{"id":557,"date":"2011-11-18T16:38:47","date_gmt":"2011-11-18T15:38:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=557"},"modified":"2021-09-12T19:49:36","modified_gmt":"2021-09-12T18:49:36","slug":"bonneau-georges-1879-1969","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/11\/18\/bonneau-georges-1879-1969\/","title":{"rendered":"Bonneau, Georges (1879-1969)"},"content":{"rendered":"<p>Il est n\u00e9 \u00e0 Toulouse le 1er f\u00e9vrier 1879 dans une famille riche, vivant dans un petit h\u00f4tel particulier du centre ville et passant l\u2019\u00e9t\u00e9 sur ses terres \u00e0 la campagne. Son p\u00e8re, mort en 1915, est un m\u00e9decin r\u00e9put\u00e9. Georges est le fils a\u00een\u00e9 ; il a une s\u0153ur beaucoup plus jeune. Il est devenu officier dans l\u2019artillerie apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 \u00e0 Saint-Cyr et \u00e0 l\u2019\u00e9cole militaire de Versailles. En 1914, il est capitaine au 3e RAC \u00e0 Carcassonne. Il passera ensuite au 156e RAC. Mari\u00e9, il est en instance de divorce (celui-ci sera prononc\u00e9 en 1916). Il entretient une liaison \u00e9pistolaire avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se, une jeune femme, \u00e9galement en instance de divorce, revenue vivre \u00e0 Albi chez ses parents. Georges et Marie-Th\u00e9r\u00e8se se marieront apr\u00e8s la guerre et apr\u00e8s que le capitaine ait combattu contre la Hongrie de Bela Kun en 1919. Devenu commandant, puis colonel, Georges Bonneau a cr\u00e9\u00e9 un groupe de r\u00e9sistance en 1940, en lien avec le r\u00e9seau Bertaux, et apr\u00e8s la Lib\u00e9ration l\u2019Association des R\u00e9sistants de 1940. Georges Bonneau n\u2019a pas eu d\u2019enfant, ce qui explique que ses papiers ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits apr\u00e8s sa disparition \u00e0 l\u2019exception de plus de 900 lettres de 1914-1918, sauv\u00e9es par le bouquiniste toulousain Marcel Thourel et confi\u00e9es \u00e0 une \u00e9tudiante pour un travail universitaire. Il s\u2019agit en fait de 387 lettres de Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 Georges (principalement en 1914, 1915 et 1916) et de 557 lettres de Georges \u00e0 sa famille, son p\u00e8re, sa m\u00e8re, sa s\u0153ur. Les lettres de Georges \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se semblent avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9truites par celle-ci pour ne pas qu\u2019elles soient utilis\u00e9es contre elle dans la proc\u00e9dure de divorce. La correspondance fait aussi allusion \u00e0 des photos prises par Georges, mais elles ont \u00e9galement disparu. Il est int\u00e9ressant de remarquer que le capitaine d\u2019artillerie s\u2019adresse diff\u00e9remment \u00e0 ses correspondants : avec son p\u00e8re, le style est noble, et on parle d\u2019homme \u00e0 homme de haute strat\u00e9gie ; avec sa m\u00e8re, il est surtout question des aspects de vie quotidienne ; avec sa s\u0153ur, les sujets les plus divers sont abord\u00e9s avec une pointe d\u2019humour afin de d\u00e9dramatiser. Bless\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 la suite d\u2019un combat, le 15 juin 1915, il \u00e9crit qu\u2019il est victime d\u2019une entorse due \u00e0 sa maladresse (tandis que le JMO indique : \u00ab Le capitaine Bonneau, renvers\u00e9 par un obus, se blesse \u00e0 la jambe \u00bb).