{"id":578,"date":"2011-11-18T21:13:56","date_gmt":"2011-11-18T20:13:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=578"},"modified":"2021-09-12T19:50:26","modified_gmt":"2021-09-12T18:50:26","slug":"ferroul-edouard-1889-1976","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/11\/18\/ferroul-edouard-1889-1976\/","title":{"rendered":"Ferroul, Edouard (1889-1976)"},"content":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Saint-Sulpice (Tarn), le 15 septembre 1889, dans une famille d\u2019ouvriers agricoles. De sa scolarit\u00e9 primaire il retire sinon une bonne orthographe, du moins une ouverture d\u2019esprit et un go\u00fbt de l\u2019\u00e9criture qui lui fait acheter, avant le d\u00e9part en 1914, un crayon et un carnet pour noter ses impressions. Il a fait le service militaire au 122<sup>e<\/sup> RI de Rodez d\u2019octobre 1910 \u00e0 septembre 1912 et en est sorti caporal. En ao\u00fbt 1914, jeune mari\u00e9, il a 25 ans. Sur sa fiche matricule, il est not\u00e9 comme pl\u00e2trier. Il part le 3 ao\u00fbt&nbsp;; il est bless\u00e9 au combat de Loudrefing en Lorraine le 18 ao\u00fbt et \u00e9vacu\u00e9 vers le sud. En convalescence, il recopie ses notes au propre sur deux cahiers&nbsp;: 181 pages pour d\u00e9crire moins d\u2019un mois, c\u2019est dire que le t\u00e9moin nous donne bien des d\u00e9tails. Il repart en janvier 1915 au 80<sup>e<\/sup> RI&nbsp;; bless\u00e9 le 19 mars en Champagne, \u00e0 Beaus\u00e9jour, il r\u00e9dige un troisi\u00e8me cahier, de 56 pages. Il a ensuite combattu de d\u00e9cembre 1915 \u00e0 septembre 1917 au 116<sup>e<\/sup> RI, puis du 10 ao\u00fbt au 11 novembre 1918, l\u2019interruption \u00e9tant due \u00e0 une maladie non pr\u00e9cis\u00e9e sur sa fiche matricule (\u00e0 remarquer que celle-ci ne mentionne pas sa premi\u00e8re blessure&nbsp;; les documents officiels ont parfois leurs limites). D\u00e9mobilis\u00e9, et devenu p\u00e8re d\u2019une fillette, il entre comme homme d\u2019\u00e9quipe \u00e0 la compagnie ferroviaire du Paris-Orl\u00e9ans en 1920. Ses petits-enfants ont conserv\u00e9 les trois cahiers mentionn\u00e9s ci-dessus. On ne sait pas s\u2019il a \u00e9crit la suite, mais, sur le d\u00e9but de la guerre, le t\u00e9moignage est remarquable.<\/p>\n<p>Nous avons d\u2019abord une fine description de l\u2019atmosph\u00e8re lors de l\u2019annonce de la mobilisation&nbsp;: l\u2019incertitude, les rumeurs, le manque subit de num\u00e9raire, la consternation, les pleurs, le souci de faire bonne figure (apr\u00e8s avoir avou\u00e9 que lui-m\u00eame a pleur\u00e9). Puis c\u2019est l\u2019effet de groupe lors du d\u00e9part et du passage du train de gare en gare. On retrouve les camarades et les grad\u00e9s du temps du service&nbsp;; on accepte sans rechigner de vivre \u00e0 la dure&nbsp;; on part vers l\u2019est, la fleur au fusil. L\u00e0, du c\u00f4t\u00e9 de Lun\u00e9ville, on entre rapidement en contact avec les r\u00e9alit\u00e9s de la guerre. Les premiers morts, des uhlans, qui ont sans doute le m\u00eame \u00e2ge que lui, inspirent de la compassion, de m\u00eame que les habitants du village de Xousse incendi\u00e9 par l\u2019artillerie allemande. La fronti\u00e8re est franchie. Certains habitants se comportent en vrais Allemands&nbsp;; d\u2019autres leur annoncent le pi\u00e8ge vers lequel se pr\u00e9cipitent les r\u00e9giments fran\u00e7ais. C\u2019est l\u00e0, au d\u00e9bouch\u00e9 du bois de Loudrefing, que les Allemands les attendent dans des tranch\u00e9es ciment\u00e9es pr\u00e9par\u00e9es \u00e0 l\u2019avance et prot\u00e9g\u00e9es par des rideaux de barbel\u00e9s et le tir des mitrailleuses et des canons. Le 122<sup>e<\/sup> et le 142<sup>e<\/sup> sont fauch\u00e9s. \u00c9douard Ferroul est bless\u00e9 par ce qu\u2019il croit \u00eatre une balle de fusil ou de mitrailleuse, qu\u2019il sent dans son pied, et il doit battre en retraite en rampant sous les balles et les obus, au milieu des morts et des bless\u00e9s. Il a la chance d\u2019atteindre le bois, puis d\u2019\u00eatre soign\u00e9 par les Fran\u00e7ais et \u00e9vacu\u00e9 vers Lun\u00e9ville o\u00f9 un \u00e9tudiant en m\u00e9decine le charcute \u00ab&nbsp;comme un boucher&nbsp;\u00bb pour extraire la balle qui se r\u00e9v\u00e8le un schrapnel. Il lui faudra subir encore 80 heures de cahots dans un wagon \u00e0 bestiaux pour arriver dans un centre de soins \u00e0 Pau.