{"id":5088,"date":"2026-02-15T18:53:18","date_gmt":"2026-02-15T17:53:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=5088"},"modified":"2026-02-15T18:53:18","modified_gmt":"2026-02-15T17:53:18","slug":"lemoine-armand-et-douze-autres-institutrices-et-instituteurs-meusiens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2026\/02\/15\/lemoine-armand-et-douze-autres-institutrices-et-instituteurs-meusiens\/","title":{"rendered":"Lemoine Armand et douze autres institutrices et instituteurs meusiens"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>T\u00e9moins de l\u2019occupation allemande 1914 \u2013 1918<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pascale Verdier<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. Les t\u00e9moins<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Armand Lemoine, instituteur \u00e0 Avioth (Meuse), a r\u00e9pondu comme vingt-huit autres coll\u00e8gues \u00e0 une requ\u00eate de l\u2019Inspecteur d\u2019Acad\u00e9mie de la Meuse, le priant de lui adresser (f\u00e9vrier 1919) un \u00ab&nbsp;<em>m\u00e9moire retra\u00e7ant, avec tous les d\u00e9tails que vous jugerez utiles, votre existence pendant l\u2019occupation allemande.&nbsp;<\/em>\u00bb On trouve dans ces r\u00e9ponses presque autant d\u2019hommes que de femmes, mais ces instituteurs sont en moyenne plus \u00e2g\u00e9s que les institutrices, car les plus jeunes ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Pascale Verdier a publi\u00e9 en 1997 <em>\u00ab&nbsp;Les instituteurs meusiens, t\u00e9moins de l\u2019occupation allemande 1914 \u2013 1918&nbsp;<\/em>\u00bb, un livre \u00e9dit\u00e9 par les archives d\u00e9partementales de la Meuse (198 pages). L\u2019ouvrage met en valeur l\u2019article 14 de la cote 27 T conserv\u00e9 aux AD 55, qui contient les r\u00e9ponses \u00e0 la demande de t\u00e9moignage de l\u2019Inspecteur d\u2019Acad\u00e9mie. Jacques Mourier, alors directeur des Archives, avait retenu treize rapports, avec un crit\u00e8re essentiellement g\u00e9ographique, c\u2019est-\u00e0-dire des m\u00e9moires issus de villages repr\u00e9sentatifs de l\u2019ensemble de la Meuse occup\u00e9e. Pascale Verdier pr\u00e9sente dans une longue introduction (p. 7 \u00e0 51) la source, le contexte local et les \u00e9l\u00e9ments historiques que l\u2019on peut extraire de l\u2019enqu\u00eate. Les treize rapports, de taille in\u00e9gale, sont reproduis ensuite int\u00e9gralement (p. 53 \u00e0 180).<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Ces enseignantes et enseignants des \u00e9coles primaires ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s par leurs fonctions \u00e0 bien conna\u00eetre la vie de leur commune pendant l\u2019occupation&nbsp;; familiers de l\u2019\u00e9crit, ils ont une bonne capacit\u00e9 \u00e0 formuler des r\u00e9ponses structur\u00e9es, et certains sont rest\u00e9s secr\u00e9taires de mairie pendant la guerre. Les textes \u00e9voquent les d\u00e9buts de la guerre, l\u2019arriv\u00e9e des Allemands, puis le quotidien du village occup\u00e9. Le travail forc\u00e9, les r\u00e9quisitions et la p\u00e9nurie alimentaire, avec la souffrance physique et morale qui en d\u00e9coule, sont des passages oblig\u00e9s des r\u00e9cits. La source pr\u00e9sente l\u2019inconv\u00e9nient sp\u00e9cifique, pas assez soulign\u00e9 lorsqu\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce type de documents, d\u2019\u00eatre tr\u00e8s influenc\u00e9e par la nature hi\u00e9rarchique des relations entre les instituteurs et leur sup\u00e9rieur. L\u2019Inspecteur d\u2019Acad\u00e9mie est un individu lointain, puissant, et la soumission est la r\u00e8gle. Il faut ainsi lire entre les lignes, pour \u00e9valuer la valeur factuelle et un \u00e9ventuel degr\u00e9 de minoration ou d\u2019exag\u00e9ration. Les enseignants gardent \u00e9videmment une part de