{"id":5135,"date":"2026-09-10T08:49:40","date_gmt":"2026-09-10T07:49:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=5135"},"modified":"2026-09-10T08:49:41","modified_gmt":"2026-09-10T07:49:41","slug":"le-segretain-du-patis-joseph-1876-1940-les-carnets-dun-poilu-1914-1919","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2026\/09\/10\/le-segretain-du-patis-joseph-1876-1940-les-carnets-dun-poilu-1914-1919\/","title":{"rendered":"Le Segretain du Patis Joseph (1876 \u2013 1940), Les carnets d\u2019un poilu 1914 \u2013 1919"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1. Le t\u00e9moin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Joseph Le Segretain du Patis, n\u00e9 \u00e0 Laval en 1876, est en 1914 agent d\u2019assurances \u00e0 Foug\u00e8res. Mobilis\u00e9 au 25<sup>e<\/sup> RIT, il sert en Artois durant une longue p\u00e9riode (octobre 1914 \u00e0 f\u00e9vrier 1916), puis passe par Verdun, l\u2019Aisne, l\u2019Oise ou l\u2019Allemagne \u00e0 fin de 1918. En 1914, il ex\u00e9cute de durs travaux en 1<sup>\u00e8re<\/sup> ligne, puis passe planton et fait des liaisons&nbsp;; rattach\u00e9 ensuite \u00e0 une section de commis et ouvriers militaires d\u2019administration en avril 1915,&nbsp;il passe caporal puis sergent-fourrier, en s\u2019occupant notamment de coop\u00e9ratives de soldats et de comptabilit\u00e9 (Intendance de Corps d\u2019Arm\u00e9e). Il est d\u00e9mobilis\u00e9 en janvier 1919.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gurlo\u00ebs Le Segretain du Patis a fait para\u00eetre \u00ab&nbsp;<em>Les carnets d\u2019un poilu 1914 \u2013 1919, \u00e9crire la guerre&nbsp;<\/em>\u00bb, r\u00e9dig\u00e9s par son p\u00e8re Joseph Le Segretain du Patis, aux \u00e9ditions LBM (2014, 463 pages denses). Ces dix-huit carnets manuscrits int\u00e9gralement retranscrits gr\u00e2ce \u00e0 une coop\u00e9ration familiale contiennent des notations vari\u00e9es et quasi-journali\u00e8res, de la mobilisation \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1917 (1<sup>er<\/sup> au 10<sup>e<\/sup> cahier), puis beaucoup plus espac\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9mobilisation (11<sup>e<\/sup> au 13<sup>e<\/sup>). Les quatre derniers cahiers (14<sup>e<\/sup> au 18<sup>e<\/sup>) regroupent en annexe des documents \u00e9pars, de nature tr\u00e8s vari\u00e9e&nbsp;: extraits de rapports, copies d\u2019ordres, de citations, ou des anecdotes, des blagues ou des chansons recopi\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3. Analyse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces carnets ne sont pas d\u2019une lecture suivie ais\u00e9e, car s\u2019ils fourmillent de notations vari\u00e9es, celles-ci sont enchev\u00eatr\u00e9es, sans transitions, surgissant au fil de la r\u00e9daction journali\u00e8re. On trouve:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; des choses vues, des remarques sur les missions et leur difficult\u00e9, le temps qu\u2019il fait, l\u2019intensit\u00e9 du bombardement, des portraits parfois critiques de sup\u00e9rieurs&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; des remarques personnelles sur sa sant\u00e9, la nourriture, l\u2019\u00e9tat du moral dans la troupe ou \u00e0 Foug\u00e8res&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; des consid\u00e9rations sur la politique nationale, sur l\u2019\u00e9volution de la guerre au niveau international, d\u00e9coulant de la lecture de la presse&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces int\u00e9ressants carnets sont donc assez riches et on suivra tout \u00e0 fait Erwan Le Gall [Envor Le Gall Le Segretain] qui souligne l\u2019int\u00e9r\u00eat historique du recueil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le front d\u2019Artois<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Joseph Le Segretain reste un an et quatre mois \u00e0 Bully-les-Mines, puis \u00e0 Camblain et Aubigny, derri\u00e8re Souchez et Carency. Outre les lignes, ses d\u00e9placements (liaisons) lui permettent de d\u00e9crire la vie \u00e0 l\u2019arri\u00e8re dans les villages des \u00e9chelons ; pass\u00e9 ensuite aux \u00e9critures, il reste li\u00e9 \u00e0 ses camarades qui continuent travailler en ligne, ce qui lui permet de continuer \u00e0 d\u00e9crire les \u00e9v\u00e9nements et l\u2019ambiance de l\u2019avant. Il \u00e9voque par exemple la sortie des boyaux (Li\u00e9vin \u2013 Bully) lors des attaques de d\u00e9cembre 1914&nbsp;(p. 32, avec autorisation de citation) \u00ab&nbsp;<em>Les hommes ont dans certains endroits de la boue jusqu\u2019au genou, l\u2019\u00e9nervement et la fatigue sont extr\u00eames et les jeunes du 17<sup>e<\/sup> font piti\u00e9. O\u00f9 sont leurs m\u00e8res&nbsp;? O\u00f9 sont nos femmes&nbsp;? Heureusement elles ne sont pas l\u00e0, elles souffriraient trop.