u00e9lu municipal, c\u2019est un notable qui conna\u00eet bien les rouages de la cit\u00e9, ainsi que l\u2019\u00e9tat social de l\u2019agglom\u00e9ration. Agr\u00e9g\u00e9 d\u2019allemand, il peut n\u00e9gocier avec les autorit\u00e9s (d\u00e9fense de \u00ab&nbsp;son&nbsp;\u00bb mat\u00e9riel et de \u00ab&nbsp;son&nbsp;\u00bb personnel), mais aussi \u00e9changer sur le fond (situation de la guerre, politique ou philosophie) avec certains officiers qu\u2019il est tenu de loger. Grand connaisseur de l\u2019Allemagne, il produit des remarques sur l\u2019organisation de l\u2019arm\u00e9e, de l\u2019occupation, ou sur la mentalit\u00e9 allemande et ses points forts, sans jamais quitter le parti de la France ni douter de la victoire finale.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Douai dans la guerre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019auteur donne au fil de son journal de pr\u00e9cieuses informations sur l\u2019occupation. Son ton est souvent critique et ironique, c\u2019est un homme autoritaire et s\u00fbr de ses jugements, volontiers acerbe, ainsi par exemples \u00e0 propos des \u00e9tudiants en m\u00e9decine fran\u00e7ais rest\u00e9s \u00e0 l\u2019H\u00f4tel-Dieu en septembre 1914&nbsp;: (p 30, avec autorisation de citation) \u00ab&nbsp;<em>Les jeunes Tersen et Beaumont, embusqu\u00e9s qui distinguent \u00e0 peine une veine d\u2019un os, se croient des princes de la science et se font donner du Monsieur le major.<\/em>&nbsp;\u00bb Il d\u00e9fend son institution, critique l\u2019\u00e9tablissement religieux rival Sainte-Clotilde (p.31),&nbsp; tenu par des s\u0153urs \u00ab&nbsp;<em>o\u00f9 l\u2019on passe son temps \u00e0 d\u00e9blat\u00e9rer sur la Gueuse, o\u00f9 une trentaine de charmantes jeunes filles porte un joli costume de la croix rouge bien orn\u00e9 d\u2019\u00e9toffe fine, et joue<\/em> (\u2026) <em>la com\u00e9die de la charit\u00e9 mondaine.&nbsp;<\/em>\u00bb Il a toutefois aussi dans son \u00e9tablissement des s\u0153urs dont il reconna\u00eet la qualit\u00e9 du travail. Ses relations avec la hi\u00e9rarchie allemande &nbsp;sont &nbsp;correctes, et sa connaissance de l\u2019allemand et quelques facilit\u00e9s qui lui sont propres permettent d\u2019apaiser les tensions (9 f\u00e9vrier 1915, p.84)&nbsp;: [un conflit \u00e0 l\u2019h\u00f4pital] \u00ab<em>Quelque chose me dit que la solution est chez Schroeder si dur et si emport\u00e9. J\u2019y vais. Il me re\u00e7oit d\u2019abord durement. Je fais un signe ma\u00e7onnique. Il s\u2019adoucit et nous voil\u00e0 bons camarades. C\u2019est entendu.&nbsp; Mesures raisonnables, etc\u2026&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp; .<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Un hygi\u00e9niste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On citera ici un long extrait qui montre les conceptions de J. Limbourg, \u00e0 la fois fervent r\u00e9publicain, moraliste et hygi\u00e9niste&nbsp; [on am\u00e8ne \u00e0 l\u2019H\u00f4tel-Dieu une quarantaine de femmes malades et capables de contaminer les soldats allemands] (p. 81) \u00ab&nbsp;<em>Ces femmes de 14 \u00e0 30 ans, quelques-unes avec des enfants ont pour la plupart \u00e9t\u00e9 ramass\u00e9es dans les cabarets de Hanay <\/em>[Hantay&nbsp;?]<em>, Harnes, dans Billy-Montigny, H\u00e9nin-Li\u00e9tard. Beaucoup sont saines, un tiers a la gale. Quelques jolies filles admirablement faites, beaucoup de tra\u00eeneuses, des filles de cabaret, des femmes de mineurs habitu\u00e9es aux logeurs, des m\u00e8res de famille fain\u00e9antes, toute une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019alcoolisme, v\u00e9g\u00e9tation d\u2019estaminets, de terrils et de bals borgnes, filles d\u2019une ignorance crasse, paresseuses, cruelles \u00e0 l\u2019occasion, dangereuses, produits redoutables de notre d\u00e9mocratie elle\u2013m\u00eame paresseuse, veule, incapable de vouloir et de r\u00e9aliser la moindre r\u00e9forme, d\u2019organiser l\u2019instruction, l\u2019\u00e9ducation, de veiller \u00e0 la salubrit\u00e9 physique et morale de la population (\u2026) L\u2019industrie du cabaret est une monstruosit\u00e9 sociale. La prosp\u00e9rit\u00e9 du commerce de l\u2019eau-de-vie est la pire des prosp\u00e9rit\u00e9s Elle \u00e9quivaut \u00e0 la ruine physique et morale. La R\u00e9publique a un rude mea culpa \u00e0 faire.