{"id":5121,"date":"2026-05-13T17:17:15","date_gmt":"2026-05-13T16:17:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=5121"},"modified":"2026-05-13T17:17:16","modified_gmt":"2026-05-13T16:17:16","slug":"arnout-jules-1901-1988-beck-marie-1893-1973-et-63-autres-temoins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2026\/05\/13\/arnout-jules-1901-1988-beck-marie-1893-1973-et-63-autres-temoins\/","title":{"rendered":"Arnout Jules (1901 \u2013 1988), Beck Marie (1893 \u2013 1973) et 63 autres t\u00e9moins"},"content":{"rendered":"\n<p><em>T\u00e9moignages de la Grande Guerre &#8211; <\/em>Groupe du Onze novembre<\/p>\n\n\n\n<p>1. Les t\u00e9moins<\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes et les hommes qui t\u00e9moignent dans ce recueil sont essentiellement des Belges, civils d\u00e9plac\u00e9s en Flandre, r\u00e9fugi\u00e9s en France ou soldats combattants&nbsp;; la plupart sont originaires de la r\u00e9gion rurale de Heuvelland, dans le Westhoek belge n\u00e9erlandophone. On peut aussi d\u00e9signer cette r\u00e9gion comme de la partie belge du nord des Monts de Flandres, de Poperinge \u00e0 Ypres. D\u2019autres t\u00e9moins du recueil, moins nombreux, sont anglais, fran\u00e7ais ou allemands.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les ann\u00e9es soixante, le projet de d\u00e9veloppement rural Opbouwerk Heuvelland a pris l\u2019initiative d\u2019associer des jeunes de cette r\u00e9gion rurale, qui correspondait \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-front de 1914 \u00e0 1918, \u00e0 une comm\u00e9moration du 11 novembre (1977), en y associant des t\u00e9moignages d\u2019anciens, hommes et femmes qui avait connu le conflit dans ces villages. Devant le succ\u00e8s de la d\u00e9marche, des t\u00e9moignages compl\u00e9mentaires furent collect\u00e9s et ont donn\u00e9 lieu \u00e0 une publication en flamand&nbsp;: <em>Van den Grooten Oorlog<\/em>, (\u00c9ditions Malegijs, 1978). Le pr\u00e9sent livre, <em>T\u00e9moignages de la Grande Guerre<\/em>, sous-titr\u00e9 <em>Des hommes et des femmes, des Belges, des Fran\u00e7ais, des Britanniques et des Allemands racontent la Premi\u00e8re Guerre mondiale<\/em>, r\u00e9vis\u00e9 et compl\u00e9t\u00e9, en est la traduction (2016, \u00c9ditions Malegijs, 365 pages). Ces t\u00e9moignages recueillis par le Groupe du Onze novembre ont \u00e9t\u00e9 adapt\u00e9s et transcrits par Marieke Demeester et traduits du n\u00e9erlandais par&nbsp; No\u00eblle Michel.<\/p>\n\n\n\n<p>3. Analyse<\/p>\n\n\n\n<p>Le recueil expose ici la transcription d\u2019entretiens men\u00e9s avec la g\u00e9n\u00e9ration de ceux qui avaient de 10 \u00e0 20 ans au moment de la guerre, avant qu\u2019ils ne disparaissent progressivement au d\u00e9but des ann\u00e9es 80. De nombreux th\u00e8mes sont abord\u00e9s, comme la d\u00e9claration de guerre, l\u2019invasion, la vie \u00e0 proximit\u00e9 du front, ou la fuite comme r\u00e9fugi\u00e9s. On peut citer p\u00eale-m\u00eale le sort des habitants d\u2019Ypres, le destin des Belges en Normandie, les fructueuses relations avec les Anglais pour certains, le quasi-esclavage agricole mis en place par les Allemands pour d\u2019autres, les p\u00e9nuries, les prix, la mortalit\u00e9 importante par maladie, le d\u00e9minage en 1919\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le recueil est particuli\u00e8rement dense pour le d\u00e9but de la guerre, et on peut \u00e9voquer le <strong>traumatisme de l\u2019arriv\u00e9e des Uhlans<\/strong> (chapitre&nbsp;: <em>les voil\u00e0&nbsp;!