libert\u00e9, et le ton adopt\u00e9 dans les treize r\u00e9dactions est assez variable&nbsp;: il va d\u2019un style plaintif et larmoyant \u00e0 une \u00e9criture sto\u00efcienne et d\u00e9tach\u00e9e, en passant par des rapports techniques centr\u00e9s sur un bilan strictement professionnel. La souffrance est ce qui r\u00e9unit tous les t\u00e9moignages, mais Pascale Verdier souligne aussi que cette approche des occup\u00e9s est rapport\u00e9e \u00ab&nbsp;<em>dans un style imag\u00e9 qui en fait tout le charme&nbsp;\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On peut proposer trois th\u00e8mes pour illustrer ces rapports&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Violences \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des Allemands<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019arriv\u00e9e des uhlans dans les villages se fait dans le cadre du combat, les derniers Fran\u00e7ais viennent de partir et les mesures de terreur \u00e9voqu\u00e9es sont \u00e0 comprendre dans ce cadre. Pour les Allemands, il faut s\u00e9curiser rapidement et brutalement les arri\u00e8res&nbsp;: otages, regroupement de la population, jeunes gens imm\u00e9diatement emprisonn\u00e9s, obsession de l\u2019espionnage\u2026. En g\u00e9n\u00e9ral, le degr\u00e9 de duret\u00e9 d\u00e9pend de la proximit\u00e9 du front et de la personnalit\u00e9 de l\u2019officier chef de la Kommandantur du village. Le mar\u00e9chal-ferrant de Butgn\u00e9ville s\u2019\u00e9tait rebell\u00e9 lors de la confiscation des armes, il fut abattu et sa maison incendi\u00e9e. \u00c0 Herbeuville (p. 121), la population du village fut enferm\u00e9e pendant une semaine dans l\u2019\u00e9glise. Les hommes en \u00e2ge de travailler ayant \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 Hannonville, le reste de la population fut emmen\u00e9e dans un camp \u00e0 en Bavi\u00e8re (19 octobre 1914). Ces femmes, enfants et vieillards furent ensuite rapatri\u00e9s via la Suisse en f\u00e9vrier 1915. \u00c0 Gouraincourt (p. 113) tous les hommes furent emmen\u00e9s en novembre 1914 dans un p\u00e9riple qui finit par les installer \u00e0 Bellefontaine en Belgique.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les relations entre l\u2019occupant et les civils semblent s\u2019apaiser dans un second temps (Butgn\u00e9ville, Emile Dion, p. 92)&nbsp;: \u00ab<em>Apr\u00e8s la p\u00e9riode de terreur qui dura plusieurs mois au d\u00e9but de la guerre, les soldats \u00e9taient assez convenables. <\/em>(\u2026) Il souligne que les Allemands sont choqu\u00e9s d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s comme des barbares (toujours \u00e0 Butgn\u00e9ville)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Lorsqu\u2019ils \u00e9taient convenablement ravitaill\u00e9s, dans les premi\u00e8res ann\u00e9es d\u2019invasion, ils donnaient volontiers du pain, du tabac, des cigares aux civils&nbsp;; j\u2019en ai vu offrir aux enfants des friandises qui venaient d\u2019Allemagne, aussi disaient-ils&nbsp;: \u00ab&nbsp;Soldats allemands, pas barbares&nbsp;!&nbsp;\u00bb Combien de fois se sont-ils d\u00e9fendus d\u2019\u00eatre barbares<\/em>&nbsp;\u00bb. Mademoiselle Magny, de Mouzay, \u00e9voque aussi ce th\u00e8me (elle ma\u00eetrise l\u2019allemand, p. 163) \u00ab&nbsp;<em>Lorsque des officiers rendaient un service \u00e0 l\u2019\u00e9cole, et qu\u2019elle les en remerciait, &nbsp;ils r\u00e9pondaient invariablement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Voil\u00e0, Mademoiselle, ce que savent faire les Boches&nbsp;\u00bb ou bien \u00ab&nbsp;Vous voyez que nous ne sommes pas tout \u00e0 fait des barbares.