{"id":5085,"date":"2026-02-15T18:48:16","date_gmt":"2026-02-15T17:48:16","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=5085"},"modified":"2026-02-15T18:48:16","modified_gmt":"2026-02-15T17:48:16","slug":"cailleau-jean-1882-1956-cailleau-pauline-1884-1963","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2026\/02\/15\/cailleau-jean-1882-1956-cailleau-pauline-1884-1963\/","title":{"rendered":"Cailleau Jean (1882-1956) \u2013 Cailleau Pauline (1884-1963)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">Cailleau Jean (1882-1956) \u2013 Cailleau Pauline (1884-1963)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab&nbsp;<em>Puis crac&nbsp;! C\u2019est la guerre<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Alain Jacobzone \u2013 Louis Thareaut<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Les t\u00e9moins<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En 1906 Jean Cailleau a \u00e9pous\u00e9 Pauline Chenois, et en 1914 ils ont trois enfants de 7, 5 et 2 ans. La famille habite Den\u00e9e (Maine-et-Loire), et Jean travaille comme menuisier, le couple compl\u00e9tant ses revenus en tenant un caf\u00e9. Mobilis\u00e9 dans l\u2019artillerie au 3<sup>e<\/sup> R\u00e9giment d\u2019artillerie lourde, il sert d\u2019abord \u00e0 l\u2019\u00e9chelon dans la Somme, en Artois, puis en Champagne. Pass\u00e9 au service d\u2019une pi\u00e8ce, il combat dans l\u2019Aisne, puis en 1918, avec le 111<sup>e<\/sup> RAL, dans les batailles de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019offensive allemande. Apr\u00e8s les combats de reconqu\u00eate de l\u2019\u00e9t\u00e9, l\u2019Armistice le trouve dans les Ardennes. Son \u00e2ge et ses trois enfants lui permettent d\u2019\u00eatre d\u00e9mobilis\u00e9 d\u00e8s janvier 1919.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Alain Jacobzone et Louis Thareaut ont publi\u00e9 en 2018 <em>\u00ab&nbsp;Puis crac&nbsp;! C\u2019est la guerre<\/em>&nbsp;\u00bb, <em>\u00c9change \u00e9pistolaire d\u2019un couple Angevin durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale<\/em> (\u00c9ditions du Petit Pav\u00e9, 312 pages). Louis Thareaut, petit-fils du couple Cailleau, a d\u2019abord transcrit les 1542 lettres conserv\u00e9es, et des exemplaires des six volumes obtenus ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s \u00e0 la famille apr\u00e8s 2000. Ce premier corpus, base de travail pour <em>Puis crac&nbsp;! C\u2019est la guerre<\/em>, contenait toutes les lettres quasi-quotidiennes des deux \u00e9poux, car Jean Cailleau r\u00e9pondait au verso des envois de sa femme. Il existe aussi un carnet de guerre pour Jean, interrompu en 1915. Alain Jacobzone, un historien qui a bien \u00e9tudi\u00e9 la Grande Guerre \u00e0 l\u2019\u00e9chelon r\u00e9gional (\u00ab&nbsp;<em>En Anjou, loin du front<\/em>&nbsp;\u00bb, 1988, r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2015), a r\u00e9dig\u00e9, en s\u2019appuyant sur de nombreux extraits, une analyse th\u00e9matique qui occupe l\u2019essentiel du livre (p. 31 \u00e0 286). L. Thareaut le pr\u00e9c\u00e8de dans une pr\u00e9sentation des sources et de ses grands-parents (p. 11 \u00e0 31), puis \u00e0 la fin du volume (p. 287 \u00e0 297) \u00e9voque la vie de sa famille apr\u00e8s 1918.