{"id":4997,"date":"2025-12-17T17:51:07","date_gmt":"2025-12-17T16:51:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4997"},"modified":"2026-01-25T18:07:05","modified_gmt":"2026-01-25T17:07:05","slug":"abraham-pierre-ne-bloch-pierre-1892-1974-les-trois-freres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/12\/17\/abraham-pierre-ne-bloch-pierre-1892-1974-les-trois-freres\/","title":{"rendered":"Abraham Pierre (n\u00e9 Bloch Pierre) (1892 \u2013 1974),"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Les trois fr\u00e8res<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Le t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pierre Abraham est le nom de plume pris par Pierre Bloch, lorsque celui-ci se lance dans une carri\u00e8re litt\u00e9raire et journalistique \u00e0 la fin des ann\u00e9es Vingt. Il a \u00e9t\u00e9 auparavant un \u00e9tudiant brillant, admis \u00e0 X en 1913. Mobilis\u00e9 au 6<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019artillerie \u00e0 pied \u00e0 Toul, il r\u00e9ussit rapidement \u00e0 int\u00e9grer l\u2019aviation d\u2019observation et rejoint la MF 5 [Maurice Farman] en novembre 1914. Chef des observateurs \u00e0 la BL 18 [Bl\u00e9riot] en d\u00e9cembre 1914, il vole ensuite presque deux ans \u00e0 la C9 (lieutenant observateur- Caudron G3 et G4). En d\u00e9cembre 1916, il prend le commandement de la C 21 (observation) jusqu\u2019en juillet 1918. Pass\u00e9 capitaine en juin 1917, il termine la guerre d\u00e9tach\u00e9 au G.H.Q. am\u00e9ricain. Le Maitron signale que compagnon de route en 1936, puis r\u00e9sistant \u00e0 partir de 1941, il a \u00e9t\u00e9 adh\u00e9rent au P.C.F. apr\u00e8s-guerre, exer\u00e7ant comme journaliste, critique et \u00e9crivain, notamment comme directeur de la revue <em>Europe<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pierre Abraham publie en 1971 \u00ab&nbsp;<em>Les trois fr\u00e8res&nbsp;<\/em>\u00bb aux \u00c9diteurs Fran\u00e7ais R\u00e9unis &nbsp;(pr\u00e9face de Jacques Duclos, 378 pages). Il s\u2019agit d\u2019un ouvrage autobiographique, avec une structure composite, puisque se succ\u00e8dent des chapitres sur son p\u00e8re, sa jeunesse, ses fr\u00e8res, puis sur son exp\u00e9rience de la Grande Guerre, dont les \u00e9tapes sont entrecoup\u00e9es de petits interludes \u00e9voquant la R\u00e9sistance pendant la Seconde Guerre mondiale. La Grande Guerre occupe environ 130 pages de ces souvenirs, et quelques indications montrent des fragments surtout r\u00e9dig\u00e9s au milieu des &nbsp;ann\u00e9es Soixante. Ronald Hubscher a largement utilis\u00e9 ce t\u00e9moignage (dix occurrences en index des noms de personnes) dans \u00ab&nbsp;<em>Les aviateurs au combat<\/em>&nbsp;\u00bb, Privat, 2016.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Artilleur<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pierre Abraham d\u00e9crit une exp\u00e9rience d\u00e9cevante au d\u00e9but de la guerre, puisque responsable d\u2019une batterie avanc\u00e9e (le Tillot) de l\u2019enceinte fortifi\u00e9e de Toul, il reste en dehors des combats. Int\u00e9ress\u00e9 d\u00e8s avant le conflit par l\u2019aviation, sa demande de mutation comme observateur est refus\u00e9e, son colonel voulant garder son officier, artilleur qualifi\u00e9. En septembre 1914, il est charg\u00e9 de la formation d\u2019une nouvelle batterie de 75 qui s\u2019\u00e9tablit vers Pont-\u00e0-Mousson, mais la trop grande prudence de son chef \u2013 ne pas se faire rep\u00e9rer \u2013 fait que bombard\u00e9, il ne tire pas. L\u2019auteur parle de \u00ab&nbsp;batterie-fant\u00f4me&nbsp;\u00bb (p. 205), et en repli derri\u00e8re Flirey, conclut apr\u00e8s une salve unique&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>tels sont les quatre coups de canon que j\u2019aurai tir\u00e9s, dans ma carri\u00e8re d\u2019officier d\u2019artillerie au long de la Premi\u00e8re Guerre mondiale.