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Le difficile quotidien de l\u2019occupation<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On peut citer&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><a><\/a> * la faim, le froid, la hausse des prix, les p\u00e9nuries, la paup\u00e9risation (absence de traitement)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">* les r\u00e9quisitions constantes, les perquisitions<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">* l\u2019arbitraire : la plupart des plaintes devant des injustices manifestes se heurtent au \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est la guerre<\/em>&nbsp;\u00bb de l\u2019interlocuteur allemand.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">* les otages, le travail forc\u00e9, la d\u00e9portation du travail<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">* la privation de libert\u00e9, l\u2019interdiction de circuler, de rendre visite au village voisin.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">* les bombes et obus fran\u00e7ais, puis am\u00e9ricains, suivant la p\u00e9riode et la distance du front.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">* le manque de nouvelles des proches de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du front, ou d\u00e9port\u00e9s \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">* enfin globalement le tourment moral que constitue l\u2019ensemble de toutes ces \u00e9preuves sans qu\u2019on puisse en envisager la fin.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On peut exemplifier avec le th\u00e8me de la promiscuit\u00e9 avec les soldats h\u00e9berg\u00e9s et du danger des r\u00f4deurs la nuit (Denise Valentin, Ba\u00e2lon, p. 68)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les soldats reviennent des tranch\u00e9es, on les aiguillonne \u00e0 chaque retour, avec un tonneau de bi\u00e8re qu\u2019ils vident en mangeant des tartines, au son d\u2019une musique discordante (un vrai tam-tam des n\u00e8gres) et des chants et des hourras prolong\u00e9s. (\u2026) Quand ils sont endormis, les ivrognes, notre journ\u00e9e n\u2019est pas encore finie \u00e0 nous <\/em>[elle vit avec sa s\u0153ur]<em>. Il faut maintenant compter avec les r\u00f4deurs de nuit qui attendent l\u2019heure favorable pour faire leur tour. Les voil\u00e0 qui arrivent \u00e0 la porte, \u00e0 la fen\u00eatre, leur lampe \u00e9lectrique \u00e9claire notre chambre de leurs projections. Je tremble comme une feuille. Dans la nuit noire r\u00e9sonnent les sourds coups de marteau qui cherchent \u00e0 d\u00e9mastiquer nos carreaux, vite je donne l\u2019alarme dans la maison. Il y en a heureusement dans la quantit\u00e9 qui sont pr\u00eats \u00e0 nous prot\u00e9ger.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Dans le domaine des violences sexuelles, seule une tentative de viol est signal\u00e9e par Armand Lemoine, elle est commise sur sa femme par un territorial alcoolique, un tr\u00e9sorier-comptable h\u00e9berg\u00e9 qui essaie aussi de l\u2019\u00e9trangler lorsqu\u2019il la d\u00e9fend (p. 57). Le commandant de place r\u00e9veill\u00e9 envoie deux sentinelles qui s\u2019installent dans la maison, devant la porte et la fen\u00eatre du fautif, dont on ignore le sort ult\u00e9rieur. Mais on peut aussi se demander si les institutrices aborderaient librement ce th\u00e8me avec leur sup\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">En fait le seul \u00e9l\u00e9ment r\u00e9ellement positif cit\u00e9 est la qualit\u00e9 des soins apport\u00e9s par les m\u00e9decins militaires allemands aux malades civils, mais ces mentions ne concernent pas le d\u00e9but de la guerre. Lors de la d\u00e9portation \u00e0 Amberg en Bavi\u00e8re, l\u2019\u00e9l\u00e8ve-ma\u00eetresse Jeanne Paquel d\u00e9plore qu\u2019au camp, malgr\u00e9 les hospitalisations possibles (p. 127), \u00ab&nbsp;<em>Beaucoup de personnes moururent faute de soins. Les enfants, par le froid rigoureux de l\u2019hiver, contract\u00e8rent des pneumonies qui les emportaient en quelques jours.