<\/em>). Julie Cattryse (13 ans en 1914, p. 32) t\u00e9moigne&nbsp;(avec autorisation de citation): \u00ab&nbsp;<em>Les premiers soldats \u00e9taient \u00e0 peu pr\u00e8s cinquante, de grands hommes mont\u00e9s sur de grands chevaux<\/em> (\u2026) <em>Partout o\u00f9 ils arrivaient sur leurs grands chevaux, les gens mouraient quasiment de peur.<\/em>&nbsp;\u00bb Si les habitants sont tr\u00e8s surpris par l\u2019\u00e9clatement de la guerre, tous connaissent au d\u00e9but de septembre les atrocit\u00e9s allemandes de la fin du mois d\u2019ao\u00fbt. J. Cattryse raconte que des Allemands entrent chez son grand-p\u00e8re, un soldat demande du pain (p. 33) \u00ab&nbsp;<em>on arrivait bien \u00e0 le comprendre, il parlait presque comme nous.<\/em>&nbsp;\u00bb Un des soldats veut emballer son pain et voit une moiti\u00e9 de journal, s\u2019en sert, et quand il le retourne, lit&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;Barbares allemands \u00e0 Malines&nbsp;\u00bb Il a sursaut\u00e9. \u00ab&nbsp;P\u00e9p\u00e9, ce n\u2019est pas vrai. Si tu as encore des journaux de ce genre, br\u00fble-les avant que d\u2019autres Allemands arrivent.&nbsp;\u00bb Il a d\u00e9chir\u00e9 l\u2019article. \u00ab&nbsp;Si les civils n\u2019avaient pas jet\u00e9 de vitriol pour blesser les soldats allemands, ceux-ci n\u2019auraient rien fait.&nbsp;\u00bb<\/em> Gaston Boudry, 13 ans, \u00e9voque la progression des uhlans entre les villages (p. 34) <em>\u00ab&nbsp;Quand ils voyaient quelqu\u2019un dans la rue, ou un fermier dans ses champs, ils disaient&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mitkommen&nbsp;\u00bb. Viens. Si on ne venait pas avec eux, ils tiraient. Quand on les avait accompagn\u00e9s assez loin, ils disaient&nbsp;: \u00ab&nbsp;tu peux partir.&nbsp;\u00bb C\u2019\u00e9tait un moyen d\u2019avancer sans se faire tirer dessus.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00c0 Westhoutre, le garde champ\u00eatre tombe sur les Uhlans alors qu\u2019il a gard\u00e9 son uniforme et son r\u00e9volver de fonction&nbsp;: il est attach\u00e9 \u00e0 la porte du cimeti\u00e8re et ex\u00e9cut\u00e9&nbsp;; (Oscar Ricour, 22 ans, p. 40) \u00ab&nbsp;<em>Les habitants \u00e9taient horrifi\u00e9s, comme vous pouvez l\u2019imaginer. Personne n\u2019osait plus sortir. Personne ne voulait donner un coup de main pour enterrer le garde champ\u00eatre. C\u2019est le bourgmestre et le cur\u00e9 qui l\u2019ont enterr\u00e9.&nbsp;<\/em>\u00bb On peut clore ce th\u00e8me des d\u00e9buts avec Fernand Denuwelaere (14 ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, p. 50) \u00ab&nbsp;<em>Les premiers Allemands, c\u2019\u00e9tait des uhlans. Des prisonniers qu\u2019on avait lib\u00e9r\u00e9s<\/em>&nbsp;\u00bb (\u2026) plus loin il \u00e9voque le retrait allemand apr\u00e8s leur avanc\u00e9e maximale \u00ab&nbsp;<em>Un prince allemand a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 <\/em>[Maximilien de Hesse]<em>. Un Anglais s\u2019est faufil\u00e9 \u00e0 travers un champ de betterave jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abbaye <\/em>[du Mont des Cats].<em> Le Prince se trouvait sur l\u2019escalier, sa t\u00eate d\u00e9passait du mur et l\u2019Anglais l\u2019a abattu. Un seul coup et il \u00e9tait mort.