&nbsp;<\/em>\u00bb C\u2019est en novembre 1914 qu\u2019il r\u00e9ussit \u00e0 \u00eatre mut\u00e9 comme observateur a\u00e9rien au D.A.L. (D\u00e9tachement d\u2019Arm\u00e9e de Lorraine), qui demande des volontaires, en court-circuitant la voie hi\u00e9rarchique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Observateur<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Officier-observateur sur avion Maurice-Farman puis sur Bl\u00e9riot, l\u2019auteur \u00e9voque les d\u00e9buts de l\u2019aviation d\u2019observation, les essais de T.S.F., en y m\u00ealant des r\u00e9flexions sur la gloire, le courage en mission, ou les <em>\u00ab&nbsp;succ\u00e8s f\u00e9minins<\/em>.&nbsp;\u00bb P. Abraham fait partie des pr\u00e9curseurs, il vole en observation d\u00e8s 1914, dans un emploi tactique nouveau&nbsp;: \u00e0 la C9, il participe avec deux camarades \u00e0 l\u2019\u00e9laboration th\u00e9orique de ce que seront les principes du r\u00e9glage du tir d\u2019artillerie par avion (p.231)&nbsp;: \u00ab<em>Le GQG m\u2019interroge sur le texte d\u2019une instruction qu\u2019il d\u00e9sire faire para\u00eetre \u00e0 ce sujet.<\/em>&nbsp;\u00bb Ce travail, \u00ab&nbsp;<em>revu par les manitous de l\u00e0-haut, deviendra un petit bouquin rouge, bible du travail en commun de l\u2019artillerie et de l\u2019aviation sur tout le front.<\/em>&nbsp;\u00bb Il \u00e9voque aussi des reconnaissances lointaines derri\u00e8re les lignes allemandes,&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>\u00e0 compter les fum\u00e9es de locomotive&nbsp;\u00bb<\/em> (p. 233), c\u2019est aussi l\u2019occasion de r\u00e9flexions sur le courage et la peur au combat. Le r\u00e9cit de l\u2019attaque d\u2019un drachen allemand avec des fus\u00e9es incendiaires g\u00e9n\u00e8re des consid\u00e9rations morales, il n\u2019a pas vis\u00e9 les observateurs de la nacelle (p. 235)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>D\u00e9truire le mat\u00e9riel, c\u2019est notre but. Mais tirer comme des lapins des gars abandonn\u00e9s par leur treuil et qui ne peuvent pas nous r\u00e9pondre, c\u2019est autre chose.<\/em>&nbsp;\u00bb. Cette action lui vaut la premi\u00e8re citation de l\u2019escadrille, et une des premi\u00e8res croix de guerre arbor\u00e9e \u00e0 Nancy&nbsp; (mai 1915, p. 236)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Sur le trottoir de la rue St-Jean, je suis arr\u00eat\u00e9 par des hommes de l\u2019\u00e2ge de mon p\u00e8re, qui me demandent \u00e0 soupeser de leur main la d\u00e9coration nouvelle.