<\/em>&nbsp;\u00bb Lors d\u2019\u00e9vacuations de villageois trop proches du front (1915), ou des civils lors de l\u2019avanc\u00e9e des Am\u00e9ricains et des Fran\u00e7ais (1918), les diff\u00e9rents t\u00e9moignages soulignent le bon accueil des Belges.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Le fonctionnement de l\u2019\u00e9cole<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les situations sont tr\u00e8s vari\u00e9es&nbsp;: si presque toutes les \u00e9coles ont \u00e9t\u00e9 pill\u00e9es au d\u00e9but de la guerre, c\u2019est avec des d\u00e9g\u00e2ts variables&nbsp;; les locaux ont souvent \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9s, il n\u2019y a plus de mat\u00e9riel, et l\u2019autorit\u00e9 militaire s\u2019oppose \u00e0 la r\u00e9ouverture&nbsp;; dans d\u2019autres au contraire le commandant de place encourage la reprise rapide des cours, quitte \u00e0 trouver des locaux improvis\u00e9s. Les blocages allemands semblent li\u00e9s \u00e0 la volont\u00e9 d\u2019\u00e9viter que trop d\u2019enfants, notamment ceux qui n\u2019habitent pas le bourg, se d\u00e9placent librement dans la campagne.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Armand Lemoine r\u00e9sume bien la situation g\u00e9n\u00e9rale en \u00e9voquant la r\u00e9quisition d\u00e9finitive de l\u2019\u00e9cole en octobre 1916 (p. 59) \u00ab&nbsp;<em>Pour ne pas laisser les enfants sans instruction, je fis classe dans la salle qui servait \u00e0 distribuer le ravitaillement am\u00e9ricain. <\/em>(\u2026) <em>Continuellement d\u00e9rang\u00e9s dans leurs \u00e9tudes pour aller travailler aux champs<\/em> [glanage, cueillette]<em>, ces enfants ont beaucoup perdu comme instruction et \u00e9ducation. En compagnie de tous les ouvriers du village, ils entendaient journellement et voyaient ce qu\u2019ils ne devaient pas voir ni entendre, et ils ont rapport\u00e9 en classe des habitudes d\u2019indiscipline, de paresse et d\u2019impolitesse.&nbsp;<\/em>\u00bb. Mademoiselle Lepezel, de Bouligny, signale en hiver des fermetures de l\u2019\u00e9cole en raison du froid, et pr\u00e9cise qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1918, avec la faim, \u00ab&nbsp;<em>mes \u00e9l\u00e8ves et moi sommes incapables de tout travail s\u00e9rieux. Notre cerveau est vide. Je ne puis former de cercles pour les le\u00e7ons car ces pauvres enfants ne tiennent pas debout.<\/em>&nbsp;\u00bb Ces enseignants font donc des constats de carence p\u00e9dagogique, ce qui n\u2019est pas le cas d\u2019Eug\u00e8ne G\u0153uriot, instituteur \u00e0 Lachauss\u00e9e (p. 150)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les enfants ont fait preuve d\u2019assiduit\u00e9 et d\u2019application. Le travail en classe a laiss\u00e9 rarement \u00e0 d\u00e9sirer et a produit des r\u00e9sultats satisfaisants. Les grands \u00e9l\u00e8ves surtout se sont montr\u00e9s laborieux, tr\u00e8s laborieux m\u00eame.<\/em>&nbsp;\u00bb Madame Macquart, de Dun-sur-Meuse, \u00e9voque l\u2019enseignement de l\u2019allemand (p. 103) \u00ab<em>&nbsp;Sur la demande des parents, je l\u2019appris un peu. Je consid\u00e9rais cet enseignement n\u00e9cessaire pour le moment&nbsp;: les enfants pourraient ainsi aider leurs parents \u00e0 comprendre les soldats qui venaient chez eux, soit pour faire laver leur linge ou pour le faire raccommoder. (\u2026) Les enfants, sortis de l\u2019\u00e9cole, constamment avec les soldats, parlaient la plupart en 1918 tr\u00e8s couramment l\u2019allemand, leur prononciation \u00e9tait meilleure que celle des grandes personnes.<\/em>\u00bb Cette institutrice signale avoir \u00e9t\u00e9 en conflit avec le maire de Dun et son adjoint qui souhaitaient qu\u2019elle enseigne en plus le cat\u00e9chisme, et qu\u2019elle fasse dire les pri\u00e8res&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Tous deux voulaient profiter que je n\u2019\u00e9tais qu\u2019une femme sans appui, sans d\u00e9fense&nbsp;; je sus leur montrer en maintes circonstances que je savais \u00eatre ferme.