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Puis crac&nbsp;! C\u2019est la guerre<\/em> n\u2019est pas la publication des lettres des \u00e9poux Cailleau, mais une mise en contexte et une analyse de leur correspondance, c\u2019est \u00e0 dire surtout une explication de la guerre qu\u2019ils ont v\u00e9cue. L\u2019avertissement pr\u00e9cise que l\u2019\u00e9dition des 1500 lettres \u00e9tait inenvisageable (p. 32), mais que le travail d\u2019analyse repose rigoureusement sur ces documents: \u00ab&nbsp;<em>le seul chapitre consacr\u00e9 au couple comporte 263 citations de quelques mots \u00e0 plusieurs lignes et l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage doit en comporter un bon millier.&nbsp;<\/em>\u00bb Ce choix oriente donc plus le livre vers un travail d\u2019historien, sur la guerre des \u00e9poux Cailleau \u00e0 travers leur correspondance, que vers une publication de source, c\u2019est un choix assum\u00e9 qui (p. 32) \u00ab&nbsp;<em>pourrait g\u00eaner ceux qui ont le culte du document au point d\u2019en faire un sanctuaire inviolable.<\/em>&nbsp;\u00bb Appartenant effectivement plut\u00f4t \u00e0 ce groupe (mais sans fanatisme), je regrette un peu ce sur-d\u00e9coupage en centaines de citations, qui emp\u00eache de se faire une vue d\u2019ensemble par soi-m\u00eame, mais le travail d\u2019analyse est de bonne qualit\u00e9,&nbsp;et le choix d\u2019intituler les sous-parties avec des extraits significatifs (par exemple&nbsp;: chapitre IV. 4) \u00ab&nbsp;<em>Tu dois trouver \u00e7a bien de ne plus m\u2019entendre rousp\u00e9ter\u2026<\/em>\u00bb) ram\u00e8ne en permanence au texte et les propos des t\u00e9moins sont replac\u00e9s dans leurs contextes \u00e9v\u00e9nementiels, \u00e9conomiques et familiaux, ce qui permet de d\u00e9boucher sur une \u00e9tude des mentalit\u00e9s ou de l\u2019intime.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Une premi\u00e8re partie pr\u00e9sente <strong>les caract\u00e9ristiques de la correspondance<\/strong> (p. 39 \u00e0 61), avec cette obligation quotidienne que les \u00e9poux s\u2019imposent. Le temps de cheminement est en moyenne de 4 ou 5 jours, et les lettres de Pauline sont plus longues que celles de son mari (A.J., p. 46) \u00ab&nbsp;<em>elle semble s\u2019imposer la norme exigeante de 4 pages quotidiennes qu\u2019elle avoue parfois peiner \u00e0 tenir.<\/em>&nbsp;\u00bb L\u2019analyse se poursuit en pr\u00e9sentant la lettre-type de l\u2019une ou de l\u2019autre, avec l\u2019ordre et les sujets abord\u00e9s. Jean tient aussi un journal, mais il y renonce en mai 1915, car (A.J., p. 64) <em>\u00ab&nbsp;il explique qu\u2019il fait double-usage avec ses lettres qui relatent l\u2019ensemble de sa vie de combattant.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le chapitre 2, intitul\u00e9 <em><strong>Cailleau soldat<\/strong><\/em>, \u00e9voque la vie quotidienne, les conditions climatiques, l\u2019alimentation et les \u00e9v\u00e9nements du front. Alain Jacobzone parle d\u2019un bilan d\u00e9cevant pour ce qu\u2019on peut apprendre pr\u00e9cis\u00e9ment du combat, notre artilleur ne disant par exemple presque rien de son arme, l\u2019artillerie lourde. Il est un peu plus pr\u00e9cis sur les op\u00e9rations \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1918, lorsque reprend la guerre de mouvement. Par ailleurs Jean att\u00e9nue la description de la violence des combats, sans toutefois la faire dispara\u00eetre compl\u00e9tement (classiques <em>proc\u00e9d\u00e9s