{"id":5109,"date":"2026-03-17T10:40:10","date_gmt":"2026-03-17T09:40:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=5109"},"modified":"2026-04-02T19:23:37","modified_gmt":"2026-04-02T18:23:37","slug":"famille-quey-10-temoins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2026\/03\/17\/famille-quey-10-temoins\/","title":{"rendered":"Famille Quey (10 t\u00e9moins)"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:16px\">Lovie, Jacques, <em>Poilus savoyards (1913-1918). Chronique d\u2019une famille de Tarentaise<\/em>, Montm\u00e9lian, imprimerie Arc-Is\u00e8re, 1981, 247 p.<br><br>1. Les t\u00e9moins<br><br>La famille Quey est compos\u00e9e de :<br>&#8211; Alexandre Quey, n\u00e9 le 21 juin 1867 (ou le 23 juin 1869 p. 13). Il meurt en juin 1940 \u00e0 Aime (Savoie) en exode. Marie-Euphrasie Rullier, son \u00e9pouse, n\u00e9e le 23 f\u00e9vrier 1865. Elle meurt le 25 avril 1938. Ils se marient le 16 octobre 1890 et ont 7 enfants : <br>&#8211; Joseph-Antoine, n\u00e9 le 20 janvier 1892 \u00e0 Versoie, tu\u00e9 \u00e0 Mandray (Vosges) le 10 septembre 1914 (Delphin verra son cimeti\u00e8re au col de Mandray le 18 juin 1915, p. 91) <br>&#8211; Marie-Marguerite-Aline, n\u00e9e \u00e0 Versoie le 12 juillet 1894. Elle meurt en 1935.<br>&#8211; Delphin-Athanase, n\u00e9 \u00e0 Versoie le 13 octobre 1895. Il se marie en 1924 et meurt le 20 ao\u00fbt 1945.<br>&#8211; Jean-Pierre-Marius, n\u00e9 \u00e0 Versoie le 22 mars 1897. Mari\u00e9, il d\u00e9c\u00e8de le 11 mai 1953.<br>&#8211; Marie-Adeline, n\u00e9e \u00e0 Versoie le 13 mars 1900, mari\u00e9e \u00e0 Louis Labb\u00e9, meurt le 13 octobre 1968.<br>&#8211; Gaston-Emile-Roger, n\u00e9 \u00e0 Versoie le 27 mai 1904<br>&#8211; Aur\u00e9lie (ou Am\u00e9lie)-L\u00e9a, n\u00e9e \u00e0 Versoie le 18 (ou le 19) octobre 1905. Elle meurt le 6 mai 1937. <br>Sont \u00e9galement repr\u00e9sent\u00e9s Nazaire Rullier, fr\u00e8re d\u2019Euphrasie, et Antoine-Maurice Marchand, un voisin de la famille, n\u00e9 \u00e0 Versoie le 11 (ou le 12) avril 1884, fils de Constant Marchand et de Marie-Josephe Gaimard. Il deviendra adjoint au maire de Bourg pour le hameau de Versoie apr\u00e8s-guerre et meurt c\u00e9libataire le dimanche 23 d\u00e9cembre 1923, projet\u00e9 contre un arbre au cours d\u2019une avalanche.<br><br>Joseph Quey est mobilis\u00e9 au 13e BCA (14e CA, 28e division, 56e brigade), caserne Curial \u00e0 Chamb\u00e9ry. Des lettres de lui sont reproduites du 5 novembre 1913, date \u00e0 laquelle commence son dressage au bataillon, au 9 septembre 1914, veille de sa mort \u00e0 Mandray le 10 \u00e0 8 heures du matin. Sa fiche M\u00e9moire des Hommes n\u2019a toutefois pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e. Ses 17 lettres t\u00e9moignent du dressage du chasseur, du comportement des officiers, eux-m\u00eames dress\u00e9s par le feu (p. 111), et de la relative carence nutritionnelle de l\u2019intendance militaire, dans lesquelles lettres la faim revient souvent.<br><br>Maurice Marchand est affect\u00e9 quant \u00e0 lui comme muletier \u00e0 la 5e puis 4e compagnie du 2e puis 1er bataillon du 97e RIA. Bless\u00e9 en octobre 1914 par un \u00e9clat d\u2019obus au bras, il avait \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 mort par son adjudant qui s\u2019appr\u00eatait \u00e0 envoyer un mortuaire. Il re\u00e7oit en juin 1915 un coup de pied de mulet qui le fait saigner. Il en dit : \u00ab on n\u2019est plus dur que le fer tu sais ! &#8211; et on gu\u00e9rit comme le diable \u00bb (p. 88). Il sera \u00e0 nouveau bless\u00e9, omoplate de l\u2019\u00e9paule fractur\u00e9e, lors d\u2019une chute de voiture, en janvier 1916, puis il re\u00e7oit un \u00e9clat d\u2019obus \u00e0 la t\u00eate le 17 mars suivant, sous les murs du fort de Vaux. Il est tr\u00e9pan\u00e9 le 15 avril pour \u00f4ter des esquilles. Apr\u00e8s sa blessure, il int\u00e8gre le d\u00e9p\u00f4t \u00e0 Albertville ou Chamb\u00e9ry et il semble qu\u2019il ne retournera jamais au front.