<\/em>&nbsp;\u00bb (\u2026) \u00ab&nbsp;<em>Le soir le 17<sup>e<\/sup> est enfin relev\u00e9, la vue de ces jeunes boueux et loqueteux arrache les larmes\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb Lors des phases offensives de mai-juin et septembre 1915, il produit une description remarquable des corv\u00e9es \u00e9reintantes des territoriaux sous le bombardement (16 juin 1915, p. 101)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Une corv\u00e9e de cartouches du 25<sup>e<\/sup>, ils sont tr\u00e8s charg\u00e9s. Chacun 1000 cartouches, ajoutez \u00e0 cette cohue, un d\u00e9fil\u00e9 de bless\u00e9s ou de prisonniers et jugez. Si on commande avancez, reculez, laissez passer, il n\u2019y a rien \u00e0 faire aussi n\u2019arrive-t-on \u00e0 la parall\u00e8le de Carency que vers 6 h (\u2026) il y a des difficult\u00e9s incroyables et insurmontables pour le service sanitaire, on ne peut passer de brancard par le boyau avec cette cohue (\u2026) \u00c0 gauche, c\u2019est un mort par trop d\u00e9chiquet\u00e9, qui n\u2019a pu aller plus loin&nbsp;! Spectacle impressionnant \u00e9galement, c\u2019est un Fran\u00e7ais gri\u00e8vement bless\u00e9 dont le visage est livide et qui est tra\u00een\u00e9 par 2 camarades, le pauvre g\u00e9mit, il ne veut plus avancer, et pr\u00e9f\u00e8re mourir sur place, il faut qu\u2019on le harc\u00e8le pour lui faire faire la route pas \u00e0 pas (\u2026) ici on marche sur un cadavre fran\u00e7ais, l\u00e0 c\u2019est un Boche qui r\u00e2le, compl\u00e8tement abandonn\u00e9 et qui dit \u00ab&nbsp;Kamarade\u00bb. On se perd, on se retrouve et nous voil\u00e0 \u00e0 la route de B\u00e9thune bien marmit\u00e9e, on la longe au pas de course (\u2026) on cherche le lieu de travail<\/em> [pour la corv\u00e9e demand\u00e9e]<em>, mais le jour para\u00eet il faut s\u2019en retourner<\/em>.&nbsp;\u00bb Il mentionne ailleurs deux parades d\u2019ex\u00e9cution capitale (quatre fusill\u00e9s au total), en n\u2019assistant qu\u2019\u00e0 la premi\u00e8re (23 novembre 1914, p. 26 et 25 mars 1915, p. 65).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les conditions m\u00e9t\u00e9orologiques \u00e9pouvantables dans la tranch\u00e9e (pluies ininterrompues) \u00e0 l\u2019automne &nbsp;1915 sont soulign\u00e9es (p. 162)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Le 28 octobre, journ\u00e9e lamentable de vent et de pluie, c\u2019est d\u00e9solant, pauvres camarades de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> ligne, on a du mal \u00e0 croire que l\u2019hiver dernier nous avons v\u00e9cu cette vie&nbsp;! Les hommes marchent quand m\u00eame, notre compagnie endosse la corv\u00e9e des morts en 1<sup>\u00e8re<\/sup> ligne, c\u2019est tr\u00e8s dangereux car il faut aller sur la plaine et les balles sifflent, les troupes d\u2019active ne mettent gu\u00e8re d\u2019empressement, les chefs admirent le 25<sup>e<\/sup><\/em> [RIT]<em>, et c\u2019est tr\u00e8s r\u00e9pugnant. 50 corps ou d\u00e9bris ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9s des fils de fer, corps affreux et d\u00e9compos\u00e9s&nbsp;: il faut avoir le c\u0153ur solide&nbsp;!<\/em>\u00bb La pluie continue en novembre, et dans ces tranch\u00e9es transform\u00e9es en mares, des fraternisations maintenant bien document\u00e9es se produisent en d\u00e9cembre, ce sont ses camarades qui les lui racontent&nbsp;(11 d\u00e9cembre, p. 179)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>les boyaux sont intenables chez nous et chez les Boches&nbsp;<\/em>\u00bb (\u2026) <em>\u00ab&nbsp;Fran\u00e7ais et Boches montent sur la plaine et se parlent, on s\u2019offre du tabac, etc\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb Le 19 d\u00e9cembre 1915, il r\u00e9\u00e9voque ces faits qu\u2019il d\u00e9sapprouve (p. 184)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Les copains me racontent sur leur service des choses stup\u00e9fiantes<\/em>\u2026 (\u2026) <em>Il est convenu qu\u2019on ne tire pas les uns sur les autres, les rel\u00e8ves se font dans la plaine sans incident, les Boches offrent des cigares, les Fran\u00e7ais du pain<\/em>. (\u2026) <em>C\u2019est un \u00e9tat d\u2019esprit regrettable contre lequel on ne peut gu\u00e8re lutter. Qu\u2019ils s\u2019en aillent donc, ces sales Boches&nbsp;!!