{"id":5095,"date":"2026-02-15T18:58:46","date_gmt":"2026-02-15T17:58:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=5095"},"modified":"2026-04-02T19:24:29","modified_gmt":"2026-04-02T18:24:29","slug":"tyl-marie-1872-1949","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2026\/02\/15\/tyl-marie-1872-1949\/","title":{"rendered":"Tyl, Marie (1872-1949)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Journal de guerre Cherbourg 1914 \u2013 1919<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>1. La t\u00e9moin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Marie Tyl, n\u00e9e Dupont, appartient \u00e0 une famille de militaires qui vit en Normandie depuis 1893. En 1914, elle est veuve avec trois enfants, son fr\u00e8re Herv\u00e9, officier de marine est mort des fi\u00e8vres \u00e0 Alger en 1903, et son mari Thadd\u00e9e, capitaine d\u2019infanterie coloniale, est mort de maladie \u00e0 Fort-Lamy en 1906. Monarchiste, patriote et traditionaliste, elle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la politique et r\u00e9affirme souvent dans ses \u00e9crits sa d\u00e9testation de la R\u00e9publique. Elle \u00e9l\u00e8ve ses enfants avec d\u2019importantes difficult\u00e9s mat\u00e9rielles\u00a0: si elle a gard\u00e9 la jolie maison \u00ab\u00a0<em>La Villa lointaine\u00a0<\/em>\u00bb, sa pension de veuve grev\u00e9e par la hausse des prix ne lui permet qu\u2019une pauvret\u00e9 digne.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>2. Le t\u00e9moignage<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Les \u00e9ditions <em>Les Indes Savantes<\/em> ont publi\u00e9 le <em>Journal de guerre<\/em> de Marie Tyl en 2015 (403 pages). L\u2019autrice a tenu son journal \u00e0 partir de 16 ans en 1888 jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1949, et Patrick Magnificat a rassembl\u00e9, pr\u00e9sent\u00e9 et annot\u00e9 les passages concernant la Grande Guerre, v\u00e9cue \u00e0 Cherbourg.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>3. Analyse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Marie Tyl a re\u00e7u une \u00e9ducation tr\u00e8s compl\u00e8te, elle lit beaucoup et malgr\u00e9 la guerre a encore son \u00ab&nbsp;jour&nbsp;\u00bb de visite&nbsp;: son journal est aliment\u00e9 par les conversations et les nouvelles apport\u00e9es par ses connaissances, qui sont pour la plupart des femmes ou des veuves d\u2019officiers (Marine et Infanterie Coloniale). Son journal raconte la guerre v\u00e9cue dans un important port militaire, avec les arriv\u00e9es de navires, l\u2019analyse de la situation militaire et les soucis mat\u00e9riels au quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Une vie quotidienne difficile<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">L\u2019autrice consacre son temps \u00e0 l\u2019\u00e9ducation de ses enfants, \u00e0 la pratique religieuse et aux missions de bienfaisance&nbsp;: elle visite souvent les h\u00f4pitaux, distribue des fruits aux bless\u00e9s, participe \u00e0 des qu\u00eates de charit\u00e9, re\u00e7oit et rend des visites. Ses faibles revenus de veuve ne suivent pas l\u2019inflation du co\u00fbt des denr\u00e9es, surtout \u00e0 partir de 1916 (p. 168, avec autorisation de citation de l\u2019\u00e9diteur) \u00ab&nbsp;<em>L\u2019existence devient plus ardue et mes petits revenus plus que r\u00e9duits. Les imp\u00f4ts sont affreux et la vie suit une progression effrayante.