{"id":4999,"date":"2025-12-24T17:29:50","date_gmt":"2025-12-24T16:29:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=4999"},"modified":"2026-01-25T18:05:05","modified_gmt":"2026-01-25T17:05:05","slug":"catusseau-fernand-1895-1987","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2025\/12\/24\/catusseau-fernand-1895-1987\/","title":{"rendered":"Catusseau, Fernand (1895-1987)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Le t\u00e9moin<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pierre Fernand Catusseau est n\u00e9 le 10 mai 1895 \u00e0 Saint-\u00c9milion, canton de Libourne (Gironde) dans une famille de viticulteurs au lieu-dit Pindefleurs, un cru Saint-\u00c9milion r\u00e9put\u00e9. On connait mal ses \u00e9tudes, interrompues par la mort de son p\u00e8re en 1912, moment o\u00f9 il a d\u00fb prendre en main l\u2019exploitation. Il \u00e9crit un fran\u00e7ais correct. En d\u00e9cembre 1914, il est incorpor\u00e9 au 100<sup>e<\/sup> RI, puis au 109<sup>e<\/sup>. Caporal en juin 1915&nbsp;; sergent en octobre (les galons sont arros\u00e9s au Saint-\u00c9milion). La famille est ais\u00e9e&nbsp;: il demande et re\u00e7oit de tr\u00e8s nombreux mandats. Bless\u00e9 et \u00e9vacu\u00e9 le 25 octobre 1917 dans l\u2019attaque de la Malmaison. Mort le 8 mai 1987.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Le t\u00e9moignage<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La famille a conserv\u00e9 les lettres envoy\u00e9es \u00e0 sa m\u00e8re entre le 3 janvier 1915 et le 3 d\u00e9cembre 1917. Son petit-fils Jean-Luc Michelet les a transcrites et r\u00e9unies avec reproduction de nombreux documents dans un petit livre hors commerce tir\u00e9 \u00e0 50 exemplaires pour la famille et les amis. Les originaux seront d\u00e9pos\u00e9s aux Archives d\u00e9partementales de la Gironde.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Deux aspects originaux par rapport \u00e0 la plupart des t\u00e9moignages<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Une premi\u00e8re originalit\u00e9 des lettres, c\u2019est qu\u2019on n\u2019y d\u00e9couvre pas d\u2019autocensure pour rassurer sa m\u00e8re. D\u00e8s juillet 1915, \u00e0 Lorette, il d\u00e9crit une situation terrible, des morts \u00e0 chaque pas&nbsp;; \u00e0 Souchez, c\u2019est intenable. Il d\u00e9crit la boue, la faim, la soif, le froid (en particulier en janvier 1917), \u00ab&nbsp;les mauvaises odeurs des macchab\u00e9es&nbsp;\u00bb, les bombardements. La lettre du 9 d\u00e9cembre 1915 d\u00e9crit pr\u00e9cis\u00e9ment les torpilles allemandes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ils nous ont envoy\u00e9 des torpilles de 50 kg ce qui est je crois plus terrible qu\u2019un obus, car tu la vois arriver en l\u2019air \u00e0 200 m\u00e8tres de hauteur et tu ne sais exactement o\u00f9 elle va tomber&nbsp;; c\u2019est impressionnant je t\u2019assure, elle \u00e9clate avec un fracas \u00e9pouvantable.&nbsp;\u00bb&nbsp; La guerre est un \u00ab&nbsp;terrible fl\u00e9au&nbsp;\u00bb qu\u2019il faut souhaiter voir finir au plus t\u00f4t. Fernand est conscient de sa d\u00e9cision de tout raconter&nbsp;: il demande pardon \u00e0 sa m\u00e8re en expliquant que c\u2019est pour lui un soulagement.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Deuxi\u00e8me originalit\u00e9&nbsp;: il ne craint pas de dire o\u00f9 il se trouve \u00e0 telle date. Le 8 novembre 1915, par exemple&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous prenons les tranch\u00e9es \u00e0 gauche de la route d\u2019Arras, au Bois en Hache \u00e0 gauche de Souchez.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong><em>Analyse<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Pour sa Patrie et la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le 5 juillet 1915, depuis Souchez, Fernand Catusseau termine une lettre par la phrase&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ton fils pour la vie, qui combat glorieusement pour sa Patrie et la d\u00e9fense de ses int\u00e9r\u00eats.&nbsp;\u00bb Sans doute est-ce une allusion au risque d\u2019une d\u00e9faite pour la prosp\u00e9rit\u00e9 des activit\u00e9s \u00e9conomiques de la France, donc de la vente du vin. Mais le th\u00e8me de la Patrie revient souvent, de m\u00eame que la forte critique de l\u2019ennemi. Le 4 septembre 1915, il souhaite \u00ab&nbsp;an\u00e9antir au plus t\u00f4t cette insolente nation&nbsp;\u00bb. Le 2 octobre, il se dit heureux d\u2019avoir \u00ab&nbsp;massacr\u00e9 pas mal de boches&nbsp;\u00bb. Il aime le spectacle magnifique des revues, les \u00e9mouvantes remises de d\u00e9corations.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On peut cependant noter quelques nuances. Le 23 septembre 1916, dix-septi\u00e8me jour de tranch\u00e9es, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;On parle m\u00eame de nous faire attaquer de nouveau, mais je crois qu\u2019ils ne feront pas grand-chose de nous. C\u2019est vraiment trop pour une fois.&nbsp;\u00bb Le 18 octobre, il souhaite obtenir une permission extraordinaire pour les vendanges, tout en admettant qu\u2019elles \u00ab&nbsp;sont termin\u00e9es et dans de bonnes conditions&nbsp;\u00bb. Soign\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re pour sa blessure, il \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis heureux d\u2019\u00eatre enfin \u00e0 l\u2019abri et je t\u2019assure que j\u2019y resterai le plus possible.