<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un catholique conservateur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pratiquant r\u00e9gulier, notre territorial signale souvent les offices auxquels il assiste, et il peut parfois aller au salut&nbsp;en fin de journ\u00e9e; \u00e0 la fin de la guerre, le seul trait positif qu\u2019il conc\u00e8de \u00e0 l\u2019Allemagne [ici Sud catholique] est le bon niveau de sa &nbsp;pratique religieuse (d\u00e9cembre 1918, p. 371) \u00ab&nbsp;<em>Je crois qu\u2019en Bochie les catholiques sont plus d\u00e9vots et plus sinc\u00e8res qu\u2019en France, ils assistent avec plus de respect aux offices.&nbsp;<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sur le plan politique, Joseph Le Sergretain du Patis allie patriotisme et positions conservatrices, il est m\u00e9fiant par rapport \u00e0 la souverainet\u00e9 populaire (p. 89)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Je croyais que Foug\u00e8res avait le monopole des [citoyens] inconscients, malheureusement c\u2019est commun. Combien ne pensent qu\u2019\u00e0 boire, s\u2019exposent \u00e0 des punitions des plus s\u00e9v\u00e8res, b\u00eatement, font et raisonnent en brutes, abusent de la bont\u00e9 du commandant de compagnie, c\u2019est d\u00e9montant et ce sont des \u00e9lecteurs&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Il d\u00e9fend par ailleurs de mani\u00e8re r\u00e9currente l\u2019engagement patriotique de la noblesse ou du clerg\u00e9 \u00e0 des postes expos\u00e9s (p. 191)&nbsp;: \u00ab<em>On ne dira pas qu\u2019il n\u2019y a que les petits et les ouvriers \u00e0 payer la dette du sang, il y a les cur\u00e9s, il y a les nobles et j\u2019en connais&nbsp;: le pauvre Gontran, Raoul de Coquereaumont, 2 de Montferr\u00e9, Armand Fraval, Antoine Ayrault et combien d\u2019autres&nbsp;!&nbsp;<\/em>\u00bb &nbsp;ou p. 221 &nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Au 226, 7<sup>e<\/sup> escouade, il y a un pr\u00eatre-soldat qui fait le service le plus dangereux&nbsp;: la liaison&nbsp;!! Et, allez donc, feuilles anticl\u00e9ricales&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Le ton est en g\u00e9n\u00e9ral mod\u00e9r\u00e9 \u2013 il \u00e9crit sans haine, sauf celle des Allemands \u2013 mais c\u2019est une culture monarchiste qui domine (p. 252)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Le 14, la f\u00eate nationale enthousiasme certains camarades, c\u2019est que le mess est abondant, le litre de vin rouge, le quart de champagne, les biscuits, le b\u0153uf, le veau, le jambon, la salade. J\u2019avoue que cela ne me fait pas aimer davantage la Marianne.<\/em>&nbsp;\u00bb Il note \u00e0 plusieurs reprises, lors des conversations politiques avec ses camarades, \u00eatre minoritaire dans ses convictions&nbsp;(juillet 1916, p. 251, avec un groupe)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Si je discute cela, je me fais agonir&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb ou (mai 1917, p. 328) \u00ab&nbsp;<em>Mes camarades s\u2019\u00e9taient r\u00e9jouis de la r\u00e9volution russe, moi je la d\u00e9plorais, ils ne veulent pas voir que la masse ne sait pas se diriger<\/em> (\u2026)&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1918<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1918, J. Le Segretain rencontre de nombreux groupes d\u2019Am\u00e9ricains et les d\u00e9crit avec finesse (p. 357)<em>\u00ab&nbsp;Ils semblent avoir un laisser aller dans leur attitude, indisciplin\u00e9s,<\/em> [mais]<em>nous les voyons quotidiennement se pr\u00e9senter \u00e0 la file indienne pour les repas, sans cris, sans bousculade, sans contr\u00f4le&nbsp;; les Fran\u00e7ais ne feraient jamais cela<\/em> (\u2026).