{"id":553,"date":"2011-11-18T16:14:49","date_gmt":"2011-11-18T15:14:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=553"},"modified":"2021-09-12T19:49:27","modified_gmt":"2021-09-12T18:49:27","slug":"marechal-maurice-1892-1964","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/11\/18\/marechal-maurice-1892-1964\/","title":{"rendered":"Mar\u00e9chal, Maurice (1892-1964)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nIl est n\u00e9 le 3 octobre 1892 \u00e0 Dijon o\u00f9 son p\u00e8re \u00e9tait receveur des postes. Sa m\u00e8re est pr\u00e9sent\u00e9e dans le livre cit\u00e9 ci-apr\u00e8s une fois comme institutrice, une fois comme professeur \u00e0 l\u2019Ecole normale d\u2019institutrices de Dijon. Maurice est re\u00e7u au Conservatoire de Paris en novembre 1905 ; il devient violoncelliste soliste en 1911. Il fait le service militaire \u00e0 Rouen \u00e0 la musique du 74e RI et, en temps de guerre, d\u00e9pend alternativement du 274e et du 74e. Il ne combat pas les armes \u00e0 la main, mais se trouve expos\u00e9 comme brancardier et agent de liaison cycliste. D\u00e8s mars 1915, il fait \u00ab de la musique plus que jamais \u00bb et, en f\u00e9vrier 1916, il vient compl\u00e9ter le quatuor de Durosoir (voir cette notice) apr\u00e8s avoir re\u00e7u cette invitation : \u00ab Ne vous frappez pas, vous ne serez pas malheureux, il nous manque juste un violoncelliste pour faire de la musique devant le g\u00e9n\u00e9ral Mangin. \u00bb Son instrument, fabriqu\u00e9 \u00e0 partir de bois de caisse, est surnomm\u00e9 \u00ab le Poilu \u00bb.<br \/>\nIl est \u00e9vacu\u00e9 pour faiblesse g\u00e9n\u00e9rale le 6 juillet 1918, vers l\u2019h\u00f4pital de Dijon. Il se marie apr\u00e8s la guerre, entreprenant une carri\u00e8re internationale de violoncelliste. Apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, il est professeur au Conservatoire de Paris.<br \/>\n2. Le t\u00e9moignage<br \/>\nMaurice Mar\u00e9chal a rempli pendant la guerre 9 carnets de petit format dont le contenu a \u00e9t\u00e9 reproduit en quasi totalit\u00e9 dans le livre : Maurice Mar\u00e9chal, Lucien Durosoir, <em>Deux musiciens dans la Grande Guerre<\/em>, Paris, Tallandier, 2005, 358 p., photos. La plupart des coupures sont les longues citations faites \u00e0 partir de ses lectures. Dans ces carnets, il se parle \u00e0 lui-m\u00eame et il leur livre des confidences sur ses amours et ses ruptures, sur son vice, le jeu, qui lui co\u00fbte cher et qu\u2019il se promet de surmonter (31 d\u00e9cembre 1914) pour entrer dans l\u2019ann\u00e9e nouvelle \u00ab pur comme on doit entrer au s\u00e9jour \u00e9ternel \u00bb. Une confidence \u00e9tonnante (17 septembre 1914) : \u00ab Jamais je n\u2019ai senti autant d\u2019antipathie contre moi. A part quelques-uns, les brancardiers me d\u00e9testent. Oh, petite m\u00e8re que j\u2019aime, comme tu serais contente de me consoler ! \u00bb<br \/>\n3. Analyse<br \/>\nLe premier jour de la mobilisation, malgr\u00e9 le spectacle d\u2019un commandant abruti et des r\u00e9servistes saouls qui se vautrent sur le trottoir, il note de belles pens\u00e9es : \u00ab Un artiste doit se d\u00e9vouer pour la plus noble cause, et la plus noble, en temps de guerre, n\u2019est-ce pas de mourir pour le drapeau ? \u00bb Quelques jours plus tard, il pr\u00e9cise : \u00ab Je vais faire tout ce que je pourrai pour quitter cette compagnie o\u00f9, comme cycliste, je suis vraiment trop expos\u00e9. Si j\u2019\u00e9tais \u00e0 la Croix Rouge, je serais du moins plus s\u00fbr de revenir. Je ne suis pas, je ne veux pas \u00eatre l\u00e2che, mais l\u2019id\u00e9e que je pourrais, pour une balle idiote qui ne prouvera rien ni pour le Droit ni pour la Force, g\u00e2cher tout mon avenir et surtout briser tout l\u2019\u00e9difice \u00e9difi\u00e9 p\u00e9niblement par ma ch\u00e8re petite m\u00e8re au prix de tant et tant de sacrifices, je suis pris d\u2019un tremblement d\u2019angoisse qui me