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il est impressionn\u00e9 par la propret\u00e9 physique des Allemands, leur fr\u00e9quentation assidue des Bains Douaisiens, les hommes y allant par ordre, par unit\u00e9&nbsp;; il insiste \u00e0 plusieurs reprises sur cette propret\u00e9, qui s\u2019accorde avec ses conceptions, lui qui \u00ab<em>&nbsp;\u00e0 64 ans est tous les jours savonn\u00e9 des pieds \u00e0 la t\u00eate (p. 159)&nbsp;<\/em>\u00bb. Il \u00e9voque aussi l\u2019hygi\u00e8ne publique, ainsi du village de Raimbeaucourt (p. 203)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les Allemands ont pris 32 jeunes gens pour nettoyer le village<\/em>&nbsp; (\u2026) <em>Jamais on n\u2019avait pens\u00e9 qu\u2019un village p\u00fbt \u00eatre propre, leur caract\u00e9ristique jusqu\u2019ici \u00e9tait la boue, le fumier, les maladies contagieuses qui vont de pair avec la salet\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb Ceci fait aussi penser aux villages de la Meuse, o\u00f9 les autorit\u00e9s fran\u00e7aises comme allemandes font enlever le fumier entass\u00e9 entre les maisons et la rue.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Un syndrome de Stockholm?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jules Limbour est impressionn\u00e9 par ce qu\u2019il estime \u00eatre la sup\u00e9riorit\u00e9 de l\u2019organisation allemande, qui confirme la connaissance qu\u2019il en avait avant-guerre, ainsi p. 47 \u00ab&nbsp;<em>Gracy me disait hier<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Vous avez des sentiments allemands.<\/em>&nbsp;\u00bb <em>\u00c0 quoi j\u2019ai r\u00e9pondu<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je connais l\u2019Allemagne et il ne m\u2019est pas possible de dire le contraire de ce que j\u2019ai vu&nbsp;<\/em>\u00bb L\u2019auteur souligne la correction de certaines troupes, et contrairement aux autres diaristes, salue la correction des Prussiens, compar\u00e9s \u00e0 des Bavarois plus douteux (d\u00e9c. 1914). Il \u00e9voque les qualit\u00e9s humaines d\u2019officiers qu\u2019il doit loger, ainsi par exemple (oct. 1914, p. 42) <em>\u00ab&nbsp;Le capitaine Lutz est parti, me laissant une bouteille de vin et une bo\u00eete de cigares. Nous le regrettons tous. C\u2019\u00e9tait la cr\u00e8me des hommes.&nbsp;<\/em>\u00bb C\u2019est plus loin un aviateur (juin 1916, p. 268) \u00ab&nbsp;<em>Presque tous les aviateurs de la Brayelle s\u2019en vont<\/em> (\u2026). <em>Monsieur Mickler nous a donn\u00e9 sa photographie avec une affectueuse d\u00e9dicace, c\u2019est un bon gar\u00e7on qui para\u00eet regretter beaucoup de s\u2019en aller. (\u2026) il \u00e9tait serviable et affectueux \u2026&nbsp;<\/em>\u00bb Il refait son \u00e9loge lorsqu\u2019il apprend sa mort en octobre (p. 289) &nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Je lui avais donn\u00e9 un mot de recommandation dans le cas o\u00f9 il serait prisonnier, si j\u2019avais pu lui donner un contre la mort, je l\u2019aurais fait.<\/em>&nbsp;\u00bb Jules Limbourg est ainsi un t\u00e9moin tr\u00e8s atypique par sa proximit\u00e9 culturelle avec l\u2019occupant&nbsp;: au tout d\u00e9but de l\u2019occupation, un sous-officier allemand lui avait par exemple racont\u00e9 le sac de Louvain, en le lui pr\u00e9sentant comme amplement justifi\u00e9 (p. 29).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En m\u00eame temps, notre t\u00e9moin est lucide, soulignant la diff\u00e9rence d\u2019attitude entre les troupes de l\u2019arri\u00e8re (Douai) et celle des zones de combat (d\u00e9c. 1914, p.62) \u00ab&nbsp;<em>L\u2019institutrice d\u2019Athies me raconte \u00e0 l\u2019H\u00f4tel-Dieu l\u2019\u00e9pouvantable existence des habitants d\u2019Athies et de Feuchy et de Tilloy<\/em> [sur la ligne de front]. <em>Ces deux derniers mois la barbarie des Bavarois n\u2019a pas eu de limites. Ils ont d\u00e9truit et sali par plaisir, taillad\u00e9 des robes, des draps, sans utilit\u00e9<\/em>.