d\u2019euph\u00e9misation<\/em> p.79). La partie la plus int\u00e9ressante concerne l\u2019\u00e9volution de l\u2019engagement patriotique de Jean, avec un virage en 1915, que l\u2019on peut caract\u00e9riser avec cet extrait (p. 101, octobre 1915, avec autorisation de citation)\u00a0:\u00a0\u00ab<em>\u00a0Pour moi, je t\u2019assure ma petite Pauline, que mes id\u00e9es ont rudement chang\u00e9 au point de vue patriotisme. Au d\u00e9but j\u2019aurais vraiment fait des actes de bravoure volontaires pour la patrie j\u2019aurais donn\u00e9 ma vie. Aujourd\u2019hui, apr\u00e8s tout ce qu\u2019on a vu et tout ce que l\u2019on voit, je peux t\u2019assurer que lorsque j\u2019exposerai ma vie, c\u2019est que j\u2019y serai forc\u00e9.\u00a0<\/em>\u00bb D\u00e8s juillet 1915, il signale dans une lettre: \u00ab\u00a0<em>Si tu savais comme tout le monde en a assez<\/em>\u00bb, et ces moments d\u2019exasp\u00e9ration reviennent r\u00e9guli\u00e8rement, en s\u2019accentuant en 1917 (p. 103) \u00ab\u00a0<em>ce que je souhaite ardemment, c\u2019est que tous les partisans de la guerre cr\u00e8vent le plus t\u00f4t possible<\/em>.\u00a0\u00bb En s\u00e9lectionnant un certain nombre de ces extraits, A. Jacobzone parle d\u2019une forme de <em>r\u00e9volte de basse intensit\u00e9<\/em> (p. 106), constitu\u00e9e par exemple par la critique permanente des grad\u00e9s et des officiers, ou des strat\u00e9gies d\u2019\u00e9vitement\u00a0: essayer de rester \u00e0 l\u2019\u00e9chelon, moins expos\u00e9, \u00e9crire \u00e0 son d\u00e9put\u00e9 pour obtenir un poste \u00e0 l\u2019arri\u00e8re\u2026 Pauline relaie ces d\u00e9marches, \u00e9crivant aussi au d\u00e9put\u00e9, ou essayant sans succ\u00e8s l\u2019intervention d\u2019une relation familiale pour le faire muter \u00e0 Lorient. \u00c0 la fin du conflit, si le patriotisme, certes d\u00e9clinant, reste un des moteurs de la r\u00e9sistance, c\u2019est surtout l\u2019attachement \u00e0 la famille qui fait tenir Jean, et pas les grandes causes (p. 113, janvier 1918)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On parle de plus en plus de paix. Mais la grande question c\u2019est l\u2019Alsace-Lorraine. Mon v\u0153u le plus cher c\u2019est que ceux qui la veulent viennent la chercher.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le chapitre 3, intitul\u00e9 <em><strong>L\u2019autre front de Pauline<\/strong><\/em><em>,<\/em>donne une s\u00e9rie d\u2019\u00e9clairages sur la guerre v\u00e9cue au bourg. Pauline s\u2019int\u00e9resse aux op\u00e9rations, essaie de jauger le danger pour son mari, croise les informations d\u2019apr\u00e8s le r\u00e9cit des permissionnaires. On constate ici aussi que l\u2019ann\u00e9e 1915 voit une baisse du moral\u00a0; elle avait d\u00e9crit en novembre 1914 (p. 151) la sc\u00e8ne affreuse de la douleur d\u2019une m\u00e8re \u00e0 l\u2019annonce du d\u00e9c\u00e8s de son fils, et on peut citer le long extrait dont A. Jacobzone souligne la qualit\u00e9 d\u2019\u00e9vocation\u00a0: (f\u00e9vrier 1915, p. 165) \u00ab\u00a0<em>Tu vois bien mon petit Jean que nous ne pouvons \u00eatre gaies. Vous, ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait la m\u00eame chose, vous c\u00f4toyez la mort, vous voyez m\u00eame tomber ces braves, et dans l\u2019\u00e9lan de votre patriotisme vous vous dites\u00a0: \u00ab\u00a0cette mort est belle\u00a0\u00bb, et vous passez en saluant leur d\u00e9pouille. Vous vous riez des balles, vous narguez les obus, mais vous n\u2019avez pas vu les figures p\u00e2les de ceux qui vous attendent quand un d\u00e9c\u00e8s arrive, vous n\u2019avez pas entendu ce bruit qui circule, ce bruit qui fait du mal, plus que vous ne pouvez le croire\u00a0: \u00ab\u00a0il y en a encore un\u00a0!