{"id":5140,"date":"2026-09-10T09:01:52","date_gmt":"2026-09-10T08:01:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=5140"},"modified":"2026-09-10T09:01:53","modified_gmt":"2026-09-10T08:01:53","slug":"pommier-seraphine-1884-1932-infirmiere-pendant-la-grande-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2026\/09\/10\/pommier-seraphine-1884-1932-infirmiere-pendant-la-grande-guerre\/","title":{"rendered":"Pommier S\u00e9raphine (1884 \u2013 1932), Infirmi\u00e8re pendant la Grande Guerre."},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1. La t\u00e9moin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u00e9raphine Pommier, c\u00e9libataire et sans profession, appartient \u00e0 la bourgeoisie lyonnaise, avec un fr\u00e8re notaire, un autre avocat et un troisi\u00e8me capitaine au 38<sup>e<\/sup> RI (tu\u00e9 d\u00e8s le 14 ao\u00fbt 1914). \u00c2g\u00e9e de 31 ans, elle se fait engager par l\u2019h\u00f4pital-auxiliaire de Meximieux (Ain) en septembre 1914. Elle obtient son brevet d\u2019infirmi\u00e8re en 1915 (cours et \u00e9preuve \u00e0 Bourg en Bresse) puis rejoint en mai 1916 l\u2019h\u00f4pital install\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole Ozanam de Lyon, et y travaille jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9cembre 1918. Elle quitte alors son emploi et si on ignore ses activit\u00e9s apr\u00e8s-guerre, on sait qu\u2019elle d\u00e9c\u00e8de pr\u00e9cocement \u00e0 48 ans par noyade dans l\u2019Ain en 1932.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2. Le t\u00e9moignage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jacques Pommier a confi\u00e9 \u00e0 Patrick Rolland les 1800 pages manuscrites composant le journal de S\u00e9raphine Pommier. Ce dernier en a s\u00e9lectionn\u00e9 la partie \u00ab&nbsp;Grande Guerre&nbsp;\u00bb, transcrivant et annotant ce journal en milieu hospitalier&nbsp;;&nbsp;il a publi\u00e9 l\u2019ouvrage en 2021 aux <em>\u00c9ditions Les Passionn\u00e9s de Bouquins<\/em> (352 pages). Des photographies originales (portraits de groupes \u00e0 l\u2019h\u00f4pital) permettent de voir, outre notre diariste, de nombreux bless\u00e9s cit\u00e9s dans les \u00e9crits&nbsp;; des croquis de l\u2019autrice sont aussi reproduits dans cet ouvrage soign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3. Analyse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Je sentis plus que jamais le besoin de me d\u00e9vouer et de faire quelque chose&nbsp;<\/em>\u00bb &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>I Meximieux septembre 1914 \u2013 f\u00e9vrier 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Activit\u00e9 \u00e0 l\u2019ambulance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le journal de S. Pommier est une source de premier ordre, au point que Patrick Rolland signale avec justesse (p. 7) que cette publication aurait aussi bien pu \u00eatre titr\u00e9e \u00ab&nbsp;<em>La vie quotidienne dans les h\u00f4pitaux auxiliaires des villes de l\u2019int\u00e9rieur pendant la Grande Guerre<\/em>&nbsp;\u00bb. L\u2019infirmi\u00e8re auxiliaire \u00e9voque ses fonctions, parle de ses bless\u00e9s et malades, d\u00e9taillant leurs traitements, \u00e9bauchant une description de leur caract\u00e8re&nbsp;; elle marque son affection pour certains, sa compassion pour d\u2019autres, son antipathie aussi pour des malades qu\u2019elle trouve d\u00e9sagr\u00e9ables ou malhonn\u00eates. Les difficult\u00e9s du m\u00e9tier sont \u00e9voqu\u00e9es, avec les journ\u00e9es tr\u00e8s lourdes, les contrari\u00e9t\u00e9s, la fatigue harassante. Elle signale aussi les bons moments, v\u00e9cus avec ses coll\u00e8gues mais parfois aussi avec les soldats hospitalis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les hommes accueillis sont en g\u00e9n\u00e9ral des bless\u00e9s l\u00e9gers, des op\u00e9r\u00e9s