<br><br>Delphin entre plus tardivement dans la guerre. Il est mobilis\u00e9 peu apr\u00e8s le 15 d\u00e9cembre 1914 et int\u00e8gre d\u2019abord le centre d\u2019instruction de Boll\u00e8ne, dans le Vaucluse, \u00e0 la 12\u00e8me escouade de la 11e compagnie du 22e BCA. Il continue sa formation dans la vall\u00e9e de la Maurienne \u00e0 Modane avant d\u2019arriver sur le front de Vosges, \u00e0 la Croix le Pr\u00eatre de la Cote 766, d\u00e9but juin 1915, avec la 22e compagnie du 62e BCA. Il fait plusieurs secteurs sur la montagne, tant sur le versant lorrain qu\u2019alsacien. Le 14 avril 1917, il dit avoir quitt\u00e9 le fusil mitrailleur, \u00ab une salet\u00e9 compl\u00e8te \u00bb, et on le retrouve quelques jours plus tard colombophile \u00e0 la Section Hors Rang du 62e BCA, du c\u00f4t\u00e9 de Reims. Il est l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9 le 17 janvier 1917, atteint par un \u00e9clat d\u2019obus dans l\u2019\u00e9paule. Delphin conseille son fr\u00e8re, qui ne rejoindra le front qu\u2019\u00e0 partir de 1917, d\u2019\u00e9viter l\u2019engagement, de ne pas craindre les punitions, de tricher voire de simuler la folie (p. 157).<br>La plupart des lettres \u00e9manent finalement de Maurice Marchand et de Delphin Quey.<br> <br><strong>2. Le t\u00e9moignage <\/strong><br>Au cours de travaux de r\u00e9paration \u00e0 la suite de l\u2019acquisition d\u2019une maison de la famille Quey dans le hameau des Granges \u00e0 Versoye (ou Versoie) (Is\u00e8re), en bordure du Torrent des Glaciers au nord de Bourg-Saint-Maurice, dans la vall\u00e9e de la Tarentaise, un corpus de correspondances est d\u00e9couvert. Jacques Lovie pr\u00e9sente ainsi 320 lettres de cette famille, \u00e9chang\u00e9es au cours de la p\u00e9riode allant de l\u2019\u00e9t\u00e9 1913 au 10 novembre 1918.<br><br><strong>3. Analyse<\/strong><br>Issue d\u2019une famille rurale de montagnards alpins de la haute vall\u00e9e de la Tarentaise, cette correspondance, tr\u00e8s familiale et domestique, apporte peu d\u2019informations \u00e0 l\u2019Historien. Les op\u00e9rations militaires n\u2019y sont pas \u00e9voqu\u00e9es, les lieux d\u2019affectation sont peu d\u00e9crits et le front souvent plac\u00e9 en filigrane. L\u2019ouvrage pr\u00e9sente toutefois l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019entrer dans l\u2019intimit\u00e9 d\u2019une famille montagnarde, avec ses probl\u00e9matiques rurales, milieu \u00e2pre, dans la guerre.<br><br>La plupart des lettres sont \u00e9crites de mani\u00e8re phon\u00e9tique ou usant de patois \u00e9clairant sur le niveau de langage de la famille Quey. Peu de lieux sont cit\u00e9s, en Alsace ou dans les Vosges, le plus souvent mal orthographi\u00e9s mais heureusement r\u00e9tablis par le pr\u00e9sentateur. De fait, le corpus de correspondances r\u00e9v\u00e8le des \u00e9changes le plus souvent familiaux et domestiques ou la guerre est peu cit\u00e9e, rarement expliqu\u00e9e et les consid\u00e9rations d\u2019op\u00e9rations militaires g\u00e9n\u00e9rales absentes, d\u00e9montrant que cette compr\u00e9hension de l\u2019environnement est secondaire chez les diff\u00e9rents t\u00e9moins. Par contre, la duret\u00e9 de la guerre sur le \u00ab dressage \u00bb et l\u2019ali\u00e9nation du soldat, tant avant-guerre que dans celle-ci, est bien absente dans les correspondances, sur toute la continuit\u00e9 des lettres de Delphin Guey. Avant-guerre, Joseph \u00e9voque par exemple la r\u00e9ception par son capitaine de lettres anonymes d\u00e9non\u00e7ant la mauvaise qualit\u00e9 de la nourriture des soldats et les punitions li\u00e9es par exemple pour avoir mang\u00e9 \u00e0 la cantine (p. 30). Delphin quant \u00e0 lui est puni fin 1916 de 4 jours de prison et d\u20191 franc d\u2019amende pour avoir mang\u00e9 une bo\u00eete de conserve tir\u00e9e dans son sac (page 168). Il revient