{"id":591,"date":"2011-11-21T10:34:12","date_gmt":"2011-11-21T09:34:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/?p=591"},"modified":"2021-09-12T19:51:21","modified_gmt":"2021-09-12T18:51:21","slug":"granier-louis-1886-1915","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.crid1418.org\/temoins\/2011\/11\/21\/granier-louis-1886-1915\/","title":{"rendered":"Granier, Louis (1886-1915)"},"content":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin<br \/>\nIl est n\u00e9 \u00e0 Candoubre, commune de Murat-sur-V\u00e8bre (Tarn), le 1er novembre 1886. Famille de cultivateurs catholiques. Mobilis\u00e9 au 47e BCA, il combat dans les Vosges et il est tu\u00e9 au Reichackerkopf le 18 avril 1915. Son corps n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. Dans une lettre sans date \u00e0 sa s\u0153ur, il avait \u00e9crit : \u00ab Tu me demandes des nouvelles de Julie, elle est chez ses parents, nous sommes tous les deux contents pour le moment de ne pas \u00eatre mari\u00e9s, nous attendons le retour et puis l\u2019on verra les \u00e9v\u00e9nements si j\u2019ai le bonheur de retourner. \u00bb<br \/>\n2. Le t\u00e9moignage<br \/>\n\u00ab Il ne reste de lui que quelques photos et ce paquet de lettres \u00bb, \u00e9crit sa petite ni\u00e8ce en pr\u00e9sentant son t\u00e9moignage dans les <em>Cahiers<\/em> du Centre de recherches du patrimoine de Rieumontagn\u00e9 (2006), sous le titre \u00ab Si j\u2019ai le bonheur de retourner\u2026 \u00bb. Les 36 lettres et cartes postales, entre le 21 ao\u00fbt 1914 et le 15 avril 1915, envoy\u00e9es \u00e0 ses parents et \u00e0 sa s\u0153ur, domestique dans un ch\u00e2teau de l\u2019H\u00e9rault, en disent beaucoup en peu de phrases. L\u2019orthographe a \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9e dans la transcription, mais plusieurs cartes sont reproduites en fac-simil\u00e9.<br \/>\n3. Analyse<br \/>\n\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Draguignan (21 ao\u00fbt), Louis constate : \u00ab Ch\u00e8re s\u0153ur pour le moment je ne suis pas trop mal mais on nous a donn\u00e9 un sac pesant presque autant que nous. Je ne sais pas comment je ferai pour faire campagne. \u00bb Dans les tranch\u00e9es, \u00e9crit-il, \u00ab vous pouvez croire qu\u2019il n\u2019y fait pas chaud \u00bb. Et il pr\u00e9cise (20 d\u00e9cembre) : \u00ab Nous avons un bain \u00e0 pleins souliers. Heureusement nous avons fait une guitoune avec quatre camarades, et il n\u2019y pleut pas, nous sommes l\u00e0 comme des rois. Seulement nous avons une chose bien malheureuse, nous ne pouvons pas y mettre assez de terre dessus pour nous garantir des grosses marmites ; \u00e0 part \u00e7a nous n\u2019avons rien \u00e0 craindre des balles. Nous y avons fait une esp\u00e8ce de chemin\u00e9e, donc nous y allumons un petit feu sombre la nuit qui nous remet de la mort \u00e0 la vie quand on vient de prendre la faction et c\u2019est l\u00e0 sous ce terrier aupr\u00e8s de la chemin\u00e9e de terre que nous passerons le r\u00e9veillon de la No\u00ebl si Dieu nous donne cette faveur. \u00bb Il \u00e9chappe quatre fois \u00e0 la mort dans des combats et, au repos, il remarque (26 janvier 1915) : \u00ab Je vous dirai que nous sommes \u00e0 l\u2019arri\u00e8re depuis le combat du 14 janvier mais le repos n\u2019est pas du repos car je fais de l\u2019exercice comme un bleu mais \u00e7a ne me d\u00e9courage pas malgr\u00e9 nos jours de campagne. Je pr\u00e9f\u00e8re faire de l\u2019exercice que d\u2019aller entendre siffler les balles et les obus dans les tranch\u00e9es. \u00bb<br \/>\nComme tout un