{"id":572,"date":"2011-11-18T21:00:22","date_gmt":"2011-11-18T20:00:22","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=572"},"modified":"2021-09-12T19:50:05","modified_gmt":"2021-09-12T18:50:05","slug":"poulet-jules-1882-1938","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/11\/18\/poulet-jules-1882-1938\/","title":{"rendered":"Poulet, Jules (1882-1938)"},"content":{"rendered":"<p>Lorsqu\u2019il est n\u00e9, le 3 mai 1882 \u00e0 Balan (Ardennes), son p\u00e8re \u00e9tait ouvrier tondeur de draps. Troisi\u00e8me enfant d\u2019une famille nombreuse, il peut cependant faire des \u00e9tudes qui lui permettent de devenir employ\u00e9 aux \u00e9critures dans une entreprise textile. Il \u00e9pouse en octobre 1912 une femme du m\u00eame milieu social, tr\u00e8s catholique, et a un fils, Paul, en ao\u00fbt 1913. Il avait effectu\u00e9 trois ans de service militaire&nbsp;; il repart le 2 ao\u00fbt 1914 et jusqu\u2019au 7 mars 1919. Il est musicien et brancardier au 120<sup>e<\/sup> RI. Sa famille n\u2019ayant pas quitt\u00e9 Balan, elle va se trouver en territoire occup\u00e9 par les Allemands, et Jules restera longtemps sans nouvelles et sans pouvoir \u00e9crire. Le contact est repris au printemps 1915, de mani\u00e8re indirecte, peut-\u00eatre par l\u2019interm\u00e9diaire du cur\u00e9 de Balan. Le 28 septembre, il re\u00e7oit une photo de son fils&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne me lasse pas de le regarder. Il est tellement chang\u00e9 que je ne l\u2019aurais pas reconnu. Il n\u2019a pas l\u2019air d\u2019avoir trop souffert de cette maudite guerre.&nbsp;\u00bb Lorsqu\u2019il obtient une permission, il se rend chez quelques parents ou amis, jusqu\u2019au retour en France (par la Suisse) de sa femme et de son fils, dans le courant de 1917. C\u2019est pourquoi ses carnets personnels, sur lesquels il \u00e9crit des notes assez br\u00e8ves, sont aussi un moyen de \u00ab&nbsp;converser&nbsp;\u00bb avec les absents&nbsp;: il s\u2019adresse parfois directement \u00e0 sa femme. Les carnets d\u2019ao\u00fbt 1914 au 26 avril 1916 ont \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9s et transcrits dans le cadre d\u2019une activit\u00e9 p\u00e9dagogique&nbsp;; les suivants ont \u00e9t\u00e9 perdus lors de l\u2019exode de 1940.<\/p>\n<p>Le r\u00e9giment conna\u00eet son premier engagement d\u00e8s le 10 ao\u00fbt, puis il bat en retraite jusqu\u2019\u00e0 la bataille de la Marne. Le 7 septembre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le canon continue, les Allemands avancent toujours. Vers 8 heures du matin, ils sont dans Sermaize. Nous nous sommes sauv\u00e9s dans la derni\u00e8re maison, o\u00f9 nous attendons des bless\u00e9s qui se sauvent. A 8 heures juste, les Allemands entrent dans la maison. Nous sommes faits prisonniers&nbsp;: 3 m\u00e9decins majors et 20 \u00e0 25 brancardiers. Nous sommes bien tristes tous. N\u00e9anmoins ils sont gentils avec nous. Vers 11 heures, \u00e9tant seuls, nous nous sauvons \u00e0 travers champs. Dans une course pr\u00e9cipit\u00e9e, nous regagnons Cheminon o\u00f9 nous trouvons une brave femme qui nous fait une omelette au lard puis une bo\u00eete de homards. Nous nous recalons un peu.&nbsp;\u00bb La poursuite les conduit en Argonne, au Bois de la Gruerie o\u00f9 les brancardiers ont une activit\u00e9 intense qui leur cause des pertes. L\u2019hiver approche avec la pluie, la boue, le froid&nbsp;: il faut vivre \u00ab&nbsp;au milieu des bois comme des sauvages&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;comme des loups&nbsp;\u00bb. Le 120<sup>e<\/sup> alterne entre Champagne et Wo\u00ebvre&nbsp;; il conna\u00eet la guerre des mines aux \u00c9parges. Au repos, les brancardiers redeviennent musiciens et sont occup\u00e9s \u00e0 des r\u00e9p\u00e9titions. Le 25 mai 1915&nbsp;: \u00ab&nbsp;Belle journ\u00e9e. R\u00e9p\u00e9tition le matin. De 6 \u00e0 7, concert. Nous apprenons l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne de l\u2019Italie&nbsp;: nous l\u2019apprenons aux Boches avec de grandes affiches au-dessus des tranch\u00e9es.&nbsp;\u00bb Les prisonniers allemands \u00ab&nbsp;paraissent heureux d\u2019\u00eatre faits prisonniers&nbsp;\u00bb (11 octobre).