{"id":4953,"date":"2025-09-16T19:47:33","date_gmt":"2025-09-16T18:47:33","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4953"},"modified":"2025-09-30T18:01:54","modified_gmt":"2025-09-30T17:01:54","slug":"taboureux-charles-1889-1916","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/09\/16\/taboureux-charles-1889-1916\/","title":{"rendered":"Taboureux, Charles (1889 \u2013 1916)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Charles T. h\u00e9ros ordinaire<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Olivier Taboureux<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00c0 la mobilisation, Charles Taboureux se pr\u00e9pare \u00e0 devenir notaire. Scolaris\u00e9 au Coll\u00e8ge Stanislas, puis licenci\u00e9 en droit, il a termin\u00e9 son service militaire en 1913 et vit \u00e0 Froissy (Oise). Mobilis\u00e9 au 72<sup>e<\/sup> RI comme brancardier, il devient infirmier en d\u00e9cembre 1914. Participant aux durs engagements de la Marne (Maurupt), de l\u2019Argonne (La Grurie), et du Mesnil-les-Hurlus, il est tu\u00e9 par un obus \u00e0 Bouchavesnes en octobre 1916.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Olivier Taboureux, petit-neveu de Charles, a publi\u00e9 en 2020 \u00ab&nbsp;<em>Charles T. h\u00e9ros ordinaire&nbsp;<\/em>\u00bb aux \u00e9ditions <em>Sydney Laurent<\/em>. L\u2019ouvrage, enrichi, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2023 (<em>Nombre 7 \u00e9ditions<\/em>, 306 pages). Ce travail m\u00e9ticuleux de retranscription, assist\u00e9 par les conseils \u00e9clair\u00e9s de Laurent Soyer, sp\u00e9cialiste du 72<sup>e<\/sup> RI, fait se succ\u00e9der des extraits des carnets de l\u2019auteur, de lettres adress\u00e9es \u00e0 sa famille, ainsi que &nbsp;des passages des lettres re\u00e7ues de sa marraine de guerre. Des croquis et des photographies personnelles illustrent les textes, directement en lien avec le propos.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce t\u00e9moignage est un r\u00e9cit \u00e9vocateur, \u00e0 la fois vivant et document\u00e9, des nombreux engagements, v\u00e9cus depuis la ligne ou le poste de secours, auxquels le 72<sup>\u00e8me<\/sup> a particip\u00e9.&nbsp;De par sa position interm\u00e9diaire (brancardier puis infirmier), C. Taboureux est bien renseign\u00e9. C\u2019est un jeune homme lettr\u00e9, qui sait \u00e9crire et manier l\u2019ironie.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Guerre de mouvement, guerre de tranch\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le 72<sup>e<\/sup> RI d\u2019Amiens plonge rapidement dans les combats de Virton, Cesse, puis surtout Maurupt, \u00e0 la fin de la Marne&nbsp;; l\u2019unit\u00e9 est durement \u00e9prouv\u00e9e, et on peut comparer les extraits des carnets personnels aux lettres envoy\u00e9es (typographie diff\u00e9rente dans le livre). Ainsi [avec autorisation de citation] du 21 ao\u00fbt 1914, p.20, carnets&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Marche tr\u00e8s dure. Pluie torrentielle<\/em>. (\u2026)&nbsp;\u00bb et carte envoy\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je vais bien. Ne vous inqui\u00e9tez pas.<\/em> (\u2026)&nbsp;\u00bb ou du 26 ao\u00fbt (p. 25), carnets&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Tout le monde est vann\u00e9 et d\u00e9moralis\u00e9. Le commandant du 2<sup>e<\/sup> bataillon dit qu\u2019il tuera \u00e0 coup de revolver les hommes qui resteront \u00e0 l\u2019arri\u00e8re.<\/em>&nbsp;\u00bb et aux siens, le 27&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>je vais bien et vous supplie de ne pas vous inqui\u00e9ter<\/em>.