&nbsp;\u00bb Il sait aussi se faire respecter chez lui et n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 \u00ab&nbsp;raisonner&nbsp;\u00bb les officiers qu\u2019il loge si c\u2019est n\u00e9cessaire (nov. 1915, p. 171) \u00ab&nbsp;<em>Mon officier est revenu \u00e0 minuit saoul comme une grive, il a d\u00fb vomir. Je l\u2019ai trait\u00e9 durement, le lendemain, il s\u2019est excus\u00e9<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Un patriotisme lucide<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Cette volont\u00e9 constante de reconna\u00eetre les qualit\u00e9s des Allemands rend d\u2019autant plus int\u00e9ressantes ses critiques \u00e0 leur \u00e9gard (p. 88) \u00ab&nbsp;<em>Quiconque a fr\u00e9quent\u00e9 un Allemand a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 et repouss\u00e9 par son manque de tact, d\u2019am\u00e9nit\u00e9, son affectation de sup\u00e9riorit\u00e9.&nbsp;<\/em>\u00bb Il n\u2019a aucun doute sur les risques collectifs courus, \u00e9voquant Louvain et le Lusitania (p. 112)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Nous le sentons ici, nous sommes \u00e0 la merci des fantaisies d\u2019un chef qui pourrait faire br\u00fbler la ville sous le pr\u00e9texte cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces qu\u2019on a tir\u00e9 sur les soldats ou communiqu\u00e9 avec l\u2019ennemi.<\/em>&nbsp;\u00bb En mai 1915&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je crois que l\u2019Empire expiera, que ses violences inutiles, son attitude blessante seront ch\u00e2ti\u00e9es<\/em> (\u2026)&nbsp;\u00bb Avec Verdun en 1916, il souligne que cette guerre \u00ab<em>n\u2019est qu\u2019une \u00e9pouvantable folie et il n\u2019est presque plus d\u2019Allemands qui n\u2019en soient convaincus, il suffit de les entendre pour s\u2019en assurer<\/em>&nbsp;\u00bb. D\u00e8s avril 1916 (p. 243) il remarque \u00ab&nbsp;<em>un violent mouvement anti-officier, un accroissement de la haine contre l\u2019aristocratie, un esprit r\u00e9volutionnaire intense et cela chez les sous-officiers comme chez les soldats.<\/em>&nbsp;\u00bb J. Limbour n\u2019abandonne jamais son soutien \u00e0 la France et aux alli\u00e9s, ainsi que sa certitude de la victoire (25 juin 1916, p. 275) \u00ab&nbsp;<em>Autour de moi je sens une vague de pessimisme, je finirai par \u00eatre un des rares qui croient au succ\u00e8s final, moi qui fus le seul \u00e0 soutenir la sup\u00e9riorit\u00e9 allemande dans tous les domaines. Ils succomberont sous le nombre \u00e0 la longue.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Un homme de gauche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ancien \u00e9lu radical, anticl\u00e9rical et franc-ma\u00e7on, Jules Limbour critique violemment \u00e0 plusieurs reprises la bourgeoisie locale, ainsi p. 155&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pourquoi ne pas conclure comme je l\u2019ai fait souvent&nbsp;: c\u2019est uniquement dans la petite bourgeoisie et dans l\u2019ouvrier qu\u2019il y a du d\u00e9vouement r\u00e9el et des sentiments nobles, le jour o\u00f9 l\u2019\u00e9ducation populaire sera ce qu\u2019elle doit \u00eatre, le vide de la bourgeoisie riche et fain\u00e9ante appara\u00eetra dans toute sa laideur.<\/em>&nbsp;\u00bb Fervent r\u00e9publicain, d\u00e9crit lors de son oraison fun\u00e8bre (1933, p. 11)) comme un \u00ab&nbsp;<em>r\u00e9publicain des temps h\u00e9ro\u00efques, alors qu\u2019il \u00e9tait dangereux pour un fonctionnaire de l\u2019\u00eatre<\/em>&nbsp;\u00bb notre diariste est solidement \u00e9tabli dans le camp la\u00efc. Perdant sa femme en 1918, il t\u00e9moigne de sa tristesse en m\u00eame temps que de tendresse, puis conclut ce triste \u00e9v\u00e9nement (p. 394)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je la quitte, l\u2019embrassant mille fois. J\u2019ai 68 ans, le c\u0153ur malade, les poumons us\u00e9s. Je croyais et esp\u00e9rais mourir avant elle. Je lui aurais fait de la peine par mon enterrement civil (\u2026).