chacun, il tient \u00e0 rester en contact \u00e9troit avec la famille, le village, le canton, par exemple le 16 octobre : \u00ab Lorsque vous me ferez r\u00e9ponse vous me direz des nouvelles du pays si vous en savez de ceux qui sont partis de mes camarades de Condomines. Celui de Cros a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9. \u00bb Et le 26 janvier, \u00e0 sa s\u0153ur : \u00ab Tu me dis sur ta derni\u00e8re que vous recevez de bien tristes nouvelles, \u00e7a je le comprends mais nous qui voyons ce qui se passe c\u2019est encore pire. Je ne peux pas d\u00e9crire ce qui se passe. Je t\u2019en dirai plus long si le bon Dieu veut que nous nous revoyions un jour. \u00bb D\u00e8s le 4 novembre 1914, appara\u00eet le d\u00e9sir de paix, d\u00e9sir partag\u00e9 : \u00ab Donc pour moi j\u2019aurai beaucoup de choses \u00e0 vous raconter sur le champ de bataille mais ce serait trop long et je le garde pour le jour o\u00f9 nous aurons la paix et j\u2019\u00e9cris principalement de ce que nous parlons nous autres de la paix. \u00bb Le 20 d\u00e9cembre 1914&nbsp;: \u00ab Nous mettrons le petit sabot pour que le petit J\u00e9sus nous apporte le petit cadeau que nous d\u00e9sirons depuis quelque temps : la paix\u2026 la paix pour tous. Elle est \u00e0 d\u00e9sirer tant pour vous que pour nous. \u00bb Le 8 mars : \u00ab Rien de plus vous dire que de prier pour la paix. \u00bb<br \/>\nLa derni\u00e8re lettre de Louis Granier \u00e0 ses parents est du 15 avril 1915 : \u00ab Je r\u00e9ponds \u00e0 votre courrier du 8 toujours bien portant et bien fier esp\u00e9rant toujours que Dieu me conservera cette sant\u00e9 et qu\u2019il nous donne bient\u00f4t une paix car h\u00e9las on commence \u00e0 penser qu\u2019elle ne finira pas. Malgr\u00e9 \u00e7a j\u2019ai toujours l\u2019espoir qu\u2019elle finira le jour qu\u2019on y pensera le moins. Quant \u00e0 moi je suis pas le plus malheureux vous pouvez le croire je n\u2019ai pas un chagrin et je suis toujours content, je prends ces temps-ci l\u2019horrible comme s\u2019il \u00e9tait bien bon et les jours passent les semaines aussi et nous arriverons au bout de l\u2019ann\u00e9e sans y penser. Je vous dirai que nous faisons toujours le m\u00eame travail, quelques jours de tranch\u00e9es puis du repos. Le temps est toujours \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame, il neige, il pleut, il fait bien mauvais temps isol\u00e9 dans les bois comme les b\u00eates sauvages ; vous pouvez croire que si nous pouvons le quitter ce pays, que la guerre soit finie, je ne le regretterai pas. Vous me parlez des camarades du pays, il y en a parmi qui ont de la chance je vous l\u2019assure tout le monde ne peut pas l\u2019avoir et je ne lui souhaite pas du mal, pour \u00e7a nous sommes assez de souffrants. Pour le moment pas d\u2019autres nouvelles, les camarades se portent bien. Tout ce que nous avons \u00e0 dire quand on se trouve de parler du pays et le bonheur que nous aurions si nous pouvions voir la fin, \u00e7a nous para\u00eetrait pas possible. Rien de plus \u00e0 vous dire, votre d\u00e9vou\u00e9 qui de bien loin vous embrasse bien fort. \u00bb<br \/>\nR\u00e9my Cazals<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1. Le t\u00e9moin Il est n\u00e9 \u00e0 Candoubre, commune de Murat-sur-V\u00e8bre (Tarn), le 1er novembre 1886. Famille de cultivateurs catholiques. Mobilis\u00e9 au 47e BCA, il combat dans les Vosges et il est tu\u00e9 au Reichackerkopf le 18 avril 1915. Son corps n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. 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