<\/p>\n<p>En janvier 1915, il note que le retour de bless\u00e9s gu\u00e9ris vers le front manque d\u2019entrain. En Flandre, il d\u00e9couvre la guerre des tranch\u00e9es et les incessants travaux de consolidation. Son r\u00e9giment est ensuite envoy\u00e9 en Champagne, du c\u00f4t\u00e9 de Mesnil-les-Hurlus, o\u00f9 les combats ont \u00e9t\u00e9 acharn\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous marchons dans ce boyau pendant demi-heure et des soldats, qui dorment dans des trous creus\u00e9s dans la terre et sont \u00e9veill\u00e9s par nous, nous disent que ce boyau conduit au fortin que l\u2019on a pris aux Boches il y a une quinzaine de jours. En effet, nous arrivons \u00e0 un endroit o\u00f9 nous commen\u00e7ons \u00e0 voir des tranch\u00e9es abandonn\u00e9es et, devant, des fils de fer tout embrouill\u00e9s, des sacs, des k\u00e9pis, des fusils, du linge, tout d\u00e9note qu\u2019il y a eu lutte acharn\u00e9e. Nous commen\u00e7ons \u00e0 trouver des morts, mais il y a longtemps qu\u2019ils y sont. On les a pouss\u00e9s au bord du boyau. Tout le monde trouve \u00e9tonnant que l\u2019on ne les ait pas fait enlever. Un peu plus loin, ils sont au milieu de la tranch\u00e9e, et la tranch\u00e9e est tellement \u00e9troite que l\u2019on est oblig\u00e9 d\u2019y marcher dessus. Tout cela n\u2019est pas fait pour nous donner du courage. Mais nous n\u2019avons rien vu. Ceux que nous trouvons maintenant, il n\u2019y a pas longtemps qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s. \u00c0 un endroit, un obus \u00e9tait tomb\u00e9 sur le bord de la tranch\u00e9e. Il y a un malheureux qui a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9, et il traverse la tranch\u00e9e \u00e0 hauteur de ceinture, les jambes enterr\u00e9es, le corps traverse la tranch\u00e9e, et il n\u2019y a que la moiti\u00e9 de la t\u00eate. C\u2019est horrible \u00e0 voir. Plus loin, la tranch\u00e9e est plus basse et il faut marcher pli\u00e9 en deux. L\u00e0 les morts sont plus nombreux et comme ils encombraient trop la tranch\u00e9e, on les a balanc\u00e9s par dessus. Il y a des zouaves, des chasseurs alpins, des fantassins, des tirailleurs alg\u00e9riens, des Marocains. Et de tous en grand nombre. Au milieu de la tranch\u00e9e il y a une jambe, et le corps \u00e0 qui elle appartient, tout pantelant encore, est sur le bord de la tranch\u00e9e.&nbsp;\u00bb (Encore une fois, au risque de se r\u00e9p\u00e9ter, il faut demander que s\u2019expliquent ceux qui ont lanc\u00e9 le th\u00e8me de l\u2019<em>aseptisation<\/em> de la guerre dans les r\u00e9cits des t\u00e9moins.) Les horreurs continuent&nbsp;: un obus \u00e9norme, tomb\u00e9 en plein dans une tranch\u00e9e, tue 36 hommes&nbsp;; les Marocains pillent \u00ab&nbsp;tous les cadavres, autant fran\u00e7ais qu\u2019allemands&nbsp;; s\u2019il y avait des Allemands bless\u00e9s, ils leur coupaient la t\u00eate.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Bless\u00e9 une fois de plus, le 19 mars 1915, \u00c9douard va \u00eatre \u00e9vacu\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au moins, je pourrai aller voir ma famille. Et ma petite fille dont on m\u2019avait annonc\u00e9 il y avait 8 jours la naissance.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>RC<\/p>\n<p>*Les deux premiers cahiers seront publi\u00e9s dans la <em>Revue du Tarn<\/em> en 2012.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>N\u00e9 \u00e0 Saint-Sulpice (Tarn), le 15 septembre 1889, dans une famille d\u2019ouvriers agricoles. De sa scolarit\u00e9 primaire il retire sinon une bonne orthographe, du moins une ouverture d\u2019esprit et un go\u00fbt de l\u2019\u00e9criture qui lui fait acheter, avant le d\u00e9part en 1914, un crayon et un carnet pour noter ses impressions. 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