{"id":4958,"date":"2025-09-16T19:59:05","date_gmt":"2025-09-16T18:59:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4958"},"modified":"2026-01-25T18:13:33","modified_gmt":"2026-01-25T17:13:33","slug":"janeriat-joseph-1879-1916-et-josephine-1884-1956","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/09\/16\/janeriat-joseph-1879-1916-et-josephine-1884-1956\/","title":{"rendered":"Jan\u00e9riat, Joseph (1879 \u2013 1916) et Jos\u00e9phine (1884-\u00a01956)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Lettres \u00e0 Jos\u00e9phine&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Histoires intimes de la Grande Guerre 1914 \u2013 1916<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Karine Chavas<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab&nbsp;<em>Mon Joseph aim\u00e9, je te quitte, il faut aller donner aux vaches.&nbsp;Voil\u00e0 quatre heures, le temps est sombre, \u00e7a sera vite nuit.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Les t\u00e9moins<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En 1914, Joseph et Jos\u00e9phine Jan\u00e9riat sont des cultivateurs qui vivent dans une ferme \u00e0 Sainte-Colombe (Rh\u00f4ne). En 1914, leurs trois filles ont respectivement 9, 7 et 5 ans. J. Jan\u00e9riat est d\u2019abord affect\u00e9 au 109<sup>e<\/sup> RIT \u00e0 Vienne puis \u00e0 Boll\u00e8ne (Vaucluse)&nbsp;; il monte en ligne en avril 1915 avec le 299<sup>e<\/sup> RI et est longtemps stationn\u00e9 en Lorraine en secteur calme&nbsp;; il est tu\u00e9 en novembre 1916 \u00e0 Verdun, dans la bataille de reconqu\u00eate de Vaux-Douaumont (d\u00e9but le 24 octobre 1916).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La correspondance \u00e9chang\u00e9e entre Joseph et Jos\u00e9phine a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverte par la famille, class\u00e9e et pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 Sainte-Colombe \u00e0 l\u2019occasion du Centenaire. Karine Chavas a retranscrit cet ensemble (une centaine de lettres et une centaine de cartes) et l\u2019a publi\u00e9 en 2017 (<em>Lettres \u00e0 Jos\u00e9phine<\/em>, \u00e9ditions Sutton, 190 p.). Elle pr\u00e9cise en avant-propos avoir seulement corrig\u00e9 l\u2019orthographe et ajout\u00e9 de la ponctuation, en gardant la syntaxe et la grammaire d\u2019origine, pour profiter au mieux de \u00ab\u00a0<em>de la verve et du langage typique de l\u2019\u00e9poque\u00a0<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Nous avons ici une correspondance paysanne marqu\u00e9e surtout par l\u2019affection et l\u2019attachement familial. L\u2019\u00e9vocation de l\u2019arri\u00e8re-plan agricole est constante mais le d\u00e9tail des activit\u00e9s militaires de Joseph est lui presque compl\u00e8tement absent.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em><strong>a. \u00ab&nbsp;Jos\u00e9phine, contrairement \u00e0 Joseph, aime beaucoup \u00e9crire&nbsp;\u00bb <\/strong><\/em>(Karine Chavas)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jos\u00e9phine adresse de longues et fr\u00e9quentes lettres \u00e0 son mari (avec autorisation de citation, 5.01.1915, p. 20) \u00ab&nbsp;<em>Mon \u00e9poux bien aim\u00e9, je m\u2019en vais te quitter pour aujourd\u2019hui. Voil\u00e0 trois lettres que je t\u2019envoie \u00e0 la file, je vais finir par \u00e9crire comme un notaire, toutes mes soir\u00e9es passant \u00e0 faire des lettres.