convalescents ou des malades&nbsp;; en cas d\u2019aggravation, ceux-ci sont &nbsp;transf\u00e9r\u00e9s, et l\u2019autrice soigne des hommes souvent en long s\u00e9jour (d\u00e9cembre 1915, p. 135, avec autorisation de citation)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Depuis quinze mois que l\u2019h\u00f4pital est ouvert, si nous n\u2019avons eu qu\u2019un d\u00e9c\u00e8s parmi nos malades, combien parmi ceux qui ont \u00e9t\u00e9 soign\u00e9s chez nous et sont repartis sont morts au front&nbsp;? Nous en connaissons quatre d\u2019une fa\u00e7on s\u00fbre (\u2026).<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Un personnel mixte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ambiance est particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019ambulance, car dans cette institution religieuse, \u00e0 l\u2019origine un hospice, se c\u00f4toient des religieuses, des infirmi\u00e8res la\u00efques et des militaires. L\u2019Union sacr\u00e9e se fait d\u00e8s les d\u00e9buts (octobre 1914, p. 24) \u00ab&nbsp;<em>On a essay\u00e9 de partager l\u2019autorit\u00e9 entre les deux parties&nbsp;: le la\u00efc et le religieux. L\u2019entente s\u2019est faite sur la question patriotique et sociale mais combien de temps durera-t-elle&nbsp;?&nbsp;<\/em>\u00bb S\u00e9raphine Pommier est une catholique pratiquante, mais elle tient \u00e0 sa libert\u00e9 (mars 1915)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Nous, les infirmi\u00e8res, formons un bloc d\u2019o\u00f9 d\u00e9coule l\u2019opposition, ce qui ne peut pas plaire \u00e0 une Sup\u00e9rieure habitu\u00e9e \u00e0 voir toutes ses bonnes religieuses s\u2019incliner devant elle et accepter toutes ses d\u00e9cisions comme des oracles.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00c0 Bourg en Bresse, o\u00f9 elle suit en octobre 1915 une formation pour passer le brevet [h\u00f4pital 203], l\u2019ambiance est nettement plus tendue (p. 110), &nbsp;\u00ab<em>Les conflits sont incessants entre les Fran\u00e7aises et les Suisses<\/em> [des infirmi\u00e8res volontaires] <em>et bien de ces petites infirmi\u00e8res, produits du lyc\u00e9e de fille et du milieu gouvernemental, n\u2019ont ni le s\u00e9rieux ni la tenue n\u00e9cessaire aupr\u00e8s des bless\u00e9s.&nbsp;<\/em>\u00bb Notre infirmi\u00e8re penche politiquement \u00ab&nbsp;pour le dioc\u00e8se\u00bb, mais elle fr\u00e9quente surtout des coll\u00e8gues volontaires qui viennent de la ville, comme sa grande amie Yvonne, et \u00e0 l\u2019occasion de son changement d\u2019h\u00f4pital en 1916, elle signale qu\u2019elle ne regrettera pas beaucoup les s\u0153urs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les mains dans le&nbsp;\u00ab&nbsp;cambouis&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les r\u00e9cits d\u2019h\u00f4pitaux \u00e9voquent les t\u00e2ches rebutantes mais n\u00e9cessaires, les odeurs repoussantes, les corv\u00e9es de salle\u2026 ce peut \u00eatre aussi le lavage des bless\u00e9s descendus du train, blocs boueux et sanglants, comme ces chasseurs qui arrivent directement du combat de Metzeral (p.82, juin 1915) \u00ab&nbsp;<em>Ces soins de propret\u00e9 sont loin d\u2019\u00eatre inutiles, beaucoup ne se sont pas lav\u00e9s depuis fort longtemps&nbsp;\u00bb<\/em>. Cette bonne volont\u00e9 repr\u00e9sente pour notre diariste l\u2019aune du m\u00e9rite professionnel&nbsp;car \u00e0 Meximieux les infirmi\u00e8res auxiliaires font aussi un travail de filles de salle. Ces \u00ab&nbsp;briscardes&nbsp;\u00bb raillent parfois les trop d\u00e9licates bourgeoises volontaires des d\u00e9buts, qui ont tendance \u00e0 se d\u00e9filer pour \u00e9viter les t\u00e2ches ingrates (16 juin 1915, p. 80) \u00ab&nbsp;<em>Ce matin nous lavons le couloir des cabinets qui est archi-d\u00e9go\u00fbtant. Pour cette belle op\u00e9ration, Yvonne a chauss\u00e9 des sabots, je me demande ce que deviendraient les beaux souliers blancs des infirmi\u00e8res lyonnaises si elles faisaient tous les m\u00e9tiers comme nous.