<\/em>&nbsp;\u00bb Elle mentionne des prix vertigineux, des \u00e9conomies forc\u00e9es sur le charbon ou le p\u00e9trole, qu\u2019on a de toute fa\u00e7on du mal \u00e0 trouver. L\u2019hiver 1917 est tr\u00e8s froid (p. 289) \u00ab&nbsp;<em>Nous, dans ma chambre o\u00f9 nous nous tenons, nous avons en nous \u00e9veillant, 3 degr\u00e9s (chambre au midi, chauff\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 11 h. du soir) et l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 grand peine 6 ou 7 degr\u00e9s (\u2026) le gaz, mal \u00e9pur\u00e9, est si bas qu\u2019il ne chauffe pas.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00c0 ce souci de vie ch\u00e8re s\u2019ajoute ce qu\u2019elle consid\u00e8re comme une injustice, c\u2019est-\u00e0-dire le moratoire sur les loyers&nbsp;; elle a h\u00e9rit\u00e9 de trois petites maisons ouvri\u00e8res, divis\u00e9es en six appartements&nbsp;: un est vide et les 5 autres locataires, chefs de famille, ont tous \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9s. D\u00e8s le 20 ao\u00fbt, elle d\u00e9plore ce moratoire qui la r\u00e9duit \u00e0 sa seule pension, et ces plaintes reviennent \u00e0 plusieurs reprises. Ses locataires dispens\u00e9es de loyer ont souvent un emploi (p. 168)&nbsp;: \u00ab<em>Elles peuvent se faire 9, 10, 11 fr. et plus par jour et \u00eatre dispens\u00e9s de payer leur terme, tandis que moi, ayant \u00e0 ma charge trois enfants, il me reste, les imp\u00f4ts pay\u00e9s, \u00e0 peu pr\u00e8s 4 fr. 50 par jour.&nbsp;\u00bb<\/em> Elle a lu dans un journal qu\u2019en Allemagne on avait refus\u00e9 le moratoire des loyers \u00ab&nbsp;<em>Mais chez nous, c\u2019\u00e9tait une trop belle occasion de porter atteinte \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Voil\u00e0 une injustice spoliatrice d\u2019o\u00f9 r\u00e9sultent de r\u00e9elles souffrances pour moi.<\/em>&nbsp;\u00bb Son mari est mort \u00ab&nbsp;<em>en service et pour le service<\/em>&nbsp;\u00bb dit-elle, mais pas \u00e0 cette guerre, et elle n\u2019a donc pas de droits particuliers. Sa ranc\u0153ur alimente son hostilit\u00e9 envers les gouvernants, avec le sentiment d\u2019\u00eatre marginalis\u00e9e au profit du \u00ab&nbsp;peuple&nbsp;\u00bb (p. 343)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;flagornerie \u00e0 l\u2019\u00e9lecteur-roi&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>S\u2019informer<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00c0 Cherbourg, dans les familles de militaires, l\u2019inqui\u00e9tude r\u00e8gne d\u2019abord sur le sort des nombreux disparus dont on reste sans nouvelles apr\u00e8s le d\u00e9sastre du corps Colonial \u00e0 Rossignol le 22 ao\u00fbt 1914 (1<sup>er<\/sup> RIC de Cherbourg, par exemple). Les rumeurs circulent, on cherche \u00e0 savoir. Les bruits sont transcrits en fonction de l\u2019espoir qu\u2019ils donnent&nbsp;: ces canards sont d\u2019autant plus accept\u00e9s qu\u2019ils correspondent aussi \u00e0 une vision a priori de la guerre (anecdotes \u00e9difiantes et patriotiques, regain de la foi, entrain des pioupious). Ces sources \u00ab&nbsp;s\u00fbres&nbsp;\u00bb sont issues du milieu des officiers, qui relaie lui-m\u00eame des rumeurs venues \u00ab&nbsp;d\u2019en haut-lieu&nbsp;\u00bb. En visite \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, elle rapporte les descriptions du front que lui font les bless\u00e9s, et les propos fanfarons lui remontent le moral&nbsp;: pour employer un vocabulaire de l\u2019\u00e9poque, elle gobe assez les r\u00e9cits \u00ab&nbsp;<em>\u00e0 la rigolade<\/em>&nbsp;\u00bb des loustics hospitalis\u00e9s, par exemple un soldat (p. 151) qui \u00ab&nbsp;<em>emmanchait des r\u00e9cits si dr\u00f4lement qu\u2019en effet, la guerre pr\u00e9sente en semblait le sport le plus passionnant qui fut.