<\/em>&nbsp;\u00bb Elle correspond le plus souvent possible, faire \u00e9crire les trois filles \u00e0 leur p\u00e8re, et r\u00e9v\u00e8le une aisance r\u00e9elle dans ses courriers, avec un style tr\u00e8s marqu\u00e9 par l\u2019oralit\u00e9&nbsp;; elle donne des nouvelles des enfants, de proches ou de connaissances qui sont \u00ab&nbsp;mont\u00e9s&nbsp;\u00bb \u00e0 la ferme, fait le bilan des travaux de la journ\u00e9e et des projets pour le lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jos\u00e9phine reproche \u00e0 Joseph de ne pas \u00e9crire assez souvent, et surtout de n\u2019en pas \u00ab&nbsp;<em>mettre suffisamment&nbsp;\u00bb<\/em>, elle voudrait que ses lettres ressemblent aux siennes&nbsp;; d\u00e8s le d\u00e9but de la s\u00e9paration, elle lui signale (p. 16) \u00ab&nbsp;<em>Tu m\u2019a fait joliment attendre pour m\u2019\u00e9crire depuis mercredi. J\u2019attendais, je n\u2019ai re\u00e7u qu\u2019aujourd\u2019hui. J\u2019\u00e9tais d\u00e9sol\u00e9e (\u2026) &nbsp;Mon Joseph aim\u00e9, \u00e9cris moi bien souvent, tu seras si gentil. Moi, je te fais de si jolies lettres.<\/em>&nbsp;\u00bb Les cartes de Joseph sont laconiques, ce qui d\u00e9clenche des plaintes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es (p. 26)\u00ab&nbsp;<em>Et encore, on dirait toujours que tu es press\u00e9 de finir. Tu me racontes que des choses ennuyeuses. Tes lettres n\u2019ont point d\u2019amiti\u00e9.<\/em>&nbsp;\u00bb Soulignons que toujours, apr\u00e8s les reproches, vient un changement de ton et de nombreux t\u00e9moignages de tendresse, ce qui fait que Joseph ne peut se formaliser, les missives n\u2019ayant jamais une tonalit\u00e9 acari\u00e2tre&nbsp;; dans la m\u00eame logique, avec malice, les filles sont instrumentalis\u00e9es (p. 64), ainsi de Marie&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Mon cher papa aim\u00e9 Que je suis contente que tu nous aies \u00e9crit aujourd\u2019hui. Maman t\u2019\u00e9crivait tous les jours, nous \u00e9tions si tristes de n\u2019avoir point de r\u00e9ponse. Tu avais trop \u00e0 faire car tu nous aimes trop pour nous oublier comme \u00e7a.<\/em>\u00bbJos\u00e9phine sait aussi reconnaitre les progr\u00e8s (p. 34)&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>C\u2019est bien gentil pour toi de m\u2019avoir vite r\u00e9pondu, surtout de m\u2019en avoir bien mis.<\/em>\u00bb Il est probable que le courrier est plus vital pour elle, un peu isol\u00e9e dans sa ferme en haut du village, que pour lui, &nbsp;socialis\u00e9 en permanence avec les camarades de sa section.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>b. Joseph, une courbe d\u2019apprentissage de la correspondance\u00a0?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019historien pr\u00e9f\u00e8re toujours l\u2019authenticit\u00e9 de la source, mais ici la transcriptrice a eu raison de rectifier l\u2019orthographe, cela permet d\u2019appr\u00e9cier ce que dit Joseph sans le diminuer, par exemple p. 15&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;je d\u00e9rdire bauqot que mas lettre tant trouve de m\u00eame&nbsp;<\/em>\u00bb pour \u00ab&nbsp;<em>je d\u00e9sire beaucoup que ma lettre t\u2019en trouve de m\u00eame.&nbsp;<\/em>\u00bb ou p. 124 \u00ab&nbsp;<em>s\u2019il na reverien<\/em>&nbsp;\u00bb pour \u00ab&nbsp;<em>s\u2019il n\u2019arrive rien<\/em>&nbsp;\u00bb. Il n\u2019a pas l\u2019inspiration de sa femme (p. 29)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je te r\u00e9ponds de nouveau car on me dit que je ne t\u2019\u00e9cris jamais assez souvent. Je ne sais pas quoi il faut mettre pour garnir ce pareil papier.