&nbsp;\u00bb Les mentions sont interrompues le 6 septembre \u00e0 Etrepy, les brancardiers ont d\u00fb se retirer sous un d\u00e9luge de balles&nbsp;; les carnets ne reprennent que le 13 septembre, apr\u00e8s cette p\u00e9riode de combats violents, C. Taboureux ayant \u00e9t\u00e9 submerg\u00e9 par ses t\u00e2ches sanitaires. Ces combats de Maurupt sont bien d\u00e9crits par Andr\u00e9 Delattre (cf notice CRID), qui connait bien C. Taboureux, et que l\u2019on voit sur des photographies en compagnie de l\u2019auteur.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">A la Haraz\u00e9e, il d\u00e9crit de mani\u00e8re int\u00e9ressante les d\u00e9buts de la guerre de position. L\u2019espoir provoqu\u00e9 par le recul allemand s\u2019\u00e9teint peu \u00e0 peu avec la fixation de la ligne dans les bois escarp\u00e9s et touffus d\u2019Argonne. Le ton envers les parents devient plus r\u00e9aliste, comme par exemple quand il d\u00e9crit les combats pass\u00e9s (25.10.14, p. 48) \u00ab&nbsp;<em>Je risque le coup de vous adresser une lettre un peu plus longue, vous donnant quelques d\u00e9tails. Qu\u2019a \u00e9t\u00e9 pour nous la campagne&nbsp;? Tr\u00e8s dure. La retraite a \u00e9t\u00e9 terrible. On s\u2019est battu du 6 au 11 septembre \u00e0 Blesmes, \u00c9trepy, Saint-Lumier, Maurupt, d\u2019une fa\u00e7on \u00e9pouvantable. Les Allemands y ont re\u00e7u une le\u00e7on. (\u2026) La marche en avant nous a montr\u00e9 ce spectacle. Des cadavres \u00e9taient partout. On pleurait, tellement c\u2019\u00e9tait terrible. (\u2026) de ma section nous sommes 8.<\/em>&nbsp;\u00bb Il ne redoute pas la censure postale lorsqu\u2019il \u00e9voque, par exemple, les pertes en officiers (p. 50) \u00ab<em>\u00c0 la 12<sup>e<\/sup> cie, le capitaine a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 le 6 septembre, le lieutenant le rempla\u00e7ant le 7, le nouveau commandant de compagnie le 9, et le nouveau lieutenant le rempla\u00e7ant bless\u00e9 le 15.<\/em>&nbsp;\u00bb Cette franchise factuelle envers les proches est encore plus nette pour les combats de l\u2019Argonne, \u00e0 la fin de novembre 1914 (p. 67) \u00ab&nbsp;<em>Que de bless\u00e9s&nbsp;! Que de tu\u00e9s surtout&nbsp;! On est \u00e0 une distance moyenne de 50 m\u00e8tres de l\u2019ennemi. Toutes les balles portent. Beaucoup sont fous. Je vous \u00e9cris les nerfs encore secou\u00e9s et les larmes aux yeux, au seul souvenir de ces heures.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&nbsp;<strong>Un 72<sup>e<\/sup> RI tr\u00e8s expos\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Encore \u00e9prouv\u00e9 par les combats de d\u00e9cembre-janvier (La Gruerie), le r\u00e9giment vient participer \u00e0 la premi\u00e8re offensive de Champagne au Mesnil-les-Hurlus. C. Taboureux d\u00e9crit les op\u00e9rations depuis le village en ruines, mentionnant par exemple le fait qu\u2019un grand nombre de soldats (p. 103) \u00ab&nbsp;<em>appartenant \u00e0 diff\u00e9rents corps restent dans les gourbis du Mesnil, au lieu d\u2019\u00eatre dans leurs tranch\u00e9es.<\/em>&nbsp;\u00bb Apr\u00e8s un repos, nouvelles attaques le 5 mars, et il mentionne nominalement des officiers tu\u00e9s, sans illusions pr\u00e9alables sur leur destin (\u00ab&nbsp;<em>il se savait condamn\u00e9 par les ordres re\u00e7us<\/em>&nbsp;\u00bb.) Le 8 mars, nouveau courrier aux siens qui ne censure rien de ce qu\u2019il voit (p.109)&nbsp;: (\u2026) \u00ab&nbsp;<em>La plaine est couverte de cadavres. C\u2019est un charnier \u00e9pouvantable. Les boyaux et tranch\u00e9es sont pav\u00e9s de morts sur lesquels on passe <\/em>et (p. 111) &nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Je me fais \u00e0 voir des blessures. Je regarde tr\u00e8s bien une t\u00eate ouverte, et me prom\u00e8ne deux jours au Mesnil avec les mains rouges de sang humain.