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Pilote puis chef d\u2019escadrille<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00c0 la C9, lieutenant observateur, il r\u00e9ussit aussi \u00e0 passer son brevet de pilote, sans partir en formation, et le fait de piloter lui permet de tester les observateurs nouveaux venus, ainsi que les avions re\u00e7us, G4, G6, Morane-Parasol, puis A.R. et Spad biplace. Il se montre tr\u00e8s critique (narration d\u2019accidents mortels) envers le Morane et l\u2019A.R. (avion Dorand). Pass\u00e9 ensuite chef d\u2019escadrille \u00e0 la C 21, Il dresse un tableau de l\u2019aviation au bout de deux ans de guerre. Pour lui le groupe des pilotes en 1916 est d\u00e9barrass\u00e9 des pr\u00e9curseurs, des mondains associ\u00e9s ici \u00e0 des membres de l\u2019aristocratie&nbsp;; les survivants de ce groupe, rejoints par leurs jeunes cousins, forment une classe aristocratique minoritaire. Un groupe prol\u00e9tarien est celui des m\u00e9caniciens, d\u2019origine ouvri\u00e8re et pass\u00e9s pilotes&nbsp;; la presse, dit l\u2019auteur, aime exposer leurs succ\u00e8s (p.280)&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>par une conception fausse de la d\u00e9mocratie, en r\u00e9alit\u00e9 par d\u00e9magogie.&nbsp;<\/em>\u00bb Cette presse met en sc\u00e8ne les frasques de&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;ces \u00ab&nbsp;grands enfants&nbsp;\u00bb qu\u2019il s\u2019agissait de rendre \u00ab&nbsp;populaires&nbsp;\u00bb avec une petite touche de d\u00e9dain&nbsp;\u00bb<\/em>. On peut penser ici \u00e0 R. Nungesser ou G. Carpentier, car J. Navarre et G. Guynemer viennent de la bourgeoisie ais\u00e9e. Pour P. Abraham, il y a une troisi\u00e8me couche, majoritaire, la moins m\u00e9diatis\u00e9e, ni aristocratique ni ouvri\u00e8re, qu\u2019il appelle la bourgeoisie. Et il conclut (p. 280)&nbsp;: pour lui, \u00ab<em>L\u2019ensemble des pilotes de guerre, \u00e0 partir de 1917, reproduisaient assez bien, sauf du point de vue des proportions, l\u2019aristocratie, la bourgeoisie et le prol\u00e9tariat de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00c0 propos du 16 avril 1917, il raconte les difficiles liaisons \u00e0 basse altitude dans le mauvais temps, avec l\u2019angoisse de se trouver sur une trajectoire d\u2019artillerie, puis il extrapole \u00e0 l\u2019\u00e9volution tactique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de l\u2019appui-feu de l\u2019aviation pour les attaques d\u2019infanterie (1918), soulignant le paradoxe par rapport \u00e0 ce qui avait \u00e9t\u00e9 la r\u00e8gle depuis 1914, c\u2019est \u00e0 dire la recherche continue de l\u2019altitude la plus \u00e9lev\u00e9e possible. Pass\u00e9 capitaine \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1917, il forme avec la C 21 des observateurs am\u00e9ricains au camp du Valdahon. Il aborde longuement des th\u00e8mes qui paraissent marginaux aujourd\u2019hui, comme la diff\u00e9rence de conception sur ce que doit \u00eatre la place du vin et des boissons alcoolis\u00e9es au front entre les Fran\u00e7ais et les Am\u00e9ricains&nbsp;; apr\u00e8s \u00eatre reparti au printemps 1918 combattre sur le front des offensives allemandes, il termine la guerre associ\u00e9 au G.H.Q. US pour former un groupement tactique qui deviendra sans objet avec l\u2019Armistice.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Un aviateur moraliste<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce qui fait la singularit\u00e9 du t\u00e9moignage de Pierre Abraham, que l\u2019on peut comparer avec la dizaine de notices d\u2019aviateurs du dictionnaire du Crid, c\u2019est le m\u00e9lange, dans son r\u00e9cit, de remarques factuelles avec des r\u00e9flexions \u00e9thiques et psychologiques, \u00e0 propos de l\u2019attitude au combat, du vol, des camarades, de leurs frasques communes, aussi bien qu\u2019\u00e0 propos