\u00a0\u00bb\u2026 Vous ne voyez pas comme je l\u2019ai vu plusieurs fois h\u00e9las, la grande douleur, l\u2019effroyable sensation de vide de ceux qui restent. Non mon petit Jean, nous ne pouvons \u00eatre gaies, courageuses oui, vaillantes jusqu\u2019au bout, mais c\u2019est tout, nous les femmes, ce que nous pouvons vous promettre.<\/em>\u00a0\u00bb Sur le plan mat\u00e9riel, les lettres indiquent une fatigue physique et morale, li\u00e9e au travail harassant &#8211; (p. 168) \u00ab<em>Je ne m\u2019assoie gu\u00e8re plus d\u2019une heure par jour<\/em>\u00a0\u00bb &#8211; , et \u00e0 la baisse des revenus malgr\u00e9 l\u2019allocation\u00a0: la menuiserie est arr\u00eat\u00e9e et le caf\u00e9 marche mal\u00a0; Pauline redoute la mis\u00e8re, \u00e9chafaude sans succ\u00e8s des projets d\u2019entreprise, \u00e9crit au d\u00e9put\u00e9 pour que l\u2019allocation soit revaloris\u00e9e (juillet 1917, p.187)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>On nous a enlev\u00e9 notre soutien, on se doit de pourvoir \u00e0 nos besoins.<\/em>\u00a0\u00bb Le secours de la religion est pour elle vital, elle se pense prot\u00e9g\u00e9e par sa pratique assidue, ses invocations \u00e0 la Vierge (celle de B\u00e9huard notamment) et plus encore \u00e0 Sainte Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le dernier chapitre,<em><strong>Le couple et ses enfants<\/strong><\/em>aborde la vie familiale, et on peut \u00e9voquer les th\u00e8mes sugg\u00e9r\u00e9s par les titres de sous-parties qui sont extraits des lettres&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">4.1.b \u00ab&nbsp;<em>Tu sais combien les petites tiennent une grande place pour moi.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Jean essaie malgr\u00e9 la distance de garder son r\u00f4le prescripteur de p\u00e8re, il dit son affection pour les enfants, mais essaie aussi de continuer d\u2019imposer son autorit\u00e9 et ses directives, fait des remontrances \u00e0 distance.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">4.1.c \u00ab&nbsp;<em>Mon Dieu que ceux qui ont des enfants solides ont de la chance&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pauline d\u00e9taille tous les soucis de sant\u00e9 des enfants, et l\u2019\u00e9puisement qui d\u00e9coule des soins li\u00e9s aux p\u00e9riodes de maladies infantiles.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">4.1.d \u00ab&nbsp;<em>Je crois qu\u2019on laisse un peu la grammaire de c\u00f4t\u00e9.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><a><\/a> C\u2019est l\u2019a\u00een\u00e9 qui est investi comme l\u2019h\u00e9ritier de la menuiserie, et son instruction doit \u00eatre soign\u00e9e (par exemple pour le calcul des mesures)&nbsp;; la guerre entra\u00eene une d\u00e9sorganisation avec une surcharge d\u2019\u00e9l\u00e8ves chez les s\u0153urs, dont l\u2019enseignement laisse \u00e0 d\u00e9sirer (p. 229)&nbsp;: [pour 1915] \u00ab&nbsp;<em>Une ann\u00e9e de fichue<\/em> (\u2026) <em>Ils ont vacances sur vacances. Les demoiselles ont bien trop d\u2019\u00e9l\u00e8ves et forc\u00e9ment les gar\u00e7ons sont n\u00e9glig\u00e9s et ils n&rsquo;apprennent rien de rien.