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le 72<sup>e<\/sup> donne d\u00e9cid\u00e9ment,&nbsp;et apr\u00e8s la dure offensive de Champagne, o\u00f9 il perd beaucoup de monde, les hommes vont aux \u00c9parges dans un secteur tr\u00e8s actif&nbsp;: on comprend alors leur d\u00e9sir \u2013 assez incompr\u00e9hensible vu d\u2019aujourd\u2019hui &#8211; d\u2019\u00eatre transport\u00e9s aux Dardanelles. Il s\u2019en explique (p. 148)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ce serait un voyage superbe, sans risque comparables \u00e0 ceux de notre front.&nbsp;\u00bb <\/em>Mais apr\u00e8s un repos en mai 1915, leur train arrive de nouveau aux Islettes&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Quelle d\u00e9sillusion&nbsp;! \u00c0 3 heures du matin (\u2026) Nous voici donc encore dans cette Argonne maudite. Col\u00e8re de tous.<\/em>\u00a0\u00bb En f\u00e9vrier 1916, ce jeune juriste refuse de se porter volontaire pour plaider en conseil de guerre (p. 213) \u00ab&nbsp;<em>j\u2019ai formellement refus\u00e9 de me pr\u00eater \u00e0 une com\u00e9die qui a co\u00fbt\u00e9 la vie \u00e0 tant (2 fusill\u00e9s au 72<sup>e<\/sup> par nous en mars 1915).<\/em>&nbsp;\u00bb Il avait toutefois not\u00e9 en mars 1915 \u00e0 l\u2019occasion de cette ex\u00e9cution (soldat Rio, p. 114)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est p\u00e9nible, mais c\u2019est n\u00e9cessaire.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Un jeune homme curieux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Charles Taboureux demande aux siens de lui envoyer des cartes d\u2019\u00e9tat-major et un guide Joanne, il est curieux des endroits o\u00f9 il se trouve (nov. 1914, p. 59) \u00ab&nbsp;<em>Mes cartes me rendent service. Je sais enfin o\u00f9 nous sommes et comprends quelque chose au pays.<\/em>&nbsp;\u00bb Il lit beaucoup et signale par exemple en avril 1916 <em>\u00ab&nbsp;Je suis en train de lire Le Livre de la Jungle, de Rudyard Kipling, c\u2019est \u00e9patant.<\/em>&nbsp;\u00bb ou en octobre, lettre \u00e0 son fr\u00e8re, p. 269)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Lis-tu Le Feu de Barbusse&nbsp;? C\u2019est extraordinaire de v\u00e9rit\u00e9&nbsp;: l\u2019attaque, le retour du bless\u00e9, le poste, la promenade dans la sous-pr\u00e9fecture, c\u2019est \u00e9patant&nbsp;! Plusieurs le lisent ici. Les r\u00e9flexions sont celles que nous faisons.<\/em>&nbsp;\u00bb Il s\u2019agit ici de la premi\u00e8re parution en feuilleton dans le p\u00e9riodique <em>l\u2019\u0152uvre<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Notre infirmier a une \u00e9criture ais\u00e9e et utilise souvent l\u2019humour&nbsp;; ainsi par exemple, pour remercier d\u2019une nouvelle vareuse envoy\u00e9e par la famille (p. 169)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>la vareuse est tr\u00e8s bien. Les biches s\u2019arr\u00eatent avec \u00e9motion dans la for\u00eat et les laies en oublient de nourrir les marcassins.<\/em>&nbsp;\u00bb M\u00eame humour avec le proc\u00e9d\u00e9 classique de l\u2019acrostiche qui brave la censure pour dire, malgr\u00e9 l\u2019interdiction, o\u00f9 il est positionn\u00e9&nbsp;(p. 249):<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&nbsp;\u00ab&nbsp;<strong><em>C<\/em><\/strong><em>omme il est formellement interdit d\u2019<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>a<\/em><\/strong><em>vertir de l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019on est, je ne puis que<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>m<\/em><\/strong><em>e r\u00e9p\u00e9ter&nbsp;: