{"id":4993,"date":"2025-12-17T17:42:16","date_gmt":"2025-12-17T16:42:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4993"},"modified":"2026-01-25T18:07:58","modified_gmt":"2026-01-25T17:07:58","slug":"bron-albert-1894-1980-lettres-dun-poilu-de-14-18","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/12\/17\/bron-albert-1894-1980-lettres-dun-poilu-de-14-18\/","title":{"rendered":"Bron Albert (1894 \u2013 1980)"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Lettres d\u2019un poilu de 14 \u2013 18<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Albert Bron, originaire d\u2019Oran, voit ses \u00e9tudes classiques interrompues en ao\u00fbt 1914. Mobilis\u00e9 au 1<sup>er<\/sup> r\u00e9giment de zouaves, il est d\u2019abord secr\u00e9taire \u00e0 Alger, puis sergent apr\u00e8s un passage \u00e0 Saint-Maixent en 1915. Il fait ensuite de l\u2019instruction, avant d\u2019int\u00e9grer l\u2019Arm\u00e9e d\u2019Orient avec le 2<sup>\u00e8me<\/sup> bis de zouaves&nbsp;; il y alterne secteurs en ligne (Mac\u00e9doine, Serbie) et p\u00e9riodes d\u2019instruction. Volontaire pour une formation d\u2019aspirant \u00e0 Saint-Cyr au printemps 1917, il revient \u00e0 Salonique en octobre et int\u00e8gre comme sous-lieutenant un bataillon de tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais (81<sup>e<\/sup> BTS). Rentr\u00e9 en Alg\u00e9rie en juillet 1918, il continue \u00e0 former des S\u00e9n\u00e9galais au sein du 113<sup>e<\/sup> BTS. Apr\u00e8s la guerre, il poursuivra une carri\u00e8re d\u2019enseignant, essentiellement au lyc\u00e9e d\u2019Oran. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Albert Bron a publi\u00e9 en 1980 \u00e0 compte d\u2019auteur <em>Lettres d\u2019un poilu de 14 \u2013 18<\/em>, <em>Contribution \u00e0 l\u2019Histoire de la Grande Guerre <\/em>(431 pages). Ce recueil reprend l\u2019essentiel de toutes les lettres et cartes adress\u00e9es de juin 1916 \u00e0 juillet 1919 aux siens, essentiellement ses parents, et indirectement ses fr\u00e8res plus jeunes que lui. En d\u00e9but d\u2019ouvrage, il \u00e9voque quelques anecdotes qu\u2019il n\u2019a pas rapport\u00e9es dans ses lettres (<em>Lacunes<\/em>, p. 13), essentiellement la description des moments o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 le plus en danger et quelques th\u00e8mes un peu scabreux qu\u2019il aurait \u00e9t\u00e9 g\u00ean\u00e9 d\u2019\u00e9voquer avec ses parents.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En pr\u00e9face, l\u2019auteur signale avoir voulu dans ses lettres restituer tous ses faits et gestes, au jour le jour, d\u2019abord pour rassurer ses parents inquiets, puis pour constituer une riche mati\u00e8re documentaire qu\u2019il pourrait exploiter par la suite.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Pas d\u2019offensives<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Albert Bron, s\u2019il n\u2019est pas un \u00ab&nbsp;guerrier&nbsp;\u00bb (il le th\u00e9orise \u00e0 plusieurs reprises), fait consciencieusement son devoir&nbsp;; paradoxalement, alors qu\u2019il est sous-officier puis officier dans des unit\u00e9s de choc, il \u00e9chappe \u00e0 la plupart des grandes tueries du conflit&nbsp;: il ne participe \u00e0 aucune des grandes offensives occidentales, et arrive en Orient apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec des Dardanelles. Ses