{"id":587,"date":"2011-11-19T21:09:01","date_gmt":"2011-11-19T20:09:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=587"},"modified":"2021-09-12T19:50:57","modified_gmt":"2021-09-12T18:50:57","slug":"calvet-jean-1889-1965","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/11\/19\/calvet-jean-1889-1965\/","title":{"rendered":"Calvet, Jean (1889-1965)"},"content":{"rendered":"<p>Jean Calvet est surtout connu dans le Tarn comme principal fondateur et premier conservateur du mus\u00e9e Maurice et Eug\u00e9nie de Gu\u00e9rin au ch\u00e2teau du Cayla, et comme maire de Gaillac de 1919 \u00e0 1959, avec interruption sous Vichy. Il fut \u00e9galement conseiller g\u00e9n\u00e9ral et d\u00e9put\u00e9 socialiste de 1928 \u00e0 1932. Mais il avait 25 ans en 1914, il a fait la guerre et il en a t\u00e9moign\u00e9.<\/p>\n<p>Tous deux issus de familles de propri\u00e9taires fonciers de la r\u00e9gion, ses parents se sont fix\u00e9s \u00e0 Gaillac o\u00f9 il est n\u00e9 le 25 f\u00e9vrier 1889. Il \u00e9tait fils unique et ses parents sont morts tr\u00e8s t\u00f4t. Apr\u00e8s le baccalaur\u00e9at, il \u00ab&nbsp;monte&nbsp;\u00bb \u00e0 Paris pour des \u00e9tudes de Droit, puis effectue le service militaire au 80<sup>e<\/sup> RI de Narbonne de 1910 \u00e0 1912. Chr\u00e9tien, il est influenc\u00e9 par le Sillon et Marc Sangnier qu\u2019il conna\u00eet personnellement. Mari\u00e9 en avril 1913, il aura une fille unique. Lors de la mobilisation, mont\u00e9 sur une table de bistrot, il prononce un discours spontan\u00e9 pour \u00ab&nbsp;la Libert\u00e9 des Peuples contre la brutale agression de&nbsp;Guillaume le sanguinaire&nbsp;\u00bb, et il arrive au 80<sup>e<\/sup> le 4 ao\u00fbt. Il est bless\u00e9 le 7 septembre et \u00e9vacu\u00e9. \u00c0 la fin de sa convalescence, il entre \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Saint-Maixent en janvier 1916 et en sort aspirant. De retour au front, au 251<sup>e<\/sup> RI, il est \u00e0 nouveau bless\u00e9 en septembre 1917, et sa nomination comme lieutenant est confirm\u00e9e \u00e0 titre d\u00e9finitif en avril 1919.<\/p>\n<p>Il a donn\u00e9 des r\u00e9cits de guerre au <em>M\u00e9morial de Gaillac<\/em>, et les a repris en volume en 1920, annon\u00e7ant que l\u2019historien de la guerre \u00ab&nbsp;ne devra pas seulement s\u2019attacher \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la tactique, du mat\u00e9riel, des facteurs \u00e9conomiques et diplomatiques&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Il devra, encore, tenir compte de l\u2019\u00e2me profonde des acteurs imm\u00e9diats du drame, de la vie morale dont ils ont v\u00e9cu, de la part de fatalisme ou de libert\u00e9 qui entrait dans leur sacrifice, de la survivance des sentiments humains au moment o\u00f9 ils \u00e9taient pouss\u00e9s par l\u2019instinct primitif des combats.&nbsp;\u00bb Marqu\u00e9 par sa culture chr\u00e9tienne, ses premiers textes \u00e9voquent clairement une croisade, le caract\u00e8re religieux ou sacr\u00e9 de la guerre, qui restera au c\u0153ur de sa pens\u00e9e. Le deuxi\u00e8me d\u00e9part est cependant moins enthousiaste&nbsp;: \u00ab&nbsp;On a trop souffert dans sa chair et dans son c\u0153ur de multiples blessures&nbsp;; on a trop pleur\u00e9 de morts. On sait trop. Il faut se raidir, pour retourner \u00e0 la fournaise&nbsp;: il y faut plus d\u2019h\u00e9ro\u00efsme.