des aventures f\u00e9minines. &nbsp;Cela donne paradoxalement un ensemble extr\u00eamement s\u00e9rieux, un peu pontifiant (p. 202): <em>\u00ab&nbsp;Et la gloire&nbsp;? J\u2019\u00e9prouve un \u00e9trange scrupule \u00e0 m\u2019aventurer dans cette auscultation r\u00e9trospective. (\u2026) L\u2019app\u00e9tit de gloire, comment le faire comprendre, \u00e0 quoi le comparer. Peut-\u00eatre \u00e0 cette \u00ab&nbsp;fureur de vivre&nbsp;\u00bb dont on nous rebat les oreilles pour la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui.&nbsp;\u00bb (\u2026) \u00ab&nbsp;Fureur de vivre&nbsp;\u00bb \u00e9tait pourtant inexact en 1914. Et je pr\u00e9f\u00e9rerais, au risque de pi\u00e9tiner toute pudeur \u2013 la mienne et celle de mes camarades disparus \u2013 parler de ce qui nous poss\u00e9dait alors et qui, r\u00e9ellement concr\u00e8tement, pouvait s\u2019appeler \u00ab&nbsp;fureur de mourir&nbsp;\u00bb.&nbsp;\u00bb<\/em> L\u2019auteur \u00ab&nbsp;<em>m\u00e9prise de fort haut<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 225) les revues comme <em>La Vie Parisienne<\/em> ou <em>Fantasio<\/em> pour l\u2019image des aviateurs qu\u2019ils v\u00e9hiculent, et avec moins de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, il dit n\u2019\u00eatre pas satisfait de certains livres comme <em>L\u2019\u00e9quipage<\/em> [1923] et \u00ab&nbsp;<em>de certains films techniquement bons et moralement d\u00e9plaisant comme Le Diable au Corps.<\/em>&nbsp;[1947]\u00bb. L\u2019auteur signale son incompr\u00e9hension et ses relations distantes, toujours pour des raisons \u00e9thiques, avec l\u2019unit\u00e9 de bombardement a\u00e9rien de Malz\u00e9ville (1915)&nbsp;: pour lui, jeter des bombes sur des localit\u00e9s s\u2019apparente un peu \u00e0 de l\u2019assassinat (p. 242)&nbsp;et lorsque lui aussi est envoy\u00e9 jeter des bombes \u00e0 ailette sur la ville de Luxembourg, il d\u00e9clare&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>me voil\u00e0 devenu pareil aux bombardiers de Malz\u00e9ville que je m\u00e9prise si fort pour leur besogne de tueurs.<\/em>&nbsp;\u00bb On rappellera que l\u2019auteur fut un des fondateurs communistes du Mouvement de la Paix en 1948.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le chapitre des femmes est plusieurs fois abord\u00e9, il \u00e9voque ce qu\u2019il appelle sa \u00ab&nbsp;<em>vie de gar\u00e7on<\/em>&nbsp;\u00bb, refusant l\u2019engagement amoureux, comme si c\u2019\u00e9tait un passage oblig\u00e9 de ce type de m\u00e9moires. Il se range en fait assez vite puisqu\u2019il se marie en 1915, ce qui est aussi assez atypique&nbsp;: il dit effectuer avec ce mariage (p. 256) \u00ab&nbsp;<em>un retour \u00e0 ce qu\u2019on aurait alors appel\u00e9 la puret\u00e9<\/em>.&nbsp;\u00bb Ici, place \u00e0 un amour qui le ram\u00e8ne \u00e0 une <em>\u00ab&nbsp;r\u00e8gle de vie quasi \u2013 monastique qui correspondait, sinon \u00e0 mon caract\u00e8re, du moins \u00e0 une de ses faces les plus durables.