p\u00e9riodes en ligne devant les Bulgares voient des affrontements mod\u00e9r\u00e9s, et il est souvent en stage de formation pour lui-m\u00eame ou comme instructeur. Il a aussi compris que ses demandes de formation (Saint-Maixent, stage de mitrailleur, instructeur mitrailleuse pour les Russes, Saint-Cyr, stage de chef de section) le mettent temporairement \u00e0 l\u2019abri. Il ne fuit pas le danger&nbsp;: c\u2019est lui, aspirant nouvellement promu, qui arrive \u00e0 voir le g\u00e9n\u00e9ral Sarrail pour demander un commandement dans l\u2019arm\u00e9e coloniale&nbsp;; sa chance est qu\u2019il devient sous-lieutenant d\u2019un BTS qui hiverne \u00e0 la fin de 1917, et qui ne sera engag\u00e9 en 1918 en Orient que dans des secteurs moyennement agit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Un intellectuel curieux<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Albert Bron aime \u00e9crire, et quand il en a le loisir, il d\u00e9crit l\u2019emploi du temps de sa journ\u00e9e, ce qu\u2019il a vu au long des rues, lors d\u2019une promenade dans Salonique, ses lectures du jour, ses conversations avec des militaires de rencontre. D\u00e8s qu\u2019il le peut, ses occupations sont savantes&nbsp;: ethnographie, arch\u00e9ologie, art byzantin, \u00e9tudes des langues\u2026 (ao\u00fbt 1916, p. 43)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je fais toujours beaucoup de grec moderne. Et maintenant que je passe chaque jour cinq heures avec les sous-officiers russes, je vais t\u00e2cher d\u2019apprendre le russe. J\u2019ai abandonn\u00e9 l\u2019\u00e9tude du serbe.<\/em>&nbsp;\u00bb D\u00e8s qu\u2019il le peut, il rencontre des Fran\u00e7ais responsables de fouilles, le proviseur du lyc\u00e9e fran\u00e7ais de Salonique, et il correspond avec J\u00e9r\u00f4me Carcopino. Il effectue son service avec un grand s\u00e9rieux, pour pouvoir ensuite se consacrer \u00e0 ce qui l\u2019int\u00e9resse&nbsp; (p. 65): \u00ab&nbsp;(\u2026) <em>en ordonnant ma vie, en ne faisant pas la grasse matin\u00e9e, en ne jouant pas aux cartes, en ne sortant pas le soir, enfin en me tra\u00e7ant chaque soir avant de me coucher l\u2019emploi du temps du lendemain. \u00c7\u2019a m\u2019a \u00e9t\u00e9 un peu dur au d\u00e9but de me conformer \u00e0 cet emploi du temps. Mais je le fais \u00e0 pr\u00e9sent sans le moindre effort. Et ma satisfaction est autrement vive que si je me laissais, comme les autres, aller \u00e0 la paresse.<\/em>&nbsp;\u00bb Il recherche une compagnie \u00e9clair\u00e9e, celle des officiers de r\u00e9serve et m\u00e9decins avec qui il pourra converser de mani\u00e8re int\u00e9ressante (octobre 1917, p. 206)&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>C\u2019est un plaisir de manger en semblable soci\u00e9t\u00e9. Nous avons caus\u00e9 de toute sorte de choses, mais particuli\u00e8rement de bouddhisme, de numismatique, d\u2019ethnologie et de philosophie.<\/em>&nbsp;\u00bb D\u2019autres moments laissent \u00e9videmment la place \u00e0 la solitude intellectuelle [\u00e0 propos d\u2019un m\u00e9decin-auxiliaire] (p. 201) \u00ab&nbsp;<em>Il est instruit et a de l\u2019\u00e9ducation et l\u2019on peut causer avec lui d\u2019autres choses que du service, du vin et des femmes. Je regrette bien qu\u2019il s\u2019en aille demain.