<\/em>&nbsp;\u00bb Ses cartes restent courtes mais appara\u00eet progressivement un jeu sur ses amorces et ses salutations, marqu\u00e9 par une inventivit\u00e9 tendre qui le d\u00e9douane probablement un peu de son manque d\u2019inspiration, on a successivement&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ch\u00e8re bien aim\u00e9e, Ch\u00e8re \u00e9pouse, Ch\u00e8re amie, Bien ch\u00e8re petite maman, Ma bonne amie&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ou Ch\u00e8re bonne amie\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; et on passe en signature du \u00ab&nbsp;<em>Joseph&nbsp;<\/em>\u00bb tout simple \u00e0 \u00ab&nbsp;<em>Ton ami bien aim\u00e9, Joseph, Ton Joseph qui t\u2019embrasse bien fort, Ton Joseph qui t\u2019aime, Ton ami<\/em> (plusieurs fois)&nbsp;\u00bb, et un tendre \u00ab&nbsp;<em>\u00c0 ma petite maman<\/em>&nbsp;\u00bb sign\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>Ton gamin<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Joseph, souvent bonhomme, est toujours rassurant et parfois savoureux (p. 114, 24.06.15)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>L\u2019on vit un peu en philosophe dans les bois. L\u2019on ne sait pas trop les nouvelles. Tout va bien ici, rien de nouveau.<\/em>&nbsp;\u00bb Remerciant pour un colis qu\u2019il partage (2.07.15, p.118)&nbsp;: <em>\u00abJ\u2019en ai trois \u00e0 mon escouade qui ne sont pas riches (\u2026) Ici, l\u2019on s\u2019aime les uns aux autres.<\/em>&nbsp;\u00bb Il fait une seule fois allusion aux embusqu\u00e9s, ne parle jamais des op\u00e9rations militaires ni des Allemands, et sur ces sujets adopte toujours avec Jos\u00e9phine un ton distanci\u00e9 (21.07.15, p. 127) \u00ab&nbsp;<em>Aujourd\u2019hui, l\u2019on apprend \u00e0 lancer des bo\u00eetes \u00e0 mitraille et des fus\u00e9es. Tu sais, je vais finir par devenir galopin, l\u2019on apprend rien qu\u2019\u00e0 mal faire au r\u00e9giment.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>c. Plus que de guerre, il est avant tout question d\u2019amour dans cette correspondance\u00a0(Karine Chavas)<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ici, comme dans d\u2019autres correspondances d\u2019\u00e9poux s\u00e9par\u00e9s par la guerre, c\u2019est l\u2019\u00e9loignement qui fait d\u00e9couvrir la force de l\u2019attachement (p.42, 3.02.15)&nbsp;: [perspective de se revoir] \u00ab&nbsp;<em>Mon Aim\u00e9, nous serons plus libres, nous serons comme des jeunes amoureux car je crois qu\u2019on le devient.<\/em>&nbsp;\u00bb et plus loin<em> \u00ab&nbsp;Je ne t\u2019avais, je crois, jamais aim\u00e9 comme \u00e0 pr\u00e9sent, nous nous \u00e9tions jamais si bien compris. Je prie Dieu beaucoup que tu reviennes pour t\u2019aimer encore d\u2019avantage <\/em>(\u2026)&nbsp;\u00bb<em>.<\/em> De m\u00eame, comme dans d\u2019autres t\u00e9moignages ruraux, l\u2019\u00e9loignement fait attribuer aux correspondants les d\u00e9saccords pass\u00e9s \u00e0 une m\u00e8re ou \u00e0 un p\u00e8re qui vit \u00e0 la ferme avec eux (p. 54, 19.02.15)&nbsp;:\u00ab&nbsp;<em>jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, nous \u00e9tions jamais bien compris, support\u00e9 et aim\u00e9 l\u2019un l\u2019autre gr\u00e2ce \u00e0 mon p\u00e9nible p\u00e8re qui \u00e9tait l\u2019auteur de tous nos ennuis et tous nos d\u00e9saccords&nbsp;;<\/em> [son fr\u00e8re Fran\u00e7ois]<em> \u00ab&nbsp;Il me disait&nbsp;: pauvre petite s\u0153ur, prend patience, que veux-tu, il n\u2019est au monde que pour le travail et pour ronfler. Il n\u2019a jamais su ce que c\u2019\u00e9tait qu\u2019autre chose.