<\/em>&nbsp;\u00bb Ce ton tr\u00e8s particulier s\u2019explique probablement en partie par le contexte de la r\u00e9daction&nbsp;; en 1964 il est directeur de l\u2019exigeante revue <em>Europe<\/em>, et son engagement communiste est public&nbsp;: le parti est puritain, et la p\u00e9riode Jeannette Vermeersch n\u2019est pas loin\u2026 Ces prismes sont du reste conscients et assum\u00e9s (p. 237)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Au moment de faire \u00e9cho \u00e0 nos joyeuses prouesses, je devrais sans doute me ceindre les reins d\u2019une ceinture \u00e0 pointes, me couvrir la t\u00eate de cendre et faire pieusement p\u00e9nitence. Il n\u2019en sera rien. Ni l\u2019\u00e2ge, ni les r\u00e9flexions, ni le contexte \u2013 aust\u00e8re au regard de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 o\u00f9 je vis depuis nombre d\u2019ann\u00e9es, ni la d\u00e9sapprobation \u00e9ventuelle de ceux qui sont mes camarades d\u2019un autre combat, ne m\u2019am\u00e8neront \u00e0 renier la fougue de notre jeunesse et les exc\u00e8s qui l\u2019ont accompagn\u00e9e.<\/em>&nbsp;\u00bb Il fait aussi de nombreuses allusions au vin, aux beuveries, et aux canulars qui les accompagnent.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Un t\u00e9moignage original<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ce t\u00e9moignage est inscrit dans un contexte (ann\u00e9es Soixante) o\u00f9 les r\u00e9cits factuels de pilotes sont finalement assez rares, et o\u00f9 la vision des aviateurs est domin\u00e9e par des clich\u00e9s glorieux que l\u2019auteur veut remettre en perspective. Il est aussi possible que l\u2019auteur aborde longuement ces th\u00e8mes (femmes, beuveries) parce ce que c\u2019est ce qu\u2019on attend de ce type de r\u00e9cit \u00e0 l\u2019\u00e9poque&nbsp;; pour un pr\u00e9curseur qui vole en missions de guerre d\u00e8s 1914, il n\u2019y a finalement dans le livre qu\u2019assez peu de descriptions de missions et de r\u00e9glages, de rencontres ou d\u2019\u00e9vitements de l\u2019ennemi. Insistant beaucoup sur sa modestie, son inexp\u00e9rience mais dans le m\u00eame temps sur ses r\u00e9ussites et ses succ\u00e8s, son propos n\u2019est pas exempt d\u2019une certaine suffisance (c\u2019est tout le contraire de G. Villa, par exemple), mais il est aussi certain qu\u2019il a fait \u00ab&nbsp;une belle guerre&nbsp;\u00bb, pour employer une expression des ann\u00e9es Trente. Cette contradiction entre une ambiance potache, avec de tr\u00e8s jeunes gens \u00e0 peine sortis des Ecoles, et les dures responsabilit\u00e9s de la guerre confi\u00e9es \u00e0 ces&nbsp; aviateurs, n\u2019est pas en soi originale dans le petit monde des escadrilles&nbsp;; ce qui l\u2019est plus, c\u2019est d\u2019\u00e9voquer ces frasques de jeunesse avec l\u2019exp\u00e9rience de la vie, d\u2019une autre guerre, des engagements politiques et intellectuels, d\u2019une existence aust\u00e8re\u2026 son fr\u00e8re l\u2019\u00e9crivain communiste Jean-Richard Bloch est mort en 1947, min\u00e9 par la disparition de sa fille r\u00e9sistante, ex\u00e9cut\u00e9e par les Allemands en 1943&nbsp;; leur m\u00e8re a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9e \u00e0 Auschwitz en 1944\u2026 En fait, loin de le desservir, c\u2019est aussi ce caract\u00e8re composite de l\u2019ensemble, avec ce ton marqu\u00e9 par les exp\u00e9riences ult\u00e9rieures de la vie et par le regard des camarades, qui fait l\u2019int\u00e9r\u00eat historique de ce t\u00e9moignage.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les trois fr\u00e8res 1. Le t\u00e9moin Pierre Abraham est le nom de plume pris par Pierre Bloch, lorsque celui-ci se lance dans une carri\u00e8re litt\u00e9raire et journalistique \u00e0 la fin des ann\u00e9es Vingt. Il a \u00e9t\u00e9 auparavant un \u00e9tudiant brillant, admis \u00e0 X en 1913. 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