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Stage d\u2019aspirant \u00e0 Saint-Cyr<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Un des int\u00e9r\u00eats du r\u00e9cit \u00e9pistolaire r\u00e9side dans la description minutieuse de son stage d\u2019aspirant pr\u00e8s de Versailles (p. 124 \u00e0 p.162), avec un rythme de travail tr\u00e8s exigeant durant la semaine, mais le dimanche laiss\u00e9 libre (7 mars 1917, p. 124)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Du r\u00e9veil (6 h1\/4) \u00e0 l\u2019extinction des feux, pas une seconde de r\u00e9pit&nbsp;; je n\u2019exag\u00e8re nullement en vous disant&nbsp;: pas une seconde, je suis plut\u00f4t au-dessous de la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;! C\u2019est excessivement dur. Cela se comprend&nbsp;: les 1200 \u00e9l\u00e8ves aspirants qui suivent ce cours sont exclusivement des jeunes des classes 1914 \u00e0 18. Mais enfin, l\u2019on n\u2019entend pas les marmites&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Les sorties du dimanche sont tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9es (p. 124) <em>\u00ab&nbsp;Ce jour-l\u00e0 un train sp\u00e9cial appel\u00e9 \u00ab&nbsp;l\u2019es sp\u00e9cial&nbsp;\u00bb emporte tous les \u00e9l\u00e8ves aspirants de St-Cyr \u00e0 7 h \u00bc vers Paris. L\u2019on arrive \u00e0 Paris \u00e0 8 heures. L\u2019on est ramen\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole le soir \u00e0 9 h \u00bd par un autre train sp\u00e9cial.<\/em>&nbsp;\u00bb Comme toujours avec notre futur professeur de Lettres, c\u2019est son attitude volontariste pour se former et progresser qui lui permet d\u2019obtenir cette situation qu\u2019il juge chanceuse (17 avril) \u00ab&nbsp;<em>Journ\u00e9e froide et pluvieuse. Comme l\u2019on plaint ceux qui sont dans les tranch\u00e9es&nbsp;! Et comme on appr\u00e9cie de ne pas y \u00eatre&nbsp;!&nbsp;<\/em>\u00bb. Il s\u2019int\u00e9resse beaucoup \u00e0 la guerre et \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la situation internationale, et chaque dimanche matin, il se livre &nbsp;dans un caf\u00e9 \u00e0 une revue de presse, dont il tire des \u00e9l\u00e9ments d\u2019ambiance qu\u2019il rapporte \u00e0 ses parents et ses fr\u00e8res (4 juin 1917)&nbsp;:&nbsp; <em>\u00ab&nbsp;Le ton des journalistes a chang\u00e9, il s\u2019est fait plus conciliant (\u2026) une nouvelle formule se fait jour&nbsp;: droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames \u2013 l\u2019on ne rencontre plus \u00e0 chaque ligne comme il y a quelques temps l\u2019expression outr\u00e9e&nbsp;: jusqu\u2019au bout<\/em> (\u2026).&nbsp;\u00bb. Les titres consult\u00e9s &nbsp;se composent de&nbsp;<em>L\u2019\u00e9cho de Paris, Le Pays, L\u2019\u0153uvre, l\u2019Humanit\u00e9, La Libre Parole, La Victoire, <\/em>et<em> L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> (p. 159).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Re\u00e7u aspirant, il rejoint Salonique apr\u00e8s une permission en Alg\u00e9rie, et y suit un long cours de chef de section&nbsp;; il monte ensuite quelques semaines en ligne, y est bien accueilli par ses nouveaux camarades, mais il veut passer sous-lieutenant&nbsp;: apr\u00e8s beaucoup d\u2019efforts, il r\u00e9ussit \u00e0 voir entre deux portes le g\u00e9n\u00e9ral Sarrail, et celui-ci accepte de le faire nommer, \u00e0 condition que ce soit dans un r\u00e9giment de coloniaux.