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>d. Les enfants<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jos\u00e9phine donne souvent des nouvelles des enfants, et attache de l\u2019importance au maintien du lien familial (p. 69, 3.03.15) &nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Toute ta petite famille va bien. Marie et Marcelle dorment sur la table. Alice fait des additions. Nous allons faire notre pri\u00e8re pour toi. Chaque soir nous la faisons ensemble<\/em>.&nbsp;\u00bb Elle fait \u00e9crire aux filles des cartes pour les f\u00eates ou l\u2019anniversaire&nbsp; (p. 39)&nbsp;: \u00ab&nbsp;(\u2026) <em>Le temps nous dure bien que tu viennes pour de bon. Esp\u00e9rons que ce sera bient\u00f4t petit p\u00e8re ch\u00e9ri.<\/em> <em>Les gros mimis de tes trois filles qui t\u2019aiment bien<\/em>.&nbsp;\u00bb Elle aide la plus petite (6 ans, p.60)&nbsp;: (\u2026) <em>Je t\u2019envoie une jolie carte en attendant que tu viennes me faire des gros mimis. La maman conduit ma petite menotte et moi je suis bien contente.<\/em>\u00bb Alice envoie \u00e0 son p\u00e8re en mars 1916 un po\u00e8me qu\u2019elle a compos\u00e9 et celui-ci a annot\u00e9 au dos de la carte (p.151)&nbsp;&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Ch\u00e8re Alice, que Dieu du ciel entende ta petite voix pour toujours&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ton papa qui t\u2019embrasse.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>e. les travaux et les jours<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pour Jos\u00e9phine les journ\u00e9es de travail, jointes aux soins aux enfants, sont harassantes, et l\u2019inqui\u00e9tude du lendemain et un relatif isolement produisent une v\u00e9ritable usure physique et psychologique.&nbsp; L\u2019extrait cons\u00e9quent qui suit pourrait tout \u00e0 fait \u00eatre reproduit \u00e0 titre d\u2019exemple p\u00e9dagogique dans un manuel d\u2019histoire au coll\u00e8ge (28.05.15, p. 100)&nbsp; &#8211; elle dit ne pas avoir le temps de faire une grande lettre &#8211; \u00ab<em>Mais tu me pardonneras pour cette fois, petit ador\u00e9, ta mignonne est si las ce soir. J\u2019ai tant b\u00fbch\u00e9 ces deux jours. Nous avons fini de rentrer nos luzernes de la baraque cet apr\u00e8s-midi. Nous avons fait trois voyages avec Lulu et puis avec les b\u0153ufs de Jos\u00e9phine. C\u2019est moi, petit ch\u00e9ri, qui ai fait le voyage et puis tu sais, il \u00e9tait m\u00eame gros. Le p\u00e8re Combe m\u2019a fait compliment comme j\u2019avais bien su faire. J\u2019ai bien b\u00fbch\u00e9 cette semaine et je ne sais vraiment pas ce qui peut me tenir debout. Ce doit \u00eatre la Sainte Vierge car je ne suis gu\u00e8re forte. Je n\u2019ai pas un pauvre moment pour le foin, les vignes qu\u2019il faudrait attacher. Mon quatre-fonds est rest\u00e9 tout inculte, maintenant il ne faut pas songer. De tout c\u00f4t\u00e9 il sort du travail et toujours du monde en moins pour le faire. Le p\u00e8re Rivoire m\u2019aidait encore de temps en temps. Il a re\u00e7u sa feuille.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>f. La fin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Joseph passe avec le 299<sup>e<\/sup> en octobre 1916 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de Verdun, pour une p\u00e9riode d\u2019entra\u00eenement avant une offensive, et il rassure sa femme, sur des secteurs \u00ab\u00a0<em>pas mauvais<\/em>.