tord. \u00bb<br \/>\nIl conna\u00eet alors l\u2019\u00e9puisante retraite d\u2019ao\u00fbt et les horribles visions de guerre. Il compatit sur \u00ab la malheureuse infanterie \u00bb dont \u00ab la t\u00e2che est bien facile \u00e0 r\u00e9sumer : se faire tuer le moins possible par l\u2019artillerie \u00bb. En septembre et octobre, il note que la cath\u00e9drale de Reims crie \u00ab Vengeance ! \u00bb ; mais il trouve stupides \u00ab les articles haineux des journaux de Paris \u00bb contre les \u0153uvres des artistes allemands. D\u00e8s f\u00e9vrier 1915, on apprend qu\u2019il travaille son violoncelle en Champagne, puis en Artois ; le 9 ao\u00fbt, il \u00e9crit trois fois \u00ab je m\u2019ennuie \u00bb.<br \/>\nLe 24 septembre 1915, \u00e0 la veille de la grande offensive, install\u00e9 \u00e0 l\u2019observatoire du colonel, il pense que \u00ab le sort de la guerre va se jouer \u00bb. Le 27, il d\u00e9crit un poste de secours encombr\u00e9 de bless\u00e9s : \u00ab Je ne peux plus y tenir, odeur de sang caill\u00e9, chaud, m\u00eal\u00e9e de l\u2019odeur des intestins ouverts. Les bless\u00e9s sont partout dans tous les coins, les brancards s\u2019emp\u00eatrent. \u00bb Le 28 : \u00ab R\u00e9sum\u00e9 de l\u2019attaque jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui : pertes formidables. \u00bb Et le 1er octobre : \u00ab Mon avis est que notre victoire est une b\u00fbche puisque, m\u00eame en y mettant le prix, on n\u2019est pas parvenu \u00e0 passer. \u00bb<br \/>\nPeu de temps apr\u00e8s, il faut constater que \u00ab la musique ouvre bien des portes \u00bb. Maurice passe plusieurs semaines au ch\u00e2teau de Mme de F. ; il r\u00e9p\u00e8te, il joue devant les officiers, il re\u00e7oit m\u00eame la visite de sa m\u00e8re. Fin d\u00e9cembre, retour en ligne pour retrouver la boue, les rats, les ruines, les morts. A Verdun, en avril 1916, c\u2019est \u00e0 nouveau une vision d\u2019enfer, les arbres d\u00e9chiquet\u00e9s, les trous d\u2019obus, les cadavres, les trop nombreux bless\u00e9s. Mais c\u2019est pour peu de temps. La musique reprend ses droits et, le 2 mars 1917, partant pour Paris afin de faire r\u00e9parer son instrument, il note : \u00ab Retourner en permission parce qu\u2019on a cass\u00e9 son violoncelle, quelle chose plus naturelle ? \u00bb<br \/>\nPlus tard, c\u2019est un nouveau constat d\u2019\u00e9chec \u00e0 propos de l\u2019offensive Nivelle du 16 avril. Son carnet personnel n\u2019\u00e9tant pas redevable de la censure, il peut livrer un t\u00e9moignage sur les mutineries, mais il ne se trouve pas vraiment au c\u0153ur de l\u2019action. Le 29 mai, il signale l\u2019influence des permissionnaires retour de Paris et, \u00e0 propos du capitaine Lebrun, il \u00e9crit : \u00ab Il para\u00eet qu\u2019il a voulu parler aux types et on ne l\u2019a pas \u00e9cout\u00e9. Quelques-uns l\u2019ont trait\u00e9 d\u2019ordure, d\u2019embusqu\u00e9, de con, etc. Il a l\u2019air anxieux lui aussi. Tout \u00e0 l\u2019heure sont pass\u00e9s des manifestants des trois r\u00e9giments. Ils sont calmes, crient \u00e0 peine. Quelques cris seulement de&nbsp; \u00ab A bas la guerre \u00bb, \u00ab Vive la gr\u00e8ve \u00bb. Les officiers sont tous rentr\u00e9s un peu pr\u00e9cipitamment, m\u2019a-t-il sembl\u00e9, au ch\u00e2teau, et n\u2019ont souffl\u00e9 mot. On s\u2019endort avec la sensation bien nette que la situation devient grave. \u00bb Le 30 mai, il d\u00e9crit encore quelques troubles, des cris contre un officier, mais il conclut de curieuse fa\u00e7on, peut-\u00eatre influenc\u00e9 par son entourage de grad\u00e9s : \u00ab N\u2019est-ce pas le gouvernement qui fomente tout cela pour d\u00e9gager sa responsabilit\u00e9 ? \u00bb<br \/>\nR\u00e9my Cazals, 17 novembre 2011<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Il est n\u00e9 le 3 octobre 1892 \u00e0 Dijon o\u00f9 son p\u00e8re \u00e9tait receveur des postes. 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