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Officier dans un Bataillon de Tirailleurs S\u00e9n\u00e9galais<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Nomm\u00e9 au 81<sup>e<\/sup> BTS en d\u00e9cembre 1917, il d\u00e9crit longuement sa nouvelle situation, son emploi du temps ainsi que ses hommes, leur ethnie, leurs langues, leurs habitudes\u2026 Avec l\u2019hivernage des troupes africaines, il peut se contenter au d\u00e9but de diriger des exercices \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, et superviser des travaux publics (am\u00e9nagement de route). Il sera plus souvent en ligne en 1918, dans des secteurs d\u2019activit\u00e9 moyenne, mais son ordonnance Abdou est tu\u00e9 \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s par un obus en mai 1918 (p. 335). &nbsp;Il est d\u2019entr\u00e9e tr\u00e8s satisfait de son affectation car sa compagnie, dit-il, est la plus disciplin\u00e9e du bataillon (p. 258)&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>je vous entretiendrai longuement dans mes prochaines lettres de ces braves Noirs.<\/em>&nbsp;\u00bb On trouve souvent dans les sources \u00ab&nbsp;Grande Guerre&nbsp;\u00bb le terme \u00ab&nbsp;N\u00e8gre&nbsp;\u00bb [substantif], employ\u00e9 par les contemporains avec un sens neutre, et il serait tr\u00e8s utile de savoir exactement \u00e0 partir de quel moment ce terme devient inutilement \u2013 ou volontairement &#8211; m\u00e9prisant, et doit \u00eatre remplac\u00e9 par le terme neutre de \u00ab&nbsp;Noir&nbsp;\u00bb [fin des ann\u00e9es vingt&nbsp;?]. Ce terme courant \u00ab&nbsp;N\u00e8gre&nbsp;\u00bb n\u2019appara\u00eet pas une seule fois dans le corpus, peut-\u00eatre y a-t-il eu substitution lors de la dactylographie dans les ann\u00e9es soixante-dix&nbsp;? En tout cas, en regard de bien d\u2019autres t\u00e9moins, A. Bron, tr\u00e8s empathique pour ses hommes, fait ici preuve de progressisme. Comme toujours, notre intellectuel s\u2019enthousiasme pour l\u2019ethnographie, et sans cesser de se perfectionner en grec moderne, il a le projet d\u2019\u00e9tudier les langues \u00ab&nbsp;s\u00e9n\u00e9galaises&nbsp;\u00bb, il envoie \u00e0 ses parents un tableau des chiffres de un \u00e0 cent en langue bambara (p. 265)&nbsp;; il explique aussi que le terme \u00ab&nbsp;s\u00e9n\u00e9galais&nbsp;\u00bb est g\u00e9n\u00e9rique, et qu\u2019il a affaire \u00e0 de nombreux Maliens, Tchadiens ou Burkinab\u00e9s, qu\u2019il essaie de cat\u00e9goriser (pays, ethnie, langue, coutumes\u2026).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Plus loin, il raconte de mani\u00e8re int\u00e9ressante comment son ordonnance Abdou a \u00e9t\u00e9 recrut\u00e9 aux BTS (p. 268) \u00ab&nbsp;<em>Un beau jour, Abdou Sergui, le chef du village Kantch\u00e9, vint \u00e0 Ichernaoua Ouachada et s\u2019en retourna avec Abdou (\u2026) pieds et poings li\u00e9s, la corde au cou, pleurant toutes les larmes de son corps (\u2026). Abdou fus remis aux autorit\u00e9s militaires et devint soldat. Voil\u00e0 ce qu\u2019Abdou m\u2019a racont\u00e9 ce matin.&nbsp;<\/em>\u00bb Sa vision des Noirs est tr\u00e8s paternaliste (p. 265)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Ces Noirs sont des enfants que la moindre dure parole chagrine. Le capitaine les blesse souvent. Pour moi, je mets sur leurs plaies le baume des douces paroles<\/em>.