{"id":563,"date":"2011-11-18T16:50:05","date_gmt":"2011-11-18T15:50:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=563"},"modified":"2021-09-12T19:49:44","modified_gmt":"2021-09-12T18:49:44","slug":"duchesne-louis-1894-1918","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/11\/18\/duchesne-louis-1894-1918\/","title":{"rendered":"Duchesne, Louis (1894-1918)"},"content":{"rendered":"<p>Le point de d\u00e9part de cette notice est un cahier intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Souvenirs de la Campagne 1914-1915 [Rajout\u00e9&nbsp;: 1916] Duchesne Louis Henri, 102<sup>e<\/sup> d\u2019infanterie, 8<sup>e<\/sup> compagnie&nbsp;\u00bb, d\u2019une collection particuli\u00e8re. En lisant le texte, bien \u00e9crit, d\u2019une assez bonne orthographe, on apprend que ce soldat appartenait \u00e0 la classe 14, qu\u2019il habitait en ao\u00fbt 1914 \u00e0 Auneuil (Oise), qu\u2019il \u00e9tait catholique et vraisemblablement cultivateur. Le cahier para\u00eet repr\u00e9senter la mise au propre de notes pr\u00e9alables&nbsp;; il compte 136 pages, mais le r\u00e9cit n\u2019occupe que les 27 premi\u00e8res. Il s\u2019interrompt brutalement et les pages 28 \u00e0 126 sont blanches ou manquantes. Le texte reprend p. 127 avec la copie d\u2019un article de Gustave Herv\u00e9 dans <em>La Guerre sociale<\/em> du 25 avril 1915, article en l\u2019honneur de ce commandant que nous \u00ab&nbsp;aimions beaucoup dans le parti socialiste auquel il est affili\u00e9 depuis longtemps. C\u2019\u00e9tait pour les questions militaires le bras droit de Jaur\u00e8s, et un peu dans le parti notre ministre de la Guerre. <em>L\u2019Arm\u00e9e nouvelle<\/em>, le puissant livre de Jaur\u00e8s, est bien un peu son \u0153uvre. Pourquoi ne les a-t-on pas \u00e9cout\u00e9s, lui et Jaur\u00e8s lorsqu\u2019ils expliquaient au pays que, pour barrer la route \u00e0 l\u2019invasion torrentielle de l\u2019arm\u00e9e allemande, ce n\u2019\u00e9tait pas augmenter le temps de caserne qu\u2019il fallait, c\u2019\u00e9tait organiser puissamment les r\u00e9servistes et les territoriaux [\u2026]&nbsp;\u00bb Le commandant dont il s\u2019agit, bless\u00e9, qui fait l\u2019\u00e9loge de ses soldats et de ses officiers massacr\u00e9s lors d\u2019une attaque, n\u2019est autre que le commandant G\u00e9rard, et l\u2019article de se terminer sur une critique des m\u00e9thodes du haut-commandement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas possible, non ce n\u2019est pas possible qu\u2019avec un \u00e9tat-major comme le n\u00f4tre, o\u00f9 les hommes de valeur fourmillent, il n\u2019y avait pas un moyen de pr\u00e9parer les attaques par le g\u00e9nie et l\u2019artillerie de fa\u00e7on qu\u2019une compagnie de h\u00e9ros comme celle-l\u00e0 n\u2019aille pas s\u2019emp\u00eatrer, s\u2019accrocher, se faire d\u00e9cimer dans les fils barbel\u00e9s des tranch\u00e9es ennemies.&nbsp;\u00bb Le deuxi\u00e8me texte en annexe est un po\u00e8me de Mont\u00e9hus, \u00ab&nbsp;La Croix de Guerre&nbsp;\u00bb, d\u00e9di\u00e9 \u00ab&nbsp;au commandant G\u00e9rard, respectueux hommage&nbsp;\u00bb. Il est clair, \u00e0 la lecture de ces deux \u00ab&nbsp;annexes&nbsp;\u00bb et des notes personnelles de Louis Duchesne que celui-ci a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par les attaques des 24 et 25 f\u00e9vrier 1915 et par la personnalit\u00e9 du commandant G\u00e9rard dont l\u2019attitude tr\u00e8s originale sera signal\u00e9e ci-dessous.