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Il ne dit rien des grandes fraternisations de d\u00e9cembre 1915 mais, le 18 novembre, il d\u00e9crit une p\u00e9riode calme au cours de laquelle \u00ab&nbsp;les boches causaient avec nous&nbsp;\u00bb. En juin 1916, les paroles \u00e9chang\u00e9es sont plut\u00f4t des moqueries, mais restent un dialogue.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Le lien avec \u00ab&nbsp;le pays&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Dans sa correspondance avec sa m\u00e8re charg\u00e9e de l\u2019exploitation familiale en son absence, reviennent tr\u00e8s souvent les demandes de nouvelles de Saint-\u00c9milion. Fernand souhaite connaitre l\u2019\u00e9tat de la r\u00e9colte et l\u2019\u00e9volution du prix du vin. Le 28 ao\u00fbt 1917, jour de pluie et de grand vent, il souhaite qu\u2019il n\u2019en soit pas de m\u00eame chez lui \u00ab&nbsp;car pour la maturit\u00e9 cela pourrait bien nuire et amener la pourriture&nbsp;\u00bb. Le 30 septembre, il attend avec impatience le r\u00e9sultat des vendanges et il rappelle \u00e0 sa m\u00e8re qu\u2019il faut bien m\u00e9cher les f\u00fbts destin\u00e9s \u00e0 la nouvelle r\u00e9colte.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Un lien avec sa r\u00e9gion est \u00e9galement constitu\u00e9 par le \u00ab&nbsp;journal de tranch\u00e9es&nbsp;\u00bb (imprim\u00e9 \u00e0 Bordeaux), <em>Le Poilu St \u00c9milionnais<\/em> de l\u2019abb\u00e9 Bergey, qu\u2019il mentionne \u00e0 plusieurs reprises. Le journal dont une \u00e9dition en facsimil\u00e9 a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e r\u00e9cemment signale la blessure et la citation de Fernand Catusseau&nbsp; dans deux num\u00e9ros d\u2019octobre-novembre 1917 et avril 1918. L\u2019abb\u00e9 Bergey et son journal ont une notice dans le pr\u00e9sent dictionnaire des t\u00e9moins&nbsp;; leur existence est rappel\u00e9e dans le r\u00e9cent livre de R\u00e9my Cazals, <em>\u00c9crire\u2026 Publier\u2026 R\u00e9flexions sur les t\u00e9moignages de 1914-1918<\/em>, Edhisto, 2025.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Des informations sur la vie des poilus<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les poilus fabriquent des bagues et autres objets. La rubrique \u00ab&nbsp;poux&nbsp;\u00bb est trait\u00e9e comme souvent avec humour&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les poux continuent toujours \u00e0 se d\u00e9ployer en tirailleurs sur mon dos.&nbsp;\u00bb Il y a des repas juste bons pour \u00eatre balanc\u00e9s sur le parapet. Les conserves venant de la maison sont les bienvenues.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">La chasse permet aussi d\u2019am\u00e9liorer l\u2019ordinaire. Au repos, le 6 janvier 1916, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes dans un pays tr\u00e8s giboyeux, il y a des faisans, du li\u00e8vre et du lapin \u00e0 foison, nous en mangeons tous les jours. Mais il a paru une circulaire interdisant la chasse car vraiment c\u2019\u00e9tait pire que dans les tranch\u00e9es la fusillade&nbsp;!&nbsp;\u00bb La suite est du 18 janvier&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est couvert de gibier, nous les attrapons au lacet maintenant puisqu\u2019il est interdit de tirer des coups de fusil.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le 6 f\u00e9vrier 1917, Fernand Catusseau \u00e9voque \u00ab&nbsp;une bien triste c\u00e9r\u00e9monie&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;J\u2019\u00e9tais d\u00e9sign\u00e9 avec 8 Sergents de mes camarades pour servir de peloton d\u2019ex\u00e9cution \u00e0 un mis\u00e9rable poilu condamn\u00e9 \u00e0 mort, c\u2019est une bien mauvaise besogne. Enfin lorsque l\u2019on est command\u00e9, l\u2019on ne peut pas reculer. Je ne te d\u00e9veloppe pas plus ceci car ce n\u2019est rien de beau, tu en sais suffisamment.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le 30 septembre, une note originale&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes \u00e0 l\u2019instruction des tanks depuis 2 jours, nous ne sommes pas trop mal, notre travail consiste \u00e0 man\u0153uvrer pour les mettre un peu sur la voie de la r\u00e9alit\u00e9 afin qu\u2019ils puissent connaitre toutes les emb\u00fbches que peuvent leur faire les Allemands. Ils font du magnifique travail, tout le monde en est \u00e9merveill\u00e9, aussi j\u2019esp\u00e8re que les boches seront bien servis.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>R\u00e9my Cazals, d\u00e9cembre 2025<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le t\u00e9moin Pierre Fernand Catusseau est n\u00e9 le 10 mai 1895 \u00e0 Saint-\u00c9milion, canton de Libourne (Gironde) dans une famille de viticulteurs au lieu-dit Pindefleurs, un cru Saint-\u00c9milion r\u00e9put\u00e9. On connait mal ses \u00e9tudes, interrompues par la mort de son p\u00e8re en 1912, moment o\u00f9 il a d\u00fb prendre en main l\u2019exploitation. 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