&nbsp;\u00bb Sans surprise, un autre extrait montre qu\u2019A. Bron repr\u00e9sente une exception avec sa conception des rapports respectueux envers les Tirailleurs (p. 294)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Mr Duchez nous a dit ce soir qu\u2019un officier d\u2019un autre BTS avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par les Noirs, pour avoir frapp\u00e9 l\u2019un d\u2019eux, chose courante et admise aux BTS. Pour ma part je suis bien tranquille. Mes Noirs se couperaient quatre pour me faire plaisir. Jamais je ne les maltraite.<\/em> (\u2026) <em>Je suis seul \u00e0 appliquer cette m\u00e9thode ou presque<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il peut revenir \u00e0 Tunis en juillet 1918, ayant termin\u00e9 \u00ab&nbsp;ses&nbsp;\u00bb 18 mois d\u2019Orient. Durant sa derni\u00e8re ann\u00e9e de service (d\u00e9mobilisation en juillet 1919), l\u2019auteur s\u2019occupe d\u2019instruction au sein des BTS (surtout le 113<sup>e<\/sup> BTS) \u00e0 Biskra, Touggourt et Hussein-Dey. Il souligne la r\u00e9ussite d\u2019un cours de perfectionnement des caporaux et sous-officiers s\u00e9n\u00e9galais, \u00ab&nbsp;<em>fils de chefs de villages<\/em>&nbsp;\u00bb, qu\u2019il a dirig\u00e9 avec beaucoup d\u2019investissement et de plaisir,&nbsp;et mentionne \u00e0 cet \u00e9gard les nombreux t\u00e9moignages de gratitude (courriers de remerciement) de ces hommes promus par la suite (p. 375), \u00ab<em>Les remerciements dont ils m\u2019ont abreuv\u00e9 avec une telle chaleur et une telle sinc\u00e9rit\u00e9 ne sont pas, on s\u2019en doute, d\u2019un vocabulaire suffisamment ad\u00e9quat aux sentiments exprim\u00e9s et je ne voudrais pour rien au monde qu\u2019on sour\u00eet en les lisant.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Albert Bron produit ici un t\u00e9moignage attachant, et la somme de ses lettres permet de reconstituer un des itin\u00e9raires possibles de la Guerre en Orient&nbsp;: en profiter pour progresser humainement, et tout simplement pour se cultiver. En cela, notre t\u00e9moin est marginal et peu repr\u00e9sentatif des autres cadres coloniaux subalternes&nbsp;: il ne joue pas aux cartes, boit mod\u00e9r\u00e9ment et il indique lui-m\u00eame que sa conception du commandement des Noirs, bas\u00e9e sur le respect, n\u2019est pas partag\u00e9e. Il faut aussi prendre en compte le fait que ses lettres sont adress\u00e9es \u00e0 ses parents, et ce rapport filial transpara\u00eet en permanence&nbsp;: il veut rassurer mais aussi montrer qu\u2019il est digne de l\u2019\u00e9ducation re\u00e7ue, ce qui donne \u00e0 voir des actions peut-\u00eatre un peu id\u00e9alis\u00e9es. En soulignant aussi qu\u2019Albert Bron a sur ses tirailleurs une vision tr\u00e8s paternaliste bien de son temps, on conclura en remarquant que cet excellent homme, Europ\u00e9en oranais, n\u2019\u00e9voque jamais, dans ses \u00e9changes avec les siens, les paradigmes du fait colonial.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lettres d\u2019un poilu de 14 \u2013 18 1. Le t\u00e9moin Albert Bron, originaire d\u2019Oran, voit ses \u00e9tudes classiques interrompues en ao\u00fbt 1914. Mobilis\u00e9 au 1er r\u00e9giment de zouaves, il est d\u2019abord secr\u00e9taire \u00e0 Alger, puis sergent apr\u00e8s un passage \u00e0 Saint-Maixent en 1915. 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