<\/p>\n<p>Mais, octobre 1915, c\u2019est aussi le moment de se demander&nbsp;: \u00ab&nbsp;Passerons-nous encore l\u2019hiver&nbsp;?&nbsp;\u00bb La r\u00e9ponse arrive le 14 novembre avec la premi\u00e8re neige, le 17 novembre lorsqu\u2019il se r\u00e9veille \u00ab&nbsp;couvert de givre&nbsp;\u00bb. De janvier \u00e0 avril 1916, le secteur de La Croix-sur-Meuse est calme&nbsp;; les soldats re\u00e7oivent l\u2019ordre de b\u00eacher et de cultiver tous les jardins. Mais, lorsque l\u2019on se d\u00e9place&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u00e9sillusion&nbsp;! Nous partons, mais dans la direction de Verdun.&nbsp;\u00bb L\u00e0, autour du fort de Souville, les brancardiers ne songent pas \u00e0 faire de la musique. \u00ab&nbsp;18 avril 1916. Toujours bombardement du fort qui commence \u00e0 s\u2019ab\u00eemer. Nous partons aux bless\u00e9s \u00e0 8 heures du soir, faisons un voyage au bataillon, un au fort, et retournons enterrer quelques morts sur le chemin. Il pleut toujours, aussi notre travail est tr\u00e8s dur. Il faut vraiment faire des efforts surhumains pour arriver. Nous avons d\u00e9j\u00e0 un tu\u00e9 et cinq bless\u00e9s.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Jules Poulet dit \u00e0 plusieurs reprises qu\u2019il aspire \u00e0 la d\u00e9livrance des r\u00e9gions envahies, que les Allemands doivent \u00eatre battus et chass\u00e9s. Cependant c\u2019est dans une des rares lettres \u00e0 sa femme conserv\u00e9es qu\u2019il se livre \u00e0 une condamnation plus large (6 janvier 1916)&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est assez souffert comme cela, pour le profit de cette guerre, si on peut appeler cela ainsi\u2026 une boucherie sans nom, un crime horrible\u2026 Il faut voir cela. Tout cela ne nous apporte \u00e0 nous que mis\u00e8re, deuils, et tout le cort\u00e8ge. J\u2019esp\u00e8re que notre cher petit ne verra jamais cela, et que toi non plus, tu ne repasseras plus jamais par tout ce que tu as souffert. Et si nous voulons aller jusqu\u2019au bout, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement du militarisme boche et qui sera aussi, je l\u2019esp\u00e8re, celui du monde entier afin que ceux qui auront le bonheur de s\u2019en tirer ne recommencent pas \u00e0 faire comme nos pauvres parents et tant d\u2019autres&nbsp;: travailler une existence enti\u00e8re pour avoir une aussi triste r\u00e9compense. Dis bien tout cela \u00e0 notre petit Paul quand il pourra le comprendre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>RC<\/p>\n<p>*\u00ab&nbsp;Les carnets de route d\u2019un soldat musicien&nbsp;\u00bb, PAE du Coll\u00e8ge Hurlevent de Hayange, <em>Marturia<\/em> n\u00b0 4, 1985, 95 p.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsqu\u2019il est n\u00e9, le 3 mai 1882 \u00e0 Balan (Ardennes), son p\u00e8re \u00e9tait ouvrier tondeur de draps. Troisi\u00e8me enfant d\u2019une famille nombreuse, il peut cependant faire des \u00e9tudes qui lui permettent de devenir employ\u00e9 aux \u00e9critures dans une entreprise textile. Il \u00e9pouse en octobre 1912 une femme du m\u00eame milieu social, tr\u00e8s catholique, et a &hellip; <a href=\"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/11\/18\/poulet-jules-1882-1938\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">Poulet, Jules (1882-1938)<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[285,101,13,3],"tags":[344,258,305],"class_list":["post-572","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-120e-ri","category-1981-1990","category-medecin-service-de-sante","category-carnet","tag-boucherie","tag-famille","tag-prisonniers"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/572","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=572"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/572\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3911,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/572\/revisions\/3911"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=572"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=572"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}