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Marie Tyl lit beaucoup la presse locale et parisienne et son titre favori est sans surprise <em>l\u2019\u00c9cho de Paris<\/em>. Elle n\u2019aime pas le <em>Journal<\/em>, critiquant (janvier 1915), ses contes qui sont la plupart du temps fort d\u00e9plaisants et malsains (p 81) \u00ab&nbsp;<em>m\u00e9langeant l\u2019h\u00e9ro\u00efsme de la guerre \u00e0 des histoires d\u2019adult\u00e8res ou de fornication rendues attendrissantes<\/em>.&nbsp;\u00bb Les feuilletons patriotiques du <em>Petit Journal <\/em>trouvent en revanche gr\u00e2ce \u00e0 ses yeux (p. 101)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le feuilleton<\/em> \u00abPr\u00e9sent<em>&nbsp;\u00bb touche \u00e0 sa fin et les enfants en soupirent. Je leur en avais permis la lecture et celle-ci les passionnait et les exaltait. <\/em>(\u2026) <em>Les enfants me prient de proclamer avec eux l\u2019excellence de l\u2019\u0153uvre et je conviens que \u00ab&nbsp;Pr\u00e9sent&nbsp;\u00bb est une \u0153uvre de m\u00e9rite empoignante et bien men\u00e9e.<\/em> (\u2026) <em>Une seule critique&nbsp;: on y oublie un peu trop le Bon Dieu. Ce la\u00efcisme m\u2019afflige et les petits se creusent la t\u00eate pour se souvenir si Dieu est totalement oubli\u00e9 dans leur r\u00e9cit pr\u00e9f\u00e9r\u00e9\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019autrice critique la presse et le bourrage de cr\u00e2ne, mais pas pour les raisons que l\u2019on rencontre le plus souvent (juillet 1915, p.121) \u00ab&nbsp;<em>Et puis que sait-on&nbsp;? Les journaux sont plus vides que jamais. Nous avons l\u2019impression d\u2019attraper de-ci de-l\u00e0, une bribe de renseignement et, en fait, de ne rien savoir&nbsp;! Raison strat\u00e9gique, certes, et aussi, et beaucoup, la volont\u00e9 de nos dirigeants de noyer dans la grisaille toute beaut\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse de la guerre trop enivrante pour nos c\u0153urs fran\u00e7ais.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><strong>Une d\u00e9testation constante de la R\u00e9publique et de ses acteurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Marie Tyl est tr\u00e8s politis\u00e9e, et ce qui frappe dans ce journal, c\u2019est la ranc\u0153ur constante envers le pouvoir et les institutions de la R\u00e9publique. Cette monarchiste exalte souvent le pass\u00e9 glorieux de l\u2019Ancien R\u00e9gime, les valeurs religieuses traditionnelles, avec la critique de l\u2019\u00e9mancipation des femmes, de la marginalisation des m\u00e8res (<em>p.43 \u00ab&nbsp;Et surtout pas trop d\u2019enfants dans la famille&nbsp;!<\/em>), et bien-s\u00fbr elle condamne la la\u00efcit\u00e9\u2026. Cette d\u00e9testation r\u00e9currente lui apporte une r\u00e9ponse univoque lorsqu\u2019elle s\u2019interroge sur les dysfonctionnements dans la conduite de la guerre: c\u2019est de la faute des institutions, des parlementaires corrompus, des francs-ma\u00e7ons\u2026 Ainsi les mentions voient se succ\u00e9der opinions d\u2019extr\u00eame-droite, mais aussi racontars ou diffamations d\u2019adversaires politiques honnis. On peut lister quelques domaines&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; en 1914, haine du pacifisme qui explique les d\u00e9faites (p. 29)<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; les francs-ma\u00e7ons sont responsables de la d\u00e9faite de Rossignol (p. 40)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>plusieurs chefs qui ne devaient leurs grades qu\u2019au Bloc et \u00e0 la Ma\u00e7onnerie, mirent la France \u00e0 deux doigts de sa perte.