<br \/>\nLes lettres de Georges ne pr\u00e9sentent pas une grande originalit\u00e9. Les conditions de vie sur le front sont bien connues. Mais il a l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de se consid\u00e9rer, officier d\u2019artillerie, comme un privil\u00e9gi\u00e9 par rapport aux soldats de l\u2019infanterie : \u00ab Si la direction de la guerre avait \u00e9t\u00e9 digne du courage de ces braves gens, jamais les Allemands ne seraient entr\u00e9s en France. J\u2019ai vu des attaques avec des allures qui faisaient monter les larmes aux yeux. Mais aussi trop souvent avec une inconscience criminelle. Pauvres camarades de l\u2019infanterie. Nous aurons la victoire malgr\u00e9 tout, parce qu\u2019il faut que nous l\u2019ayons, mais elle aurait d\u00fb \u00eatre bien moins difficile \u00bb (8 octobre 1914). Il s\u2019insurge contre Romain Rolland : \u00ab Le Monsieur Rolland, au lieu de se chauffer paisiblement en Suisse, devrait aller faire un tour en Lorraine. Il y verrait des villages dont la destruction aurait fait horreur \u00e0 Attila, les tombes des vieillards, des femmes, des enfants massacr\u00e9s par les fid\u00e8les de la Kultur \u00bb (25 octobre 1914). S\u2019il clame toujours la certitude de la victoire finale, il envisage une fois l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 de la d\u00e9faite, lorsqu\u2019il s\u2019agit de conseiller \u00e0 sa m\u00e8re les meilleurs placements. En novembre 1918, tous les alli\u00e9s de l\u2019Allemagne ayant reconnu leur d\u00e9faite, \u00ab on va pouvoir s\u2019expliquer enfin avec les hobereaux allemands et leurs amis les tra\u00eetres bolcheviks \u00bb, et le 11 : \u00ab Voil\u00e0 l\u2019armistice. Je regrette que nous ne soyons pas entr\u00e9s en Allemagne avant sa signature. Il fallait \u00e7a. \u00bb<br \/>\nLa vie d\u2019une bourgeoise \u00e0 l\u2019arri\u00e8re<br \/>\nLes lettres de Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u00e9crivent une vie bourgeoise douillette, oisive, bien pensante malgr\u00e9 sa \u00ab relation coupable \u00bb ; on lit <em>L\u2019Illustration<\/em> et on ne peut comprendre la r\u00e9alit\u00e9 de la guerre malgr\u00e9 un temps de b\u00e9n\u00e9volat au service des bless\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital d\u2019Albi, bless\u00e9s chez qui elle arrive toutefois \u00e0 percevoir une immense lassitude. Elle va \u00e0 Toulouse pour s\u2019habiller (\u00ab je n\u2019ai rien \u00e0 me mettre \u00bb) ; elle \u00e9crit \u00e0 son amant \u00ab \u00e0 la terrasse des Am\u00e9ricains \u00bb ; elle se distrait au th\u00e9\u00e2tre, profitant de la pi\u00e8ce \u00ab impeccablement jou\u00e9e \u00bb et de \u00ab la salle tr\u00e8s brillante \u00bb. En 1916 comme en 1915, elle passe trois semaines en cure : \u00ab Que te dirai-je de Vichy ? Un monde fou, un luxe inou\u00ef, des toilettes splendides et, pour achever, des officiers en surnombre, tr\u00e8s d\u00e9cor\u00e9s, galonn\u00e9s. Pour compl\u00e9ter le tableau, pas mal d\u2019officiers serbes, les tombeurs de c\u0153urs de la saison ! \u00bb Elle aussi souhaite l\u2019\u00e9crasement des Allemands : \u00ab Que de calamit\u00e9s, mon Dieu, ces sauvages s\u00e8ment sur leur route. Que d\u2019atrocit\u00e9s commises au nom de la Kultur teutonne\u2026 C\u2019est \u00e0 fr\u00e9mir d\u2019horreur. Heureusement que Dieu, le vrai, pas celui qu\u2019ils invoquent, les ch\u00e2tiera, et le ch\u00e2timent sera terrible. \u00bb<br \/>\nRC<br \/>\n*Sylvie Decobert, <em>Lettres du front et de l\u2019arri\u00e8re (1914-1918)<\/em>, Carcassonne, Les Audois, 2000. Le livre, \u00e0 partir d\u2019un m\u00e9moire de ma\u00eetrise comprend trois parties principales : une \u00e9tude th\u00e9orique de bon niveau sur la m\u00e9thode \u00e0 utiliser pour \u00e9tudier les correspondances ; une analyse des lettres de Georges et de Marie-Th\u00e9r\u00e8se ; des extraits de cette correspondance.<br \/>\n*Voir aussi la notice Bonneau dans <em>Les Toulousains dans l\u2019Histoire<\/em>, dictionnaire biographique sous la direction de Philippe Wolff, Toulouse, Privat, 1984, p. 239.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est n\u00e9 \u00e0 Toulouse le 1er f\u00e9vrier 1879 dans une famille riche, vivant dans un petit h\u00f4tel particulier du centre ville et passant l\u2019\u00e9t\u00e9 sur ses terres \u00e0 la campagne. Son p\u00e8re, mort en 1915, est un m\u00e9decin r\u00e9put\u00e9. Georges est le fils a\u00een\u00e9 ; il a une s\u0153ur beaucoup plus jeune. 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