<\/em>&nbsp;\u00bb S. Pommier dira \u00e0 la fin de la guerre qu\u2019elle a m\u00fbri, affermi son caract\u00e8re, qu\u2019elle est devenue plus ferme et plus tremp\u00e9e, ayant appris \u2013 c\u2019est aussi une bourgeoise &#8211; <em>\u00ab&nbsp;\u00e0 se mettre \u00e0 tout.<\/em>&nbsp;\u00bb En ao\u00fbt 1915, elle avait crois\u00e9 Madame Messimy, femme de l\u2019ex-ministre de la Guerre, en visite \u00e0 l\u2019h\u00f4pital (p. 96), \u00ab<em>&nbsp;cette derni\u00e8re est bien telle qu\u2019on me l\u2019avait d\u00e9peinte&nbsp;: une poup\u00e9e parisienne sans \u00e2me. Et dire qu\u2019elle dirige para\u00eet-il l\u2019ambulance de l\u2019\u00c9cole polytechnique, quatre cents lits&nbsp;! Je ne me la repr\u00e9sente pas bien vidant des pots de chambre.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre infirmi\u00e8re explique que ce sont les liens humains qui permettent d\u2019affronter ce m\u00e9tier difficile (No\u00ebl 1914, p. 49) \u00ab&nbsp;<em>Notre r\u00f4le serait un peu ingrat s\u2019il ne comprenait que les soins physiques et s\u2019il n\u2019y avait pas entre nos malades et nous un lien moral qui est notre consolation et notre raison d\u2019\u00eatre.<\/em>&nbsp;\u00bb \u00c0 la fin de 1914, elle se dit aussi heureuse que possible, et elle ne regrette pas son changement de vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>II Ozanam &nbsp;(Lyon) &#8211; mai 1916 &#8211; d\u00e9cembre 1918<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Une capacit\u00e9 affirm\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u00e9raphine Pommier trouve rapidement ses marques dans sa nouvelle affectation, elle a maintenant une bonne exp\u00e9rience, et son dipl\u00f4me lui donne de l\u2019autorit\u00e9 (1916, p 151)&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Quinze jours d\u00e9j\u00e0 que je suis \u00e0 l\u2019\u00e9cole Ozanam, il me semble que j\u2019y suis depuis toujours.<\/em>&nbsp;\u00bb C\u2019est aussi un h\u00f4pital de convalescence, mais les bless\u00e9s semblent &nbsp;plus fragiles qu\u2019\u00e0 Meximieux, les d\u00e9c\u00e8s \u00e9tant souvent li\u00e9s \u00e0 des maladies, typho\u00efde ou pneumonie (mars 1917, p. 203)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>L\u2019h\u00f4pital traverse une mauvaise p\u00e9riode&nbsp;: 3 d\u00e9c\u00e8s en moins d\u2019un mois, c\u2019est effrayant.<\/em>&nbsp;\u00bb. S. Pommier fait connaissance avec des tirailleurs arabes, un juif tunisien, des soldats de couleur, comme un S\u00e9n\u00e9galais, \u00ab&nbsp;<em>non pas \u00ab&nbsp;chocolat&nbsp;\u00bb mais du plus beau noir&nbsp;<\/em>\u00bb (p. 180). Ce bless\u00e9 est bachelier et son oncle est maire de Saint-Louis du S\u00e9n\u00e9gal, \u00ab&nbsp;<em>Mademoiselle Clarion, son infirmi\u00e8re, ayant eu le malheur de parler devant lui du<\/em> \u00ab&nbsp;n\u00e8gre&nbsp;\u00bb, <em>il lui a fait observer qu\u2019il est un soldat fran\u00e7ais et ne veut pas de ce qualificatif.&nbsp;<\/em>\u00bb Notre diariste signale aussi assister \u00e0 des op\u00e9rations, aidant le m\u00e9decin pour l\u2019anesth\u00e9sie&nbsp;(p. 218)&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>un autre lui succ\u00e8de sur la table d\u2019op\u00e9ration. J\u2019ai vraiment \u00e9t\u00e9<\/em> \u00ab&nbsp;infirmi\u00e8re&nbsp;\u00bb <em>aujourd\u2019hui et pas seulement<\/em> \u00ab&nbsp;femme de m\u00e9nage.