<\/em>&nbsp;\u00bb Enfin il termine par l\u2019\u00e9vocation des espions allemands avant la guerre, ceux-ci faisaient du colportage dans la r\u00e9gion pour des outils en acier, pioches et faux, et \u00ab&nbsp;<em>se promenaient par tous les petits chemins. Mais c\u2019\u00e9taient des espions. En fait c\u2019\u00e9taient des officiers. On s\u2019en est aper\u00e7u \u00e0 Reningelst. L\u2019un des officiers a dit \u00e0 un type qui n\u2019avait pas pay\u00e9 sa pioche&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous devez encore me r\u00e9gler une pioche.&nbsp;\u00bb C\u2019est comme cela qu\u2019on a su.&nbsp;<\/em>\u00bb Ce propos est int\u00e9ressant, car le t\u00e9moin, tr\u00e8s certainement sinc\u00e8re, et qui a d\u00fb raconter cette histoire \u00e0 de nombreuses reprises, commet trois erreurs&nbsp;: les uhlans ne sont pas des repris de justice lib\u00e9r\u00e9s, le Prince allemand est mort en un jour et demi, la nuit, d\u2019une blessure au ventre, et il n\u2019y a probablement eu qu\u2019un seul uhlan colporteur d\u2019outils agricoles avant la guerre&nbsp;; on peut remonter la rumeur gr\u00e2ce au r\u00e9cit de Julie Cattrysse. Les Uhlans sont entr\u00e9s dans la maison communale d\u2019Aartijke, qui est en m\u00eame temps une auberge (p. 32) \u00ab&nbsp;<em>Les soldats allemands ont command\u00e9 une bi\u00e8re. L\u00e9onie, la patronne de l\u2019auberge, \u00e9tait livide de peur. On avait racont\u00e9 tant de choses \u00e0 leur sujet. Elle tremblait comme une feuille. L\u2019un d\u2019eux lui a dit&nbsp;:<\/em>&nbsp;\u00ab&nbsp;Mais L\u00e9onie, tu ne vas quand m\u00eame pas me dire que c\u2019est la peur qui te rend aussi p\u00e2le&nbsp;?&nbsp;\u00bb <em>Elle l\u2019a regard\u00e9 sans comprendre, alors il a enlev\u00e9 son bonnet et son uniforme&nbsp;<\/em>; (\u2026) <em>elle l\u2019a reconnu. Une semaine avant le d\u00e9but de la guerre, il avait encore log\u00e9 \u00e0 l\u2019auberge.<\/em> (\u2026)&nbsp;\u00bb Cette anecdote du voyageur de commerce allemand s\u2019est ainsi transform\u00e9e en une cinqui\u00e8me colonne avant l\u2019heure, form\u00e9e d\u2019officiers espions.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut citer quelques th\u00e8mes sans d\u00e9velopper&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les r\u00e9fugi\u00e9s belges<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>* L\u2019importance de la Normandie pour le regroupement des Belges, des familles et la possibilit\u00e9 d\u2019y travailler, dans les arsenaux, les usines, et aux champs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>* Le fait que les r\u00e9fugi\u00e9s belges n\u2019ont pas droit \u00e0 l\u2019allocation lorsqu\u2019ils restent \u00e0 proximit\u00e9 de la fronti\u00e8re, pour les obliger \u00e0 se disperser plus loin en France&nbsp;; Henri Demey, 15 ans en 1914, l\u2019\u00e9voque (p. 91)&nbsp;:\u00ab<em>&nbsp;Dans tout le nord de la France, de Dunkerque \u00e0 Hazebrouck, les gens parlaient encore flamand, \u00e0 l\u2019\u00e9poque (\u2026) L\u2019abb\u00e9 Lemire, d\u00e9put\u00e9 d\u2019Hazebrouck <\/em>[a fait]<em> son discours \u00e0 la Chambre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les r\u00e9fugi\u00e9s belges sont tous des Flamands. Ils ne parlent pas fran\u00e7ais. \u00c0 part quelques exceptions. Ils voudront tous rester dans le nord du pays, \u00e0 cause de la langue. Mais cette r\u00e9gion est surpeupl\u00e9e, la France est grande et on manque de gens ailleurs beaucoup plus que dans le Nord. Je propose de ne pas payer d\u2019allocations aux r\u00e9fugi\u00e9s belges qui restent dans le d\u00e9partement du Nord. Tous ceux qui le veulent pourront rester, mais ils devront se prendre en charge eux-m\u00eames.