<\/em>&nbsp;\u00bb Et Pauline poursuit \u00e0 propos du niveau de l\u2019a\u00een\u00e9 en grammaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Si on ne s\u2019en m\u00eale pas, ce sera un \u00e2ne.<\/em>&nbsp;\u00bb Cet investissement de la m\u00e8re dans le suivi pratique du travail scolaire des enfants est \u00e0 noter, car il est rare, ou en tout cas peu mentionn\u00e9 dans les autres m\u00e9nages ruraux.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019analyse de la correspondance aborde l\u2019intimit\u00e9 des deux \u00e9poux&nbsp;: m\u00eame si Jean est directif, il s\u2019agit d\u2019un vrai couple, et un passage int\u00e9ressant rappelle les bilans que l\u2019on trouve chez les territoriaux, quand ils regardent derri\u00e8re eux en constatant l\u2019effet la guerre sur leur trajectoire, familiale et mat\u00e9rielle. (d\u00e9cembre 1915, p. 253) \u00ab&nbsp;<em>Tout n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 rose loin s\u2019en faut, il nous a fallu b\u00fbcher pour se cr\u00e9er une petite situation\u2026 la terrible maladie a \u00e9t\u00e9 notre plus rude \u00e9preuve. Depuis ce moment, nous nous croyions \u00e0 peu pr\u00e8s sauv\u00e9s, la sant\u00e9 revenant, le travail allant \u00e0 merveille, nous commencions \u00e0 faire quelques \u00e9conomies. Nous avions le grand bonheur de vivre pour nos trois chers petits qui nous d\u00e9lassaient de nos peines d\u2019un jour par une caresse d\u2019un instant. Puis crac, c\u2019est la guerre, la terrible catastrophe, la dure s\u00e9paration<\/em> (\u2026) On a ici une guerre pens\u00e9e comme un al\u00e9a ext\u00e9rieur, non investi de sens ou d\u2019engagement&nbsp;: la famille reste ici la premi\u00e8re valeur.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Louis Thareaut r\u00e9-intervient en fin de volume (p. 289)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Rien dans l\u2019image du couple que donne l\u2019historien ne me choque. Il laisse appara\u00eetre l\u2019autorit\u00e9 de Jean et une Pauline courageuse qui tente de faire face \u00e0 une situation \u00e0 laquelle elle n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9par\u00e9e<\/em>.&nbsp;\u00bb Et nous quittons l\u2019Histoire pour la M\u00e9moire, lorsque L. Thareaut \u00e9voque la publication des lettres (p. 295) \u00ab&nbsp;<em>Je ne crois que grand-p\u00e8re Jean aurait saut\u00e9 de joie de voir mise sur la place publique leur intimit\u00e9 \u00e9pistolaire.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00c0 son avis, Pauline n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 du m\u00eame avis, et lui pense de m\u00eame&nbsp;: ce d\u00e9p\u00f4t aux archives, tout comme la publication du livre (p. 297) \u00ab&nbsp;<em>Non, ce n\u2019est pas une trahison, ce n\u2019est pas un sacril\u00e8ge, ce n\u2019est pas du voyeurisme. C\u2019est un geste de reconnaissance. C\u2019est un geste d\u2019affection.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, f\u00e9vrier 2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cailleau Jean (1882-1956) \u2013 Cailleau Pauline (1884-1963) \u00ab&nbsp;Puis crac&nbsp;! C\u2019est la guerre&nbsp;\u00bb Alain Jacobzone \u2013 Louis Thareaut 1. 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