<\/em>&nbsp;\u00bb (\u2026) (p. 105) \u00ab&nbsp;<em>C\u2019\u00e9tait la guerre, il est vrai, mais ce n\u2019\u00e9tait pas une raison pour retourner \u00bd si\u00e8cle en arri\u00e8re.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Souvent, les personnels restent sans traitement. On connait l\u2019arrangement trouv\u00e9 pour Mademoiselle Magny, qui se fait aider par sa s\u0153ur \u00e0 Mouzay en juin 1916 (p. 161) \u00ab&nbsp;<em>C\u2019est alors que le commandant nous offrit de nous payer comme employ\u00e9es de la Commandature, \u00e0 raison de 0,75 fr par jour.&nbsp;\u00bb J\u2019acceptai pour ma s\u0153ur mais refusai pour moi. Le Commandant, vex\u00e9, me for\u00e7a \u00e0 accepter.&nbsp;<\/em>\u00bb \u00c0 Dun le maire refuse d\u2019aider financi\u00e8rement l\u2019institutrice (p. 106) \u00ab&nbsp;<em>Les parents d\u2019eux-m\u00eames vinrent me trouver et insist\u00e8rent pour me payer&nbsp;<\/em>(\u2026) [puis apr\u00e8s r\u00e9sistance]<em> je me d\u00e9cidai \u00e0 demander 1 sou par jour par \u00e9l\u00e8ve, de mani\u00e8re \u00e0 ne pas gagner plus que les personnes qui \u00e9taient oblig\u00e9es de travailler. <\/em>[de 1 \u00e0 2 fr.] <em>Je n\u2019obligeai personne, neuf ne pay\u00e8rent jamais.<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Des soldats allemands, enseignants dans le civil, passaient souvent dans la classe de Mademoiselle Magny, et celle-ci signale avoir eu avec eux des discussions int\u00e9ressantes (p. 162). Ils reconnurent en g\u00e9n\u00e9ral, dit-elle, la sup\u00e9riorit\u00e9 de \u00ab&nbsp;<em>nos livres sur les leurs, surtout en ce qui concerne les illustrations.<\/em>&nbsp;\u00bb Leur critique r\u00e9currente \u00e9tait l\u2019omnipr\u00e9sence de l\u2019id\u00e9e de guerre dans les manuels fran\u00e7ais, \u00ab&nbsp;<em>Un jour un Commandant d\u2019active prit dans une Histoire une gravure repr\u00e9sentant une bataille et me dit sans autre commentaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Voil\u00e0 ce que vous ne trouverez pas chez nous.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Vincent Suard, f\u00e9vrier 2026<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9moins de l\u2019occupation allemande 1914 \u2013 1918 Pascale Verdier 1. Les t\u00e9moins Armand Lemoine, instituteur \u00e0 Avioth (Meuse), a r\u00e9pondu comme vingt-huit autres coll\u00e8gues \u00e0 une requ\u00eate de l\u2019Inspecteur d\u2019Acad\u00e9mie de la Meuse, le priant de lui adresser (f\u00e9vrier 1919) un \u00ab&nbsp;m\u00e9moire retra\u00e7ant, avec tous les d\u00e9tails que vous jugerez utiles, votre existence pendant l\u2019occupation &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2026\/02\/15\/lemoine-armand-et-douze-autres-institutrices-et-instituteurs-meusiens\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Lemoine Armand et douze autres institutrices et instituteurs meusiens<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[102,41,1428],"tags":[1429,338],"class_list":["post-5088","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-1991-2000","category-articles","category-instituteur","tag-ecole","tag-occupation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5088","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5088"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5088\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5090,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5088\/revisions\/5090"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5088"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5088"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5088"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}