&nbsp;\u00bb <\/em>L\u2019allocation est toutefois aussi attribu\u00e9e aux Belges du Nord \u00e0 partir de 1916, le souci d\u2019\u00e9quit\u00e9 l\u2019emportant.<\/p>\n\n\n\n<p>* en cas de conflits (trois mentions), des Belges sont trait\u00e9s de Boches, &nbsp;(Martha Brion, 6 ans en 1914, p. 93) \u00ab&nbsp;<em>Quand on se disputait \u00e0 l\u2019\u00e9cole, les autres enfants avaient aussi vite fait de nous traiter de sales Boches. Les gar\u00e7ons comme les filles. Mais on ne se laissait pas faire, on se battait. Pourtant, il faut quand m\u00eame dire que la plupart des Fran\u00e7ais \u00e9taient gentils et que nous \u00e9tions bien vus.<\/em>&nbsp;\u00bb De m\u00eame Jules Leroy (p. 94) confirme la bonne r\u00e9putation des Belges au travail: le p\u00e8re de la fermi\u00e8re dirigeant la ferme de l\u2019Eure o\u00f9 les parents de Jules travaillaient disait souvent&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Personne ne fait mieux le travail que les Belges, mais on ne peut rien leur demander le dimanche. Le dimanche, ils ne veulent pas travailler. Ils vont \u00e0 la messe. Et toute la journ\u00e9e bien lav\u00e9s et bien ras\u00e9s, bien habill\u00e9s, \u00e0 fumer des cigarettes\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les Fran\u00e7ais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>* Les soldats fran\u00e7ais, les premiers, ceux de l\u2019automne 1914, \u00e9taient des \u00ab&nbsp;<em>pauvres diables<\/em>&nbsp;\u00bb, et n\u2019avaient rien pour s\u2019abriter, alors que les Anglais \u00e9taient riches, avec de grandes tentes et des baraques. (Andr\u00e9 Houwen, p. 108)<\/p>\n\n\n\n<p>* \u00ab&nbsp;<em>Les Fran\u00e7ais dormaient dans une porcherie aux tuiles disjointes, la neige rentrait dans le b\u00e2timent. Les soldats se serraient deux par deux les uns contre les autres pour se r\u00e9chauffer. Ils n\u2019avaient qu\u2019une seule couverture par personne. Ils venaient d\u2019une r\u00e9gion o\u00f9 il faisait chaud, dans le sud de la France. Ils n\u2019avaient pas l\u2019habitude du froid, et l\u2019hiver \u00e9tait tr\u00e8s rigoureux.<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp; (Georges Deconinck, p. 109)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les Anglais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pour les civils qui r\u00e9ussissent \u00e0 rester \u00e0 proximit\u00e9 du front anglais, Maurice Liefoohghe affirme (p. 121)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Tout le monde gagnait tr\u00e8s bien sa vie. On travaillait tous pour les soldats. R\u00e9parer les routes, couper du bois pour faire des piquets destin\u00e9s \u00e0 \u00e9tayer les tranch\u00e9es. On a abattu presque enti\u00e8rement les bois du Mont Rouge, du Mont Noir et du Mont des Cats.<\/em>\u00bb Marie Beck et Julienne Deweerdt racontent que les caf\u00e9s de leurs parents faisaient des affaires, et Florent Denuwelaere \u00e9voque p. 121 le commerce des dentelles, que les Anglais demandaient \u00ab&nbsp;<em>For the Ladies&nbsp;\u00bb<\/em>. \u00ab&nbsp;<em>Presque toutes les femmes avaient appris \u00e0 en faire \u00e0 l\u2019\u00e9cole dentelli\u00e8re. <\/em>(\u2026)<em> Les dentelli\u00e8res ont fait de bonnes affaires pendant la guerre. Quand elles avaient fait un bon bout de dentelle, elles le coupaient et le vendaient aux Anglais. Et eux l\u2019envoyaient en Angleterre.