&nbsp;\u00bb \u00c0 noter aussi que pour toute la dur\u00e9e de la guerre, il n\u2019est fait aucune mention de blessure par arme blanche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>En mission apostolique&nbsp;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">S\u00e9raphine Pommier mentionne de mani\u00e8re r\u00e9currente \u00eatre constern\u00e9e par l\u2019indiff\u00e9rence religieuse des bless\u00e9s, et leur faible niveau de pratique. C\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le cas \u00e0 Meximieux (juillet 1915, p. 87)&nbsp;: \u00ab<em>Jamais je n\u2019ai vu autant d\u2019hommes n\u2019assistant pas \u00e0 la messe que dans les derniers convois&nbsp;; ces m\u00e9ridionaux surtout ignorent compl\u00e8tement le bon Dieu.&nbsp;<\/em>\u00bb Ses remarques infirment la th\u00e8se du regain religieux \u2013 en tout cas pour le peuple \u2013 et elle ne comprend pas que la situation de guerre ne modifie pas cet \u00e9tat de fait, comme \u00e0 la Toussaint de 1916 apr\u00e8s Verdun \u00ab&nbsp;<em>Quatre seulement de nos hommes ont communi\u00e9. C\u2019est fou de voir l\u2019indiff\u00e9rence religieuse de ces hommes dont la vie est pourtant sans cesse expos\u00e9e.<\/em>&nbsp;\u00bb Lors de l\u2019agonie d\u2019un malade se pose le probl\u00e8me crucial des derniers sacrements. Un homme est mort deux jours auparavant (avril 1918, p. 304), \u00ab&nbsp;<em>ce qui est terrible, c\u2019est qu\u2019il a obstin\u00e9ment refus\u00e9 les secours religieux.<\/em> (\u2026). <em>Voil\u00e0 le r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9cole sans Dieu, des enfants de vingt-deux ans ne croient \u00e0 rien et meurent comme des chiens&nbsp;!<\/em>&nbsp;\u00bb Notre infirmi\u00e8re n\u2019est pas d\u2019un bloc, et son pros\u00e9lytisme est plus subtil que celui des s\u0153urs: si elle ne laisse pas de traces \u00e9crites, des indices montrent qu\u2019elle s\u2019associe \u00e0 ses coll\u00e8gues &nbsp;pour essayer ramener les malades \u00e0 la foi. Elle apprend ainsi avec surprise que la famille d\u2019un soldat qui vient de d\u00e9c\u00e9der (janvier 1917, p. 196) r\u00e9clame un enterrement civil&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;un enterrement civil sortant de l\u2019h\u00f4pital Ozanam, ce serait du joli&nbsp;! Naturellement aucune de nous n\u2019y prendra part, les hommes qui ont fait une collecte pour offrir une couronne le suivront s\u2019ils veulent. On avait choisi pour l\u2019administrer le moment o\u00f9 sa m\u00e8re n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0. (\u2026)<\/em>\u00bb Si on compare ses deux comptes rendus de P\u00e2ques 1917 et 1918, il semble que cette action discr\u00e8te trouve un d\u00e9but de r\u00e9sultat&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">P\u00e2ques 1917 (p. 211)&nbsp; \u00ab&nbsp;<em>Quelle mis\u00e8re&nbsp;! Nous n\u2019avons eu que quinze communions pour soixante hommes&nbsp;! Devant ce triste r\u00e9sultat toutes les infirmi\u00e8res avaient le cafard (\u2026)<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">P\u00e2ques 1918 (p. 300) \u00ab&nbsp;<em>Nos P\u00e2ques ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s belles, bien plus belles que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, cinquante hommes ont re\u00e7u la sainte communion, c\u2019est la moiti\u00e9 de notre effectif&nbsp;; ils l\u2019ont fait bien librement. (\u2026). Merci mon Dieu&nbsp;! Nous n\u2019aurons pas absolument perdu notre temps et notre peine si quelques hommes sont revenus \u00e0 Vous gr\u00e2ce \u00e0 leur passage dans l\u2019h\u00f4pital.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Certains convalescents se montrent toutefois pieux par calcul (voir A. Lecup), esp\u00e9rant, en se faisant bien voir, que cela retardera leur retour au front.