nous ne sommes pas en danger donc<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>p<\/em><\/strong><em>as de mauvais sang \u00e0 vous faire<\/em> (etc\u2026)&nbsp;: acrostiche \u00ab&nbsp;Camp de Mailly&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Une marraine de Lyon<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Un des int\u00e9r\u00eats de ce t\u00e9moignage r\u00e9side dans les extraits significatifs de lettres de Th\u00e9r\u00e8se, sa marraine de guerre. Cette jeune Lyonnaise de 20 ans \u00e9crira 29 lettres entre juillet 1916 et la mort de Charles en novembre. Nous n\u2019avons pas ses lettres \u00e0 lui, mais on peut d\u00e9duire des r\u00e9ponses de sa correspondante les sujets abord\u00e9s, et le soin qu\u2019il a apport\u00e9 \u00e0 cet \u00e9change. La jeune femme s\u2019\u00e9tait adress\u00e9e \u00e0 un inconnu, \u00ab&nbsp;<em>qu\u2019une annonce peu pr\u00e9tentieuse m\u2019avait d\u00e9sign\u00e9&nbsp;<\/em>\u00bb (p. 234). Il s\u2019agit d\u2019un sous-lieutenant, qui a donn\u00e9 \u00e0 Charles la r\u00e9ponse de Th\u00e9r\u00e8se. Celle-ci \u00e9crit \u2013 au moins au d\u00e9but \u2013 en cachette de ses parents&nbsp;: (p. 241) \u00ab&nbsp;<em>Personne ne sait que j\u2019ai l\u2019audace de bavarder avec un inconnu et la permission m\u2019aurait \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e si j\u2019avais eu la maladresse de la demander.&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp; Le livre adopte une typographie de type \u00ab&nbsp;cursive anglaise&nbsp;\u00bb pour reproduire les extraits de Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;: c\u2019est une bonne id\u00e9e, cela produit un effet d\u2019authenticit\u00e9 et de familiarit\u00e9. La conversation est enjou\u00e9e et confiante, on aborde de nombreux sujets, vie quotidienne, moral, go\u00fbts de lectures\u2026 Elle dit par exemple (p. 253) appr\u00e9cier Cami et \u00ab&nbsp;<em>mon Dieu, vous qui lisez Virgile, allez \u00eatre bien effray\u00e9&nbsp;! H\u00e9las je ne connais pas le latin et ne demanderais pas mieux que de savoir un tout petit peu ce qu\u2019est Virgile dont la post\u00e9rit\u00e9 a bien voulu entretenir les g\u00e9n\u00e9rations jusqu\u2019\u00e0 vous.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Deuil et mort<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Charles Taboureux se r\u00e9jouissait, \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 1916, d\u2019\u00eatre transport\u00e9 dans la Somme, car cela le rapprocherait des siens\u00a0: la situation d\u00e9couverte sur place le fait rapidement d\u00e9chanter (Bouchavesnes). Les bombardements sont intenses, et Alexandre Scellier, son meilleur ami au poste de secours, est bless\u00e9 puis meurt quelques jours apr\u00e8s \u00e0 l\u2019ambulance. L\u2019ambiance est sinistre (lettre \u00e0 la famille, 16 octobre 1916, p. 263) \u00ab\u00a0<em>Scellier est mort. Enterr\u00e9 \u00e0 2 km d\u2019ici. Suis excessivement pein\u00e9. N\u2019ai jamais eu un tel chagrin. C\u2019\u00e9tait mon compagnon de tous les instants depuis si longtemps\u00a0! Son unique fr\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 d\u00e9j\u00e0. (\u2026) nous sommes 3 rescap\u00e9s.<\/em>\u00a0\u00bb Il \u00e9crit le lendemain \u00e0 son fr\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ce n\u2019est pas la bataille, c\u2019est la tuerie, le suicide collectif.<\/em>\u00a0\u00bb Sa jeune marraine essaie de le consoler (p. 272) \u00ab <em>On ne peut se consoler de la perte d\u2019un tel ami, et je sais bien qu\u2019on soulage son c\u0153ur en parlant de l\u2019\u00eatre aim\u00e9, je suis aussi votre amie et pour cela je vous prie de ne pas craindre de pleurer pr\u00e8s de moi.