<\/em>&nbsp;\u00bb Theoffiel Boudry rench\u00e9rit p. 125&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Gr\u00e2ce aux Anglais nous ne manquions de rien.&nbsp;<\/em>\u00bb Nos t\u00e9moins, souvent enfants \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e9prouvent paradoxalement, \u00e0 l\u2019\u00e9vocation de cette p\u00e9riode difficile, une sorte d\u2019unanimit\u00e9 euphorique \u00e0 se rem\u00e9morer les Anglais, ils les associent aux friandises que ceux-ci leur distribuaient volontiers, <em>\u00ab&nbsp;Les enfants et les soldats\u2026impossible de nous chasser de l\u00e0&nbsp;!&nbsp;<\/em>\u00bb (Michel Hardeman, p. 158), \u00ab&nbsp;<em>Pour nous les enfants, c\u2019\u00e9tait une \u00e9poque formidable&nbsp;!&nbsp;<\/em>\u00bb (Clara Vaneechoutte, p. 159). C\u2019est \u00e9videmment un son de cloche diff\u00e9rent pour les t\u00e9moins rest\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 allemand, il y a le travail forc\u00e9 et sous-pay\u00e9, mais c\u2019est d\u2019abord la disette qui va s\u2019aggravant qui marque les r\u00e9cits.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jeunes femmes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Julie Derynck vivait en secteur allemand (p. 167)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019\u00e9tais une jeune fille de seize ans lorsque la guerre a commenc\u00e9 et j\u2019avais vingt ans quand elle s\u2019est finie. Les Allemands avaient des sup\u00e9rieurs s\u00e9v\u00e8res. Ils \u00e9taient tr\u00e8s disciplin\u00e9s. <\/em>(\u2026) <em>Ma m\u00e8re \u00e9tait tr\u00e8s stricte. Lorsqu\u2019on \u00e9tait dans l\u2019\u00e9table \u00e0 vaches et que les soldats demandaient&nbsp;: \u00ab&nbsp;O\u00f9 sont les M\u00e4dels, les filles&nbsp;?&nbsp;\u00bb elle r\u00e9pondait&nbsp;: \u00ab&nbsp;cela ne vous regarde pas&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em> (\u2026) <em>Les soldats devaient laisser les filles tranquilles. \u00c9videmment, certaines fr\u00e9quentaient des soldats allemands, et il y en a m\u00eame qui ont eu un enfant. Mais si vous n\u2019\u00e9tiez pas int\u00e9ress\u00e9e, ils vous fichaient la paix<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On terminera l\u2019\u00e9vocation de ce recueil tr\u00e8s riche avec Jules Willaeys (p. 346)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Apr\u00e8s la guerre, je pouvais passer des journ\u00e9es enti\u00e8res \u00e0 raconter ce que j\u2019avais v\u00e9cu au front. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 que j\u2019\u00e9tais un tr\u00e8s bon tireur. Mais quand je commen\u00e7ais \u00e0 en parler, ma m\u00e8re disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tais-toi, mon gar\u00e7on, c\u2019\u00e9tait aussi des enfants de quelqu\u2019un.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Vincent Suard (mai 2026)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9moignages de la Grande Guerre &#8211; Groupe du Onze novembre 1. Les t\u00e9moins Les femmes et les hommes qui t\u00e9moignent dans ce recueil sont essentiellement des Belges, civils d\u00e9plac\u00e9s en Flandre, r\u00e9fugi\u00e9s en France ou soldats combattants&nbsp;; la plupart sont originaires de la r\u00e9gion rurale de Heuvelland, dans le Westhoek belge n\u00e9erlandophone. 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