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; anglophobie, sp\u00e9cifique \u00e0 la Marine (p. 67) \u00ab&nbsp;<em>Ces braves Anglais&nbsp;! On en fait un plat mirifique.<\/em>&nbsp;\u00bb On risque de tomber \u00ab&nbsp;<em>de la vassalit\u00e9 des Ya \u00e0 celle des Yes&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; religion&nbsp;: hostilit\u00e9 \u00e0 la s\u00e9paration, heureusement la guerre change les mentalit\u00e9s (p. 77)&nbsp;; \u00ab<em>Un soldat, revenu bless\u00e9 et jadis socialiste convaincu, disait \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Lecl\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;il ne faut pas qu\u2019ils viennent nous raconter leurs blagues anticl\u00e9ricales, \u00e7a ne prendrait plus. On change quand on a \u00e9t\u00e9 l\u00e0-bas. Dans nos tranch\u00e9es, le dimanche, il y a des fois o\u00f9 on disait le chapelet presque toute la journ\u00e9e.<\/em>&nbsp;\u00bb, et elle d\u00e9nonce en f\u00e9vrier 1917 (p. 303)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les pertes des meilleurs des Fran\u00e7ais sont lourdes&nbsp;: au moins deux mille pr\u00eatres tu\u00e9s d\u00e9j\u00e0, tandis que la plupart des sans Dieu reste si sagement et si prudemment \u00e0 l\u2019abri.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; hostilit\u00e9 au Midi, qui est aussi politique (p. 191). En visite \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, elle relaie des propos hostiles de bless\u00e9s convalescents qui tapent sur le Midi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">\u00ab \u00ab&nbsp;<em>Tout le monde fait son devoir l\u00e0-bas, except\u00e9 les ceusses du midi.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Approbation de tous, retour sur les fautes pass\u00e9es&nbsp;: le 15<\/em><sup><em>e<\/em><\/sup><em> corps, le 17<\/em><sup><em>\u00e8me<\/em><\/sup><em>. Et puis, leurs officiers ne valent pas mieux, etc. (\u2026) Voil\u00e0 le Midi politicard&nbsp;! Pauvre Midi, car il y a du bon. Madame Dujarric de la Rivi\u00e8re me disait que le r\u00e9giment de Cahors \u00e9tait un des meilleurs et que les Cadurciens \u00e9taient navr\u00e9s d\u2019\u00eatre englob\u00e9s dans le m\u00e9pris que le Midi s\u2019est attir\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">&#8211; calomnie des individus<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">On retrouvera ici sans surprise Joseph Caillaux (p. 21)<em> \u00ab&nbsp;Il est absolument reconnu maintenant qu\u2019il a touch\u00e9 de tr\u00e8s nombreux millions pour la Cession du Congo et qu\u2019il \u00e9tait l\u2019homme-lige de Guillaume II.&nbsp;<\/em>\u00bb L\u2019amiral Louis Jaur\u00e8s en prend pour son grade, il est surnomm\u00e9 le \u00ab&nbsp;Bolchevick&nbsp;\u00bb en septembre 1918 (p. 365), et est pr\u00e9sent\u00e9 comme un esprit d\u00e9rang\u00e9, ne devant son poste qu\u2019\u00e0 son fr\u00e8re. Sarrail le r\u00e9publicain n\u2019est pas \u00e9pargn\u00e9 (p. 276) \u00ab&nbsp;<em>Salonique est le d\u00e9potoir de l\u2019Europe et de l\u2019Asie (\u2026) Sarrail, une canaille intelligente, arrive encore par le fait qu\u2019il est canaille \u00e0 gouverner sa barque dans ces eaux naus\u00e9abondes.