<\/em>\u00a0\u00bb C\u2019est peu de temps apr\u00e8s cette perte que Charles est tu\u00e9 \u00e0 son tour le 5 novembre. Frapp\u00e9 par un \u00e9clatement d\u2019obus relativement loin de la ligne allemande, il \u00e9tait sorti de l\u2019abri pour regarder la progression du barrage avec un camarade. C\u2019est celui-ci, infirmier au 72<sup>e<\/sup>, qui nous donne la \u00a0classique lettre \u00e0 la famille d\u00e9crivant les circonstances du d\u00e9c\u00e8s (14.11.16, p. 278). Ce type de courrier, d\u2019abord destin\u00e9 \u00e0 apaiser la douleur des proches, ne doit pas forc\u00e9ment \u00eatre pris litt\u00e9ralement\u00a0; la mort est d\u00e9crite comme imm\u00e9diate, et apr\u00e8s avoir envelopp\u00e9 le corps \u00ab\u00a0<em>sous les obus qui tombaient avec rage tout autour de nous, nous nous sommes agenouill\u00e9s nous trois, seuls autour du brancard et nous avons dit une longue pri\u00e8re.\u00a0<\/em>\u00bbEt ce m\u00eame camarade continue (p. 280)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Alors mes nerfs m\u2019ont abandonn\u00e9 et moi qui n\u2019avait pas vers\u00e9 une larme lorsque Hurrier et Scellier sont morts, j\u2019ai \u00e9clat\u00e9 en sanglots sur le corps de Charles. Ce fut une crise qui dura je ne saurais dire combien, peut-\u00eatre une heure, peut-\u00eatre deux, je ne sais pas.<\/em>\u00a0\u00bb Plus loin \u00e0 la fin du livre, on a aussi reproduit la lettre de Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 la m\u00e8re de Charles &#8211; on sait que cette derni\u00e8re fera le voyage \u00e0 Lyon pour faire sa connaissance &#8211; (15.09.17, p. 295) \u00ab\u00a0<em>Je n\u2019\u00e9tais qu\u2019une marraine de guerre, mais je l\u2019ai pleur\u00e9 de tout mon c\u0153ur comme si ce lien de parent\u00e9 eut \u00e9t\u00e9 v\u00e9rifiable, et j\u2019ai pleur\u00e9 avec vous, de votre chagrin de maman.<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Donc une restitution de qualit\u00e9, pour un ensemble d\u2019un grand int\u00e9r\u00eat historique et humain.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, septembre 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Charles T. h\u00e9ros ordinaire Olivier Taboureux 1. Le t\u00e9moin \u00c0 la mobilisation, Charles Taboureux se pr\u00e9pare \u00e0 devenir notaire. Scolaris\u00e9 au Coll\u00e8ge Stanislas, puis licenci\u00e9 en droit, il a termin\u00e9 son service militaire en 1913 et vit \u00e0 Froissy (Oise). Mobilis\u00e9 au 72e RI comme brancardier, il devient infirmier en d\u00e9cembre 1914. Participant aux durs &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/09\/16\/taboureux-charles-1889-1916\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Taboureux, Charles (1889 \u2013 1916)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1206,522,3,6,1292,1282,40],"tags":[425,399],"class_list":["post-4953","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1206","category-72e-ri","category-carnet","category-correspondance-unique","category-correspondance-inedite","category-infirmier","category-photos","tag-deuil","tag-marraine-de-guerre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4953","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4953"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4953\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4974,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4953\/revisions\/4974"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4953"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4953"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4953"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}