&nbsp;\u00bb En Allemagne, apr\u00e8s l\u2019Armistice, il parvient \u00e0 se faire comprendre des habitants chez qui il est log\u00e9, et il leur explique \u00e0 chaque fois leur culpabilit\u00e9, et qu\u2019il faudra \u00ab&nbsp;<em>payer la note&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;; cela peut se faire \u00ab&nbsp;<em>chez de braves gens<\/em>&nbsp;\u00bb (Saarlouis, d\u00e9cembre 1918, p. 367)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Suivant ma th\u00e9orie, je leur expose les torts de l\u2019Allemagne qu\u2019ils semblent ignorer<\/em>\u00bb, ou dans les brasseries avec les serveuses&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Apr\u00e8s avoir \u00e9clair\u00e9 leur boussole, je les effraie en leur parlant des noirs et en leur disant qu\u2019il en viendra un grand nombre \u00e0 Neunkirchen.<\/em>&nbsp;\u00bbS\u2019il admet la faim en Allemagne, (p. 368) \u00ab&nbsp;<em>R\u00e9ellement les Allemands claquaient du bec \u00e0 un point inou\u00ef<\/em>&nbsp;\u00bb, il est constant dans sa condamnation, comme ici pendant son s\u00e9jour \u00e0 Wiesbaden (18 d\u00e9cembre 1918, p. 372) \u00ab&nbsp;<em>nos proprios sont ultra-boches, j\u2019ai eu une grande discussion avec eux jusqu\u2019\u00e0 une heure du matin&nbsp;; je ne leur ai pas cach\u00e9 ma mani\u00e8re de penser.<\/em> (\u2026) <em>Ils se plaignent am\u00e8rement du blocus qui a amen\u00e9 une privation extr\u00eame chez eux, pas assez, \u00e0 mon avis, leur dis-je&nbsp;!&nbsp;<\/em>(\u2026)\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La derni\u00e8re richesse de ce livre qui n\u2019en manque pas repose dans les nombreuses annexes des derniers cahiers (p. 361 \u00e0 463), des documents vari\u00e9s qui vont de notes officielles retranscrites, citations individuelles comment\u00e9es, \u00e0 des chansons recopi\u00e9es, ainsi que des histoires dr\u00f4les, en g\u00e9n\u00e9ral grivoises. Ces documents qui semblent secondaires ont un grand int\u00e9r\u00eat&nbsp;; dans le registre s\u00e9rieux, on a par exemple le texte de deux courts discours prononc\u00e9s sur la tombe de territoriaux lors de leur inhumation&nbsp;: les sources litt\u00e9rales de ce type sont tr\u00e8s rares. Pour le registre l\u00e9ger, on a des blagues et histoires crues, go\u00fbt\u00e9es semble-t-il par l\u2019auteur, puisqu\u2019il prend le soin de les recopier. C\u2019est int\u00e9ressant ici pour approcher l\u2019univers \u00ab&nbsp;poilu&nbsp;\u00bb, car cette culture \u00ab&nbsp;bidasse&nbsp;\u00bb (anachronisme volontaire) dispara\u00eet en g\u00e9n\u00e9ral compl\u00e8tement dans les \u00e9crits publi\u00e9s, des textes l\u00e9ch\u00e9s qui excluent la r\u00e9alit\u00e9 triviale de cette culture masculine du front. Mais si Joseph Le Segretain, bon chr\u00e9tien et quadrag\u00e9naire pos\u00e9, ne semble pas insensible \u00e0 cet humour carabin, il est aussi profond\u00e9ment choqu\u00e9 en \u00e9voquant les maisons closes de Toul, et sa v\u00e9h\u00e9mence dans l\u2019expression du d\u00e9go\u00fbt n\u2019est pas non plus si courante dans les sources (juillet 1917, p. 254)&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab&nbsp;il y a une affluence de troupes invraisemblables, les caf\u00e9s, les h\u00f4tels regorgent, y compris la maison hospitali\u00e8re de la rue de la Monnaie. On y fait queue, on entre par la porte, par la fen\u00eatre, c\u2019est vraiment une honte.&nbsp;<\/em>\u00bb et (janvier 1918, p. 290) \u00ab&nbsp;<em>J\u2019avais oubli\u00e9 de noter les sc\u00e8nes ignobles d\u2019orgie pendant le s\u00e9jour \u00e0 Toul<\/em> [non, il en a parl\u00e9]<em>, 200 hommes s\u2019engouffrant dans la rue de la Monnaie, attendant leur tour\u2026<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc une bonne source documentaire sur la guerre des territoriaux et leur environnement, vue ici d\u2019un point de vue particulier, et qui m\u00e9rite une lecture attentive.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vincent Suard (septembre 2026)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Joseph Le Segretain du Patis, n\u00e9 \u00e0 Laval en 1876, est en 1914 agent d\u2019assurances \u00e0 Foug\u00e8res. 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