<\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s les hommes, les chevaux<\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de la campagne de Louis Duchesne commence lors de l\u2019annonce de la mobilisation \u00e0 Auneuil&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les femmes et les enfants pleurent&nbsp;\u00bb. La guerre pourra-t-elle \u00eatre \u00e9vit\u00e9e&nbsp;? \u00ab&nbsp;Le 4 ao\u00fbt \u00e0 4 heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, un gendarme nous annonce la terrible nouvelle, la guerre est d\u00e9clar\u00e9e. Depuis ce moment que je n\u2019oublierai jamais, les autos se succ\u00e8dent \u00e0 la gendarmerie sans interruption, portant des ordres d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et des feuilles de route d\u2019un autre. Que de pleurs&nbsp;! que de larmes&nbsp;! Tous les jours depuis la premi\u00e8re journ\u00e9e de mobilisation les voies de communications ainsi que le tunnel et le pont du chemin de fer sont gard\u00e9s par la garde civique. Quel entrain&nbsp;! depuis les plus jeunes jusqu\u2019aux plus vieux, les habitants assurent la police dans le pays. Des patrouilles parcourent le village toutes les nuits, \u00e0 huit heures tous les caf\u00e9s sont ferm\u00e9s. Dans le jour, \u00e0 chaque train en partance, les wagons sont pleins de mobilis\u00e9s qui vont rejoindre leur r\u00e9giment. Puis, apr\u00e8s les hommes, ce sont les chevaux qui partent \u00e0 leur tour, les pauvres b\u00eates elles vont aussi collaborer \u00e0 la d\u00e9fense de la France. Le pauvre Bouleau part, bon pour le service, et c\u2019est en pleurant que ses ma\u00eetres lui donnent le dernier morceau de sucre.&nbsp;\u00bb Les premi\u00e8res nouvelles sont bonnes, mais bient\u00f4t arrivent les r\u00e9fugi\u00e9s du Nord. La classe 14 va \u00eatre appel\u00e9e. Louis va d\u2019abord au 51<sup>e<\/sup> RI \u00e0 Brest, puis au 19<sup>e<\/sup> Chasseurs \u00e0 cheval, enfin au 102<sup>e<\/sup> RI de Chartres, tout content car il \u00ab&nbsp;esp\u00e8re aller au feu beaucoup plus vite&nbsp;\u00bb. Il arrive sur le front de la Somme le 12 novembre, et ses premiers coups de fusil visent un Taube. Il d\u00e9couvre les marmites, les tirs de crapouillots, les ruines du front, la boue, et la camaraderie des anciens qui le surnomment le Ch\u2019tiot. \u00c0 la veille de No\u00ebl, trois Allemands viennent se rendre. Le jour de No\u00ebl, on entend \u00ab&nbsp;les Boches chanter la messe. Notre premi\u00e8re ligne tire et c\u2019est nous [en 2<sup>e<\/sup> ligne] qui r\u00e9coltons les pruneaux boches.&nbsp;\u00bb \u00ab&nbsp;Le premier janvier, comme nous disons dans notre nouveau langage, nous faisons la nouba. Chaque homme touche \u00bd litre de vin, du jambon, pommes et oranges, ainsi qu\u2019un bon haricot de mouton&nbsp;; pour finir la f\u00eate, chacun fume un bon cigare offert par des personnes charitables et l\u2019on d\u00e9guste une bouteille de champagne pour 4 hommes. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous organisons un petit concert vocal et instrumental ex\u00e9cut\u00e9 par les poilus de la 7<sup>e<\/sup> et de la 8<sup>e<\/sup> compagnie et pr\u00e9sid\u00e9 par notre colonel lui-m\u00eame et son \u00e9tat-major.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><strong>F\u00e9vrier 1915<\/strong><\/p>\n<p>Au cours de ce mois, le r\u00e9giment vient en renfort d\u2019abord dans l\u2019Aisne, pr\u00e8s de Craonne, puis en Champagne, vers Suippes. L\u00e0, il croise un r\u00e9giment d\u00e9cim\u00e9 qui vient d\u2019\u00eatre relev\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait chose bien triste de voir ces pauvres bougres d\u00e9filer pr\u00e8s de nous par groupes de deux ou de quatre&nbsp;; ils ne ressemblaient pas \u00e0 des hommes mais \u00e0 de v\u00e9ritables masses de boue en mouvement.&nbsp;\u00bb On plonge dans l\u2019horreur \u00e0 Beaus\u00e9jour, le 24 f\u00e9vrier&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous traversons une tranch\u00e9e conquise. Elle est pleine de cadavres allemands et de Fran\u00e7ais. Ici, c\u2019est une t\u00eate qui roule sous nos pieds, plus loin c\u2019est un Boche en bouillie recouvert avec un peu de terre, un poilu met le pied dessus et le sang coule en avant. Enfin c\u2019est une orgie indescriptible, pas moyen de poser le pied par terre sans que ce soit sur de la chair humaine. Arriv\u00e9s \u00e0 la tranch\u00e9e de d\u00e9part, toute la compagnie est mass\u00e9e, pr\u00eate \u00e0 sortir. A midi, le lieutenant H\u00e9li\u00e8s crie&nbsp;: \u00ab\u00a0En avant&nbsp;!