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Les hommes du peuple<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9lev\u00e9e dans une famille bourgeoise lyonnaise, c\u2019est la premi\u00e8re fois que S\u00e9raphine \u00e9change avec des hommes de toutes conditions, des paysans, ouvriers et employ\u00e9s venus de toute la France. Ayant grandi avec trois fr\u00e8res, elle n\u2019est pas une oie blanche, n\u2019est pas timide, et \u00e9prouve pour beaucoup d\u2019entre eux un sentiment de sympathie, elle aime cette sociabilit\u00e9 nouvelle et particuli\u00e8re, la bonne humeur et le bagout de certains l\u2019amuse. Dans sa derni\u00e8re page (p. 346) elle signale, en regard des heures de lassitude et de d\u00e9couragement, \u00ab&nbsp;<em>les jours de bonne ga\u00eet\u00e9 car on ne riait plus pendant la guerre que dans les h\u00f4pitaux.<\/em>&nbsp;\u00bb Elle aime \u00e9couter les conversations de ces hommes, c\u2019est pour elle la d\u00e9couverte d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 qui agrandit son univers. Dans cette m\u00eame page de conclusion, elle \u00e9voque son exp\u00e9rience globale de la guerre \u00ab&nbsp;<em>Beaucoup d\u2019hommes sont pass\u00e9s entre mes mains, sept cent soixante-deux je crois. J\u2019ai rencontr\u00e9 quelques natures d\u00e9licates et sympathiques dans les milieux les plus divers.&nbsp;\u00bb<\/em> Notons toutefois que l\u2019incompr\u00e9hension demeure en politique ou ici pour les go\u00fbts culturels&nbsp;; \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un spectacle donn\u00e9 pour les convalescents, (p. 170), elle \u00e9voque un comique burlesque \u00ab&nbsp;<em>d\u2019une b\u00eatise innommable. (\u2026) ses chansons ne sont pas inconvenantes mais idiotes\u2026 et nos hommes trouvent \u00e7a bien plus amusant que des morceaux artistiques ou patriotiques et applaudissent \u00e0 tout rompre.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Donc un t\u00e9moignage de tout premier plan sur le quotidien des h\u00f4pitaux de convalescence pendant la guerre et sur le m\u00e9tier d\u2019infirmi\u00e8re, dont on voit que le conflit acc\u00e9l\u00e8re la professionnalisation&nbsp;; c\u2019est aussi un document \u00e0 la fois attachant et d\u2019une grande valeur historique sur le volontariat f\u00e9minin&nbsp;:[Un malade va mieux] <em>\u00ab&nbsp;C\u2019est que je suis si bien soign\u00e9&nbsp;\u00bb, r\u00e9pond-t-il \u00e0 mes compliments. C\u2019est bien rare que les malades rendent ce t\u00e9moignage et reconnaissent la peine qu\u2019on se donne pour eux.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vincent Suard (septembre 2026)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. La t\u00e9moin S\u00e9raphine Pommier, c\u00e9libataire et sans profession, appartient \u00e0 la bourgeoisie lyonnaise, avec un fr\u00e8re notaire, un autre avocat et un troisi\u00e8me capitaine au 38e RI (tu\u00e9 d\u00e8s le 14 ao\u00fbt 1914). \u00c2g\u00e9e de 31 ans, elle se fait engager par l\u2019h\u00f4pital-auxiliaire de Meximieux (Ain) en septembre 1914. Elle obtient son brevet d\u2019infirmi\u00e8re &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2026\/09\/10\/pommier-seraphine-1884-1932-infirmiere-pendant-la-grande-guerre\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Pommier S\u00e9raphine (1884 \u2013 1932), Infirmi\u00e8re pendant la Grande Guerre.<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,1273,1449],"tags":[922,253],"class_list":["post-5140","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnet","category-femme","category-infirmiere-femme","tag-hopital","tag-religion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5140","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5140"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5140\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5141,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5140\/revisions\/5141"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5140"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5140"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5140"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}