<\/em>&nbsp;\u00bb Au plan politique, il est peu int\u00e9ress\u00e9 par les maximalistes et soutient la mani\u00e8re forte de Cl\u00e9menceau (d\u00e9cembre 1917, p. 340)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les pacifistes sont mis sur le m\u00eame pied que les tra\u00eetres. Ma foi, il n\u2019a peut-\u00eatre pas tort. Le vin est tir\u00e9, il faut le boire. On ne peut du reste tr\u00e8s logiquement faire la guerre et la paix en m\u00eame temps. Imiter les Russes, c\u2019est vraiment trop d\u00e9go\u00fbtant.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp; \u00c0 la fin de l\u2019occupation, il insiste sur les probl\u00e8mes de ravitaillement et sur la faim \u00e0 Douai, sous les obus anglais qui se rapprochent. Le r\u00e9cit s\u2019arr\u00eate brutalement le 2 septembre, avec l\u2019\u00e9vacuation des civils de la ville par les Allemands&nbsp;; le journal est repris le 13 janvier 1919&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je vais essayer \u00e0 mon retour d\u2019exil de r\u00e9sumer les \u00e9v\u00e9nements des 4 derniers mois.<\/em>&nbsp;\u00bb Les Douaisiens ont \u00e9t\u00e9 pendant cette p\u00e9riode chaleureusement accueillis par la population de Mons.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce texte est donc d\u2019une grande valeur, \u00e0 la fois documentaire et humaine&nbsp;; son caract\u00e8re personnel, au ton d\u2019une grande franchise, souvent acerbe, en fait une source historique tr\u00e8s riche.&nbsp; Cette libert\u00e9 de ton est tellement pouss\u00e9e que R. Allender \u2013 qu\u2019il faut ici remercier pour cette restitution &#8211; dit en pr\u00e9face avoir gomm\u00e9 deux noms, car les notations relevaient de la diffamation manifeste\u2026. Une fois de plus, c\u2019est un texte tardif, in\u00e9dit et personnel, non destin\u00e9 \u00e0 la publication, qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un excellent t\u00e9moignage, car d\u00e9barrass\u00e9 de l\u2019autocensure habituelle&nbsp;: c\u2019est une source riche pour la description de l\u2019occupation, des Allemands rencontr\u00e9s, et de la soci\u00e9t\u00e9 ouvri\u00e8re et bourgeoise de la cit\u00e9. Le paradoxe, c\u2019est que ce notable fait un peu figure de marginal parmi les siens, justement \u00e0 cause de sa bonne connaissance des Allemands (p. 301) \u00ab&nbsp;<em>On peut \u00eatre patriote d\u00e9vou\u00e9, on peut \u00eatre ennemi de l\u2019Allemagne sans \u00eatre pour autant aveugle sur nos d\u00e9fauts et reconna\u00eetre que l\u2019ennemi a des qualit\u00e9s.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, septembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un Douaisien tr\u00e8s occup\u00e9 1914 \u2013 1918 Allender Roland 1. Le t\u00e9moin Originaire des Ardennes, Jules Limbourg, agr\u00e9g\u00e9 d\u2019allemand en 1887, enseigne longtemps au lyc\u00e9e de Douai. Il est conseiller municipal de Douai de 1892 \u00e0 1900 avec une \u00e9tiquette radical-socialiste. Retrait\u00e9 en 1912, il assure ensuite la lourde responsabilit\u00e9 d\u2019administrateur b\u00e9n\u00e9vole de l\u2019H\u00f4tel-Dieu. Il &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/09\/16\/limbour-jules-1851-1933\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Limbour, Jules (1851 \u2013 1933)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[202,3,12,1399],"tags":[1400,1402,1401,1403],"class_list":["post-4951","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-202","category-carnet","category-civil","category-regions-occupees","tag-douai","tag-franc-macon","tag-professeur-dallemand","tag-radical-socialiste"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4951","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4951"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4951\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4973,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4951\/revisions\/4973"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4951"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4951"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4951"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}