\u00a0\u00bb et tous nous courons en hurlant, mais nous n\u2019avions pas fait quinze [m\u00e8tres&nbsp;?] que le premier \u00e9tait couch\u00e9 par une balle. Tout le chemin que nous avions parcouru \u00e9tait parsem\u00e9 de cadavres, tu\u00e9s ou bless\u00e9s, soit par les balles de la Garde imp\u00e9riale ou par nos pi\u00e8ces d\u2019artillerie. Enfin, quel carnage, quel massacre, morts sur morts, toute la 4<sup>e<\/sup> section de la 8<sup>e<\/sup> compagnie est oblig\u00e9e de rester sur le terrain, alors les quelques survivants font avec leurs camarades tu\u00e9s une tranch\u00e9e humaine. La nuit, tout le monde travaille sous la neige \u00e0 la construction d\u2019une petite tranch\u00e9e, mais comme on est plein de fi\u00e8vre, nous d\u00e9valisons les morts de leurs bidons afin de se rafra\u00eechir, mais rien \u00e0 boire. Nous sommes oblig\u00e9s de manger la neige qui tombe et c\u2019est sous ce mauvais que nous passons la nuit. Le 25, le bombardement recommence et \u00e0 10 h un bataillon du r\u00e9giment charge encore une fois. Ah&nbsp;! les malheureux, ils font le m\u00eame boulot que nous la veille, c\u2019est encore un massacre. Toute la journ\u00e9e se passe sous le bombardement, c\u2019est un v\u00e9ritable enfer, nous sommes noirs de poudre et nous tirons autant comme nous pouvons sur ces maudits animaux de Boches. Un obus arrive sur notre parapet et met un de nos copains en miettes. Tous les morceaux retombent sur nous.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Les ordres pr\u00e9voient de recommencer le lendemain. Alors il se passe quelque chose d\u2019extraordinaire. Le commandant G\u00e9rard leur conseille, \u00ab&nbsp;en pleurant&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cachez-vous afin que je ne puisse vous rassembler demain.&nbsp;\u00bb Au retour au repos, Louis Duchesne constate&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cette fois nous avons de la place car les \u00be des n\u00f4tres sont en moins.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<h6>L\u2019apport pr\u00e9cieux des archives<\/h6>\n<p>Ce t\u00e9moin m\u00e9ritait d\u2019\u00eatre mieux connu. Les Archives d\u00e9partementales de l\u2019Oise, consult\u00e9es, nous ont fourni d\u2019abord la date pr\u00e9cise de naissance de Louis Henri Duchesne \u00e0 Auneuil, le 23 mai 1894, d\u2019un p\u00e8re journalier et d\u2019une m\u00e8re m\u00e9nag\u00e8re. L\u2019acte de naissance ne porte aucune mention marginale de mariage ou de d\u00e9c\u00e8s. C\u2019est la fiche matricule qui nous en dit plus. Le jeune homme \u00e9tait ouvrier agricole en 1914. Pendant la guerre, il est devenu successivement caporal (octobre 1915), sergent (janvier 1916), sergent grenadier d\u2019\u00e9lite (janvier 1918). Il a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 \u00e0 Thiaumont par \u00e9clat d\u2019obus \u00e0 la t\u00eate, le 30 ao\u00fbt 1916&nbsp;; puis \u00e0 Douaumont par \u00e9clat d\u2019obus \u00e0 la cuisse, le 26 octobre 1916&nbsp;; et au Grand Cornillet par \u00e9clat d\u2019obus au bras, le 14 mars 1918. Il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 le 20 juillet 1918 \u00ab&nbsp;aux avant-postes, donnant une fois de plus \u00e0 ses hommes l\u2019exemple du mordant et de la bravoure&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>RC<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le point de d\u00e9part de cette notice est un cahier intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Souvenirs de la Campagne 1914-1915 [Rajout\u00e9&nbsp;: 1916] Duchesne Louis Henri, 102e d\u2019infanterie, 8e compagnie&nbsp;\u00bb, d\u2019une collection particuli\u00e8re. 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