&nbsp;\u00bb Officier, il a des responsabilit\u00e9s, notamment celle de remonter le moral, et aussi de ne pas laisser se d\u00e9velopper les fraternisations, ainsi en mai 1916 en Soissonnais&nbsp;: \u00ab&nbsp;La nuit, nos sentinelles sortent de leurs abris, et, pour mieux \u00e9couter, se placent au bord de l\u2019eau. Les Boches en font autant de leur c\u00f4t\u00e9. Parfois, des conversations s\u2019engagent, o\u00f9 ces derniers mettent tout ce qu\u2019ils ont appris de langue fran\u00e7aise depuis deux ans d\u2019occupation de notre sol. C\u2019est ainsi que hier ils nous ont annonc\u00e9 le succ\u00e8s de l\u2019offensive autrichienne contre les Italiens. Ils parlent aussi de leur lassitude, et de la mis\u00e8re de leurs familles. Quand un des n\u00f4tres tousse, ils le plaignent&nbsp;: \u00ab\u00a0Malade, Kamarade\u00a0\u00bb. Mais je ne puis tol\u00e9rer ces colloques. Alors, quand je suis l\u00e0, mes hommes se taisent&nbsp;; et le Boche s\u2019\u00e9tonne.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Jean Calvet livre ses interrogations&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous luttons pour une cause juste. Nous le croyons. Le Boche aussi. Alors, je me demande ce que je dois penser de nos m\u00e9rites respectifs\u2026 J\u2019ai presque honte de m\u2019int\u00e9resser \u00e0 ce point au salut de l\u2019\u00e2me de mes ennemis. Cet exc\u00e8s de charit\u00e9 m\u2019intimide moi-m\u00eame. Mais je ne puis m\u2019emp\u00eacher de songer au fond de mon g\u00eete. Qu\u2019y faire d\u2019autre&nbsp;?&nbsp;\u00bb (13 ao\u00fbt 1916). Quant aux tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne sais pourquoi, mais je me sens de la piti\u00e9 pour ces hommes qu\u2019on a arrach\u00e9s, pour la plupart, de force, \u00e0 leur pays&nbsp;; et qui sont, malgr\u00e9 tout, aux yeux de la loi, des <em>engag\u00e9s volontaires<\/em>. Il y a l\u00e0 une sorte de mensonge qui me r\u00e9pugne&nbsp;; et je suis scandalis\u00e9 quand on repr\u00e9sente nos troupes noires comme accourues d\u2019elles-m\u00eames au service d\u2019une civilisation dont elles ne savent rien, et qui a, sur la leur, cette \u00e9trange inf\u00e9riorit\u00e9 d\u2019avoir occasionn\u00e9 cette guerre.&nbsp;\u00bb Belle r\u00e9flexion, compl\u00e9t\u00e9e en traitant de folie et de blasph\u00e8me l\u2019id\u00e9e de la guerre comme expiation, \u00ab&nbsp;n\u00e9cessaire pour que nous puissions, par elle, racheter nos fautes nationales&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me recueil, qui rassemble les discours de Jean Calvet, maire de Gaillac, en l\u2019honneur des morts de la guerre, tombe parfois dans des exc\u00e8s, ainsi lorsqu\u2019il affirme que, lors d\u2019une attaque, la seule douleur des bless\u00e9s \u00e9tait de ne pas pouvoir suivre l\u2019\u00e9lan des camarades. Mais il a su \u00e9galement pleurer \u00ab&nbsp;de honte devant cette civilisation qui n\u2019a su qu\u2019enfanter une telle boucherie&nbsp;\u00bb, et proposer ceci \u00e0 ses contemporains&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il convient d\u2019amener chaque gouvernement \u00e0 accepter, de gr\u00e9 ou de force, une sorte d\u2019amputation de souverainet\u00e9 et de son autorit\u00e9 propre, pour arriver \u00e0 la constitution d\u2019une sorte de super \u00c9tat.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>RC<\/p>\n<p>*Jean Calvet, <em>\u00c0 la sueur du front, R\u00e9cits et impressions de guerre<\/em>, Gaillac, Imprimerie Dugourg, 1920.<\/p>\n<p>*Jean Calvet, <em>Avec les Morts<\/em>, Gaillac, Imprimerie moderne, 1922.<\/p>\n<p>*Cynthia Maltagliati, <em>Jean Calvet (1889-1965), l\u2019histoire d\u2019un id\u00e9aliste<\/em>, m\u00e9moire de ma\u00eetrise, Universit\u00e9 de Toulouse Le Mirail, 2004.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean Calvet est surtout connu dans le Tarn comme principal fondateur et premier conservateur du mus\u00e9e Maurice et Eug\u00e9nie de Gu\u00e9rin au ch\u00e2teau du Cayla, et comme maire de Gaillac de 1919 \u00e0 1959, avec interruption sous Vichy. 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