d\u2019ailleurs souvent sur la nourriture au front, demandant \u00e0 plusieurs reprises de l\u2019argent pour pallier son imp\u00e9cuniosit\u00e9. Le 5 f\u00e9vrier 1917, il y revient et dit : \u00ab Ils nous case bien la t\u00eate est nous prennent vraiment pour des bleus les m\u00eames conneries, et toujours sans trop bouff\u00e9 \u00bb (p. 207), accusant m\u00eame les officiers de voler la nourriture pour \u00ab faire la bombe \u00bb (p. 212). Delphin t\u00e9moigne donc sans citer le terme de mutinerie, des probl\u00e8mes entre les soldats et les officiers, \u00e9voquant par exemple un d\u00e9saccord entre un capitaine et un m\u00e9decin sur la quantit\u00e9 d\u2019hommes malades (p. 213). Le 24 mars enfin, il dit : \u00ab Le patriotisme, j\u2019en ai plein sous les talons de mes souliers il n\u2019y a qu\u2019une chose que je demande ses la m\u00eame que je vous [vois] la fin de toute ses mis\u00e8res. Apr\u00e8s cela on verra bien si on apprend des chansons \u00bb (p. 221).<br>L\u2019ouvrage est correctement pr\u00e9sent\u00e9, notamment par un appareil de notes opportun permettant de pallier \u00e0 l\u2019\u00e9criture phon\u00e9tique ou patoisante, et \u00e0 r\u00e9tablir les toponymes, globalement rares et ne permettant pas de suivre facilement le parcours et la localisation des t\u00e9moins. Il contient au d\u00e9but des probl\u00e8mes mineurs de coh\u00e9rence d\u2019identification des personnages. En effet, les dates de naissance voire les pr\u00e9noms divergent entre les pages 10 et 13 de l\u2019introduction. Le livre est illustr\u00e9 de plusieurs photographies et cartes postales, reproduites malheureusement de m\u00e9diocre qualit\u00e9 toutefois.<br><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>Renseignements tir\u00e9s de l&rsquo;ouvrage :<\/em><br>Quelques informations peuvent toutefois \u00eatre d\u00e9gag\u00e9es de ces pages. <br>P. 26 : Demande un \u00e9chantillon commercial de Phoscao<br>42 : Joseph signale avoir \u00e9t\u00e9 un temps fait prisonnier et qu\u2019il s\u2019est \u00e9vad\u00e9 (6 septembre 1914), renseignement fourni sans autre explication<br>55 : Balles explosives et \u00ab d\u00e9fendues \u00bb employ\u00e9es par les allemands<br> : Claveler les mulets, leur mettre des crampons<br> : Esp\u00e8re un coup de sabot de mulet ; fine blessure, d\u00e9couragement \u00e0 la guerre (vap 154)<br>56 : Habillement de Delphin<br>63 : Escrime \u00e0 la ba\u00efonnette<br>69 : Pet de cheval musical<br>91 : Maurice Marchand dit : \u00ab on voit notre vie au bout du fil d\u2019araign\u00e9e \u00bb<br>91 : Delphin s\u2019adonne \u00e0 l\u2019artisanat de tranch\u00e9e, (bagues, porte-plumes ou coupe-papier) (vap 100, 106, 11 (prix), 116, 128, porte-plume), 161, 218 coupe-papier)<br>109 : Envoie des grains de bl\u00e9 d\u2019Alsace<br>111 : Dressage des officiers par le feu<br>112 : Sur les embusqu\u00e9s<br>124 : Proximit\u00e9 des tranch\u00e9es, il entend les allemands causer et se moucher<br>139 : Prix d\u2019une lampe torche et deux piles neuves : 100 sous<br>143 : Milenn verph\u00e8re pour minenwerfer<br>146 : Delphin esp\u00e8re une marraine de guerre (vap 165)<br>155 : D\u00e9couverte de corps<br>166 : Delphin \u00e9crit Kaphar ou Kafar (page 178) pour cafard<br>191 : Ajout sur une carte postale pas, derri\u00e8re \u00ab on les aura ! \u00bb refus de verser de l\u2019or<br>203 : Ce qu\u2019il mange au front le 20 janvier 1917<br>206 : Vin chaud<br>211 : Se fait blanchir les dents pour \u00e9viter le caries (vap 221 Dentol)<br>215 : S\u2019offusque de voir des man\u0153uvres d\u2019hommes dans des champs cultiv\u00e9s (vap 222)<br>232 : Sur l\u2019analphab\u00e9tisme<br> : Carnet de p\u00e9cule<br>234 : Poussi\u00e8re naus\u00e9abonde<br><br><em>Yann Prouillet, mars 2026<\/em><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lovie, Jacques, Poilus savoyards (1913-1918). 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