\u00a0\u00bb Jos\u00e9phine n\u2019est qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9 dupe, d\u00e9j\u00e0 en 1915 (p. 118) elle lui avait fait remarquer\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Jean Guignard a \u00e9crit aujourd\u2019hui, j\u2019ai vu sa lettre qui explique comme ta compagnie est mal plac\u00e9e. Un homme a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. Toi, tu ne racontes rien de tout \u00e7a \u00e0 ta petite femme pour ne pas l\u2019effrayer.<\/em>\u00a0\u00bb Les pr\u00e9paratifs de l\u2019offensive Nivelle-Mangin (24 octobre 1916 \u2013 reprise de Vaux et Douaumont) finissent par \u00eatre connus \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, et Jos\u00e9phine s\u2019inqui\u00e8te (22.10.16, p. 174)\u00a0: \u00ab\u00a0(\u2026) <em>Beaucoup me disent que vous allez attaquer dans l\u2019endroit o\u00f9 vous \u00eates et que \u00e7a sera tr\u00e8s dangereux.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La derni\u00e8re carte de Joseph date du 23 octobre, veille de l\u2019offensive&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab&nbsp;<em>Nous sommes par l\u00e0, dans des camps de bivouac, pour des divisions. Je suis en bonne sant\u00e9. (\u2026) Rien de bien important pour le moment que bien des cassements de t\u00eate. Re\u00e7ois mes nouvelles ch\u00e8re femme et en t\u2019embrassant de tout mon courage, et bien des caresses aux enfants.<\/em>&nbsp;\u00bb <em>\u00ab&nbsp;rien de bien important pour le moment<\/em>\u2026&nbsp;\u00bb&nbsp;: quand on pense au tumulte effroyable de la pr\u00e9paration d\u2019artillerie qui pr\u00e9c\u00e8de cet assaut g\u00e9n\u00e9ral sur Verdun\u2026 Joseph minore jusqu\u2019au bout les dangers, et le lecteur contemporain, lui aussi anesth\u00e9si\u00e9, est finalement assez surpris d\u2019apprendre sa mort le 1<sup>er<\/sup> novembre&nbsp;: au propre comme au figur\u00e9, Joseph a jusqu\u2019au bout prot\u00e9g\u00e9 les siens.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On voit en d\u00e9finitive que c\u2019est surtout par l\u2019\u00e9vocation de la forte affection que se portent les membres de cette famille paysanne que ce recueil est int\u00e9ressant&nbsp;; cet univers est si puissant que la transcriptrice termine ses remerciements par une mention bien sympathique, assez rare dans l\u2019univers aust\u00e8re de l\u2019historiographie de la Grande Guerre (p. 186)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Et comme il s\u2019agit dans ces lettres bien plus de famille et d\u2019amour que de guerre, je souhaite pour conclure renouveler justement tous mes v\u0153ux d\u2019amour \u00e0 mes merveilleuses filles et \u00e0 mon compagnon (\u2026) pour qui je vais voler\u2026 quelques mots \u00e0 Jos\u00e9phine<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne t\u2019avais, je crois, jamais aim\u00e9 comme \u00e0 pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, septembre 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettres \u00e0 Jos\u00e9phine&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Histoires intimes de la Grande Guerre 1914 \u2013 1916 Karine Chavas \u00ab&nbsp;Mon Joseph aim\u00e9, je te quitte, il faut aller donner aux vaches.&nbsp;Voil\u00e0 quatre heures, le temps est sombre, \u00e7a sera vite nuit.&nbsp;\u00bb 1. 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