<\/em>&nbsp;\u00bb Le Garibaldi bashing (p. 87) est plus original (f\u00e9vrier 1915) mais tout aussi haineux \u00ab&nbsp;<em>Les Garibaldi, s\u2019\u00e9cria Madame Lucas-Liais, mais on en a honte. En 70, on en rougissait&nbsp;: pas un honn\u00eate homme ne pouvait y songer sans d\u00e9go\u00fbt.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Le journal n\u2019est-il qu\u2019un d\u00e9fouloir personnel, ou ces d\u00e9testations (que l\u2019on trouve aussi chez Anne-Marie Platel par exemple, mais \u00e0 un degr\u00e9 bien moindre) sont-elles formul\u00e9es publiquement&nbsp;? &nbsp;Il semble que ces propos sont partag\u00e9s dans ses cercles f\u00e9minins, et aliment\u00e9s en nouvelles par des officiers de passage. Fort logiquement, notre diariste n\u2019appr\u00e9cie pas non plus <em>le Feu<\/em> d\u2019Henri Barbusse (mai 1917, p. 331)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Pourquoi te bats-tu&nbsp;?&nbsp;\u00bb demande, para\u00eet-il, ce mauvais livre \u00ab&nbsp;Le Feu&nbsp;\u00bb de ce Barbusse que n\u2019a pas eu honte de couronner l\u2019Acad\u00e9mie Goncourt. Plus tard, il rend int\u00e9ressant et pitoyable, et plus que cela, le soldat qui abandonne son poste. Madame de Pontaumont dit qu\u2019il se lit \u00e9norm\u00e9ment au front, \u00e9tant bien \u00e9crit, bien fabriqu\u00e9, mais comme sont fabriqu\u00e9s les portraits et les descriptions qui ne montrent que le laid, le mauvais, l\u2019affligeant, et que l\u2019effet est tr\u00e8s nocif.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><a><\/a> Finalement, Marie Tyl produit-elle un bon t\u00e9moignage&nbsp;? Non, si on consid\u00e8re qu\u2019elle ne reprend que les bruits et les rumeurs qui confirment ses haines pr\u00e9alables, et que son biais d\u2019analyse univoque, tourn\u00e9 vers un pass\u00e9 mythifi\u00e9, la France d\u2019Ancien R\u00e9gime, ne lui permet pas de comprendre la guerre de la majorit\u00e9 de ses contemporains. Non encore, car sa complaisance dans la d\u00e9testation finit par d\u00e9cr\u00e9dibiliser son jugement, m\u00eame si par ailleurs elle m\u00e8ne une vie digne. Et pourtant oui, c\u2019est un bon t\u00e9moignage, si on consid\u00e8re que ces \u00e9crits sont repr\u00e9sentatifs du milieu tr\u00e8s conservateur des officiers de la Marine&nbsp;: ce groupe a longtemps form\u00e9 la partie de l\u2019Arm\u00e9e la plus hostile aux nouvelles institutions. Certes, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle du pays, cette sensibilit\u00e9 d\u2019extr\u00eame droite monarchiste est tr\u00e8s minoritaire, mais son influence sur la soci\u00e9t\u00e9, via <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, est loin d\u2019\u00eatre n\u00e9gligeable. En outre, malgr\u00e9 son antiparlementarisme, quelques-uns de ses candidats furent \u00e9lus \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s, parfois sur des listes de coalition h\u00e9t\u00e9roclite du Bloc National, vainqueur des \u00e9lections de 1919.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\">Vincent Suard f\u00e9vrier 2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journal de guerre Cherbourg 1914 \u2013 1919 1. 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